Boukari Ouédraogo

Gilbert Diendéré, véritable casse-tête pour le Burkina

Cela fait quatre mois à la date de ce lundi 25 janvier 2016 que le général Gilbert Diendéré auteur du coup d’Etat manqué du mercredi 16 janvier 2016 est détenu à la maison d’arrêt et de correction de l’armée (MACA) à Ouagadougou. Bien qu’étant incarcéré, le général Gilbert Diendéré continue de troubler le sommeil des autorités burkinabè.

Bien qu'étant en prison, Gilbert Diendéré donne des occasions difficiles à résoudre aux autorités burkinabè
Bien qu’étant en prison, Gilbert Diendéré donne des occasions difficiles à résoudre aux autorités burkinabè

Le nom de Gilbert Diendéré était à la fois un mythe et un mystère au Burkina Faso. Personnage réservé, il était craint et souvent même, cela peut étonner aujourd’hui, et admiré. L’on dit de lui qu’il a déjoué des coups foirés contre le Burkina Faso ou contre son mentor, l’ancien Président Blaise Compaoré. Sa puissance, son intelligence, son sens de la stratégie, son goût du secret etc. avaient même conduit le journal Jeune Afrique dans un portrait à le considéré comme « l’homme le plus puissant du Burkina Faso après Blaise Compaoré lui-même » ou encore « L’homme le mieux informé du pays » dans un portrait de cet ancien patron du Régiment de sécurité présidentielle (RSP).

Mais, le mythe du général Gilbert Diendéré est tombé à l’issue du coup d’Etat manqué du mercredi 16 septembre 2015. Le dénouement de cette crise a conduit à son arrestation et son incarcération le jeudi 1er octobre 2015. Malgré cela, le général Gilbert Diendéré continue de troubler le sommeil des Burkinabè et aussi de leurs autorités. Depuis la chute de Blaise Compaoré le 31 octobre 2014, Gilbert Diendéré et le RSP ont troublé la situation socio-politique au Burkina Faso notamment en décembre 2014 quand ils auraient voulu régler des comptes avec le Premier ministre de l’époque mais numéro 2 de ce régiment Yacouba Isaac Zida.

Attaque à Yimbi pour déstabiliser le dispositif sécuritaire

Le 23 décembre 2015, les services secrets burkinabè ont su déjouer la mise en place d’un plan d’évasion du général Gilbert Diendéré emprisonné. Après l’échec de ce plan, les militaires de l’ex RSP qui n’avaient pas rejoint les casernes tentent à nouveau un coup en attaquant la poudrière de Yimbi situé à la sortie Ouest de Ouagadougou. La traque menée par les forces de défenses et de sécurité burkinabè ont permis de mettre la main sur ces déserteurs. Apparemment, les assaillants ont profité de l’attentat du vendredi 15 janvier 2016 pour attaquer le camp Yimbi. Une opération qui a pour objectif de créer la psychose mais aussi affaiblir le système sécuritaire burkinabè. Les fidèles de Diendéré étaient presque arrivés à faire douter des compétences de l’armée burkinabè.

Les difficultés restent. Les geôliers de Gilbert Diendéré ne savent pas comment surveiller ce prisonnier vraiment encombrant. Ils doivent toujours vivre avec à l’esprit qu’à chaque moment, de tels plans peuvent être échafaudés pour permettre à Gilbert Diendéré et à d’autres prisonniers de s’évader. Pour le moment, le coup d’Etat du 16 septembre 2016 n’a pas révélé tous ses secrets. Qui sait s’il n’y a pas de complices au sein de l’armée qui attendait juste d’apporter leur soutien au coup d’Etat s’il était en bonne voie. Les autorités burkinabè doivent aussi avoir à l’esprit que Gilbert Diendéré réputé fin stratège et imprévisible pourrait (tenter de) s’évader. Pour cela, il peut même bénéficier de complicités au sein de l’armée.

