Ouagadougou : 2500 arbres contre du goudron

Le mois dernier, la presse burkinabè a rapporté que près de 2500 arbres seraient bientôt abattus avenue de Liberté sur la route nationale numéro 4, sur le tronçon qui part du Centre national de transfusion sanguine jusqu’ à l’échangeur de l’Est, en passant devant le parc urbain Brang-Wéogo et l’Ecole nationale des régies financières (ENAREF). L’objectif : l’aménagement de la voie. Cette information a indigné beaucoup de Burkinabè qui ne comprennent pas comment autant d’arbres peuvent être abattus dans un contexte de désertification continue et de péril écologique auxquels il faut faire face.

Le goudron va remplacer des arbres sur cette avenue

Le goudron va remplacer des arbres sur cette avenue

C’est vrai, on ne peut pas faire d’omelette sans casser les œufs. Toute personne qui emprunte cette voie se rendra rapidement compte de son état de dégradation avancée, le goudron est raccommodé, cabossé, la route est parsemée de nids de poules et son étroitesse oblige les conducteurs à se livrer à de vrais créneaux ou encore à se transformer en cascadeurs. En plus les embouteillages sont monstrueux à cet endroit aux heures de pointes ; sans parler de ce qu’il se passe devant l’hôpital Yalgado Ouédraogo, situé sur ce tronçon, les ambulances ont souvent du mal à se frayer un passage pour accéder à l’enceinte de l’hôpital ! Il est vrai que l’état de dégradation de la route et son étroitesse fait qu’elle mérite d’être aménagée pour le bonheur des usagers.

Vidéo d’une partie du tronçon à bitumer

Donc, en même temps qu’il y a nécessité d’aménager cette route, apprendre que 2500 arbres de plusieurs espèces (souvent séculaires) seront abattus est tout de même inquiétant et difficilement acceptable. En traversant cette partie de la ville de Ouagadougou on peut tout de suite constater le changement brusque de la qualité de l’air et de la qualité de l’ombrage que ces près de 2500 arbres proposent ; d’ailleurs la zone, est surnommée le poumon vert de Ouagadougou grâce au parc Bangr-Weogo, riche de plusieurs espèces végétales. Ce parc est une grande attraction de la capitale burkinabè, en le longeant on peut même apercevoir des crocodiles – sacrés dit-on – prenant un bain de soleil !
Malheureusement les Burkinabè risquent de perdre cette richesse avec l’abattage des arbres, dans un contexte d’avancée du désert les différents moyens de lutte semblent avoir du mal à être efficaces. Ne pouvait-on pas garder la végétation et refaire la route en sens unique ? C’est une possibilité. Dans ce cas, il faudrait aménager les routes qui traversent les quartiers pour désengorger l’avenue Charles de Gaulle.

En tous les cas, l’abattage de ces 2500 arbres est le symbole de l’urbanisme galopant considéré comme modèle de développement.
Mais, comme on aime nous rabâcher ici au Burkina : « la route du développement passe par le développement de la route ».

Au non-loti de Tabtenga à Ouagadougou, la population manque de tout

Dans le quartier non-loti de Tabtenga dans l’arrondissement 10 de Ouagadougou, la population manque de tout. Elle attend un lotissement dans la zone pour que chacun puisse bénéficier d’une parcelle, de l’eau, de l’électricité et des routes. La population a aussi besoin de centres de santé dans un quartier où règne l’insécurité. C’est à la politique de faire de ce non-loti, un endroit où la population puisse vivre heureuse malgré sa pauvreté. Pour en savoir plus écoutez ma chronique audio ci-dessous.

Burkina Faso : droit à l’héritage des terres aménagées pour les femmes rurales

Depuis le mois de mai 2016, les femmes rurales sont entrées dans la deuxième phase de leur campagne pour la prise en compte de l’attribution des terres aménagées. Elles exigent 30% des terres à travers l’interpellation des élus locaux à la faveur de la campagne des élections municipales.

Les femmes rurales veulent avoir des titres fonciers

Les femmes rurales veulent avoir des titres fonciers

Partant du constat qu’au Burkina Faso les femmes rurales héritent rarement de la terre, oubliées par les politiques dans l’attribution des parcelles aménagées et n’ayant très souvent pas de ressources économiques pour louer ou acheter des lopins de terres, les femmes rurales interpellent donc le gouvernement burkinabè mais aussi les futurs élus.Elles veulent que leur situation, liée à la  la distribution des terres aménagées soit prise en compte lors des élections municipales du dimanche 22 mai 2016.

