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Le Messager d'Afrique depuis Ouagadougou
28. mars
2014
Droits de l'Homme
5

Affaire Norbert Zongo : l’Etat burkinabè obligé de rouvrir le dossier !

Victoire pour le Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) et la famille du journaliste assassiné Norbert Zongo. La Cour africaine des droits de l’homme et des peuples basés à Arusha (Tanzanie) qui a relevé des carences  dans le traitement de cette affaire a condamné le Burkina pour violation des droits humains.

La vérité pourrait être faite sur l'affaire Norbert Zongo après la décision de la cour africaine d'Arusha
La vérité pourrait être faite sur l’affaire Norbert Zongo après la décision de la cour africaine d’Arusha

Lueur d’espoir pour la famille de Norbert Zongo et les mouvements et associations de lutte pour les droits de l’homme au Burkina Faso après le verdict de la Cour Africaine des droits de l’homme et des peuples sur ce dossier qui lui avait été soumise. Alors que la justice burkinabè attendait des « éléments nouveaux » ou encore de nouvelles preuves la justice africaine vient de donner une chance pour faire éclater la vérité sur l’assassinat du journaliste d’investigation Norbert Zongo et ses compagnons (son frère Ernest Zongo, son chauffeur Abddoulaye Nikièma dit Ablassé et son ami Blaise Ilboudo). La cour d’Arusha a relevé comme incohérence dans le dossier de Norbert Zongo la durée de l’affaire (huit ans entre les premières investigations et l’ordonnance de non-lieu d’août 2006), des faiblesses au niveau de l’investigation. Selon la cour, le Burkina n’a pas exploré les autres pistes d’investigations mentionnées dans le rapport relevé par la commission d’enquête de 1999, l’audition tardive de la partie civile et le non-lieu prononcé en faveur du principal inculpé conduisant la fermeture du dossier alors qu’aucun coupable n’a été trouvé. Tout cela a fait dire à la cour d’Arusha que le Burkina n’a pas respecté les droits des plaignants.

Même s’il faut encore les commentaires des différentes parties, il est fort probable que la cour d’Arusha décide de la réouverture du dossier Norbert Zongo. « Les choses devraient repartir à zéro. En principe l’Etat burkinabè devrait rouvrir ce dossier et le traité avec beaucoup plus de sérieux qu’il ne l’a fait jusqu’ici. Nous seront exigeants et intransigeants avec toute la mesure qui se doit, nous allons prendre les dispositions pour que les choses se fassent dans les règles de l’art », a confié Chrysogome Zougmoré le Président du MBDH à la Radio Liberté (avec laquelle je travaille).

Le 13 décembre 1998, le cadavre de Norbert Zongo et ses compagnons ont été découvert calcinés à Sapouy, un village situé à X km de Ouagadougou. Si le gouvernement au départ avait avancé la thèse de l’accident, la commission nationale d’enquête mise sur place à travers la pression populaire a conclu dans son rapport rendu public en mai 1999 que le journaliste burkinabè a été assassiné pour ses activités journalistiques. Les investigations avaient désigné six suspects sérieux (le caporal Wampasba Nacoulma, le sergent Banagoulo yaro, le soldat Christophe Kombasseré, le soldat Ousseni Yaro, l’adjudant Marcel Kafando Le le Sergent Edmond Koama) tous membres de la garde présidentielle. Selon le rapport, Norbert Zongo a été assassiné parce qu’il enquêtait sur la disparition de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré, le frère cadet du Président Blaise Compaoré. Le seul inculpé l’adjudant Marcel Kafando avait bénéficié d’un non-lieu.

Le MBDHP, la famille de Norbert Zongo et ses compagnons ont saisi la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples le 11 décembre 2011. La cour s’était qui a pris connaissance du dossier le 21 juin 2013 a jugé le dossier les 28 et 29 novembre 2013. 

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25. mars
2014
culture
1

Burkina : faut-il mettre les cultures en concurrence ?

Non ! Je ne suis pas d’accord que l’on mette en compétition des cultures. De quel droit peut-on dire qu’une culture est supérieure à une autre ? De quel droit peut-on juger une tradition supérieure à une autre ? De quel droit peut-on dire qu’une coutume est supérieure à une autre ? Je me pose ces questions ou plutôt elles me préoccupent parce que le Burkina Faso et particulièrement la ville de Bobo fête depuis le samedi 22 mars 2014, la Semaine nationale de la culture (SNC). Il s’agit d’une manifestation pendant lesquelles différentes troupes culturelles du pays s’affrontent dans plusieurs catégories.

