Boukari Ouédraogo

Amnisties aux anciens présidents, création de sénat : le « ting tang » de Blaise Compaoré

Les chefs d’États qui ont dirigé le Burkina Faso depuis son indépendance en 1960 bénéficient d’une amnistie suite à une loi votée le lundi 11 juin 2012 par l’Assemblée Nationale. Parmi ces anciens présidents, deux sont encore en vie (Saye Zerbo et Jean Baptiste Ouédraogo tous arrivés au pouvoir par coups d’États. Cette loi s’applique à l’actuel président du Faso Blaise Compaoré. L’Assemblée Nationale a voté celle portant création d’un sénat et celle fixe les limites d’âges (35 ans minimum et 75 ans maximum) pour les candidats aux élections présidentielles. Que veut faire le Président du Faso ? Tentatives de réponses.


Que prépare le président du Faso Blaise Compaoré ? C’est la question se posent bon nombre d’observateurs de la scène politique burkinabè après l’adoption  de certaines lois le lundi 11 juin 2012 par l’Assemblée Nationale. Il s’agit de la loi amnistiant les anciens chefs d’Etat.  Les anciens Présidents concernés par ces amnisties sont Saye Zerbo (entre 1980 et 1982) et Jean Baptiste Ouédraogo (Président entre 1892 et 1983) qui a gouverné le pays sous le nom de Haute Volta. Ces deux derniers sont arrivés au pouvoir à la suite de coups d’Etat tout comme Blaise Compaoré. En plus de cette loi, deux autres ont été votées portant création d’un sénat et les limitant l’âge de la candidature à la Présidence à 35 ans et 75 ans au maximum.  

Au départ, certains opposants au Président du Faso avaient estimé que l’amnistie que proposait le Conseil Consultatif sur les Réformes Politiques (CCRP) était une stratégie pour le Président Blaise Compaoré de se trouver une porte de sortie honorable à la fin de son mandat prévu en 2015.  En agissant de la sorte, il chercherait à  échapper à la justice. Les opposants évoquent les crimes commis sous la 4ème république. Exemple : la disparition du capitaine Thomas Sankara, le père de la révolution burkinabè. La proposition de cette loi avait donné des idées aux opposants de Blaise Compaoré qui se préparait déjà pour sa succession même s’ils y étaient opposés. Si ce dernier est un poids lourd (il a remporté les différentes élections avec des scores larges devant ses adversaires), les autres prétendants de son parti le Congrès Pour la Démocratie et le Progrès (CDP) seraient plus abordables en cas d’élection. Comme dans un championnat d’Afrique, les équipes au palmarès modeste, sans référence  prient pour éviter de tomber dans le même groupe que certains favoris avant le début même de la compétition. Cependant, une rumeur persistante fait savoir que Blaise Compaoré préparait son petit frère François Compaoré pour lui succéder. Une nouvelle qui ne plairait pas à certains barrons du CDP qui auraient même prévu de créer un autre parti.

Si les opposants sont contre l’amnistie aux anciens chefs d’Etats, ils sont aussi opposés à celle portant création du sénat, une autre recommandation du  CCRP. Cette fois-ci il ne s’agit  des mêmes raisons. Le sénat  a déjà existé au Burkina Faso. Il a été supprimé en 2001 jugé budgétivore et inutile. Sa résurrection est prévue pour 2013. Pour l’opposition burkinabè, la création du sénat est un moyen pour le chef de l’Etat  de caser certains cadres et ténors et militants du parti devenus trop nombreux. Il s’agit aussi d’un moyen de les satisfaire et d’avoir toujours la main mise sur eux. Il faudrait calmer ainsi l’ardeur de certains qui pourraient avoir des prétentions sur le fauteuil présidentielle, le mandat du Président du Faso arrivant à échéance en 2015. En procédant ainsi, il pourrait ainsi s’ouvrir la voie pour la course à la présidence avec l’intention de modifié l’article 37 qu’aucun article de la constitution n’interdit la modification. Donc la création du sénat peut être un processus vers la modification de l’article même sur le CCRP a recommandé qu’il ne change pas par manque de consensus.

