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  • Boukari Ouédraogo
Le Messager d'Afrique depuis Ouagadougou
30. déc.
2010
société
6

La Saint Sylvestre et la légende du poulet

Il ne fait pas bon être de la volaille en ces périodes de fêtes et surtout à quelques jours de la Saint Sylvestre.  A la sortie de Ouagadougou et même dans le centre-ville des vendeurs de volailles venus de villages lointains et environnants ont envahi à capitale du pays qu’on appelle autrement la Patrie des Hommes Intègres. La présence de ces hôtes inhabituels donne une ambiance particulière à la ville de capitale burkinabè.  Ils viennent rappeler que la Saint Sylvestre à Ouagadougou, c’est la fête des poulets.

Un vendeur de poulets en partance pour Ouaga

« Poulets bicyclettes », « poulets mesdemoiselles », ou « poulets télévisées » quoi qu’il en soit, les gallinacés se retrouvent dans ce contexte à l’honneur malgré leur farouche opposition à se retrouver dans les assiettes. A Ouagadougou capitale des engins à deux roues, la Saint Sylvestre est également la fête des poulets comme on fêterait la bière en Allemagne. Si chez les latins, un jour sans vin est un jour sans soleil, à Ouagadougou une fête de Saint Sylvestre sans poulet… c’est plutôt se retrouver au 13 décembre et non au 31. Entre 1500 et 3000 Franc s CFA voilà ce qu’il faudra débourser pour s’offrir un bon « poulet mademoiselle », ou « bicyclette ».

Les « poulets bicyclettes » ont une bonne renommée au Burkina Faso. Les vendeurs de volaille, à bicyclettes pour ne pas faire de bruit, se rendent dans les campagnes la nuit pour les achats. Ils passent de maison en maison pour s’approvisionner. Le nom « poulets bicyclettes », vient donc du fait qu’ils sont acheminés en ville à vélo. Ce sont les poulets du village.

Ce n’est pas comme «les poulets de blanc » avec leurs formes dodues  mais avec une chair sans saveur et molle comme le poisson. Le poulet des villes comme Ouagadougou n’a pas assez de chair pour être savouré. Les  « poulets bicyclettes  » en revanche ont des cuisses bien charnues, fermes et appétissantes. Ils sont de grands sportifs. Les espaces au  village leur permettent de pratiquer couramment du footing ou des sprints pour dégraisser. C’est pourquoi, ils sont toujours en bonnes formes.

Ceux qui n’apprécient pas cette chair, pourront peut-être aimer les « poulets mesdemoiselles » pour leur chair. Ils ont une chair  tendre qui fond dans la bouche comme du chocolat.  Qui les apprécient?  Mes sœurs qui, portable  portable en main les réclament au détour d’une rencontre fortuite impose les imposent comme symbole d’alliance durable. Certains vont même jusqu’à dire que ce sont des poules vierges. La grippe aviaire n’étant plus d’actualité, la dégustation du poulet est encore plus intéressante.

« Poulets mesdemoiselles » ou « poulets bicyclettes » ils vont tous passer à la casserole. Il existe une gamme variée de cuisson parmi lesquelles le « poulet télévisé » qui est cuisiné dans un four vitré. Le client peut le voir tourner et cuir à petit feu à travers la vitre comme s’il regardait la télé. Bien sûr, cela fait saliver en attendant d’être servi.

Le poulet au « rabilé » est le plus apprécié mais il coûte plus cher. Le « rabilé » est de la levure  tirée de la bière de mil dont est enduit le poulet avant d’être cuit. Ce qui lui donne un goût particulier. Pour la Saint Sylvestre, en plus des poulets « rabilé », « télévisés », les Ouagalais vont surement déguster le poulet au four, le poulet frit, le poulet grillé etc.

La dégustation de cet type de volaille est en soit même un langage. L’ambiance à Ouagadougou étant à la Saint Sylvestre, rares sont ceux qui voudront passer la nuit sans la compagnie d’une demoiselle. Certaines d’entre elles qui n’ont pas réussi à se trouver un garçon « choco » accepteront peut-être une invitation dans un maquis. Si la situation se présentait, offrez-lui un poulet. La « go » qui choisit comme premier morceau la cuisse, « ouvrerait » facilement la sienne et vous pourrez l’emmener dans votre lit la même nuit si vous le voulez. Si elle commence par les ailes même si vous avez à faire à un  « poulet mademoiselle» il vous faudra doubler d’efforts pour la convaincre.

Il parait qu’un seul individu ne peut pas manger un poulet en entier selon les fanatiques. Même enfermé seul dans une maison quelqu’un viendra frapper à votre porte. C’est en toute gaité que vous le mangerez ensemble. C’est là tout le magie et le mythe où réside tout le sens profond que l’on attribue à la légende du poulet.

Au-delà de tout ça, le meilleur moment d’acheter un poulet, c’est à partir du 2 janvier. Les vendeurs de « poulets bicyclettes » pressés d’évacuer  le stock vendent le restant à bas prix.

La Saint Sylvestre rime avec la fête du poulet en comparaison à la tabaski, la fête du mouton. Ce dernier a cette fois-ci plus de chance d’échapper au couteau mais n’en est pas épargné.

La chèvre, animal têtu est l’affaire des traditionalistes, ceux qui ne sont ni de l’islam, ni du christianisme. Elle est plus indiquée pour les sacrifices aux mânes des ancêtres et lors des funérailles.

Une certaine conception voudrait que l’on évite la viande de la chèvre souvent considérée comme porte-malheur. Ceux qui veulent passer le 31 (c’est ainsi qu’on appelle aussi la Saint Sylvestre au Burkina) en groupe risquerait de terminer la soirée en queue de poisson si le cabri fait parti du menu. Bien que cela n’empêche pas une tuerie de ces bêtes, elles ont également plus de chance d’éviter la casserole.

Garçon « choco » = beau jeune homme, garçon chic

Go = demoiselle

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26. déc.
2010
société
7

Noël, pluie de crèches à Ouagadougou

Noël, est considérée comme la fête des enfants. A cette occasion, les parents leurs achètent des cadeaux. Tous n’auront pas de  cadeau de sorte que certains enfants se fabriquent eux même leurs jouets comme dans de nombreux villes du Burkina ou dans d’autres coins de l’Afrique. A Madagascar par exemple, Ariniaina, une jeune blogueuse de la plateforme Mondoblog, nous raconte comment les enfants fabriquent eux mêmes leurs  propres jouets.