(ph Yempabou Ouoba)
(ph Yempabou Ouoba)

Tous les deux ans, se tient à Bobo Dioulasso, capitale économique du Burkina Faso, la Semaine nationale de la culture (SNC). Il y a  les préliminaires, et pendant sept jours les troupes de tout le pays s’affrontent en chant, danse, sport (lutte, tir à l’arc), littérature … A l’issue de ces prestations, les meilleurs sont désignés. Cependant, je suis opposé que l’on mette des cultures en compétitions. Je me demande sur quel critère peut-on juger qu’un groupe ethnique qui met l’accent sur les épaules (Gourmantché) dans la danse est supérieur à celui qui utilise ses reins (Mossi de Zorgho par exemple) ou encore celui qui préfère les pieds (Yadsé, Mossi du Nord) ? De quel droit peut-on juger la prestation scénique d’un groupe qui donne dos au public pour danser (les Peulh par exemple) tandis que dans la culture d’un autre il est interdit de le faire ?

(ph. Yempabou Ouoba)
(ph. Yempabou Ouoba)

Dans certaines cultures du Burkina, les artistes dansent plutôt autour du public alors qu’à la Semaine nationale de la culture, ils sont tous obligés de faire face. De quel droit peut-on juger la gastronomie d’un groupe ethnique par rapport à celle d’un autre ? Les différences culturelles ne sont pas prises en compte dans un tel concours. Je ne vois pas l’opportunité de classer donc les différentes troupes qui vont prester pendant toute cette semaine.

(ph. Yempabou Ouoba)
(ph. Yempabou Ouoba)

A mon avis, on ne peut juger une culture par rapport à une autre. Cela reviendra à mon avis à comparer le « Blanc » et le « Noir » ou par exemple à faire une comparaison entre la culture occidentale et la culture africaine. Il n’y a pas de comparaison à faire parce que toutes les cultures se valent, chacune a sa richesse… Par respect pour l’autre, j’estime qu’il faut éviter de comparer !

Vive la Semaine nationale de la culture au Burkina!

La maison de la culture de Bobo Dioulasso où se tiennent les compétitions de la semaine nationale de la culture n’a pas été construite en tenant compte des différences de chaque groupe ethnique, culturel… Ainsi, les artistes sont obligés de se produire en fonction de critères établis par un jury qui ne tient pas compte des spécificités de chaque groupe.

(ph Yempabou Ouoba)
(ph Yempabou Ouoba)

J’aurai préféré qu’au lieu de parler de compétitions et de récompenses que cette Semaine nationale de culture, biennale, qui magnifie la culture puisse se ressentir sur tout le territoire national en encourageant les Hommes intègres à « consommer burkinabè » à travers l’habillement, la musique diffusée sur les stations de radio et de télé, les mets, etc. Néanmoins, je salue cette initiative des autorités burkinabè. La Semaine nationale de la culture initiée depuis 1984 est une occasion de valoriser la culture burkinabè en mettant en lumière sa diversité et son patrimoine.

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22. mars
2014
Politique
2

La publication des photos de Charles Blé Goudé profite à la CPI

La Cour pénale internationale (CPI) a obtenu le transfèrement de l’ancien leader de la galaxie patriotique Charles Blé Goudé. La décision de l’Etat ivoirien de le remettre à la justice internationale fait suite aux publications de ses photos dans la presse le montrant dans de mauvaises conditions de détention. Blé Goudé est accusé par la CPI, de meurtres, de viols et autres formes de violences sexuelles, d’actes de persécution, etc.

L'une des photos qui ont créé la polémique sur les conditions de détention de Charles Blé Goudé
L’une des photos qui ont créé la polémique sur les conditions de détention de Charles Blé Goudé

La Cours pénale internationale (CPI) a enfin obtenu l’extradition de l’ancien leader de la galaxie patriotique Charles Blé Goudé. Une décision prise par le gouvernement ivoirien après le feuilleton des publications des photos de Charles Blé Goudé et de Jean-Yves Dibopieu. Les droits de ces hommes semblaient à la vue de ces images être bafoués. Après la publication de ces photos, des polémiques autour de leur authenticité sont nées, mais surtout la question s’est posée de savoir à qui profitaient ces publications.

