Le Messager d'Afrique - La caméra sur la ville de Ouagadougou, le blog sur le Burkina Faso

Sport

20 avril 2012

Football : la fédération burkinabè engage un ancien tricheur comme sélectionneur

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L’équipe de football du Burkina, les Etalons a connu une débâcle honteuse à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2012) en sortant de la compétition avec zéro victoire comme à l’accoutumée. Le sélectionneur de l’équipe, le Portugais Paulo Duarte a été limogé. Pour le remplacé, la nouvelle fédération burkinabè de football (FBF) n’a trouvé autre personne que le Belge Paul Put. Radié à vie avant que sa peine se soit communié  à trois ans en appel.


Paul Put. C’est le nom du nouvel entraineur de l’équipe burkinabè de football dont le surnom est « Les Etalons ». L’ancien entraineur Paulo Duarte qui a passé quatre ans à la tête de la sélection n’a pu franchir le premier tour. Son contrat n’a pas été renouvelé pour absence de résultat. La nomination de cet entraineur comme sélectionneur des Etalons a surpris et même choqué bon nombre d’amateurs du football burkinabè. Pourquoi ? Le curriculum vitae de Paul Put est relativement parlant. Il a été trois fois meilleurs entraineurs du championnat de Belgique. Cependant, le cassier judicaire de Paul Put nous faire croire que ce dernier est de « moralité douteuse » pour emprunter les mots d’un ancien sélectionneur de l’équipe burkinabè qui se prononçait sur la nomination de ce dernier. Le Belge avait été radié à vie pour avoir truqué des matches dans le championnat belge lors de la saison 2004-2005. Il s’agit de « l’affaire Zheyun Yé » du nom d’un homme d’affaires chinois qui a fait truquer des matches au profit de parieurs mafieux. La nouvelle tête à penser de l’encadrement technique burkinabè était impliquée dans cette affaire. Cette histoire salit le nom de Paul Put et tout le travail qu’il a pu faire en tant qu’entraineur.  On  se pose désormais la question de savoir comment a-t-il fait pour être meilleur entraineur à trois reprises dans le championnat belge ? On pourrait croire que l’homme à triché pour arriver à ce niveau. Condamné à payer une amende de 40 euros et à payer la partie des frais de la cause qui le concernait, Paul Put à trainer les pieds avant de s’en acquitter.

Pour une question d’intérêt nationale, la FBF aurait dû avoir un autre regard. Exemple. Ne serait-ce que pour les dossiers de concours au Burkina, les candidats sont tenus de  joindre leur cassier judiciaire. Quel exemple un entraineur coupable de tricherie peut-il donner à ses joueurs ? Quel discours peut-il tenir devant ces derniers ? La FBF aurait dû en tenir compte. Chaque fois que les journalistes parleront du Burkina Faso, ils feront mention, par devoir d’informer, de ce passé non élogieux. Ce qui n’est pas pour grandir le « Pays des hommes intègres ». La bonne moralité du sélectionneur aurait dû être l’un des premiers critères d’éligibilité au poste de selectionneur de l’équipe nationale.

Paul Put, veut à travers les Etalons se refaire une image et c’est le Burkina Faso qu’il l’offre cette opportunité. Sans manquer de respect à la Gambie, avec les Etalons le technicien Belge retrouve une équipe plus prestigieuse. Ce qui peut lui permettre d’atteindre cet objectif.

Le Burkina Faso n’avait pas besoin d’un entraineur avec une tache noire sur son cassier judiciaire. D’abord, à cause de « l’affaire Hervé Zengue » du joueur d’origine camerounaise dont la nationalité avait été contestée par la Namibie. Il s’en ait suivit une bataille juridique entre les deux fédérations et entre celle de Namibie et la Confédération Africaine de Football (CAF). « l’affaire Zengué » a crée une véritable psychose. Les Burkinabè ayant même douté de la participation de leur sélection à la Can. En plus, l’équipe des moins de 17 ans a connu des problèmes sur le plan administratif. Les âges de certains joueurs ne correspondRaient pas à ceux inscrits sur la liste de la FIFA pendant le mondial des moins de 17 ans disputé au Mexique en 2011.

Au plan purement sportif sur le continent, Paul Put entraineur de la Gambie entre 2009 et 2011 n’a pas fait mieux que Paulo Duarte. En quatre ans, il n’a pas réussi à qualifier la Gambie à la CAN. En plus, il a été battu une fois à Ouagadougou (3#1) par Paulo Duarte qui entrainait les Étalons. Au match retour, les deux formations se sont séparées sur un score nul (1#1).  Donc sur deux matches, Paul Put n’a pas su prendre le dessus sur celui qu’il remplace. Il a lui aussi été remercié par la fédération gambienne de football pour insuffisances de résultats. Une logique de la nouvelle fédération difficilement compréhensible. Lors de sa présentation à la presse, il a présenté aux journalistes, des papiers l’autorisant à entrainer à nouveau. Même s’il a purger sa peine, le fait est que cette histoire le suit pour toute la vie.