On peut attenter à la vie de Gilbert Diendéré

On pourrait même imaginer que cette complicité vienne des autorités burkinabè. Ces dernières, d’anciens compagnons de Compaoré, ont côtoyé Gilbert Diendéré tout le temps qu’ils ont passé avec Gilbert Diendéré. Si jamais ils ont des cadavres dans le tiroir, Gilbert Diendéré devrait être bien informé. Dans ce cas s’il parle, c’est l’actuel régime qui devrait rendre compte au peuple qui l’a élu et qui souhaite mettre fin avec les agissements du régime ancien.

Hormis tout cela, il y a cette possibilité que Gilbert Diendéré tente de se suicider. Si cela arrivait, les autorités burkinabè auront le dos au mur. Il sera difficile pour elles d’expliquer aux Burkinabè qu’ils n’ont rien à y voir. Et si d’ailleurs, quelqu’un tentait de l’empêcher de parler ? Ce sont des inquiétudes légitimes car, avec tout le temps que certains ont passé avec Blaise Compaoré, un procès de ce régime pourrait les salir. Ils n’ont donc pas intérêts à ce que Gilbert Diendéré parle.

Même en prison, Gilbert Diendéré, avec son RSP, qui a fait trembler le Burkina plusieurs fois pendant la Transition continue de troubler le sommeil des autorités burkinabè. Pour qu’elles retrouvent le sommeil, il faudrait lever le couvre-feu instauré entre 1 et 4 heures du matin.


Incendies en série à Ouagadougou : Ils veulent empêcher le Président Roch de gouverner

Depuis le 15 janvier 2016, au lendemain des attentats contre le Cappucino, Splendid Hôtel et l’Hôtel Yibi, une série d’incendies secoue les marchés de la capitale burkinabè Ouagadougou. Si au départ, les Burkinabè ont pensé, peut-être, ils doivent se rendre à l’évidence que ces incendies enregistrés en ce laps de temps est une manière peut-être pour les anciens nostalgiques du régime de Blaise Compaoré d’empêcher le nouveau président démocratiquement élu Roch Marc Christian Kaboré de diriger ce pays.

Incendie

Il faut désormais privilégier la piste criminelle. Cette série d’incendies dans les marchés du Burkina n’est pas le fait du hasard. En moins d’une semaine, les marchés de Tanghin, de Boins Yaaré, à Gounghin et le grand marché de Bobo Dioulasso ont connu des incendies tout comme un maquis au quartier Tanghin supposé appartenir à un homme de tenu.

Ces incendies interviennent quelques jours après la nomination des membres du gouvernement par le Premier ministre du Burkina Paul Kaba Thiéba, et surtout au lendemain des attentats du vendredi 15 janvier 2016 qui ont plongé les Ouagalais et tous les Burkinabè dans la peur.

Dans la même nuit, un maquis situé au quartier Tanghin de Ouagadougou, supposé appartenir un homme de tenu partait aussi en fumée. Simple coïncidence ? Non. Tout cela ressemble à un scénario mis en place pour empêcher le nouveau Président élu Roch Marc Christian Kaboré de diriger ce pays. Beaucoup de ceux qui ont connu derniers soutiens de Blaise Compoaré rapportent bien que l’ancien Président Blaise Compaoré et ces derniers ont juré qu’il ne dirigera jamais ce pays. Alors à défaut de l’empêcher, ils ont donc décidé de l’empêcher de le faire. C’est pourquoi tout ceci ressemble à l’œuvre d’anciens nostalgiques du régime Compaoré. Ils ont mal digéré le départ du trio Roch Salif Simon surnommé les RSS pour renforcer les rangs de l’opposition lors des différentes luttes contre la modification de l’article 37 de la constitution du Burkina de l’époque. Ce qui a finalement contribué à la chute du Président Blaise Compaoré.