De prime abord, ces photos de Charles Blé Goudé, en culotte, couché à même le sol, barbu, ont desservi le pouvoir ivoirien qui a été obligé de publier de nouvelles photos montrant cette fois-ci, Blé Goudé dans des conditions acceptables. De toute évidence, ces photos de Blé Goudé n’étaient pas fausses. On a d’abord pensé que tout cela profitait au Front populaire ivoirien (FPI) qui avait de nouveaux éléments pour attaquer Alassane Ouattara. La presse proche de l’opposition a saisi la balle au bond pour traiter le gouvernement ivoirien de tous les noms de mauvais oiseaux.

Avec la décision du gouvernement ivoirien, la question se pose désormais de savoir si tout cela n’a pas été manigancé par la CPI elle même. Celle-ci a longtemps réclamé et avec insistance, le transfèrement de Blé Goudé à La Haye. Le gouvernement ivoirien a résisté, mais cette fois-ci, la pression semblait être trop forte. Ces photos étaient la preuve que le gouvernement ivoirien n’était pas capable d’offrir des conditions acceptables de détention à Charles Blé Goudé et par extension, un procès équitable. Il y a sûrement eu beaucoup de tractations dans les coulisses avant, pendant et après la publication des photos.

La publication de ces photos a eu pour avantage de mettre en confrontation les deux camps (pro-Gbagbo et pro-Ouattara). La CPI dans un tel contexte se devait de jouer l’arbitre impartial. Ce qu’elle a réussi à obtenir. Pourtant, le transfèrement de Blé Goudé ne plaît ni aux pro-Gbagbo ni aux pro-Ouattara. D’ailleurs, Affi N’Guessan le président du FPI a affirmé que cela portait un coup au processus de réconciliation. Ce qui est juste puisqu’ils ont trouvé un mobile pour se rétracter une nouvelle fois dans les pourparlers. Du côté des pro-Ouattara, on aurait bien voulu utiliser Blé Goudé comme un moyen de négociation avec le camp d’en face.

Après le transfert de Laurent Gbagbo et désormais de Blé Goudé, la CPI voudra sûrement entendre très prochainement les pro-Ouattara qui ne sont pas exempts de tout reproche pendant cette crise qui a secoué le pays durant 10 ans. Des massacres ont été enregistrés dans cette région pro-Gbagbo. Certains d’entre eux ont été coupables d’actes inhumains notamment dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. La CPI a peut-être brandi des menaces dans ce sens. « Si le gouvernement ivoirien ne livre pas Blé Goudé, elle délivra donc un mandat d’arrêt contre les partisans de Ouattara ». 

Mais s’il s’agissait aussi d’une manigance du pouvoir ivoirien pour livrer facilement Blé Goudé à la CPI? Si c’était le cas, cela revient à la même chose. C’est la CPI la grande gagnante dans cette histoire.

La CPI a eu gain de cause. Désormais, la question qui se pose est de savoir : « A qui le tour?»

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17. mars
2014
Histoire
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Dire Burkinabè (Femme ou homme intègre) et non Burkinabaise

J’ai souvent constaté dans médias, dans des discours officiels, les gens disent « la population burkinabaise » pour parler des habitants du Burkina Faso. La réalité est que « burkinabè » est invariable. J’écris ce billet pour faire mise une mise au point.

(ph. Yempabou Ouoba)
(ph. Yempabou Ouoba)

 

Avant 1984, l’actuel Burkina Faso portait le nom de Haute Volta. Un nom hérité de la colonisation. Les Voltaïques ignoraient même la signification de ce donnée en hommage à trois fleuves qui portaient ce nom et qui traversent le territoire.

En 1984, la Haute Volta devient Burkina Faso qui signifie « Pays des hommes intègres ». Ce nom est tiré des langues du terroir. « Burkina » vient du mooré, la langue la plus parlée dans le pays, qui signifie « intègre ». Le Président Thomas Sankara a adopté ce nom en tenant compte des valeurs des Burkinabè qui se caractérisaient comme telles. Il a voulu valoriser ces qualités. Burkina est aussi le nom d’un quartier de la ville de Koudougou situé à près d’une centaine de km de Ouagadougou.

« Faso » est tiré du Dioula, la deuxième langue la plus parlée dans le pays. Faso signifie « la terre des ancêtres », « territoire » etc. Dans ce contexte, il signifie « Pays ». Comme le dit la constitution du Burkina Faso, le « Faso » est la forme républicaine de l’Etat.

