A Ouagadougou, il y aura forcément des inondations !

Depuis le début de la saison hivernale au Burkina, la moindre goutte d’eau qui tombe du ciel créé des inondations dans la capitale burkinabè. C’est pourquoi, lorsque le ciel est rempli de gros nuages, c’est la panique totale. La pluie du mercredi 20 juillet 2016 est venue rappeler aux Burkinabè que les dégâts causés par les pluies diluviennes le 1er septembre 2009 peuvent encore se répéter. C’est  le cas d’ailleurs.

Ce canal à Ouagadougou est bouché par des ordures

Ce canal à Ouagadougou est bouché par des ordures

Il n’y a rien d’étonnant à ce que des inondations surviennent après chaque pluie. Le 1er septembre 2009 avait alerté les autorités burkinabè et la population de la gravité de la situation et de la vulnérabilité des populations. Cinq ans après, rien n’a changé. La situation s’est plutôt aggravée ! Des eaux jusqu’aux cuisses, des maisons effondrées, des habitants désemparées, des routes surnagées, des témoignages photos sur les réseaux sociaux, etc. C’est ce que l’on peut constater après chaque pluie. Partout dans les quartiers, des inondations.

Un caniveau bouché dans un quartier de Ouagadougou

Un caniveau bouché dans un quartier de Ouagadougou

Face à la pression démographique que connait la capitale burkinabè, les autorités n’ont pas pu anticiper cet aspect dans les politiques de lotissement de la ville de Ouagadougou. Relogés dans de mauvaises conditions, sur des sites qui ne leur convenaient pas, les sinistrés sont restés dans les zones inondables. Ils sont d’ailleurs les premières victimes lors de chaque inondation.

Toutefois, le mieux que les autorités auraient pu faire pour atténuer la situation, c’est le curage des caniveaux et les autres canaux d’évacuation d’eaux. Justement, c’est là où le bât blesse. Il suffit de sortir dans n’importe quel quartier de Ouagadougou pour constater que les caniveaux sont remplis d’ordures en tout genre comme les déchets ménagers ou les pneus usagés. Dans le passé, la mairie de Ouagadougou organisait des curages de caniveaux. Cette année en particulier, rien n’a été fait. Les inondations à l’hôpital Yalgado Ouédraogo de Ouagadougou sont un parfait exemple. Le gouvernement, pour éviter que l’hôpital ne soit inondé à nouveau, a décidé du déguerpissement des commerçants installés sur les canaux d’évacuation et de leur curage. La mesure a payé car dès la pluie suivante, il n’y a plus eu d’inondations.

Avec un tel caniveau, impossible pour l'eau de circuler

Avec un tel caniveau, impossible pour l’eau de circuler

Mieux vaut prévenir que guérir

Toutefois, il ne faut pas laisser le fantôme entrer dans la maison avant de chercher à le chasser. Mieux vaut prévenir que guérir. C’est pourquoi, de telles initiatives doivent être prises surtout pendant la période sèche. Car, dès que les premières pluies surprennent, il est beaucoup plus difficile de maitriser la situation.

L'eau ne circule pas à parce que ce caniveau est bouché

L’eau ne circule pas à parce que ce caniveau est bouché

Pour éviter de nouvelles inondations, le gouvernement et la mairie de Ouagadougou doivent prendre des mesures fortes. Il s’agit de sensibiliser le citoyen sur les conséquences dans les remplissages des caniveaux avec les ordures de toutes espèces, l’obstruction des caniveaux avec des magasins illégaux, les constructions de bâtiments sur les caniveaux au point de les obstruer. En plus de cela, la mairie doit, à l’approche de chaque saison pluvieuse, curer les caniveaux.

Caniveau inondation Ouagadougou1

En plus de cela, il manque des caniveaux dans certains endroits de la capitale pour l’évacuation de l’eau. Dans les processus de lotissement, le gouvernement burkinabè doit obligatoirement prendre en compte cette question en construisant d’abord les caniveaux et les questions d’assainissement. Sinon, il y aura forcément des inondations à chaque nouvelle pluie.   

Le ministre Rémy Dandjinou veut-il contrôler la télévision nationale du Burkina ?