En incendiant les marchés, ces terroristes veulent susciter une grogne de la population contre les nouveaux dirigeants. Pour cela donc, ces terroristes, c’est ainsi qu’il faut nommer ces pyromanes, veulent semer la psychose afin d’éviter toute velléité d’investissement au Pays des Hommes Intègres.

Il y a peut-être un lien entre cette série d’incendies, l’attentat du vendredi 15 janvier 2016, l’attaque d’une patrouille de gendarmerie dans la province de l’Oudalan mais aussi l’enlèvement du couple Eliot dans la ville de Djibo le même jour de l’attentat.

Les pyromanes qui sèment la terreur ces derniers temps dans les marchés devraient bien avoir un lien avec ces mêmes personnes qui ont attaqué le camp militaire de Yimdi dans la nuit du mercredi 21 au jeudi 22 janvier 2016. Ces terroristes pensent peut-être qu’ils font du mal au RSS mais c’est aux Burkinabè qu’ils le font. De toutes les façons, ce n’est jamais de cette façon qu’ils dirigeront à nouveau le pays. Au contraire, ils risquent de susciter l’effet contraire : les Burkinabè pourraient plutôt, en solidarité avec leurs dirigeants, nourrir de la sympathie pour eux et accepter mourir pour défendre leur cause comme ce fut le cas les 30 et 31 octobre 2014 et pendant le putsch du mercredi 16 septembre 2015.

Il est vrai que ces attaques, ces incendies ainsi que d’autres braquages moins médiatisés ces derniers se déroulent en période de couvre-feu (1heures à 4 heures du matin) révèlent aussi de la défaillance au niveau des services de sécurité burkinabè. Mais ce sujet sera l’objet d’un billet.


Attaque à Ouagadougou: les djihadistes ont frappé le coeur de la capitale

On savait qu’ils pouvaient frapper un jour. Ils l’ont fait. Ils ont touché un point symbolique de la capitale burkinabè : l’avenue Kwame N’Krhumah et, précisément, le Splendid Hôtel et le café Cappuccino. Les djihadistes de Al-Mourabitoune n’ont pas frappé au hasard et surtout, ils ont fait mal. Très mal.

Splendid Hôtel Ouagadougou

Cela n’arrive pas qu’aux autres. Après le Mali, où les attaques djihadistes sont quasi quotidiennes dans le nord du pays, le Burkina Faso vient de vivre son attaque terroriste la plus sanglante (après l’enlèvement, dans la province de l’Oudalan, d’un Roumain en avril 2015, l’attaque de la gendarmerie d’Oursi en août 2015 mais aussi celle de Samarogouan dans l’ouest du Burkina, en octobre de la même année). Aux environs de 19 heures, les premiers tirs ont été entendus. Quatre assaillants, habillés de noirs et cagoulés (enturbannés selon certains), ouvrent le feu le vendredi 15 janvier 2016 au Cappuccino, situé sur l’avenue Kwame N’Krumah.

Après cette première attaque du Cappuccino, les assaillants s’intéressent à l’hôtel Splendid, le plus grand de la place, situé juste en face du Cappuccino. Dans leur prise d’otages, ils abattent tous ceux qui tentent de s’échapper de l’hôtel et brûlent les véhiculent stationnés autour de l’hôtel. L’objectif, sûrement, est de dissuader et retarder toute intervention des forces de défense et de sécurité, ou toute personne qui tenterait de secourir les otages.

Video d’une dame qui a vécu l’enfer.#MMMV Posté par Mokonzi Dread sur samedi 16 janvier 2016

Des témoins présents sur place rapportent qu’une heure après, la riposte des forces de défense et de sécurité burkinabè s’est organisée. Les échanges de tirs emportent deux gendarmes burkinabè et un civil, à l’extérieur de l’hôtel. La riposte s’organise avec le renfort des forces françaises et américaines. Aux environs de 2 heures du matin, les otages sont libérés grâce au courage et à la bravoure de ces hommes.