C’est pourquoi, on ne dit pas la « République du Burkina Faso », « République du Faso » ou encore « République du Burkina ».  Donc, pour designer le pays, il faut juste dire « Burkina Faso » ou « Burkina » tout simplement. Et pour ce qui concerne le chef de l’Etat ou le Président de la République, l’appellation officielle est « Président du Faso » et non « Président de la République ».

Les habitants du Burkina Faso sont les Burkinabè. Thomas Sankara a juste ajouté le « Bè » qui signifie « les ressortissants de », désignant donc un habitant. Il est invariable parce que ce n’est pas un terme français mais aussi parce qu’il est invariable dans cette langue. « Bè » est tiré de la  langue fulfudé parlée par les Peulh.

En parcourant Wikipedia, j’ai pu lire ceci : « En français, on utilise également les mots Burkinais ou Burkinabés pour désigner les habitants ». Ce qui est totalement faux si vous avez bien suivi les explications données plus haut. Burkinabè est INVARIABLE !

Ce que l’on ignore également, Thomas Sankara a changé beaucoup d’autres symboles. Par exemple, l’hymne nationale qui était « Fière Volta » est devenue la Dytaniè de la langue lobiri parlée par les Lobi. La dytaniè signifie « la chanson de la victoire » dans cette langue. L’avion Présidentiel du Burkina Faso est le « Pic du Nahouri » en référence au plus haut sommet de Burkina. Les différents fleuves du Burkina que sont La Volta Noire, La Volta Blanche, La Volta Rouge (également les couleurs de la Haute Volta) vont prendre les noms respectifs de Mouhoun, Nakambé et le Nazinon. Toutes ces dénominations sont issues des langues du terroir.

L’objectif de Thomas Sankara était l’unification d’une société multi-ethnique mais aussi de permettre au pays de valoriser on potentiel local. Au Burkina Faso, il y a plus de 60 ethnies.

 De la Haute Volta au Burkina Faso en passant par la Côte d’Ivoire!

La zone de l’actuel Burkina Faso conquise en 1894, il était désigné par la Haute Volta alors que l’actuel Côte d’Ivoire était la basse Volta. Le pays a faillit ne jamais plus exister puisque la Haute Volta sera partagée et incluse dans les colonies du Haut Sénégal et du Niger. Avant de se reconstituer en 1924. Ce sera pour un bref instant puisque la Haute Volta sera à nouveau partagé entre les Colonies de la Côte d’Ivoire, du Soudan (actuel Mali) et du Niger. Les colons expliquent ce partagent par le fait qu’il s’agit d’une région sèche et improductive. Pourtant, les Voltaïques sont réputés êtres de grands travailleurs. Ce partage permet d’organiser le voyage de plusieurs Voltaïques dans les champions de cacao, de café en Côte d’Ivoire, de Coton et la construction voies au Mali et la mise en valeur du bassin du fleuve Niger.

Le Mogho Naba Saaga, chef des Mossi de Ouagadougou et plusieurs autres intellectuelles vont se battre pour qu’elle soit rétablie à ses frontières actuelles après la deuxième guerre mondiale. Ce combat porte fruit puisque la région administrative de Haute Côte d’Ivoire sera créée pour, par la suite, retrouver son intégrité territoriale en 1937. Il sera reconnu sous le nom de la région de Haute Côte d’Ivoire et l’actuel Côte d’Ivoire étant la basse Côte d’Ivoire. A ce sujet, il faut signaler que les Ivoiriens et les burkinabè auraient pu avoir la même nationalité.  Il va retrouver ses limites de 1932 dix ans plus tard soit en 1947 sous le nom de Haute Volta.  La Haute Côte d’Ivoire et la Basse Côte d’Ivoire fusionnent et sont représentés à l’Assemblée Nationale française par les mêmes députés que sont Félix Houphouët Boigny, Ouezzin Coulibaly et Phillipe Zinda Kaboré.

La Haute Volta prendra son indépendance en 1960 comme la plupart des Etats de l’Afrique sous la Présidence de Maurice Yaméogo chassé à l’issue d’un soulèvement populaire. La première fois en Afrique ! Vont suivre des coups d’Etats (25 novembre 1980 Saye Zerbo remplace Sangoulé Lamazina. Il sera remplacé à son tour par Jean Baptiste Ouédraogo en 1982). En 1983, Thomas Sankara et trois de ses camarades d’armes renversent Jean Baptiste Ouédraogo le 4 août. Une année après le pays devient Burkina Faso qui signifie dans la traduction Mooré et Dioula : « Pays des Hommes intègres ».