Lors de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, les manifestants ont saccagé le matériel de la télévision nationale du Burkina après avoir brûlé l’Assemblée Nationale. La télévision nationale était considérée comme un média au service du pouvoir de Blaise Compaoré en place et chargé de la propagande gouvernementale. C’est pourquoi, les manifestants opposés pourtant seulement à la modification de l’article 37 se sont attaqués à cet autre symbole.   

La RTB a besoin de beaucoup plus de moyens pour être un véritable média de service public

La RTB a besoin de beaucoup plus de moyens pour être un véritable média de service public

La télévision privée BF1 qui appartiendrait à d’anciens bonzes du régime Compaoré parmi lesquels le frère cadet de l’ancien Président Blaise Compaoré a pourtant été épargnée par les insurgés. Le message était passé. Pour éviter que les médias publics soient des instruments au service du pouvoir en place et pour éveiller à l’accès équitable de toutes les parties (partisan du pouvoir, opposition, syndicats etc) à la chaîne nationale, le gouvernement de la Transition a décidé du recrutement du Directeur générale de la Radiodiffusion télévision nationale du Burkina par concours.  Et c’est Danielle Bougaïré qui a été choisie pour une mission de trois ans. Celle-ci décide de faire confiance aux jeunes et aux compétences à la tête de la télévision et aussi de la radio.

A la radio nationale, Évariste Kombary, journaliste qui a fait ses preuves à la télévision nationale, opère avec perspicacité en consolidant les acquis de l’ancien directeur général Ouezzin Louis Oulon qui avaient multiplié le nombre journaux et de flashs d’information sur les antennes de la radio nationale. En plus de cela, Évariste Kombary a apporté une touche avec des émissions d’expressions directes comme « Commentons l’actualité ». Le magazine « Omnisports » est devenu une émission de débat où des analystes, des journalistes et chroniqueurs sportifs sont désormais entendus. Avec lui, la radio nationale instaure une matinale avec un journal bien fourni, des émissions grand public sont au programme. Un journal (à ne pas confondre avec ceux de la radio rurale) en langue mooré est initié.

Des reformes positives à la radio et à la télévision

Certaines télés régionales mises en place et qui n’avaient jusque-là fait rien de probant sont fermées. Canal Arc-en-Ciel qui avait disparu pour faire place à la Radio RTB2 revoit le jour au grand bonheur des Ouagalais et la radio rurale devrait en principe bénéficier d’une antenne autonome pour la promotion des émissions en langues nationales.

Des agents de la RTB manifestants devant le siège de la télévision nationale du Burkina

Des agents de la RTB manifestants devant le siège de la télévision nationale du Burkina

A la télévision nationale, Ouezzin Louis Oulon transforme le visage du journal télévisé avec des reportages de proximité qui sont de plus en plus initiés, la revue de presse est instaurée. La nouvelle direction décide de la création d’un journal des régions pour mieux recadrer le journal de 20 heures qui pouvait durer souvent une heure ou plus ! Les activités des syndicats et partis d’opposition sont désormais couvertes au même titre que ceux du parti au pouvoir et ses alliés. On se rappelle ce rappelle à l’ordre du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), ancien parti au pouvoir qui s’estimait lésé dans la couverture des activités. Les preuves fournis par la RTB ont prouvé le contraire.

Le conducteur du journal dans sa hiérarchisation prend en compte, d’abord les faits touchant directement la population au lieu des reportages institutionnelles habituellement servis. La Télévision tente, tant bien que mal, d’être au cœur des grands évènements. Des émissions de débat sur l’actualité au Burkina, « Débats de presse » et aussi sportive« Sport Box » sont créées. Au temps du système Compaoré, de telles émissions ont été supprimées. Les sites internet de la télévision nationale, les comptes twitter et Facebook deviennent dynamiques. La RTB télé tente donc de s’adapter à l’évolution malgré quelques difficultés.

A petit pas, la télé gagnait le cœur des Burkinabè

Beaucoup de Burkinabè retrouvent par-là du goût à suivre les émissions de la télévision nationale et aussi de la Radio Nationale même si le gouvernement en place semble avoir choisi certains médias privées pour lancer ses scoops, donner sa voix officielle.

Depuis un certain temps, le gouvernement a entrepris un vaste remaniement au niveau des postes stratégiques de l’office de la RTB. Les directeurs, les rédacteurs en chef, les chargés de marketing nommés par Danielle Bougaïré sont remplacés. Danielle Bougaïré arrivé par un test de recrutement serait en sursis car son contrat ne devrait pas être renouvelé. Le gouvernement devrait nommer lui-même son directeur général. Pourquoi ? Le Gouvernement voudrait reprendre la télévision nationale en main car elle n’apprécie pas la nouvelle dynamique enclenchée.