Noël, c’est également la naissance du christ. A Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, de nombreux enfants ont décidé de construire des crèches pour accueillir  Jésus Christ. C’est leur cadeau au sauveur. A travers ce billet, Le Messager d’Afrique vous permet de découvrir ces chef-d’œuvres de ces enfants âgés pour la plupart de moins de seize ans. De vrais architectes. Presque devant chaque cour, vous trouverez une crèche à Ouagadougou.

A la découverte de quelques crèches à Ouagadougou.

Joyeux noël

Wish you a merry chritmas

Bonne année
Simple mais jolie

Le sauveur est né

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24. déc.
2010
société
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Jésus va naitre dans la crèche d’Esaie

 

Esaie et sa crèche

Jésus Christ va naitre la nuit du 24 au 25 décembre. Comme chaque année, pour preparer noël et la naissance du Christ, les enfants de la ville de Ouagadougou ont choisi de construire des crèches. C’est le cas de Esaïe Zabré un jeune garçon de 14 ans. Depuis le mois de décembre, il prépare la naissance du messie. Entre les cours et le petit temps qui lui reste, Esaïe Zabré a réussi à construire sa crèche pour accueillir le Jésus Christ devant sa cour dans le quartier Zogona de Ouagadougou. Pour cela, il lui a fallu trois semaines de jours. Peu de matériaux lui ont suffit pour la construction sa crèche : juste de l’argile pétri. Esaïe a ensuite fabriqué des briques avant de les faire sécher. En grand architecte, il n’a pas eu besoin de faire appel à des concepteurs de plans pour réaliser son chef-d’œuvre. Tout est venu naturellement. L’inspiration, on pourrait le dire divine. En trois semaines, le petit Esaïe a réussi à faire une demeure pour le christ. Le travail fini, avec de la craie mouillé comme peinture, il a décoré sa crèche pour lui donner un éclat particulier.

Une crèche

La construction des crèches n’est pas une affaire de garçon. A Pissy, Florence et ses copines sont en train de redoubler leurs efforts pour terminer leur crèche à temps. Cette jeune fille de veut pas rater le rendez vous. C’est pourquoi elle a demander le soutien de ses copines sinon, Jesus ne viendra pas elle n’aura pas son cadeau de noël.

La construction des crèches à Ouagadougou à l’approche de la fête de Noël est devenue depuis longtemps une tradition pour les tous petits. Les enfants par cet acte, veulent accueillir le christ chez eux. Cela a été encouragé par certaines associations. Elles organisent chaque année des concours pour récompenser les meilleures crèches. L’objectif est d’inciter à plus de créativité.

Les chrétiens ne sont pas les seuls à construire des crèches. Les Musulmans également s’y mettent. La légende veut que le père noël passe y laisser un cadeau pour son constructeur. S’il est vrai que la crèche du petit Esaïe est loin de remporter un prix, l’objectif pour lui est de pouvoir accueillir le christ.

Florence et ses amies (Photo Esther Konsimbo)

Malheureusement, les industriels sont en train de tuer la créativité des enfants. Ces derniers ont imité ces crèches qu’ils commercialisent… sans droit d’auteur. A l’approche de noël, ils pullulent aux bords des goudrons avec leurs gadgets. Certains parents font le jeu et achètent ces crèches préconstruits pour leurs enfants.

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21. déc.
2010
Journalisme
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Fémina Fm, la radio des femmes et de ceux qui les aiment

Fémina Fm, La radio des femmes et de ceux qui les aiment Depuis plusieurs moi, bien que ne pouvant m’empêcher d’écouter Radio France Internationale (RFI) et certains de ses concurrents pour être au parfum de l’actualité mondiale, il m’arrive d’écouter certains stations locales. Il s’agit de Fémina FM. L’ambition de cette radio comme le clament ses animateurs a pour objectif de donner la parole aux femmes. Ce qui intriqué, toutes les émissions que j’ai pu écouter étaient animées par des hommes. Cela m’a poussé à me rendre dans cette station située dans le quartier Dassasgho de Ouagadougou à 100 mètres du côté ouest de l’École Nationale de la Régie Financière (ENAREF).  La Radio est située au dessus de la pharmacie Fraternité. Éveline Salembéré, l’une des promotrices de Fémina FM explique la création de cette station par une volonté de donner la parole aux femmes. « Il fallait leur permettre de pouvoir parler aux femmes ». Si cela est normal, ce n’était l’objet de ma visite dans cette radio. Qu’est ce qui explique la présence massive des hommes dans une maison de femmes. « Beaucoup de personnes nous posent cette question. Notre slogan est « la radio des femmes et de ceux qui les aiment » » répond Évelyne Salembéré. D’après ses explications, il fallait permettre aussi aux hommes de parler aux femmes et de leur permettre d’écouter à leur tour les préoccupations de celles qui sont leurs moitiés. Les femmes écouteraient mieux les hommes plutôt que leurs sœurs selon elle. Le constat d’Évelyne Salembéré est que les hommes participent beaucoup aux émissions animées par des femmes. Contrairement aux autres radios gérées par des femmes et pour les femmes, la moitié du personnel est constituée d’hommes.

Une animatrice de femina FM

L’idée de création de la radio Fémina FM est née  suite à un voyage d’étude en gestion et animation culturelle au Canada . De retour au Burkina Faso, elle décide en collaboration avec sa sœur jumelle de créer cette radio.Objectif: donner la parole aux femmes. Fémina FM a vu le jour en 2007. Bien que très jeune dans le paysage radiophonique burkinabè, elle est l’une des radios les plus écoutées. Des émissions sur les droits des femmes, la santé de reproduction permettent de sensibiliser les auditrices et les auditeurs. Presque toutes les émissions sont interactives. Elles sont animées en langues nationales mooré, peulh, dioula, gourmantché et aussi en français. « Nécrée » (le réveil en français) animée en mooré est la plus populaire de Fémina FM. Pendant cette émission, l’animateur dénonce certains tares de la société et s’en prend, la plupart du temps, aux comportements déviants des jeunes.