Pourquoi l’avenue Kwamé N’Khruma

Comme d’habitude, les djihadistes n’ont pas choisi leur cible au hasard. L’avenue Kwamé N’Krumah est considérée comme « la plus belle avenue de Ouagadougou ». C’est dans cette zone que se trouve la plupart des compagnies aériennes, des hôtels, des restaurants, des entreprises et des sièges d’institutions internationales. Une grande partie des cérémonies, comme les conférences et les séminaires, s’y tiennent. Cette avenue est aussi le symbole de la bourgeoise. Elle est également connue pour ses fleurs de bitume de luxe.

Le grand marché de Ouagadougou, Rood Wooko, se trouve à moins de 500 mètres de cette avenue. L’avenue est également à moins de 15 minutes d’une porte d’entrée au Burkina, l’aéroport international de Ouagadougou. C’est aussi là que se trouve le palais de justice de Ouagadougou et le commissariat central de la capitale burkinabè. Kwame N’Krumah, comme l’ont déjà relayé les médias, est une avenue fréquentée par de grandes personnalités du pays mais aussi des Européens, principales cibles des djihadistes. En frappant cette avenue, les terroristes étaient sûrs d’attirer l’attention de la communauté internationale et de gagner la campagne de communication qui va avec. L’avenue Kwame N’Krumah est le cœur même de la capitale burkinabè.

Une attaque trop facile

 Un premier reproche : l’arrivée tardive des forces de sécurité burkinabè sur les lieux. Ce n’est qu’une heure après le début des fusillades que les forces de sécurité burkinabè sont intervenues, selon les témoins. Les terroristes, « presque des enfants » ont donc contrôlé la zone pendant tout ce temps, faisant ainsi un maximum de victimes. Par ailleurs, cela n’a pas permis de sauver ceux qui ont été asphyxiés par la fumée. Cela montre bien que les autorités burkinabè n’ont pas vraiment eu le sentiment qu’une attaque terroriste d’une telle ampleur était en cours à Ouagadougou.

Depuis l’attaque de Samarogouan, l’on a dénoncé la promiscuité et le dénuement total des forces de sécurité burkinabè qui face aux bandits n’ont pour arme que leur courage. Un meilleur équipement n’aurait peut-être pas pu éviter cet attentat, mais cela aurait peut-être permis une intervention rapide et meilleure.

Comment comprendre que des individus de cet âge (moins de 30 ans, a priori), puissent traverser tout le pays, avec de telles armes, sans être inquiétés ? Cette attaque démontre une nouvelle fois que les forces de défense et de sécurité manquent cruellement de moyens. Si les militaires français et américains n’étaient pas venu en renfort de l’équipe burkinabè, la libération des otages n’aurait pas été aussi facile et d’autres auraient perdu la vie dans cet acte de terreur.

Le mal étant désormais fait, tout Burkinabè doit se sentir responsable de la sécurité du pays.


L’enfer Libyen d’un rapatrié burkinabè

Un mois après, les Burkinabè chassés de la Guinée Conakry, 133 Burkinabè sont rentrés de la Libye, dans la nuit du jeudi 7 au vendredi 8 janvier 2016 grâce à une opération spéciale engagée par les autorités burkinabè. Ces rapatriés ont vécu un enfer en Libye.

Un mini-car transportant des Burkinabè rapatriés de la Libye
Un mini-car transportant des Burkinabè rapatriés de la Libye

Aux environs de 11 heures ce vendredi 8 janvier, de nombreux rapatriés avaient déjà quitté le site d’hébergement de l’Action éducative en milieu ouvert (AEMO), un centre du ministère de l’action sociale et de la solidarité nationale du Burkina, situé au quartier Somgandé de Ouagadougou. A l’entrée, un groupe de jeunes, les valises posés devant eux, attendent que des véhicules dépêchés par l’Etat burkinabè viennent les chercher. Au milieu  de ces  jeunes au regard perdus, l’un d’entre eux se renseigna auprès de nous sur la situation géographique de la gare de l’Est. Renseignement pris, il quitta le centre d’hébergement.