Le ministre en charge de la communication Remis Dandjinou, très critique dans le passé contre la RTB et ancien directeur de la télévision privée Burkina Info, aurait même lâché devant les journalistes que ceux qui ne voudraient pas accepter que la télévision soit au service du gouvernement, pouvaient la quitter. Les autorités interviendraient même pour dénoncer tel ou tel reportage passé sur les antennes de la télévision nationale. En exemple, lorsque le gouvernement a instauré la gratuité des soins pour les enfants dans les centres de santé au Burkina, une équipe de reportage est allée constater l’effectivité de la mesure sur le terrain. La réaction au niveau du gouvernement aurait été amère car l’élément soulignait des insuffisances de la mesure. Et pourtant, c’est un devoir de service public que les agents de la télévision nationale du Burkina ont effectué dans ce cas précis.

Les acquis remis en cause

L’émission « Débats de presse » pendant un moment est suspendue car les invités sont souvent très critiques envers le gouvernement. « Ce que nous vivons avec Dandjinou, c’est plus que de l’ingérence », vous disent certains journalistes de la maison.

Tous ces changements semblent être en train d’être remise en cause. On l’a déjà constaté avec le changement du conducteur de la télé nationale qui commence systématiquement par les activités du gouvernement et de l’Assemblée Nationale. C’est vrai que les attentes au niveau de la télévision nationale sont énormes. Mais il se trouve que le gouvernement semble croire que la télévision nationale devrait être au service de sa communication. Et pourtant, il y a un service d’information du gouvernement créé pour assurer ce rôle. Si la RTB est vraiment un média de service public, Remis Fulgance Dandjinou et le gouvernement burkinabè devraient plutôt laisser les journalistes de cette maison faire parler leur professionnalisme et leur talent afin d’assurer leur mission de service public. Le Conseil supérieur de la communication (CSC) est là pour la régulation.

C’est vrai, la RTB est un organe d’Etat. Mais qui est l’Etat ? L’Etat, c’est tous les Burkinabè. Tous ceux qui payent leur facture d’électricité payent aussi des taxes télés obligatoires. Ce qui signifie donc que ce sont leurs intérêts qui doivent être pris en compte d’abord. C’est l’État qui finance les médias publics. Mais cela ne signifie pas que ce sont les membres du gouvernement qui de leurs poches financent le fonctionnement de la RTB. Si le gouvernement veut avoir son média, il n’a qu’à suivre l’exemple de l’Assemblée Nationale qui s’est dotée d’une radio et qui a déjà un programme télé qui passe pour le moment sur les antennes de la RTB. Si le gouvernement répète les mêmes erreurs qu’au temps du régime Compaoré a tentant de contrôler ce qui se passe sur les ondes de ces stations nationales, elles connaîtront pire que ce qui s’est passé le 30 octobre 2014 !

Concours d’entrée à la police nationale du Burkina : la galère des candidats

Ils sont nombreux ces jeunes burkinabè à la recherche d’un emploi décent. A défaut de trouver un point de chute dans le secteur privé ou dans des Organisations non gouvernementales (ONG), où les salaires sont jugés juteux, les jeunes, une fois le Brevet d’Étude de premier cycle (BEPC) en poche, attendent impatiemment les concours de la fonction publique organisés chaque année par le gouvernement burkinabè pour postuler. Cette année, ils sont des milliers à prendre d’assaut les centres de dépôt avec l’espoir d’être admis à l’issue du concours. Mais « il faut être garçon ».

Tous ces candidats espèrent échapper au chômage grâce à ce concours

Tous ces candidats espèrent échapper au chômage grâce à ce concours

Le soleil est au zénith ce mercredi 13 juillet 2016 au Stade du 4 août de Ouagadougou. Fait inhabituel, des centaines de jeunes hommes et quelques filles,  regroupés sous le contrôle de policiers, sont alignés en plusieurs files indiennes. L’impatience, l’ennui et l’énervement se lisent sur les visages de ces jeunes venus déposer leur candidature pour le concours d’entrée à la police nationale – session 2016. La tension monte. On se crie dessus parce que certains petits malins venus tardivement veulent passer avant.