Evelyne Salembéré, veut desormais aux populations à la périphérie de Ouagadougou qui n’ont pas accès à la radio de pouvoir la capter.  Elle souhaite également installer des antennes dans des villes comme Bobo Dioulasso, la capitale économique du Burkina Faso.

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13. déc.
2010
Droits de l'Homme
12

Sauver l’héritage de Norbert Zongo

Norbert Zongo toujours vivant

13 décembre 1998. C’était un lundi matin. Après un bon week-end passé à la maison, nous, élèves d’un collège perdu au fin fond de la brousse du Burkina Faso, nous devions rejoindre les classes. Au mois de décembre, le froid vous pénètre les os jusqu’à la moelle. Pour ce début de semaine, il ne fallait pas être en retard. Comme d’habitude, je devais me lever très tôt pour rejoindre le collège. Je parcourrais six kilomètres à pieds. J’avais couru ce jour là parce que les réveils  du lundi sont généralement difficiles. Arrivé, je remarquai les professeurs en pleine discussion. Je crus à une bagarre entre eux. Je les dépassai et parvint au niveau de ma classe.

C’était un établissement de quatre classes avec approximativement 40 élèves dans chacune. Par chance, on se connaissait tous. On connaissait même le village de chacun. Mais là n’est pas l’intérêt de ce billet. Nous avions cours de français ce jour là. A 7 heures, le professeur ne vint pas. Aucun d’entre eux n’entra en classe. Nous ne comprenions pas ce qu’il se passait. Les élèves se demandaient pourquoi  leurs enseignants n’étaient pas dans les salles.

Vers 8 heures 30, notre professeur d’Histoire et Géographie vint nous demander de rentrer chez nous. Il n’y avait pas cours. Nous ne comprenions rien. Je ne voulus pas rentrer immédiatement parce que je ne comprenais pas pourquoi on nous demandait de repartir. Aucune grève n’avait été annoncée. Le chef de classe qui avait approché notre professeur principal vint nous confier que Norbert Zongo était mort. C’est pour cela qu’il n’y avait pas classe. J’avais appris sa « mort accidentelle » à la radio mais je ne le connaissais pas. Il n’était ni ministre, ni Président de la république même pas président d’une institution au Burkina. Qui était-il pour qu’à sa mort nous ne fassions pas cours ce lundi 13 décembre 1998. J’avoue que j’étais énervé en apprenant cela. C’est plus tard que j’allais comprendre. Norbert Zongo était un journaliste engagé et directeur de publication du journal l’indépendant. Chaque mardi, les lecteurs se délectaient des histoires sombres, de dénonciation d’abus d’autorité etc. signées Norbert Zongo (ce qui lui a coûté la vie). Avant sa mort, Norbert Zongo enquêtait sur la disparition de David Ouédraogo, chauffeur du frère cadet du Président de la république.

/files/2010/12/Les-fruits-de-la-lutte-pour-une-vie-Smockey.mp3 Norbert Zongo parle de David Ouédraogo

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Les congés de décembre sont généralement prévus pour le dernier vendredi avant noël. Pourtant ce lundi 13 décembre 1998 marquait le premier jour de congés. Ils ont duré un mois au lieu de deux semaines comme d’habitude. Cela ne put empêcher les nombreuses manifestations dans le pays.

/files/2010/12/Les-fruits-de-la-lutte-pour-une-vie-Smockey.mp3 Norbert Zongo: chaque peuple mérite ses dirigeants

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Aujourd’hui, je ne suis plus dans ce village reculé du Burkina Faso où on n’avait pas  accès à la télévision. J’ai eu le temps de fouiller et de comprendre ce qui s’était passé. Je savais que mon oncle, chez qui je passais mes vacances à Ouaga, aimait lire l’Indépendant, le journal de Henri Sebgo (Sebgo signifie le vent en langue mooré) qui est en réalité Norbert Zongo. C’est ce nom là que je connaissais. Au moment où j’écris ces lignes, les Burkinabè célèbrent le 12 anniversaire de l’assassinat de ce journaliste pionnier de la liberté de la presse au Burkina Faso. Les criminels courent toujours. Mais que nous reste t-il de l’héritage de Norbert Zongo ?

/files/2010/12/Les-fruits-de-la-lutte-pour-une-vie-Smockey.mp3 Norbert Zongo, la peur

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Les Burkinabè ont commémoré sobrement ce 12ème anniversaire à travers un recueillement au cimetière et une conférence à la bourse du travail de Ouagadougou. Ce que je retiens grâce aux archives de ce journaliste grillé et réduit à « neuf kilogrammes de viandes », c’est sa rigueur professionnelle, son intégrité, sa témérité, son sens de l’investigation, son refus de l’injustice. Tout ceci est un patrimoine que Norbert Zongo, dit Henri Sebgo a légué. Empoissonnement, menaces, pressions etc, il a tout connu. Les journalistes doivent maintenant lutter pour préserver cette liberté de la presse.

Depuis sa mort, ils sont de plus en plus nombreux à tenter des analyses dans les différents journaux. Chose rare avant le 13 décembre 1998. Beaucoup de journalistes au Burkina écoutent Afrique Matin sur Radio France Internationale (RFI) dans l’espoir que leur(s) article(s) soient cités lors de la revue de la presse. Encore un héritage de Norbert Zongo. Malgré des initiatives pour faire oublier cette date fatidique des défenseurs des droits de l’homme, on lutte au quotidien pour  continuer le combat entamé par celui qui se faisait appeler Henri Sebgo !

/files/2010/12/Les-fruits-de-la-lutte-pour-une-vie-Smockey.mp3 Norbert Zongo, les vrais hommes

/files/2010/12/Les-fruits-de-la-lutte-pour-une-vie-Smockey.mp3

Les éléments sonores sont extraits de « Les fruits d’une lutte » de Smockey et « Norbert Zongo vous parle » de Sams’ K le Jah

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Article : Alima, lesbienne à Ouagadougou : « l’homosexualité est un droit »
Droits de l'Homme
48
8 décembre 2010

Alima, lesbienne à Ouagadougou : « l’homosexualité est un droit »

L’homosexualité n’est pas seulement une affaire de Blancs. Au Burkina Faso, on retrouve une communauté qui tente de vivre leur différence malgré une certaine hostilité. Alima, c’est le nom que nous lui donnons, lesbiennes. Agée de 44 ans, elle a découvert sa tendance depuis l’âge de quatorze ans et assume pleinement sa situation.