A l’intérieur, un mini-car s’apprête à démarrer avec une vingtaine de rapatriés. Plus loin, devant les salles qui ont servi de dortoirs, situées au milieu de la cours, une dizaine d’autres rapatriés attendaient également des parent pour être transportés à la gare ou passer la nuit chez eux. Ils n’avaient plus rien. Ils ne pouvaient pas non plus attendre les autres. Parmi eux, Séni Zampou, 22 ans. Habillé d’un survêtement bleu-ciel, il attend sur un table-banc d’écolier, un sachet d’eau à la main.

Il y a un an il a quitté le Burkina Faso pour rejoindre la Libye dans l’espoir de faire fortune. En quittant le purgatoire burkinabè pour l’Eldorado rêvé, c’est plutôt droit l’enfer que Séni Zampou a foncé la tête baissé. Dans ce pays, il a connu toute sorte de souffrance dont particulièrement le racisme.  Comment s’est-il retrouvé dans cette situation? « Il y a trois mois, des gens sont venus cassés notre porte, ils ont pris tous nos biens et ils sont allés nos enfermées sans rien nous dire », explique-t-il les propos remplis d’amertume. Après, cela, ils ont été conduit en prison comme des voleurs alors qu’ils n’avaient rien fait, estime-t-il.

C’est aux environs de une heure du matin que ces individus qui pourraient bien être des policiers se sont introduis chez lui, raconte-il. Ce jour-là, lorsqu’il est rentré tout fatigué du travail avec ses camarades, avant même de manger, des individus qu’ils ne connaissaient ont fait irruption dans leurs maisons. « Ils nous ont frappé et nous ont demandé où se trouvait l’argent ensuite, ils ont fouillé les maisons », poursuit Séni Zampou en tenant de faire des gestes pour montrer son incompréhension ce jour-là. Ils cherchaient donc de l’argent, pensant que ces migrants ont gagné à la sueur de leur front leur ont été volés. C’est ainsi que les maigres économies qu’ils avaient faites ont été emportés avant de les envoyer en prison.

 

Des tracasseries quotidiennes

Bien avant de devoir partir, le jeune burkinabè parti à l’aventure a dû faire face aux brimades de tout genre. Décorateur, il pensait que son talent lui ferait vivre dans l’eldorado libyen. Mais en réalité, c’est sur place que Zampou a appris le métier de décoration. Mais pour ce travail, il lui arrivait de travailler sans être payer tout simplement parce qu’il était un migrant et en plus sans papier. Son rêve était de rejoindre l’Europe, faire fortune et revenir dans son pays. Mais faute d’argent, il ne pouvait pas continuer le voyage. C’est pourquoi, le jeune homme  est resté en Libye en attendant un jour meilleur.

Dans un tel contexte, lui qui rêvait d’envoyer de l’argent à sa famille resté au pays, se demande comment faire. « les affaires que je t’ai dit, on a pris. Tu ne peux pas travailler, on va te prendre ça (argent) », regrette-t-il. Chaque jour était un jeu de cache-cache. Lorsqu’un rapatrié avait le malheur de se retrouver en prison, il peut y rester plusieurs jours s’il n’a pas un téléphone portable.

Pour aller en Libye, il a du faire beaucoup d’économies. Et Séni Zampou ce qu’il a investi pour ce voyage. Selon lui, 100 mille franc CFA suffissent pour engager ce voyage. Mais avec les tracasseries policières, les passeurs qu’il faut payer, il faut disposer d’une fortune qui aurait pu servir à créer une petite entreprise au Burkina « C’est la chance ! Tu peux dépenser 500 mille comme tu peux aussi dépenser un million de francs CFA », confie Séni Zampou.

« Pour nous, c’est dans la main de Dieu. On ne peut rien dire parce qu’on a rien. Rien du tout ».