Certaines se protègent du soleil avec leurs dossiers. Quand on s’approche du groupe, c’est une forte odeur de chaleur humaine qui se dégage. Par vagues de 20, les candidats sont dirigés vers des guichets d’inscription. Là, ils sont d’abord reçus par des agents de la police nationale qui mesurent la taille de chaque candidat, vérifient le dossier avant que ces derniers ne puissent les déposer et récupérer le précieux sésame : le récépissé.

demande concours

A environs deux km de là, au niveau de l’Ecole nationale de la police, c’est presque le même scénario. Tout le long du mur d’environ 200 mètres, les candidats sont alignés, attendant chacun leur tour. Mais pour en arriver là, ces possibles futurs policiers ont galéré. Hamidou Ouédraogo est l’un des candidats pour le concours d’entrée à la police nationale. Comme les autres, il est aussi arrêté sous le soleil attendant son tour au guichet du Stade du 4 août de Ouagadougou : « Hier, on était là vers les 8 heures mais on n’a pas pu déposer. Donc aujourd’hui,  je suis venu à une heure du matin. Actuellement, on est là et on ne sait pas s’ils pourront prendre nos dossiers ou pas. Sinon, ils arrêtent de prendre les dossiers à 14 heures. On a pratiquement dormi ici parce qu’on est venus pour dresser une liste. J’ai quitté la maison à minuit pour pouvoir m’inscrire sur la liste. Je suis là depuis une heure ». Si cela fait deux jours qu’il galère pour déposer son dossier, il a fallu réunir toutes les pièces.

La grève des greffiers a tout compliqué

Là non plus, ce n’était pas facile. Le lancement du concours a coïncidé avec la grève des greffiers au niveau de la justice. Ce qui a retardé la délivrance de certains papiers. « Pour le casier judiciaire, c’était tout un problème. On vous donne un délai de trois ou quatre jours. Dès lors qu’on a lancé le concours de la police, les greffiers sont entrés en grève. Lorsqu’on partait déposer, on m’a dit de revenir le 14 (juillet) alors que le dernier délai c’est le 15 (juillet). Pour le certificat de nationalité, c’est pareil. Cela dure deux semaines à peu près avant de l’avoir », explique Hamidou Ouédraogo.

A l’École nationale de la police, il y a du monde

A l’École nationale de la police, il y a du monde

Mais les fortunes sont diverses qu’on réside à Ouagadougou ou encore hors de la capitale. « Hier, on s’est arrêtés ici jusqu’à 14 heures. Ils ont arrêté parce qu’il y avait des gens qui ont fraudé et qui sont passés et sont rentrés avant nous. J’étais obligé de revenir à minuit pour me coucher ici. On a dressé une liste de 50. Les candidats ont mélangé cette liste. On était obligés de la reprendre ». C’est par ces mots que Sayouba Bagayan commence par expliquer son chemin de croix. Lui qui souhaite être policier dans les prochains mois a dû faire des allers et retours entre Ouagadougou et Niangologo, sa région d’origine, pour des questions de papiers.

La taille est prise en compte dans le recrutement des élèves assistants de police

La taille est prise en compte dans le recrutement des élèves assistants de police

« Par exemple, je suis né à Niangologo. Je suis venu à Ouaga pour faire mon certificat de nationalité. Quand on a regardé mon dossier, on m’a dit que le prénom du père et celui qui est sur mon acte de naissance ne sont pas les mêmes. J’étais obligé alors d’aller le refaire », explique Bagayan avant de lâcher dépité : « quand j’ai fait le certificat d’individualité on m’a dit de repartir dans ma région d’origine pour faire mon certificat de nationalité. Alors que moi je suis ici, je suis élève. Je me débrouille. Imaginez ici Niangologo, le transport fait 8500 francs pour le billet aller. Si vous comptez le retour… ». Aux guichets situés au niveau de l’école de la police nationale, c’est la même galère. Ce n’est pas ce garçon originaire de la ville Ouahigouya qui dira le contraire : « C’est le 11 (juillet) que j’ai eu mon casier. Je suis arrivé à Ouaga hier (12 juillet) et je n’arrive pas à le déposer ».