Le Messager d’Afrique: Comment avez-vous compris que vous étiez lesbiennes?

Alima : C’est depuis mon enfance que j’ai compris cela. Vers l’âge de douze ans j’étais attirée par la femme. Je dirais plutôt que c’est la beauté féminine qui m’attirait. A l’époque, je n’avais aucune notion sur la sexualité. Pour moi, c’était juste de l’amusement. Je me sentais bien en étant en contact avec les femmes. On faisait tout, sauf pensé à la sexualité. C’est vers l’âge de quatorze ans que les vraies choses ont commencé. Ça été vraiment une attirance sexuelle que je ressentais. J’ai pu avoir une première copine à cet âge là et c’est avec elle que j’ai commencé.

[audio:/files/2010/12/Lesbiennes-commencer.mp3|titles=Les débuts]

Le Messager d’Afrique: En découvrant votre tendance. Cela ne vous a-t-il pas paru bizarre ?

Alima : Oui. En observant autour de moi je savais que c’était quelque chose qui était totalement différent. Je voyais mes frères, mes sœurs, mes amis, tout le monde était dans une relation hétérosexuelle. Mais ça ne me disait rien du tout. Je me rappelle qu’au  moment où j’étais attirée par les femmes, il y avait des hommes qui venaient vers moi. Ils me faisaient la cour pourtant ils ne m’attiraient pas. C’était un peu dérangeant. Il y avait une sorte de dualité. Mais l’autre coté était plus forte. Je me sentais bien quand j’étais avec une femme plutôt qu’avec un homme.

Le Messager d’Afrique: Donc les hommes ne vous attirent pas ?

Alima : Je peux dire non. Nous sommes dans une société où l’homosexualité est mal vue. Et nous sommes obligées de nous cacher derrière des hommes pour pouvoir vivre. Sinon, ce n’est pas une attirance en tant que telle.

Le Messager d’Afrique: Est-ce que c’est votre cas ?

Alima : Oui c’est mon cas depuis très longtemps. Je me sentais bien avec les femmes, mais les « Qu’en dira t- on » étaient tellement forts que j’acceptais les avances des hommes pour me cacher derrière eux afin que ça ne se voit pas.

Aucun plaisir en faisant l’amour avec un homme

Le Messager d’Afrique: Est-ce que cela signifie que vous ne ressentez aucun plaisir lorsque vous faites l’amour avec un homme ?

Alima : Non. Moi particulièrement Non. Ce n’est même pas la peine! Pourtant, j’ai un vagin comme toutes les femmes, j’ai des trompes comme toutes les femmes. Ça veut dire qu’un homme peut coucher avec moi au lit. Quand un homme couche avec moi, c’est moi je donne. Alors que l’amour, c’est donner et recevoir. Si tu fais l’amour et que tu donnes sans recevoir, ce n’est pas la peine. Dans l’hétérosexualité,  lorsque la femme  ne reçoit pas, elle fait semblant, parce qu’on lui donne quelque chose (Ndlr le matériel). La majorité de mes copines sont des hétérosexuelles. J’ai même des copines qui ont des enfants mais elles ont compris que leur relation n’est pas vraiment ce qu’elles espéraient. L’amour vrai n’attend rien en retour. Lorsqu’on prend un temps pour donner quelque chose, c’est  avec la joie. Ce n’est  pas parce que je suis avec une femme que je suis obligée d’aller payer une dot? Chez nous ça n’existe pas. La base, y est déjà: l’amour.

Le Messager d’Afrique: Quelle a été la réaction des parents quand ils ont appris que vous étiez lesbiennes ?

Alima : Mon papa ne savait pas. Ma maman l’a appris très tard et elle est décédée par la suite. Elle n’a pas eu le temps de réagir. Mes deux parents sont donc décédés. J’ai passé tout mon temps dans la cachette. Je savais que s’ils l’apprenaient ce ne serait pas bien parce qu’ils sont de religion chrétienne. En fait, c’est Association raëlienne des minorités sexuelles (ARAMIS) qui m’a emmenée à ne plus avoir peur, à pouvoir m’exprimer librement.

Le Messager d’Afrique: Comment faites vous pour savoir qu’une personne est de la même tendance sexuelle que vous ?

Alima : Effectivement nous sommes dans une société où la majorité est hétérosexuelle. C’est par le flair pour mon cas. Je prends le soin d’observer la personne qui m’attire. J’essaie de voir si une relation peut marcher entre moi et cette personne avant de m’engager. Très souvent, ça marche. Mais comme toute relation amoureuse, il y a des échecs et des réussites. C’est comme ça aussi. Sinon, il n’ y a rien d’extraordinaire, comme pour dire que lorsqu’on voit une personne homosexuelle dès le premier coup d’œil on le reconnait. Non. Ce n’est pas comme ça. Ça commence par l’attirance. Quand tu vois qu’une personne te plait, tu essais de lui faire comprendre cela. Si elle te comprend et qu’elle t’accepte, c’est la joie totale. Sinon, ce n’est écrit derrière personne qu’il est homosexuel ou pas.

Le Messager d’Afrique: Quand on se met à votre place, quel regard a-t-on des hétérosexuels ?

Alima : Les homosexuels sont nés de l’union d’un couple hétérosexuel. Je suis la réussite d’une relation hétérosexuelle bien appliquée. J’ai été d’abord conçue… j’ai fait neuf mois dans le ventre d’une mère, je suis sortie victorieuse, cela veut dire que je ne suis pas mort-née. J’ai reçu une éducation de la part des hétérosexuels. La seule différence, c’est que je ne suis pas comme eux. Nous les considérons comme nos pères, comme ceux qui nous ont généré. Ce sont eux qui nous refusent sinon nous reconnaissons que nous venons d’eux et nous leur devons du respect. Eux ils ont de l’hostilité, de la discrimination, des jugements envers nous. On ne peut pas obliger quelqu’un à avoir la même tendance sexuelle que vous. Dans la nature, il y a tellement de diversité qu’on ne peut pas s’appesantir sur l’hétérosexualité.