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13. mars
2014
Education
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Le « symbole », ce moyen de pression pour parler le français au primaire

Dans un pays comme le Burkina Faso où le taux d’analphabétisme est élevé, les enfants partent à l’école sans savoir parler le français au préalable. Pourtant, c’est dans cette langue qu’ils sont formés. Au Burkina, l’enseignant n’apprend pas seulement à lire et à écrire en français à l’enfant, mais il lui apprendre aussi à parler la langue. Pour cela, les méthodes ne sont pas toujours catholiques.

(ph. https://www.catherine-ousselin.org/francais.html)
(ph. https://www.catherine-ousselin.org/francais.html)

Dans mon école (primaire), à moins d’une centaine de kilomètres de Ouagadougou, les enseignants avaient le souci de faire parler le français aux élèves que ce soit en classe ou dans la cour de récréation. A la place de la chicotte, ils avaient trouvé comme moyen de pression le port du « symbole » à tout élève qui parlerait une langue locale en étant à l’école. Cette idée daterait même de l’époque coloniale. Ainsi, lorsqu’un élève parle une langue locale à l’école, il était puni.

Ce qu’on appelle symbole peut être le crâne d’un mouton, des pattes d’animaux, des os… un truc sale et dégoûtant en général.  Ce symbole qu’il portait lui permettait d’être reconnaissable par tout le monde. Le porteur l’avait sur lui et rentrait avec pour le ramener le lendemain à l’école. Il le gardait tant qu’il ne trouvait personne d’autre à qui le passer.

Pour trouver une autre victime, il fallait donc jouer aux espions. Les porteurs du symbole épiaient donc les conversations de leurs amis et souvent des élèves des classes inférieures pour leur faire porter le symbole.

Si l’objectif est d’amener tous les enfants à parler couramment le français, il était plutôt un symbole d’humiliation pour eux. Certains élèves , choqués par les moqueries, ont préféré quitter l’école.

Cela se comprenait aisément puisque les élèves qui portaient le symbole étaient mis de côté. Ils ne pouvaient causer avec personne. Car chacun avait peur de faire parler une langue locale en présence de lui. Le symbole sentait mauvais et les porteurs aussi avec. Car les cranes de l’animal qu’il portait était en putréfaction.

Il paraît que le port du symbole continue encore. J’espère qu’il n’a pas toujours ce même côté pervers. 

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24. févr.
2014
Politique
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Burkina : De quoi a-t-on peur ?

L’actualité politique au Burkina Faso, ces derniers mois, est marquée par le débat autour de la modification de l’article 37 de la constitution du Burkina qui limite le mandat présidentiel à cinq ans, renouvelable une seule fois et sur l’instauration d’une deuxième chambre. Si ces débats sont normaux à mon avis, certains veuillent voir en l’actuelle situation, la naissance d’une crise pareille à celle ivoirienne.

Les armes ne crépiteront pas au Burkina Faso
Les armes ne crépiteront pas au Burkina Faso

« Que Dieu sauve le Burkina », « Que la paix règne sur le Burkina », « Préservons le Burkina ». Ce sont des propos que l’on entend sur les forums, les discours de certains hommes politiques, les lettres ouvertes dans les journaux etc. A lire ou écouter ces propos, on a comme l’impression que le Burkina Faso va brûler. Pourquoi ? Face aux velléités du parti au pouvoir le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) de modifier l’article 37 de la constitution burkinabè pour permettre à Blaise Compaoré de se représenter une nouvelle fois, l’opposition  s’est exprimée par un niet. Les manifestations du 29 juin 2013 et du 18 janvier 2014 a connu des succès incroyables donnant ainsi le rapport de force en défaveur du Président Blaise Compaoré. La contremanifestation menée par le CDP et la Fédération Burkinabè pour la Paix et le Progrès avec Blaise Compaoré (FEDAPBC), même si ces derniers ont convoyé depuis les provinces du Burkina des femmes et des jeunes qui auraient même reçu de l’argent, ont montré que les positions étaient bien tranchés et chaque camp reste sur sa position.

Partant de ce constat, un groupe de « médiateurs autosaisis» a décidé de mener des négociations afin que les deux parties à savoir l’opposition burkinabè renforcée par des démissionnaires du parti au pouvoir le CDP qui ont créé le Mouvement Populaire du Peuple (MPP) et le camp de Blaise Compaoré qui est pour la modification de l’article 37. Cette démarche, selon les médiateurs a pour objectif de préserver la paix sociale. Une situation qui semble renforcé la peur des Burkinabè sur une éventuelle crise aux issus incertaines.