Pour avoir du travail, il faut dépenser de l’argent

En réalité, en se rendant aux guichets pour les dépôts des dossiers, ces candidats espéraient voir le bout du tunnel après un parcours difficile. Bien avant, ils ont dû sillonner les différents commissariats pour faire légaliser les différents papiers. Il faut dépenser une petite fortune pour cela. « Pour le certificat de nationalité, cela m’a coûté 800 francs CFA sans les timbres. J’ai acheté en plus deux timbres à 200 francs. Le  casier judiciaire lui m’a coûté à 300 francs. J’ai légalisé ma CNIB (carte d’identité) et le diplôme à 400 francs. J’ai aussi fait un certificat de visite et de contre visite à 1000 francs CFA. En plus de cela, il faut compter le timbre de la demande à 250 francs CFA que j’ai acheté avec les revendeurs », explique Hamidou Ouédraogo. Tout cela lui revient à 2500 francs CFA pour un seul concours alors qu’il a déjà dû dépenser de l’argent pour quatre autres passés bien avant. Attention, lorsqu’on réussit à déposer son dossier, il faut prier Dieu, comme le dit quelqu’un, pour que le dossier ne soit pas rejeté pour une erreur, une rature ou parce qu’on a oublié un papier. Auquel cas vous recommencez le rang à zéro.


Témoignage d’un candidat

Ces jeunes aident les candidats à remplir leur dossier contre de 200 francs CFA par dossier

Ces jeunes aident les candidats à remplir leur dossier contre 200 francs CFA par dossier

Que faire ? Pour presque tous les candidats, le problème est simple à résoudre. Il faudrait songer à décentraliser les dépôts des dossiers. Ce serait beaucoup plus simple et cela permettrait de désengorger les guichets du centre unique de Ouagadougou. Au Stade Municipal, c’est également le même engouement alors qu’au niveau du palais de justice de Ouagadougou, de longues files de candidats attendaient de recevoir leur casier judiciaire ou leur certificat de nationalité.

Le lendemain, petit tour au niveau des centres de Stade du 4 août et de l’école nationale de la police. A 16 heures, de longues finales de près de 100 à 200 mètres sont constitués. Les guichets ont fermé. « On va tous dormir ici parce que c’est demain (vendredi 15 juillet 2016) le dernier délai », me fait savoir un candidat que j’avais vu là-bas, la veille.

Aïd El Fitr : Après la pénitence, place à la débauche

Au Burkina, les musulmans ont fêté l’Aïd El Fitr, la fin du mois de ramadan, le 6 juin 2016. Le mois de ramadan est une période pendant laquelle les fidèles musulmans observent 30 mois de jeûn en se privant effectivement de nourriture mais aussi en multipliant les actions de bienfaisance pour obtenir les grâces de Allah. Mais après le mois de ramadan et l’Aïd El Fitr, au lieu de continuer les actions de grâce, certains musulmans retourneront à de vieilles et mauvaises habitudes.

A la place de la nation de Ouagadougou, les musulmans ont prié pour la fête de l'Aïd El Fitr

A la place de la nation de Ouagadougou, les musulmans ont prié pour la fête de l’Aïd El Fitr

Il n’est pas rare d’entendre des jeûneurs dire : « On fera telle chose après la rupture. On fera telle chose après le ramadan ou après l’Aïd ». Ce qui signifie clairement que ces derniers se donnent le droit de pêcher ou de faire tout ce qui est interdit pendant le mois de ramadan. C’est comme si c’était l’unique période pendant laquelle il était interdit de pécher. Pendant les neuf autres mois, tout est permis.

Sexe, alcool, violence. Beaucoup de jeûneurs burkinabè – faut de pouvoir les appeler véritablement musulmans – vont retourner à ces vices favoris. Si le mois de ramadan est un période de piété, de dévotion, d’adoration, elle est aussi et surtout une grande période d’hypocrisie. En effet, les mosquées sont bondées de fidèles, du coup, quelques unes sont initiées de façon occasionnelle, par endroits, pour permettre aux musulmans d’assurer les prières collectives comme le recommande le saint Coran.

Mais certains actes de bienséances sont vraiment circonstanciels dans la mesure où après la fête de l’Aïd El Fitr, beaucoup de musulmans reprennent à nouveau le chemin de la débauche. On les retrouve en faisant couler à flot l’alcool dans les maquis et bars de Ouagadougou. Ce n’est pas pour rien que des musulmans sont l’objet de raillerie de la part de leurs amis. « Les plus grands consommateurs d’alcool sont les musulmans », dit-on. Les débits de boissons connaissent de faibles affluences et la bière est beaucoup plus glacée que d’habitude.