Il y a plein d’homosexuels qui se marient chaque jour que Dieu fait

Le Messager d’Afrique: On sait bien que le pape, et partant de là la religion en générale, est opposé au mariage homosexuel. Qu’est ce que vous pensez de cette opposition du Vatican?

Alima : Je pense que le mariage est l’union entre deux êtres qui ne sont pas forcement de sexe différents. Deux personnes de même sexe peuvent s’unir tout comme deux êtres de sexes opposés. Dans le cadre de la sexualité, deux personnes de même sexe qui se sentent bien peuvent choisir de rester ensemble. De nos jours on voit bien que deux hommes qui se comprennent s’associent pour créer une entreprise. C’est vrai que ce n’est pas la sexualité mais ils ont des affinités communes. Donc, si deux personnes se sentent bien dans leur peau, on ne doit pas leur empêcher d’être ensemble. Dans la société actuelle, on n’a pas besoin du pape, des parents ou d’une quelconque loi pour dire qu’on veut être ensemble. Le reste, c’est du papier, c’est rien du tout. Ça ne sert à rien. Que ce soit au niveau de la religion, de la loi, on a pas besoin d’un maire ou d’un pape pour prouver qu’on s’aime. Il y a plein d’homosexuels qui se marient chaque jour que Dieu fait. Au moment où je vous parle, il y a deux homosexuels qui se mettent la bague aux doigts. Ils n’ont pas besoin d’église ni de témoin. C’est ça, le vrai mariage. Le reste, c’est pour montrer aux autres… Il n’y a qu’à voir le nombre de divorce qu’on enregistre par jour.

Le Messager d’Afrique: Dans la société actuelle, l’homosexualité est jugée contre nature…

Alima : Ceux qui disent cela ne connaissent même pas la nature. Dans le monde, il y a plus de 400 mille espèces animales qui pratiquent l’homosexualité. On dit que c’est contre nature, pourquoi dit-on que c’est contre-nature et moi je peux me trouver dans cette nature et pratiquer quelque chose contre? Ce n’est pas possible! C’est tout à fait paradoxal. Rien ne se perd rien ne se créé, tout se forme et je pense que tout ce qui se passe sous ce soleil a toujours existé, ça existera toujours et ça devrait exister. L’homosexualité fait parti de la sexualité que ce soit avec les animaux ou les humains. Ceux qui disent que ce sont des lois contre nature, je leur dit qu’ils ne connaissent pas leur nature. L’homosexualité est pratiquée par les animaux. Demandé aux bergers, ils vous diront. Chercher, vous trouverez. Je pense qu’il faut chercher à comprendre

Le Messager d’Afrique: Comment se passent les relations sexuelles entre deux femmes?

Alima : D’abord, il faut comprendre le terme faire l’amour. Il faut savoir faire la différence entre «baiser» et «faire l’amour à quelqu’un».« Baiser une femme », c’est autre chose: on voit un pénis rentré dans une matrice en train de cogner comme si on pilait du fonio. Mais « faire l’amour », c’est prendre le temps, de regarder la personne de la tête jusqu’aux pieds, de le toucher, de la ressentir, de lui apporter ce qu’on  a de meilleur. Donc, dans la relation homosexuelle entre femmes, la majorité n’a pas besoin d’une bite. Nous, nous célébrons le vagin. Tout le corps de la femme est célébré entre deux femmes qui s’aiment. Chez les hommes par exemple, c’est le pénis qui est célébré. Donc, il n’y a pas à se demander comment cela se fait. Chaque amour qui est fait dans le lit ou ailleurs, est une œuvre d’art. Bakary ne fera pas l’amour de la même manière que Ousmane. Chaque fois, même si c’est avec la même personne, il y a toujours une différence. Seulement, si vous n’avez pas la conscience de l’acte que vous posez, vous la faites de façon mécanique, ça devient une routine et ça passe. Chez nous, il n’y a pas d’intérêts. J’ai un corps de femme, elle a un corps de femme. On se donne. Alors que l’hétérosexualité est basée sur l’intérêt : tu es une femme, je suis un homme, donc tu peux m’apporter quelque chose. Et si tu es bien « calé », tu peux m’apporter de l’argent. Chez nous, c’est l’amour qui prime. Même l’intérêt de faire des enfants, ça vient plus tard.

[audio:/files/2010/12/Baiser.mp3|titles=Rélations sexuelles lesbiennes]

Tous les enfants sont nos enfants

Le Messager d’Afrique: Alors n’avez vous pas envie de faire des enfants ?

Alima : Je dirais que nous nous ne sommes pas obligés d’avoir des enfants. Quand vous regardez dans la nature, il y a un moment pour faire des enfants et un moment pour se procurer du plaisir. C’est le côté plaisir que nous choisissons sans intérêt.Tous les enfants du monde sont nos enfants. On n’est pas accroché … à savoir que l’enfant qui sort de moi, c’est lui qui est forcement mon enfant. Même si la loi nous refuse d’adopter des enfants, pour le moment, ce n’est pas notre problème. La société nous forme à être possessifs. Nous sommes dans une société de l’avoir. Quand un enfant n’est pas sorti de toi, on a tendance à dire que qu’il n’est pas le tien. A notre niveau, l’enfant de mon frère, l’enfant de ma sœur, je peux le traiter comme si c’était mon propre enfant. Il n’y a pas de problème. Peut-être que d’autres homosexuels auront ce problème, sinon, nous sommes des gens hautement spirituelles. L’avoir ne nous dit rien. C’est vivre, c’est aimé, c’est se sentir bien sur terre. C’est ça pour tout homosexuel.

Le Messager d’Afrique:Vous dites que vous vous cacher derrière quelqu’un. Est-ce que votre homme  sait que vous n’êtes pas hétérosexuelle?

