Spoliés de leurs biens, des Burkinabè chassés de la Guinée

Article : Spoliés de leurs biens, des Burkinabè chassés de la Guinée
7 décembre 2015

Spoliés de leurs biens, des Burkinabè chassés de la Guinée

Près de 240 rapatriés de Guinée Conakry, sont arrivés à Ouagadougou. Rentrés au bercail dans le dénouement total, ces Burkinabè qui ne savent pas comment récupérer leurs biens restés dans ce pays.

Des Burkinabè rapatriés de la Guinée se battant pour des friperies
Des Burkinabè rapatriés de la Guinée se battant pour des friperies

Une natte, des friperies et souvent un sceau en main certains de ces Burkinabè chassés de la Guinée et arrivée dans la nuit du dimanche 6 au lundi 7 décembre 2015 su ruent vers trois minicars de fortune stationnés mais prêts pour mettre le cap respectivement sur Bagré, Ouahigouya et Kombissiri. Quelques-uns arrêtés devant un Peugeot bâchée arrachent des friperies offertes par le Comité National de Secours d’Urgence et de Réhabilitation (CONASUR). Âgés entre 12 et 40 ans. D’autres sont assis sur des tables-bancs attendant le car qui devrait les convoyer dans leurs destinations respectives. Ils sont venus de Siguiri zone aurifère située au Nord-Est de la Guinée où ils s’adonnaient à diverses pratiques d’exploitations de l’or. Sur près de 240 rapatriés, l’on compte 7 femmes. Parmi celles-ci, une seule une seule est arrivée à Ouagadougou. Les autres sont restées à Bobo Dioulasso.

Détenus dans la promiscuité

Assis devant un bâtiment dans l’enceinte de l’Action éducative en milieux ouvert (AEMO) située au quartier Somgandé de Ouagadougou, les coudes sur les genoux, la tête dans les deux bras, il et habillés d’un maillot et un pantalon aux couleurs du FC Barcelone, club espagnol de football. Son nom est Moustapha Sango et il fait partie des rapatriés. Ce jeune homme de la trentaine est marié et père d’un enfant. Comme pour se sentir mieux, il se met debout. « Moi, c’est le 24, (ndlr novembre 2015) quand je me suis réveillé, j’ai constaté la présence des militaires qui sont venus m’arrêtés. J’ai demandé ce qui se passait. Ils m’ont dit qu’arriver là-bas, je saurais ce que j’ai fait», confie Moustapha Sango, visiblement meurtri par ce qui lui est arrivé.

Mais arrivé dans ce qu’il appelle un camp, il constate qu’il n’est pas le seul. C’est alors qu’il demande aux autres ce qui se passe. Eux également, arrêtés par surprise n’avaient aucune idée de ce qui leur a conduit en une prison. « Au fil du temps, nous sommes devenus nombreux », souligne-t-il en ajoutant : « On a fait 12 jours en prisons. On nous donne une miche de pain le matin pour six personnes. Le soir à 18 heures, on nous remet des tasses. Si tu as la chance, tu peux avoir une tasse. On pisse là-bas. On fait tout là-bas. On ne se lave pas. On ne fait rien. Ils ne causent pas avec nous. On ne sait ce qu’on a fait », explique toujours Moustapha Sango.

Adama Nikièma lui, a passé 14 jours en prison. Il confirme les affirmations de Moustapha Sango : ils dormaient, mangeaient et faisaient leurs besoins naturels au même endroit. Ce qui lui reste au travers de la gorge, c’est que les autorités guinéennes n’ont même pas donné un ultimatum aux Burkinabè pour quitter le pays. «On ne nous a pas informé avant de nous chasser. J’ai fait 14 jours en prison. J’étais dans un trou (ndlr de mine d’or dont la profondeur peut atteindre 100 mètres). C’est lorsque je suis sorti, que j’ai vu les hommes en tenus. J’ai tenté de fuir et ils m’ont rattrapé. Je me suis même blessé dans la course-poursuite (ndlr, il montre son bras blessé) », rapporte Adama Nikièma. Parmi ces rapatriés, l’on compte des enfants. C’est le cas de Dramane Gouem, âgé de 13 ans. Il était avec son grand frère et a été arrêté dans les mêmes conditions que lui.

Ils ont perdu tous leurs biens

Le samedi 5 décembre 2015 ils sont à la frontière du Mali selon Moustapha Sango. C’est pendant le rapatriement qu’il a compris que c’est à cause de l’exploitation de l’or guinéen qu’ils sont chassés comme des bandits. A partir du Mali, la situation s’est améliorée grâce à l’intervention de l’ambassadeur du Burkina installé dans ce pays. Ce dernier a fait de son mieux pour qu’ils soient à l’aise avant de les renvoyer au Burkina Faso. « L’ambassadeur nous a remis 300 mille francs CFA. Nous nous sommes partagés. Certains ont eu 250, d’autres 500. Quelques-uns n’ont rien eu », regrette Moustapha Sango. A Bobo Dioulasso également, les autorités locales se seraient aussi bien occupées d’eux. Arrivé à Ouagadougou et en partance pour Bagré, il ne sait pas à quel saint se vouer. « Il y a nos biens qui sont restés là-bas. Nous travaillons avec des machines qui coûtent plus d’un million. Certains en ont deux ou trois, quatre voir même cinq. Moi-même j’en ai trois. Je ne sais comment faire pour récupérer mes biens », se plaint Sango.

Ces Burkinabè rapatriés de Guinée Conakry étaient-ils en règle ? A cette question, il est catégorique. « Normal ! Il y a de l’argent que nous reversons au service des mines à 40 mille francs CFA, la patente à 75 mille francs CFA , 50 mille francs CFA au service de l’environnement. Quand tu arrives, il y a un papier qu’on te remet et tu payes 50 mille francs CFA par an. D’ailleurs, on ne nous a pas demandé de payer et nous avons refusé », assure Sango.

Repartir en Guinée, ils y pensent

Certains rapatriés dénoncent les conditions de vie. Moustapha Sango veut être honnête, malgré une vie modeste, il n’avait pas de problème. Toutefois, il n’a aucune idée de ce qu’il va faire au Burkina Faso. Ses économies sont restées en Guinée Conakry. « Tout ce que tu as économisé, ils ramassent. Certains sont venus sans pièces d’identités ». Adama Nikièma ne sait pas non plus ce qu’il fera. Il a honte : « Cela fait deux ans que je travaille là-bas. Je suis revenu l’année dernière pendant la saison pluvieuse. J’avais pu honorer. Mais cette fois, je ne sais pas comment je vais arriver au village. Je ne sais comment je vais raconter mon histoire pour que l’on puisse me croire ». Emile Bancé, ressortissant de Zabré s’est vu dépouillé de tous ses biens. 

«J’avais 40 grammes d’or sur moi. On m’a fouillé et pris tous les 40 grammes. J’étais en train de travailler avec ma machine. On m’a dit que c’est justement à cause de ma machine qu’on m’a arrêté», raconte Bancé. Son objectif désormais c’est de repartir pour récupérer ses biens même si certains ont été arrêtés à la frontière et envoyer en prison à Conakry. Il n’est pas seul à le penser. Ils veulent à tout prix récupérer leurs biens acquis à la sueur de leur front.

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