Malgré tout, les Burkinabè se doivent de soutenir Paul Put dans sa nouvelle tâche, car lorsque ce dernier perdra son match, on ne dira pas, « Paul Put a perdu » mais « le Burkina Faso a perdu » !

Droits de l'Homme

26 février 2012

« Affaire Adama Kima » : Après le limogeage du ministre, place à la justice

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Que justice soit faite. C’est désormais ce qu’attendent les Burkinabè après le limogeage du ministre de la justice et de la promotion des droits humains qui aurait fait tabassé un jeune mécanicien du nom de Adama Kima par les gardes de la sécurité pénitentiaire (GSP). Les Burkinabè ont réclamé son départ. Ce qui est fait. Désormais, le souhait est qu’il soit jugé devant les tribunaux pour que finisse le sentiment d’injustice qui régnait au « Pays des hommes intègres ».


Le ministre de la justice en charge également de la promotion des droits humain Jérôme Traoré a été limogé du gouvernement burkinabè. Nommé le 31 avril 2011 alors que le pays traversait une crise avec les manifestations des élèves et étudiants, des mutineries des militaires, les grèves des juges et des magistrats etc., Ce gouvernement était sensé trouver une solution à cette crise était arrivé plus ou moins à la juguler. Mais Jérôme Traoré aura fait moins d’une année à la tête du département de la justice. Il a été emporté par l’affaire « Adama Kima » du nom du jeune mécanicien, qu’il aurait fait battre par des éléments de la garde de sécurité pénitentiaire (GSP). Adama Kima a faillit se faire écraser sur la route  par le ministre. Le mécanicien aurait donc manifesté son mécontentement. Le ministre a mal digéré que celui-ci lui fasse la leçon. C’est ainsi qu’il aurait décidé de lui régler son compte. Selon le témoignage du jeune homme, il l’a fait conduire au commissariat comme un voleur. Malgré le refus des policiers dans un premier temps de garder un homme battu sans véritable motif, il passera la nuit au commissariat sans que sa famille ne soit informée.

Le comportement du ministre a suscité l’indignation de la majorité des Burkinabè. Sur les forums, de nombreux internautes ont réclamé le limogeage du ministre de la justice. Ce qui fut fait à l’issue du conseil des ministres du mercredi 23 février 2012. Une décision saluée par les Burkinabè car le plus choquant dans cette histoire, c’est que ce soit le ministre en charge des droits humains qui se fasse lui-même justice. Pendant longtemps, les Burkinabè ont eu le sentiment de vivre dans un contexte d’injustice, d’être sous la domination des « grands » de ce pays. Lorsqu’un citoyen a un problème avec une personnalité haut placé, celui-ci n’avait pas de chance de se faire entendre. La simple phrase « tu sais qui je suis », suffisait à dissuader toute personne de porter plainte.

Le limogeage du ministre en charge de la justice est un premier pas. Jérôme Traoré devrait s’expliquer devant les tribunaux pour que le peuple burkinabè puisse comprendre les motivations de celui qui devaient  faire régner la justice et les droits humains dans son pays, des valeurs pour lesquelles, il est passé dans de grandes universités avant de venir aujourd’hui les bafouer. Comme l’a dit Adama Kima sur son propre compte lors de son témoignage:

« Que j’aie raison ou pas, j’aimerais que la torture disparaisse du  Burkina Faso. Qu’on me juge et me condamne si je suis en faute ! Avec cette pratique-là, on peut tuer quelqu’un sans savoir s’il a raison ou pas ».

Tous ceux qui sont impliqués dans cette affaire doivent répondre. D’abord, l’homme en tenue qui est allé ramener le mécanicien dans la cour du ministre sous la menace d’un pistolet automatique. Ensuite, les gardes de la sécurité pénitentiaire auteurs des coups et leur chauffeur.

En plus de cela, les policiers qui ont gardé Adama Kima au commissariat devraient être entendus car selon les témoignages, ils auraient eux même reconnu qu’ils n’avaient pas le droit de garder dans leurs locaux quelqu’un qui a été tabassé en plus sans motif. Les Burkinabè veulent sentir le vent de la justice souffler dans leur pays, et « l’affaire Adama Kima » doit être l’un des facteurs déclencheur afin que tous aient le sentiment d’être égaux devant la loi quelque soit leur statut.

Droits de l'Homme,société

23 février 2012

Quand un ministre de la justice se rend justice

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Les vieux démons refont surface au Burkina Faso. Après l’affaire des cantines plein d’argent retrouvés chez le proche de l’ancien directeur général de la douane, c’est au tour du ministre en charge de la justice de se rendre s’illustrer négativement. L’homme sensé faire régner la justice et assurer les droits humains au Burkina Faso a fait tabasser un jeune mécanicien qu’il a failli cogner dans la circulation.

Un ministre de la justice a fait battre ce mécanicien

« Tu fais, on te fais et puis il n’y a rien ». Les Burkinabè pensaient que l’époque on certains dignitaires du régime, disaient cela était révolue. Mais non. La pratique persiste toujours. « Tu fais, on te fait et puis il n’y a rien » signifie « si tu oses dire quoi que ce soit, on te règle ton compte. Et tu vas te plaindre là où tu veux ».