Alima : Il y a parfois que cette personne le sache, comme il y a des cas ou il ne le sait pas. C’est comme n’importe quelle autre femme qui à un copain et puis derrière, elle sort avec d’autres, les petits pompiers, c’est pareil. Si tu sais que si tu dis la vérité à la personne, il ne va pas aimer, tu ne le dis pas. Mais si tu sais que la personne épouse cela, il n’y a pas de problème. J’ai eu la chance d’être avec des hommes qui m’ont compris et qui ne me dérangent même pas.

Le Messager d’Afrique: Vous êtes minoritaires, comment faites vous pour vous retrouvez entre homosexuels? Vous vous connaissez tous ?

Alima : Je n’ai pas cherché à savoir s’il y avait un groupement d’homosexuels. Je me suis dis que ça ne pouvait pas exister. Moi, les copines que j’ai connues ne venaient pas de ces associations. C’est après que j’ai connu le mouvement raëlien, une philosophie qui accepte les homosexuels tels qu’ils sont, en tant que des êtres humains. Je trouve ça génial. Je pense que que je ne peux pas m’exprimer dans une religion qui m’est hostile. On m’accepte parce que je dépose mon argent dans le panier mais on ne m’accepte pas dans mon intégralité. Je sais que je ne peux pas être chrétienne mais je peux être raëlienne parce que les raëliens ont compris qu’ on a pas désiré être homosexuel depuis le ventre de sa maman. On est venu trouver cela comme ça.

Le Messager d’Afrique: On dit généralement que ce sont les personnes riches qui sont homosexuels. Peut-on le dire pour votre cas ?

Alima : Moi également, j’entends parler de cela. Mais c’est peut-être lié à la propreté. Deux femmes qui se retrouvent rentrent, l’une et l’autre, dans leur intimité. Pour cela, il faut qu’elles soient vraiment propres. Les hommes n’ont qu’un seul objectif, c’est plongé la dedans (Ndlr, le sexe de la femme) et ressortir. Alors que nous, nous vérifions tout de la tête aux pieds. Si tu n’es pas propre, tu n’es pas la bienvenue. Peut-être que c’est lié à cela. Nous aimons tout ce qui est produit cosmétique, tout ce qui est propre. Sinon, les deux ne vont pas de paires. Pour avoir de l’argent il faut travailler. Ce n’est pas sexualité qui apporte la fortune. Ce n’est pas vrai.

Le Messager d’Afrique: Ailleurs, en Europe, il y a des luttes pour que l’homosexualité soit légalisée. Au Burkina, ce n’est pas le cas. Les gens se cachent toujours…

Alima : On n’a pas besoin que la loi confirme un mariage. Nous sommes dans une société où il y a des gens qui sont privilégiés. Si vous remontez dans l’histoire, vous constaterez que l’homosexualité a toujours existé et était bien vue. Comme la vie est une roue qui tourne, l’hétérosexualité a été popularisée et l’homosexualité a été réduite. Nous sommes tous des êtres humains. Alors que je décide de sortir avec une femme ou un homme, c’est ma vie, c’est mon droit et on doit ne pas me priver de cela. Je dois avoir les droits comme tout citoyen. Je pense qu’en Afrique ici, il faut un temps pour préparer les gens à pouvoir l’accepter. Ça va venir petit à petit.

[audio:/files/2010/12/Homo-droit.mp3|titles=Homo droit]

Le Messager d’Afrique: Comment êtes vous arrivés dans le mouvement raëlien?

Alima : J’ai connu ce mouvement au cours d’une conférence. J’ai compris leur message et ça m’a plu et ça me convenait. Après ils ont crée l’association sans savoir même que j’étais lesbiennes. Comme la lutte se menait sur le continent, le leader de ce mouvement a décidé de créer cette association pour permettre aux homosexuels de se retrouver, de mieux vivre et d’ apporter la lumière à ceux qui ne nous connaissent pas.

Mon histoire avec le mouvement raëlien

Le Messager d’Afrique: Qu’est ce que le mouvement raëlien ?

Alima : C’est un mouvement athée qui croit en l’existence des extras terrestres (…). Si on commence maintenant, on ne pourra pas finir. Ceux qui veulent bien nous connaitre, qu’ils passent chaque dimanche à partir de 10 heures à la cité AN II villa 111. C’est le siège du mouvement à Ouagadougou. Certains pensent qu’un homosexuel est un obsédé sexuel. C’est différent. Moi je ne tombe pas sur n’importe quelle femme. Il faut qu’il y ait une attirance. Vous pouvez avoir une lesbienne parmi vous pendant longtemps sans qu’elle ne vous fasse de proposition tant que vous ne l’attirez pas. Ce n’est pas une obsession mais plutôt une attirance. Je demande aux gens de s’informer, de fouiller partout pour bien nous connaitre.

Le Messager d’Afrique:Pourquoi les homosexuels ne cherchent pas devenir hétérosexuels ?

Alima : Parce que l’hétérosexualité a perdu tout son sens. Tout est basé sur l’intérêt. Je t’aime donc on doit se marier. Je t’aime donc il faut que tu m’achètes des bijoux. Je t’aime donc tu dois m’acheter un pagne. Le sens de l’amour est perdu dans l’hétérosexualité de sorte que la fille qui a duré dans l’hétérosexualité lorsqu’elle a des relations avec une lesbienne, elle ne veut plus retourner à son ancien statut.

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05. déc.
2010
Politique
12

Côte d’Ivoire: et le médiateur Blaise Compaoré dans tout ça ?

Une fois de plus, le Messager d’Afrique devra tordre le coup à sa ligne éditoriale (faire connaitre Ouagadougou et ses hommes) pour s’intéresser à un autre sujet brulant de l’heure. Il s’agit de l’impasse dans laquelle se trouve la Côte d’Ivoire pays voisin du Burkina Faso. Le Messager d’Afrique qui a déposé sa camera se pose des questions. Exemple, quelle attitude doit adopter le médiateur de la crise ivoirienne Blaise Compaoré?