De retour désormais au pays, il doit penser à ce qu’il va faire. Mais Séni Zampou, ne sait pas à quel saint se vouer. Il est rentré tout démunis de son périple libyen. « C’est la prison que j’ai quitté pour aller directement à l’aéroport. Façon je suis assis, c’est de cette manière que j’ai quitté la Libye », fait-il remarqué. Le bagage à côté, ne lui ’appartiendrait pas. C’est celui, d’un ami allé chercher un taxi. Lui, a eu plus de chance.

« Pour nous, c’est dans la main de Dieu. On ne peut rien dire parce qu’on a plus rien. Rien du tout. Si on avait un peu, on allait s’appuyer sur ça », déplore encore le jeune homme. A présent, il ne sait pas comment expliquer à sa famille qu’il a échoué.


Spoliés de leurs biens, des Burkinabè chassés de la Guinée

Près de 240 rapatriés de Guinée Conakry, sont arrivés à Ouagadougou. Rentrés au bercail dans le dénouement total, ces Burkinabè qui ne savent pas comment récupérer leurs biens restés dans ce pays.

Des Burkinabè rapatriés de la Guinée se battant pour des friperies
Des Burkinabè rapatriés de la Guinée se battant pour des friperies

Une natte, des friperies et souvent un sceau en main certains de ces Burkinabè chassés de la Guinée et arrivée dans la nuit du dimanche 6 au lundi 7 décembre 2015 su ruent vers trois minicars de fortune stationnés mais prêts pour mettre le cap respectivement sur Bagré, Ouahigouya et Kombissiri. Quelques-uns arrêtés devant un Peugeot bâchée arrachent des friperies offertes par le Comité National de Secours d’Urgence et de Réhabilitation (CONASUR). Âgés entre 12 et 40 ans. D’autres sont assis sur des tables-bancs attendant le car qui devrait les convoyer dans leurs destinations respectives. Ils sont venus de Siguiri zone aurifère située au Nord-Est de la Guinée où ils s’adonnaient à diverses pratiques d’exploitations de l’or. Sur près de 240 rapatriés, l’on compte 7 femmes. Parmi celles-ci, une seule une seule est arrivée à Ouagadougou. Les autres sont restées à Bobo Dioulasso.

Détenus dans la promiscuité

Assis devant un bâtiment dans l’enceinte de l’Action éducative en milieux ouvert (AEMO) située au quartier Somgandé de Ouagadougou, les coudes sur les genoux, la tête dans les deux bras, il et habillés d’un maillot et un pantalon aux couleurs du FC Barcelone, club espagnol de football. Son nom est Moustapha Sango et il fait partie des rapatriés. Ce jeune homme de la trentaine est marié et père d’un enfant. Comme pour se sentir mieux, il se met debout. « Moi, c’est le 24, (ndlr novembre 2015) quand je me suis réveillé, j’ai constaté la présence des militaires qui sont venus m’arrêtés. J’ai demandé ce qui se passait. Ils m’ont dit qu’arriver là-bas, je saurais ce que j’ai fait», confie Moustapha Sango, visiblement meurtri par ce qui lui est arrivé.

Mais arrivé dans ce qu’il appelle un camp, il constate qu’il n’est pas le seul. C’est alors qu’il demande aux autres ce qui se passe. Eux également, arrêtés par surprise n’avaient aucune idée de ce qui leur a conduit en une prison. « Au fil du temps, nous sommes devenus nombreux », souligne-t-il en ajoutant : « On a fait 12 jours en prisons. On nous donne une miche de pain le matin pour six personnes. Le soir à 18 heures, on nous remet des tasses. Si tu as la chance, tu peux avoir une tasse. On pisse là-bas. On fait tout là-bas. On ne se lave pas. On ne fait rien. Ils ne causent pas avec nous. On ne sait ce qu’on a fait », explique toujours Moustapha Sango.