Mais qui a dit que le Burkina va brûler ? Ce qui se passe au « Pays des Hommes intègres » est tout à fait normal politiquement. Il est normal que dans un pays démocratique, que chaque tendance veuille exprimer ses positions sur les lois qui régissent le pays. Tous ces tiraillements sont normaux. Il ne faudrait donc pas que les hommes politiques burkinabè transportent le débat sur un autre terrain que celui de la politique. Si le parti au pouvoir a fait marche arrière sur la loi portant instauration du sénat, c’est parce qu’il a constaté que le rapport de force n’est pas en sa faveur. Bien sûr, c’est pour la préservation de la paix sociale.

A mon avis, la coalition CDP et FEDAP/BC qui joue ses dernières cartes pour modifier l’article 37 n’ira pas jusqu’au  tant que le rapport de force sera en sa défaveur comme c’est le cas actuellement. Cette « crise » est différente de celle de 2011 pendant laquelle toutes les couches sociales ont manifesté leur désappointement. Le Burkina Faso est en train de vivre le scenario du 3 janvier 1966 où les Burkinabè, par leur mobilisation pacifique avait contraint le Président Maurice Yaméogo a démissionné à cause des nombreuses décisions impopulaires qu’il avait pris à l’époque. Le scenario sera différent parce que le contexte est différent. Le Burkina ne brûlera pas parce que les Burkinabè ne sont pas opposés entre eux. 

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17. févr.
2014
société
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Quand la pauvreté conduit à la maltraitance des animaux

J’étais particulièrement fier de publier cette photo que vous trouverez en cliquant ici. Il s’agit d’un homme conduisant son âne sur une charrette après, surement, une journée de dur labeur. Si la photo fait sourire, il témoigne quand même de la prise de conscience de cet homme que les animaux, que nous utilisons pour nos travaux (au champ, le transport de bois, de bagages etc.), ne sont pas des machines infatigables. Même que les machines ont besoin souvent de maintenance.

Un âne épuisés que tentent de relever des femmes dans à Ouagadougou
Un âne épuisés que tentent de relever des femmes dans à Ouagadougou (photo Hamed Ouoba)

Pour cette fois ci, j’ai voulu d’abord publier ces photos sans commentaire afin que chacun de mes lecteurs face son jugement. Puisqu’on dit qu’une image vaut mille mots. Une photo vaut mille mots par conséquent. Sur ces photos prises en plein centre ville de Ouagadougou (à quelques mètres l’immeuble de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO)), on voit bien des dames qui tentent de relever un âne surement épuisé après de longues heures de travail. Il refuse de continuer parce qu’il n’en peut plus. On dira, c’est un âne il est infatigable. N’est ce pas pour cela qu’on a sorti l’expression : « travailler comme un âne » ? Et pourtant un âne, ça meurt.

L’homme oublie souvent que les animaux sont aussi sont des êtres vivants. Ils naissent, grandissent et meurent comme les hommes. Le sang coule dans leurs veines. Ils sont faits de chair et d’os. Ils sentent la douleur également comme les humains. Ils ont aussi besoin de repos comme les humains. Nous oublions demandons à ces animaux, d’aller au delà de leur limite.

Personne ne porte un intérêt sur ces femmes
Tous passent sans s’arrêter (photo Hamed Ouoba)

Ces dames qui tentent de relever cet âne sont bien connues à Ouagadougou. Elles parcourent la ville de Ouagadougou de porte en porte pour ramasser des ordures. Elles sont généralement des veuves. Faut-il leur en vouloir pour cela ? Non! La quête de la pitance nous amène souvent à oublier certaines éthiques pour survivre. J’imagine moi-même les longs kilomètres qu’ils ont du parcourir avec cet âne pour ramasser des ordures avec toutes les bactéries possibles qu’elles ont bien respiré. Combien gagne-t-elle ? Des miettes. Ces images sont anecdotiques car, le calvaire que vit  cet âne traduit aussi celui que vivent ces ramasseuses d’ordures. Elles partagent le même destin. L’amélioration de leur condition de travail est liée aussi à ce lui de cet animal. En plus, personne ne s’arrête pour aider ces pauvres dames et leur animal qui est en fait leur gagne-pain.