Chez les musulmans et comme dans presque toutes les religions révélées, les relations sexuelles sont interdites avant le mariage. On pourrait se tromper pendant les onze autres mois mais pendant le mois de ramadan, il faut mieux encore faire preuve de courage pour ceux qui ne sont pas mariés afin de s’abstenir et recevoir les grâces d’Allah le Tout Puissant. Mais tout le monde tente de se rattraper après la fête de l’Aïd El Fitr et bien avant, après la rupture de jeûne le soir venu. Pourtant la fornication est plus grave encore pendant cette période. Celui qui en est coupable a manqué de considération pour les rites sacrées du mois de jeûne.

Les vulgarités, les règlements de compte, les rancœurs refoulées reprennent place après le ramadan. Et pourtant, le mois de ramadan est une porte ouverte pour le croyant qui veut se faire pardonner pour les pêchés commis et se réconcilier avec son Seigneur. C’est la période pendant laquelle le musulman doit prendre de bonnes résolutions dans la crainte de Dieu. Il doit faire preuve de dévotion. Sinon, il se trouve dans la position de celui qui décide de pécher pour aller ensuite se confesser espérant que cela suffisse à les effacer. Après le ramadan, le musulman doit être meilleur.

Ouagadougou : 2500 arbres contre du goudron

Le mois dernier, la presse burkinabè a rapporté que près de 2500 arbres seraient bientôt abattus avenue de Liberté sur la route nationale numéro 4, sur le tronçon qui part du Centre national de transfusion sanguine jusqu’ à l’échangeur de l’Est, en passant devant le parc urbain Brang-Wéogo et l’Ecole nationale des régies financières (ENAREF). L’objectif : l’aménagement de la voie. Cette information a indigné beaucoup de Burkinabè qui ne comprennent pas comment autant d’arbres peuvent être abattus dans un contexte de désertification continue et de péril écologique auxquels il faut faire face.

Le goudron va remplacer des arbres sur cette avenue

Le goudron va remplacer des arbres sur cette avenue

C’est vrai, on ne peut pas faire d’omelette sans casser les œufs. Toute personne qui emprunte cette voie se rendra rapidement compte de son état de dégradation avancée, le goudron est raccommodé, cabossé, la route est parsemée de nids de poules et son étroitesse oblige les conducteurs à se livrer à de vrais créneaux ou encore à se transformer en cascadeurs. En plus les embouteillages sont monstrueux à cet endroit aux heures de pointes ; sans parler de ce qu’il se passe devant l’hôpital Yalgado Ouédraogo, situé sur ce tronçon, les ambulances ont souvent du mal à se frayer un passage pour accéder à l’enceinte de l’hôpital ! Il est vrai que l’état de dégradation de la route et son étroitesse fait qu’elle mérite d’être aménagée pour le bonheur des usagers.

Vidéo d’une partie du tronçon à bitumer

Donc, en même temps qu’il y a nécessité d’aménager cette route, apprendre que 2500 arbres de plusieurs espèces (souvent séculaires) seront abattus est tout de même inquiétant et difficilement acceptable. En traversant cette partie de la ville de Ouagadougou on peut tout de suite constater le changement brusque de la qualité de l’air et de la qualité de l’ombrage que ces près de 2500 arbres proposent ; d’ailleurs la zone, est surnommée le poumon vert de Ouagadougou grâce au parc Bangr-Weogo, riche de plusieurs espèces végétales. Ce parc est une grande attraction de la capitale burkinabè, en le longeant on peut même apercevoir des crocodiles – sacrés dit-on – prenant un bain de soleil !
Malheureusement les Burkinabè risquent de perdre cette richesse avec l’abattage des arbres, dans un contexte d’avancée du désert les différents moyens de lutte semblent avoir du mal à être efficaces. Ne pouvait-on pas garder la végétation et refaire la route en sens unique ? C’est une possibilité. Dans ce cas, il faudrait aménager les routes qui traversent les quartiers pour désengorger l’avenue Charles de Gaulle.

En tous les cas, l’abattage de ces 2500 arbres est le symbole de l’urbanisme galopant considéré comme modèle de développement.
Mais, comme on aime nous rabâcher ici au Burkina : « la route du développement passe par le développement de la route ».