Terrorisme : le Burkina est donc devenu un pays dangereux ?

Article : Terrorisme : le Burkina est donc devenu un pays dangereux ?
18 octobre 2015

Terrorisme : le Burkina est donc devenu un pays dangereux ?

L’ambassade de France a publié à l’endroit de ses ressortissants au Burkina Faso une cartographie des zones à risques le mardi 13 octobre 2015. Toute la partie de territoire burkinabè frontalière au Mali est déclarée zone rouge. Le gouvernement burkinabè lui n’a pas réagi comme si elle cautionnait la publication de cette cartographie des zones à risques.

Le pays est devenu un pays dangereux depuis l’attaque de la gendarmerie Samorogouan, à 45 km au nord de Orodora, la principale ville de cette zone. Le mutisme des autorités burkinabè sur cette affaire est déconcertant. Qui se tait consent. Si les autorités françaises déconseillent les zones concernées à leurs ressortissants, quel sort réserve-t-on aux populations locales ? Le même sort qu’on a réservé trois gendarmes de Samorogouan et au maréchal de logis (MDL) chef Abdoul Ba Souleymane Ilboudo tué lors de l’attaque de la gendarmerie d’Oursi dans la province de l’Oudalan ?

Le Burkina Faso est devenu un pays dangereux parce que les autorités n’ont rien fait pour mieux sécuriser le pays. Pourtant, les signes de possibles attaques djihadistes sur le territoire burkinabè étaient perceptibles depuis longtemps. D’abord, le Burkina Faso est au cœur de l’Afrique occidentale. Ensuite, des pays frontaliers ont subi des attaques de ce type. La crise au nord du Mali a conduit beaucoup de réfugiés au nord du Burkina Faso. Ce qui laisse la porte ouverte à des infiltrations.

La première alerte a été donnée au mois d’avril dernier quand un Roumain travaillant dans la mine de Tambao a été enlevé dans cette partie située au nord du pays. Jusqu’à présent nous n’avons aucun signe de vie de cet otage.

Puisqu’il ne s’agissait que d’un expatrié blanc, on ne se sentait pas si concerné. Ça n’arrive qu’aux autres, pense-t-on souvent. Les autorités burkinabè n’étaient pas inquiètes. Pendant que ces dernières continuaient de dormir sur leurs lauriers, la gendarmerie d’Oursi est attaquée par des bandits non identifiés. Ces derniers ont fait preuve de « professionnalisme » en tendant un guet-apens aux gendarmes. Bilan un gendarme tué. Bien qu’un témoin ait affirmé que les bandits avaient dit qu’ils appartenaient à Boko Haram, la piste du règlement de compte semble avoir été privilégiée.

Pourtant, le problème devait être pris à bras le corps. Cette attaque a permis de mettre à nu les conditions catastrophiques dans lesquelles travaillaient les forces de défense et de sécurité. Nous l’avons d’ailleurs dénoncé. Il suffit d’aller dans n’importe quel poste de police ou de gendarmerie du Burkina pour se rendre compte que ces derniers travaillent en sous-effectif et manquent du minimum de logistique. Face à des bandits surarmés et quelle que soit la formation de ces hommes en tenue ils ne peuvent que fuir comme des poltrons.

Le Burkina est donc devenu une zone dangereuse parce que les autorités n’arrivent plus à sécuriser les frontières du pays. Le Burkina Faso est devenu un pays dangereux. La France l’a dit et donc c’est vrai ! Cela signifie que la France maîtrise mieux le territoire burkinabè que nos autorités elles-mêmes. Cela veut dire que les services secrets burkinabè ne sont pas efficaces. Mais ce qu’on oublie, c’est que les terroristes sont tellement ingénieux qu’ils n’ont plus besoin de faire des incursions aux frontières. Ils sont capables de frapper en plein cœur de la capitale à travers des attentats- suicide par exemple.

Comme le dit un proverbe burkinabè, on a laissé le fantôme entrer dans la maison et maintenant, on veut le chasser.

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Commentaires

DIALLO Hamadou
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Le pacte avec le diable n'est jamais sans contrepartie. Les autorités déchues ont longtemps entretenu des rélations incestueuses avec ces groupes mafieux. Le Mauritanien Moustapha Chafi, est persona non grata dans son propre pays en raison de ses affinités avec les terroristes. Blaise Compaoré et Gilbert Diendéré étaient considérés entre temps comme les meilleurs négociateurs avec les djihadistes. C'est ce qui peut en partie expliquer le fait que le Burkina Faso bien que frontalier avec le Niger et le Mali soit longtemps epargné par ces groupes. Maintenant que leurs amis ne sont plus au pouvoir, le pays fait désormais partie de l"Axe du Mal" et la boite de Pandore risque de s'ouvrir sur le Burkina Faso. L'état des rélations entre Blaise Compaoré et ses groupes étaient tels que Compaoré n'a jamais, un seul instant eu peur d'être attaqué. La preuve, les postes de gendarmerie situés dans les zones frontalières avec le Mali et le Niger, en plus d'être en sous-nombre étaent très peu équipés. Toutes les armes étaient détenues à Naaba kom. Blaise ne voulait pas qu'elles soient utilisées pour commettre un coup d'Etat contre lui. Après la chute de Compaoré, conscients du risque que court le BF, et pour parer à l'eventualité les américains ont vite courru au sécours du pays ont dotant quelques garnisons en armes. L'objectif était double: lutter contre le terrorisme mais également contrebalancer la force de l'ex-RSP. A l'heure actuelle deux mesures s'imposent: developper le renseignement en mettant à contribution les populations vivant aux frontières. Là nous avons un atout car lorsqu'un individu non burkinabè intègre nos populations il est facilement identifiable. La deuxième mesure, deployer des militaires dans tous les chefs-lieux de departement situés à la frontière car j'en connais où il n'ya ni policier, ni gendarme.

Pierre Venuat
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Je souscris en grande partie à votre analyse, Boukari. La menace est entrée dans la maison mais il n'est jamais trop tard pour combattre. Quand aux recommandations des français, elle ne les ont pas protégés dans leurs propres frontières. Elle valent pour les risque d'enlèvements mais ne changeront rien aux attentats.
Je serais sur Ouaga début février et heureux de vous rencontrer si l'occasion se présente