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26. janv.
2014
Histoire
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Histoire du Burkina : Boukary Koutou ne s’est pas enfui au Ghana

Lorsque j’étais à l’école primaire, j’ai été l’objet de raillerie pour le prénom que je porte : Boukari. Lors d’un cours d’histoire dispensé en classe, l’enseignant nous a fait comprendre que lors de la conquête coloniale, le Mogho Naba Wobgo dit Boukary Koutou s’est enfui au Ghana à l’arrivée de la colonne de Vouley et Chanoine.

 

Gravue de Boukary Koutou, le Mogho Naba Wogbo (photo prise sur https://www.yennenga.com)
Gravue de Boukary Koutou, le Mogho Naba Wogbo (photo prise sur https://www.yennenga.com)

 

L’occupation du Burkina Faso  par les Français

« Après l’exploration du territoire burkinabè par Montaigne, Krauss, Binger, Baart et Ferguson, la France reviendra avec le capitaine Destenaves en 1895. C’est ainsi que le Liptako devient sous protectorat français durant la même année. En 1895, Au Yatenga, Naba Bogaré a signé un protectorat avec la France et au centre du pays, le Mogho Naba Wobgo dit Boukary Koutou refuse de recevoir les Français et s’enfuit au Ghana ». Mes camarades se moquaient de moi à cause de cette partie de la leçon en gras. Ecrit ainsi, on croirait que le Mogho Naaba Wobgo  par poltronnerie a abandonné son royaume, son peuple qu’il est censé défendre au péril de sa vie aux mains des colonisateurs.

Cette histoire du peuple Mossi a été tronquée. La première correction que je dois d’abord apporter, c’est dire Boukary Koutou n’est pas le surnom du Mogho Naba, mais plutôt son vrai nom. Son nom à l’état civil. Mogho Naba Wogbo (chef Eléphant) est son nom de règne. En principe, aucun de ses sujets n’a le droit de l’appeler par son nom à l’état civil sous peine de payer une forte amende.

La deuxième correction et la plus importante, c’est que Naba Wobgo ne s’est pas enfui au Ghana. Il est plutôt allé chercher du renfort. Les Mossi sont originaires de Gambaaga, un royaume situé dans l’actuel Ghana. C’est donc sur ces terres qu’il est allé demander du soutien pour reprendre en main son royaume.

Les conquérants français ont profité des rivalités qui existaient entre le Roi du Yatenga, Bogaré et celui du Mogho, pour s’installer d’abord au nord du pays avant de se rejoindre le centre. Naba Bogaré était à la recherche d’alliés pour faire face au Mogho Naba Wogbo avec qui il avait quelques problèmes. Vouley et Chanoine confrontés au refus du Mogho de signer le traiter de protectorat ont utilisé la manière forte. L’un d’eux, je ne sais plus lequel était surnommé « colonel Gayenga », le colonel fou, à cause de son atrocité.

Boukary Koutou n’est pas revenu à la reconquête de son royaume parce que ses grands-parents ont refusé de lui donner des armes et des hommes. Ils ont aussi refusé de le laisser partir. Un chef n’abandonne pas son royaume. Au lieu de se rendre, Boukary Koutou a préféré mettre fin à ses jours comme l’a fait Ba Bemba.

La partie de l’histoire qu’on ne raconte pas aux enfants, c’est que la France et l’Allemagne ont tenté à travers plusieurs négociations de mettre le royaume mossi sous leur domination. Ce dernier a refusé. D’ailleurs, on raconte que les Anglais lors de leur passage dans le royaume ont remis leur drapeau à Boukary Koutou. Le chef des Mossi aurait cousu une jupe avec pour sa femme préférée. A l’endroit de Destenaves qui a lui aussi tenté par des négociations de mettre le Mogho sous protectorat français il lui a dit ceci selon Apollinaire Kyèlem :

 « Je sais que les Blancs veulent me faire mourir pour me voler mon pays. Et tu prétends qu’ils vont m’aider à organiser mon pays ! Or, je trouve mon pays très bien, tel qu’il est. Je n’ai nul besoin des Blancs. Je sais ce qu’il me faut et ce que je veux. J’ai des marchands. Estime-toi heureux que je ne te fasse pas couper la tête. Va-t-en donc. Et surtout, ne reviens pas ».

En parlant du général Charles de Gaulle avant son appel du 18 juin 1940, la leçon d’histoire à ce niveau raconte qu’il a fait un repli tactique en Angleterre. La seule différence entre le Mogho Naba et le général Charles de Gaulle, c’est que l’ancien président français a bénéficié du soutien des alliés et notamment des tirailleurs pour revenir. Si l’on apprend aux élèves, que le Mogho Naba a fui au Ghana, alors il faut aussi leur dire que Charles de Gaule a fui en Angleterre.