Adama Nikièma lui, a passé 14 jours en prison. Il confirme les affirmations de Moustapha Sango : ils dormaient, mangeaient et faisaient leurs besoins naturels au même endroit. Ce qui lui reste au travers de la gorge, c’est que les autorités guinéennes n’ont même pas donné un ultimatum aux Burkinabè pour quitter le pays. «On ne nous a pas informé avant de nous chasser. J’ai fait 14 jours en prison. J’étais dans un trou (ndlr de mine d’or dont la profondeur peut atteindre 100 mètres). C’est lorsque je suis sorti, que j’ai vu les hommes en tenus. J’ai tenté de fuir et ils m’ont rattrapé. Je me suis même blessé dans la course-poursuite (ndlr, il montre son bras blessé) », rapporte Adama Nikièma. Parmi ces rapatriés, l’on compte des enfants. C’est le cas de Dramane Gouem, âgé de 13 ans. Il était avec son grand frère et a été arrêté dans les mêmes conditions que lui.

Ils ont perdu tous leurs biens

Le samedi 5 décembre 2015 ils sont à la frontière du Mali selon Moustapha Sango. C’est pendant le rapatriement qu’il a compris que c’est à cause de l’exploitation de l’or guinéen qu’ils sont chassés comme des bandits. A partir du Mali, la situation s’est améliorée grâce à l’intervention de l’ambassadeur du Burkina installé dans ce pays. Ce dernier a fait de son mieux pour qu’ils soient à l’aise avant de les renvoyer au Burkina Faso. « L’ambassadeur nous a remis 300 mille francs CFA. Nous nous sommes partagés. Certains ont eu 250, d’autres 500. Quelques-uns n’ont rien eu », regrette Moustapha Sango. A Bobo Dioulasso également, les autorités locales se seraient aussi bien occupées d’eux. Arrivé à Ouagadougou et en partance pour Bagré, il ne sait pas à quel saint se vouer. « Il y a nos biens qui sont restés là-bas. Nous travaillons avec des machines qui coûtent plus d’un million. Certains en ont deux ou trois, quatre voir même cinq. Moi-même j’en ai trois. Je ne sais comment faire pour récupérer mes biens », se plaint Sango.

Ces Burkinabè rapatriés de Guinée Conakry étaient-ils en règle ? A cette question, il est catégorique. « Normal ! Il y a de l’argent que nous reversons au service des mines à 40 mille francs CFA, la patente à 75 mille francs CFA , 50 mille francs CFA au service de l’environnement. Quand tu arrives, il y a un papier qu’on te remet et tu payes 50 mille francs CFA par an. D’ailleurs, on ne nous a pas demandé de payer et nous avons refusé », assure Sango.

Repartir en Guinée, ils y pensent

Certains rapatriés dénoncent les conditions de vie. Moustapha Sango veut être honnête, malgré une vie modeste, il n’avait pas de problème. Toutefois, il n’a aucune idée de ce qu’il va faire au Burkina Faso. Ses économies sont restées en Guinée Conakry. « Tout ce que tu as économisé, ils ramassent. Certains sont venus sans pièces d’identités ». Adama Nikièma ne sait pas non plus ce qu’il fera. Il a honte : « Cela fait deux ans que je travaille là-bas. Je suis revenu l’année dernière pendant la saison pluvieuse. J’avais pu honorer. Mais cette fois, je ne sais pas comment je vais arriver au village. Je ne sais comment je vais raconter mon histoire pour que l’on puisse me croire ». Emile Bancé, ressortissant de Zabré s’est vu dépouillé de tous ses biens. 

«J’avais 40 grammes d’or sur moi. On m’a fouillé et pris tous les 40 grammes. J’étais en train de travailler avec ma machine. On m’a dit que c’est justement à cause de ma machine qu’on m’a arrêté», raconte Bancé. Son objectif désormais c’est de repartir pour récupérer ses biens même si certains ont été arrêtés à la frontière et envoyer en prison à Conakry. Il n’est pas seul à le penser. Ils veulent à tout prix récupérer leurs biens acquis à la sueur de leur front.