Les femmes concernées se sont regroupées autour de la campagne « Cultivons », menée par l’ONG Oxfam et la Confédération paysanne du Faso (CPF) pour faire entendre leurs voix et interpeller les autorités burkinabè. A travers cette deuxième phase, ces femmes veulent exiger des acteurs politiques engagés dans ces élections des engagements  pour assurer le respect de  la mesure relative à l’accès et au contrôle de la terre. Six partis politiques de la majorité et de l’opposition se sont engagés à attribuer dans leur programme 30% des terres aménagées aux femmes rurales. Un décret a déjà été pris dans ce sens. Il reste maintenant à l’appliquer.

Il s’agit dans cette campagne menée au Burkina Faso de faire tomber certaines barrières, préjugés, idées reçues qui affirment que les femmes n’ont pas droit à la terre. Le problème est profond puisque les femmes, de façon générale ne peuvent pas être propriétaires.
D’abord, dans la famille de leurs parents, elles sont considérés comme des étrangères parce qu’elles sont amenées à se marier. Les terres qu’elles exploitent  ne leur appartiennent donc pas puisqu’elles sont obligées de la céder une fois mariées. 
Ensuite, chez leur époux, elles ne sont pas propriétaires terriennes parce qu’elles sont là-bas aussi considérées comme des étrangères. Les terres qu’elles exploitent sont des prêts et peuvent être retirées à n’importe quel moment. Finalement, elles ont du mal à mettre en place un programme de gestion des parcelles qu’elles exploitent.

Ces femmes qui se réclament des 60% des acteurs ruraux qui pensent pouvoir sortir de la famine près de 100 millions de personnes. Alors, pourquoi ne pas leur faire confiance ?

 

Phénomène des Garibous au Burkina : prendre le problème à bras le corps

Comment comprendre qu’un lundi, à une heure où les enfants sont supposés être à l’école, que d’autres gamins âgé souvent entre 4 et 16 ans en guenilles, pieds nus, des sébiles à la main sous la forte canicule, se promènent dans les rues de la ville de Ouagadougou pour mendier les restants de nourriture où laver des plats dans des restaurants pour avoir de quoi à manger. On les appelle garibous. Leur place, c’est à l’école.

Les garibous sont visibles aux différents carrefours de Ouagadougou

Les garibous sont visibles aux différents carrefours de Ouagadougou

Chaque jour en petits groupes, souvent seul, les garibous se retrouvent devant les feux tricolores,  les services publics ou privés, dans des lieux de regroupement et souvent même jusque dans des écoles (où se trouvent des enfants de leur âge). Ils s’y retrouvent pour mendier quelques petites pièces de monnaies. Ces enfants ont souvent quitté leurs villages situés parfois à plusieurs centaines de km de Ouagadougou, loin de leurs parents, pour tout simplement étudier le saint coran. La question religieuse est souvent soulevée pour justifier ce phénomène.

Mais les grands maîtres coraniques ont souvent montré qu’en réalité les prescriptions du saint coran sont différentes de la pratique actuelle. L’islam interdit à ses pratiquants de mendier sauf en cas de situation critique ! Une fois en ville, les garibous qui,  sont  chez un maître coranique qui, lui-même se débrouille pour avoir sa pitance quotidienne entouré souvent de plusieurs femmes et enfants qui ne bénéficient pas eux également du minimum vital, sont laissés à eux-mêmes. Ce qui les conduit irrémédiablement à la mendicité.

La vie des Garibous n'est pas enviable

La vie des Garibous n’est pas enviable

Cependant, la question des garibous posent le problème même de la pauvreté au Burkina Faso. En réalité, la question religieuse n’est qu’un prétexte des parents. La cherté des frais de scolarité soulevée par les parents est souvent la raison pour laquelle ces derniers préfèrent éloigner les enfants, des bouches à nourrir du domicile familiale. Il suffit de se promener dans la ville de Ouagadougou, pour se rendre rapidement à l’évidence que le nombre de garibous est en train d’augmenter dans la capitale burkinabè. C’est l’image même de la pauvreté et cela signifie qu’elle augmente.

Et le problème qui se pose, c’est l’avenir réservé à ces garibous. Si l’école l’apprentissage du coran est considérée comme une forme d’école, il se trouve que dans le contexte du Burkina, ces enfants n’ont à la fin de ces études aucun diplôme qui puisse leur permettre de se réinsérer dans le tissu social : ils n’ont pas appris à lire et à écrire, ils n’ont appris aucun métier ! C’est pourquoi, à partir de la majorité et ne pouvant plus mendier, la plupart devient des bandits.