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Article : Burkina Faso : Où est passé Ousmane Guiro ?
Politique
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23 janvier 2014

Burkina Faso : Où est passé Ousmane Guiro ?

Le premier janvier 2012, le Burkina Faso s’était réveillé avec l’étonnante nouvelle de l’arrestation de l’ancien directeur général (DG) de la douane burkinabè Ousmane Guiro. Deux cantines de près de 2 milliards de Francs CFA lui appartenant auraient été découvert au domicile de jeunes de son quartier. Emprisonné, l’homme a été relâché quelques mois plus tard alors que les Burkinabè attendaient son jugement. Elu conseillé municipal de son village sous la bannière du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), Ousmane Guiro a disparu de la scène médiatique.

Ousmane Guiro
L’ancien DG de la douane Ousmane Guiro a disparu des radars.

Où se cache Ousmane Guiro ? Que fait-il ? Qu’attend la justice burkinabè pour le jugé ? Voilà des questions qui taraudent l’esprit de ceux qui se rappellent encore de son histoire. Le gouvernement du Burkina Faso après la crise qui a secoué le pays en 2011 avec des mutineries en cascades, des manifestations contre des symboles de l’Etat comme l’Assemblée Nationale et la justice avait décidé ou fait semblant de renforcer la lutte contre la corruption au Burkina Faso. C’est pourquoi, comme cadeau de nouvel an, les Burkinabè ont appris avec surprise l’arrestation du directeur général de la douane Ousmane Guiro le 1er janvier 2012. La gendarmerie nationale qui a constaté des dépenses astronomiques de certains jeunes de la ville de Ouagadougou a mené une enquête pour comprendre. Les investigations ont abouti à l’arrestation et à l’incarcération de Ousmane Guiro qui aurait remis à ces jeunes de son quartier deux cantines de près de 2 milliards de francs CFA.

Les Burkinabè ont applaudis à l’annonce de l’arrestation de Ousmane Guiro. Ils ont  espérer que cela marquait le début de la lutte contre l’impunité, la corruption, les détournements de deniers publics etc dans leur pays. Corruption, détournement de deniers publics et enrichissement illicite sont les accusations retenues contre lui. Ce n’est pas la première fois que cette personnalité est inquiétée par la justice. C’était tout de même la première fois qu’un homme de son rang est arrêté au  » Pays des Hommes Intègres« . Les Burkinabè qui attendaient de voir comment Guiro se défendrait devant la justice ont été surpris, précisément au mois de juillet 2014, que ce dernier soit libéré pour des raisons de santé ! Ceux qui ont encore la mémoire se rappellent que lors de son arrestation, Guiro avait confié qu’il était serein. D’ailleurs selon la rumeur, ce monsieur n’aurait même pas fait un jour en prison. Sorti de prison Ousmane Guiro, plutôt que de rester discret, s’est porté candidat aux élections municipales sous la bannière du Congrès pour la Démocratie et le Progrès  (CDP), le parti de Blaise Compaoré ! Pourtant, on lui disait malade. Une insulte pour les Burkinabè qui ont pensé que le Burkina Faso prenait un nouveau tournant après La crise socio-militaire de 2011.

Le gouvernement a récemment promis que le dossier Guiro serait  sur le bureau de la justice. Mais jusque là, rien. Rien ! Où est passé Guiro ? Autre question : qui d’autre est impliqué dans cette histoire d’enrichissement illicite ? La réponse possible à cette question est peut-être à l’origine de ce silence. Car cette histoire semble dépasser le cas de monsieur Guiro. Qui sont les marionnettistes ? La justice bute peut-être sur ce point car, même si elle a une bonne volonté, il y a des intouchables au Faso.

Ce qui est sûr, Guiro profite de l’actualité politique marquée par les manifestations et les débats contre sur le sénat et la modification de l’article 37 de la constitution du Burkina pour se cacher. Aujourd’hui, tout le monde semble l’avoir oublié. Malgré le respect de la présomption d’innocence, il faut retenir que quelque soit la durée de la nuit, le soleil se lève toujours. Guiro doit donc s’expliquer devant la justice s’il ne se reproche rien.

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Auteur·e

L'auteur: Boukari Ouédraogo
Boukari Ouédraogo est journaliste multimédias et blogueur burkinabè passionné des nouveaux médias, du cinéma et du sport. Il blogue depuis 2009 pour le compte de Mondoblog.

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