Situation compliquée pour Blaise Compaoré

La Côte d’Ivoire a deux Présidents. Le sortant Laurent Gbagbo et l’ancien premier ministre Alassane Dramane Ouattara. Ce dernier a été désigné vainqueur de l’élection présidentielle ivoirienne par la Commission Électorale Indépendante (CEI) avant que le conseil constitutionnel désigne le Président sortant vainqueur de cette élection. Ce qui a créé une confusion totale en Eburnie. Le chef de l’Etat burkinabè Blaise Compaoré a assuré la médiation dans cette crise depuis le 4 mars 2007 à travers les accords de Ouagadougou. Les Nations Unies, l’Union Européenne,  les États Unis, la France, le Premier ministre Guillaume Soro etc. ont reconnu Alassane Dramane Ouattara comme Président élu de la Côte d’Ivoire. Le médiateur de la crise ivoirienne  Blaise Compaoré est resté muet. Que se passe t-il dans sa tête ? Actuellement, celui-ci devrait être en train de se torturer les méninges afin de trouver une solution au cas où il serait consulté. Il se trouve peut-être dans son laboratoire afin de fouiller les différentes théories de négociation et de médiation pour sortir la Côte d’Ivoire de l’impasse et éviter le piège qui vient de lui être tendu. Compaoré se trouve dans l’une des positions les plus inconfortables dans a profession de médiateur. Qui doit-il féliciter ? Alassane Ouattara ou Laurent Gbagbo ? Dur dur. « Et pourtant, j’avais réussi.  J’y étais presque.» Voila ce que se dit peut être le Président du Faso.

S’il reconnait la victoire de ADO il risque de soulever la colère de la population ivoirienne contre ses compatriotes nombreux dans ce pays. Si Blaise Compaoré choisi Laurent Gbagbo, il s’opposera donc à la Communauté internationale. Ce qui ne l’arrange pas. Walaye, il ne fait pas bon être à la place de Blaise Compaoré. Tout ce qu’il a fait n’a  donc servi à rien? Le Président Compaoré s’est vu accusé par ses compatriotes de plus résoudre les problèmes des autres pays que le sien. La Côte d’Ivoire est dans l’impasse et le Président du Faso se trouve face à un dilemme cornélien. Espérons que Henri Konan Bédié ne prête pas serment en tant que troisième Président.

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03. déc.
2010
société
9

Le peuple esclave du Burkina

Les Gourmantchés, vous connaissez ? Il s’agit d’un groupe ethnique de l’Est du Burkina Faso. Ce peuple est constitué de sous hommes situé à l’est du Burkina Faso. Ils se retrouvent dans des villes comme Fada N’Gourma, Bogandé etc. Méfiez vous des Gourmantché. Ce sont de véritables sauvages. Pour savoir pourquoi je les traite ainsi, lisez tout le billet.

 

Parenté à plaisanterie entre Peulh et Bobo (Damien Glez caricature)

Si vous ne lisez pas tout ce billet, vous ne comprendrez pas pourquoi j’écris tout ce qui suit sur les Gourmantché. Ces sauvages qui ne devraient pas faire partie intégrante de notre société. Si vous avez un ami Gourmantché, méfiez vous. Il est mauvais d’office. Comment les reconnaitre ? Facile. Ils ont toujours la tête d’un Gourmantché. Ils ont pour noms Thiombiano, Lompo, Tindano, Tankouano, Nadinga Ouoba (ou Woba) etc. Ces gens remplissent tous les défauts que renferme l’humanité. Mais Ouédraogo de Ouahigouya (ville au nord du Burkina), c’est toujours un bon nom.

Comme je le disais plus haut, les Gourmantché sont des sauvages. Ce qui rend leur intégration très compliquée. Figurez vous, ce peuple ne mange pas avec la main comme le font généralement les africains. Croyez vous qu’ils mangent avec les cuillères ou des fourchettes, ou des bâtons comme les Chinois ? Non, ils mangent avec leurs pieds ! Et pourtant, ils ne portent jamais de chaussures. Comme on aime le dire, plus gaou qu’un Gourmantché, tu meurs. Le gouvernement burkinabè a fait des efforts en voulant moderniser la ville de Fada N’gourma, considéré comme la capitale de ce peuple à l’occasion des festivités de l’indépendance du pays en 2008. Des feux tricolores, des panneaux de signalisations routières ont été installés. Les Gourmantché sont sortis, tous en familles, pour faire des photos de souvenir avec des panneaux de stop et les feux tricolores. Pourquoi ? Ils n’en avaient jamais vu de toute leur vie.

Les Gourmantchés sont des sorciers. Soyez prudent, si vous vous rendez dans la région de l’Est du Burkina. Tout le monde est sorcier la bas. On les appelle « les tapeurs de sable » parce qu’ils prétendent lire l’avenir grâce au sable. Voila pourquoi aucun touriste n’ose aller dans cette région du Burkina. Les Gourmantché sont le seul peuple à manger alors que leurs enfants meurent de faim.

Les Gourmantché sont des esclaves. Plus précisément, esclaves des Yadsé, un autre groupe ethnique du nord Burkina dont je suis membre. Les Yadsé sont des hommes policés épris  de justice et de paix. Ils ont pour esclaves les Gourmantché. Si ces derniers sont acceptés dans la société burkinabè, c’est grâce aux Yadsé, un sous groupe des Mossi. Ils sont incapables de rien. Tenez-vous, l’un de leur ancêtre, Diaba Lompo leur chef, de retour d’une guerre, est  a grimpé sur un baobab pour se cacher en laissant ses sujets à la merci de ses ennemies. En voulant trafiquer l’histoire, les Gourmantché parlent de prouesse de leur chef Diaba Lompo qui serait monté sur le baobab avec son cheval. N’importe quoi.

Je sais que certains sont choqués par tout ce que je viens de débiter sur ces lignes. En réalité, il n’y a rien de sérieux à travers ces mots. Il s’agit d’une parenté à plaisanterie un moyen de « s’insulter », de se railler, se moquer sans conséquence. Rakiré chez les Mossi, sinankunya dans la région de Bobo Dioulasso, la parenté à plaisanterie est un facteur d’union, de consolidation de la société burkinabè.

« La parenté à plaisanterie, qu’est ce que c’est ?