Pour lutter contre la mendicité des enfants, le gouvernement burkinabè doit prévoir un véritable plan de développement qui prend en compte cette couche de la population burkinabè. Il faudrait songer donc à faire en sorte qu’à côté des écoles classiques, les études coraniques puissent être formalisées sans que les enfants aient à payer le moindre franc.

Au Burkina, les jeunes veulent-ils vraiment devenir des paysans?

Le Burkina Faso a organisé du 28 au 30 avril 2016 la Journée nationale du paysan avec pour thème : «Agriculture et lutte contre le chômage : développer et soutenir entrepreneuriat agro-sylvo-pastoral, halieutique et faunique pour l’insertion socio-professionnelle des jeunes». Malgré la pauvreté et les opportunités qu’offre la terre, les jeunes burkinabè ne sont pas forcément devenir des paysans.

Charrue

Il faut donner plus de moyens aux jeunes pour qu’ils puissent entreprendre dans le secteur agricole

Le taux de chômage au Burkina Faso selon le recensement général de la population et de l’habitation de 2006, le taux de chômage est de 2,3%. Les femmes et la couche jeune de la population sont les plus touchées. Alors pays principalement agricole, le Burkina Faso souhaite faire des jeunes un pilier pour un véritable décollage économico-agricole. C’est pourquoi le thème de la 19ème Journée national du paysan, rencontre annuelle d’échanges et de réflexion avec les autorités burkinabè, s’est intéressée particulièrement à entrepreneuriat des jeunes pour réduire le taux de chômage. Et pourtant, les paysans en majorité analphabète qui cultivent la terre sont confrontés à d’énormes difficultés qui n’attirent pas les jeunes.

Le premier obstacle à entrepreneuriat des jeunes dans le milieu agricole demeure l’accès au foncier. Au Burkina Faso, la terre appartient en général au chef de famille qui assure la gestion. Ainsi, il est difficile pour les jeunes d’avoir une grande portion de terre cultivable. Ainsi, tout comme les femmes, les jeunes ont un faible accès à la terre. En plus de cela, le taux d’analphabétisme élevé freine entrepreneuriat agricole au niveau des jeunes. D’ailleurs, même les jeunes instruits se voient mal en train de cultiver la terre. En plus de cela, le concept entrepreneuriat agricole est mal connu au Burkina Faso. Même pour les plus instruits, parler d’ «entrepreneuriat agricole» semble être adressé aux gourous en vestes ou habillés en gros pagnes bassins de la capitale.

Il faut briser des préjugés

Déjà, le système éducatif burkinabè ne favorise pas le retour à la terre des jeunes puisque ces derniers n’apprennent pas grand-chose des pratiques agricoles dans l’école classique. Ainsi, lorsqu’ils finissent le cursus classique ils ne savent rien faire de leurs deux doigts. Sur le plan de l’élevage par exemple, certaines pesanteurs socio-culturelles font croire que posséder de nombreuses vaches est un signe de richesse. Perdre un bœuf à travers la vente dans le monde rural s’avère être une grosse perte pour ces paysans qui préfèrent souvent acheter un bœuf ou de la viande au marché pour les jours de fête.

L’accès aux crédits est un autre calvaire que rencontre les jeunes pour essayer d’entreprendre. Au Burkina, les jeunes ont des idées mais ne bénéficient pas d’accompagnement. Les jeunes ne sont pas suffisamment accompagnés sur le plan des crédits parce que les critères qu’imposent les banques sont inadaptés au monde rural.

Au Burkina, devenir paysan semble être une insulte. A l’école, lorsqu’un élève avait du mal à comprendre les leçons, les instituteurs sortaient comme menacent, le fait qu’ils iraient cultiver la terre. Devenir paysan était donc synonyme d’échec car le rêve de tout élève était devenir fonctionnaire. C’est pourquoi, les jeunes ne veulent pas être des paysans au Burkina Faso. Aujourd’hui encore, ces préjugés demeurent. Pour que les jeunes puissent retour à la terre et pour développer entrepreneuriat agro-sylvo-pastoral, halieutique et faunique, il faudrait réorienter le système éducatif burkinabè en mettant l’accent sur les programmes scolaires dans ce sens mais aussi et surtout allier la théorie à la pratique.