Les Burkinabè sont abasourdis de lire dans le journal l’Observateur Paalga du mardi 21 janvier 2012, l’histoire du mécanicien qu’a fait tabasser le ministre de la justice, de la promotion des droits humains, gardes sceaux. Une histoire qui montre combien l’impunité et l’injustice sont encrés dans l’esprit des dirigeants et sévissent au Burkina Faso. Pour ceux qui ne sont pas au parfum de cette histoire, je laisse parler le jeune homme bastonné Adama Kima.

«Hier soir vers 19h (Ndlr : dimanche 19 février 2012), je marchais sur la voie de Boinsyaaré (Ndlr : l’avenue 14-54) à quelques mètres de la station Shell. Un véhicule est arrivé et a viré pour entrer dans une cour. Dans son virage, il a failli me cogner et j’ai gesticulé pour manifester mon mécontentement. L’homme au volant a alors baissé la vitre pour me demander des comptes. Je lui ai signifié que sa conduite n’était pas bonne. N’ayant pas apprécié que je lui donne des leçons, il m’a demandé de le suivre ; chose que je n’ai pas faite, bien au contraire, j’ai changé de voie pour continuer ma route. Il a envoyé un homme en tenue me chercher en me menaçant d’un P.A. Nous sommes retournés ensemble dans la cour. Le monsieur qui était dans la voiture en est sorti et m’a demandé de m’asseoir à même le sol. Il a ensuite appelé la police et les GSP (Ndlr : Garde de sécurité pénitentiaire). Les derniers appelés ont été les premiers à arriver sur les lieux. Ils étaient quatre : un chef, un chauffeur et deux agents. Les deux agents m’ont demandé si je savais à qui j’avais affaire. J’ai répondu par la négative et ils ont commencé à me tabasser. Ils m’ont menotté, tapé sur la face avec ma propre ceinture jusque dans leur véhicule, un Land Cruizer de couleur bleue ».

Monsieur Kima dormira au commissariat bien que les policiers aient reconnu qu’il ne pouvait pas recevoir dans leurs locaux une personne déjà battu.

Ce qui choque le commun des mortels, c’est qu’il s’agit un homme chargé de la bonne marche de la justice, du respect des droits humains, de l’égalité de tous les Burkinabè etc., qui s’est fait coupable de cet acte en décidant de se rendre justice lui-même. Ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. « Sinon, on te fait et puis y a rien ». Combien sont-ils victimes des injustices de ceux qui se prennent pour des « gourous » de ce pays comme si l’on était dans un état sans droit? Personnellement, j’ai vu une situation pareille au Stade du 4 août de Ouagadougou lors d’un match de football. Un gendarme s’est fait menacer par un député du pays. Le chauffeur du député a voulu garer sa voiture à un endroit non indiqué pour cela. Le gendarme a tenté de le lui faire comprendre. Le chauffeur insista pour garer la voiture. Avec le refus du gendarme, il a fait appel à son patron, un député bien connu pour son amour le football, qui est venu intimider le chauffeur avec la traditionnelle question : « tu sais qui je suis ? ».

Eh oui ! Au Faso, on roule à deux vitesses. Tout cela marque le décalage qui existe entre les Burkinabè. Il y a les Burkinabè d’en haut bénéficiant de tous les droits et devoirs. Leur parole est incontestée. Ceux qui osent le faire, « on les fait et puis y a rien ». Il y a les Burkinabè d’en bas, obligés de subir le dictat des Burkinabè supposés être supérieurs. Une inégalité effroyable qui ne date pas d’aujourd’hui.

L’histoire de ce mécanicien est la preuve palpable de l’injustice dont sont victimes les Burkinabè. Ils sont nombreux ceux qui la subissent sans pouvoir se faire entendre : ils n’ont pas beaucoup de CFA, « parce que tu fais, on te fait et y a rien ». Même si à longueur de journée, on crie aux Burkinabè qu’ils sont tous égaux devant la loi, certains faits comme celui-ci tendent à prouver le contraire. Ils arrivent au Burkina que lorsque certaines personnes obtiennent une parcelle de pouvoir, ils tentent d’en abuser.

Certains oublient, que le Burkina Faso a connu une crise socio-politique sans précédent lors du premier semestre de l’an 2011 après la torture qui a conduit à la mort de l’élève Justin Zongo. Le pouvoir du chef de l’Etat a même vacillé. On avait crié les mêmes maux : injustice, impunité, abus d’autorité etc. Un gouvernement de sortie de crise a été nommé. Ce qui a permis au ministre d’occuper ce poste… Ils n’ont toujours pas retenu les leçons du passé.

Le ministre de la justice doit être le premier a enseigné les valeurs d’égalité, de respect des droits de l’homme aux citoyens. Et lorsque ce dernier adopte un comportement contraire à ces principes, il doit être demi de ses fonctions car comme l’a si bien dit Adama Kima : « Que j’aie raison ou pas, j’aimerais que la torture disparaisse du  Burkina Faso. Qu’on me juge et me condamne si je suis en faute ! Avec cette pratique-là, on peut tuer quelqu’un sans savoir s’il a raison ou pas».