La parenté à plaisanterie est un concept d’origine africaine (Burkina Faso, Mali, etc.) permettant d’éviter les conflits entre ethnies voisines. Le fonctionnement est le suivant : si une ethnie A a un lien de parenté à plaisanterie avec une ethnie B, les membres de l’ethnie A peuvent faire passer leurs griefs et reproches envers ceux de l’ethnie B par le biais de la plaisanterie. En revanche, ceux de l’ethnie B se doivent de les accueillir par le rire. Bien entendu, ce lien est à double sens.
La parenté à plaisanterie a par la suite été étendue à d’autres cas que le simple lien entre ethnies voisines. »  Source https://goddess-gate.com/dc2/index.php/post/166

La parenté à plaisanterie est un jeu verbal où les différents acteurs s’invectivent parfois avec violence. Souvent, on peut croire que les deux parents vont en venir aux mains. Jamais. Il s’agit d’une mise en scène. Il y a tout de même des limites dans ce jeu. Interdit de faire référence aux défauts physiques d’un parent à plaisanterie par exemple.

La parenté à plaisanterie est un ciment pour la société burkinabè. Selon certaines informations, un procès a été interrompu parce que l’un des plaignants s’était rendu compte que celui qu’il accusait d’avoir détourné son terrain était un parent à plaisanterie. Voila ce qu’il aurait affirmé « Je ne savais pas que j’avais à faire à un esclave. Je ne peux pas me rabaisser pour discuter d’égale avec une telle personne ». L’affaire était close. Les Gourmantché resteront d’éternels esclaves des Yadsé.

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30. nov.
2010
société
5

Classico Barça # Real, ça se passe aussi à Ouagadougou

Le FC Barcelone a battu son grand rival le real de Madrid 5 à 0 à l’occasion de la 13ème journée. Ce derby était très attendu à Ouagadougou également. Depuis de nombreux jours, presque toutes les conversations tournaient autour du classico. Ouagadougou a vibré au rythme  du classico.

Messi a pris le dessus sur Christiano Ronaldo

A 19 heures, j’attends mon ami Jean Baptiste en vain. 19 heures 30, pressé, je l’appelle sur  son téléphone. Il l’avait fermé. A ce moment, Je suis partagé entre aller chercher une « maison canal » ou « Canal+ » si vous voulez. A 19 heures 45 minutes, Jean Baptiste arrive enfin. Je me plains de son retard. Nous risquons de ne pas avoir de place pour poser nos vielles fesses. Il m’explique qu’il était en cours. Je prends le guidon de sa moto et au moment de démarrer, le char se trouve à plat. « Mon gars, débrouille toi. Moi je vais prendre le taxi ». Jean Baptiste me laisse seul, malgré mes menaces de laisser la moto à la merci des voleurs.

Il est 19 heures passé de 45 minutes environs. Je pousse la moto et je trouve un mécanicien sur l’avenue Charles de Gaules de Ouagadougou. « La nuit ça fait deux cents francs CFA» me dit le mécanicien. Le prix du collage double la nuit. Ce que j’avais oublié. Le mécano s’affairait sur une moto. Conséquence, je n’ai pas vu la première période de jeu et bien sûr, les deux premiers buts barcelonais.

Dès qu’il a fini.  J’enfourchais la moto et me mis à rouler à vive allure. J’ai repéré une « maison  Canal» à un kilomètres et non loin de l’avenue Charles de Gaulle. Arrivé dans cette « maison canal », qui, porte d’ailleurs le nom Canal+., je constatai qu’il n’avait presque plus de place. Une vraie marée humaine. Près de trois télés et les téléspectateurs  se retrouvent en trois groupes. A peine entrée « buuuuuuuuut » 53ème minutes, David Villa vient d’inscrire le troisième but des catalans. Des cris et des sauts de joie. La salle était acquise à la cause de Lionel Messi et ses camarades. On se croirait même dans un stade de football. Les supporters étaient habillés  en blanc, ou en  blaugrana. Certains avaient eu la place et comme beaucoup d’autres, je devais m’arrêter pour suivre le reste du match alors que j’ai payé 200 francs CFA au lieu de 100 comme d’habitude. Les commentaires allaient bon train, « Messiiiiiii va s’y fait la passe à Villa » etc. A la suite du 4ème but, barcelonais, un gaillard qui n’avait pas eu la place comme moi, sauta de toute sa force pour atterrir sur mon pied droit.  Il ne se rendit même pas compte qu’il avait piétiné quelqu’un.

A l’écran on avait une belle démonstration de football faites de passes courtes, de dribbles courts.

https://www.youtube.com/watch?v=LPntDALpHqc

Certains supporters du Real Madrid, ne tenant plus le coup quittèrent la salle. D’autres  restèrent dans la salle avec l’hypothétique espoir que leur équipe reviendrait dans le match. Espoir éteint dans les derniers instants de jeu par Jeffren qui venait à peine de rentrer. Cette fois-ci, la Maison Canal se vida des supporters du Real Madrid. « Mourihno n’a pas dis qu’il peut, il n’a qu’a faire on voir maintenant », «maintenant, le Real va nous respecter », «  vous là, ce n’est pas le Real qui a perdu hein, c’est Mourinho », « s’ils savaient qu’il n’allait pas jouer, ils n’avaient qu’à nous le dire, on allait signer forfait » « c’est l’arbitre qui les a aider sinon ils allaient prendre huit» s’exclamait les supporters du FC Barcelone.

Dehors, les supporter du Barça jubilaient et les coups de klaxon avaient envahi la ville. je suis rentré chez moi avec la moto de mon ami Jean Baptiste. Quand il aura besoin de ça il passera à la maison.

Je pensai en même temps à mon esclave Judicaël Gaël Lompo supporter inconditionnel du Real Madrid et qui se trouvait du côté de Koupéla une ville du Faso. Il allait surement passé une mauvaise nuit. Vous voulez surement savoir dans quel camp je suis. Non Je ne vous le dirais pas. Mais reconnaissons que le football est une véritable religion. Cette soirée a encore confirmer que le football est une véritable drogue au Faso.

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Auteur·e

L'auteur: Boukari Ouédraogo
Boukari Ouédraogo est journaliste multimédias et blogueur burkinabè passionné des nouveaux médias, du cinéma et du sport. Il blogue depuis 2009 pour le compte de Mondoblog.

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