Ce qui conforte les opposants dans leur position, c’est la limitation de l’âge des candidats à la Présidence qui est de 75 ans au maximum. Le Président du Faso est âgé de 60 ans. Tout cela ressemble à une astuce pour lui de se préparer  pour l’après 2015. Alors pourquoi le Président du Faso semble préparer une porte de sortie et chercherait en même temps à se présenter à en pour sa propre succession. Pourquoi les membres du CDP soutiendraient ces différentes lois s’ils s’opposaient à François Compaoré supposé succéder à son grand frère Si Blaise Compaoré veut bien se maintenir au pouvoir après 28 ans  de règne. A quoi répond la création du sénat?

Blaise Compaoré compte céder le pouvoir… pour un bout de temps

Ce que veut faire Blaise Compaoré est ambigüe. C’est ce qu’on appelle le « ting tang ». Au Burkina, lorsqu’on emploie l’expression « ting tang », c’est pour designer quelque chose de pas clair, une situation difficile à cerner, floue, difficile à expliquer. C’est aussi aller dans tous les sens ou tout tenter. C’est dans ce jeu que Blaise Compaoré semble embarquer ses opposants.

En essayant d’élaborer des pistes de réponses à ces différentes aux questions posées, la lecture de la situation peut être la suivante : le «  Blaiso » veut bien se prendre une petite retraite. Dans ce cas, le Président du Faso cherche à assurer ses arrières et passer une  retraite tranquille.  Certains mouvements de la société civile réclame justice pour des crimes commis pendant  la 4ème république. Il peut ne rien se reprocher mais en politique, il y a toujours des imprévus. En bon militaire et aussi en tant qu’excellent footballeur, Blaise Compaoré est rompu aux rouages de la tactique qu’il utilise bien en politique. Il sait bien qu’il faut souvent prendre les devants et que la meilleure manière de se défendre, c’est d’attaquer.
Ensuite, pour quitter le Palais de Kosyam, il lui faut une personne digne de confiance. En politique, il n’y a pas d’ami. Le « Blaiso » le sait bien. Alors qui mieux que son frère pour le remplacer ? Bien entendu, rien n’empêche ce dernier de se présenter comme . Il est citoyen comme tous les autres. Donc la supposée bagarre entre certains cadres du CDP s’opposant à François Compaoré peut être une manœuvre de diversion. Le Président du Faso a toujours su prendre de contre-pied des opposants. Sinon, pourquoi les députés de ce même partie, dont Roch Marc Christian Kaboré qui est le président de l’Assemblée Nationale, considéré comme le chef des opposants à François Compaoré, ont-ils voté la loi à l’unanimité ?

Une certaine opinion fait croire que le Président est en train de préparer le ministre des affaires étrangères et de la coopération régionale Djibril Yipéné Bassolet ou le ministre des transports et de l’économie numérique Gilbert Noel Ouédraogo, l’allié de l’ADF/RDA pour lui succéder. Encore du flou ! Des fausses pistes peut-être.

Et  pour réussir son retour au cas il se prendrait une retraite, il peut toujours être éligible même après cinq ou dix ans. Il aura 73 ans à l’issue de deux mandats de son successeur.  Rien ne l’empêche. Ce serait une manière pour lui d’utiliser les failles de la constitution parce qu’aucun article n’empêche un ancien Président de se présenter à nouveau à une élection présidentielle. Voici donc l’interprétation que l’on peut  faire de l’adoption des différentes lois le 11 juin 2012 sans forcement modifié l’article 37 auquel les opposants conduits par leur chef de fil maitre Bénéwendé Sankara sont farouchement opposés.

Pour le moment Ces derniers ont du mal à lire la stratégie du chef de l’Etat et on choisi comme arme le boycott. Ils ont refusé de siéger aux assises du CCRP et aussi lors des votes des différents projets de loi. Leur manque de maitrise de la situation les emmène a demander à ce que le Blaise Compaoré dise ouvertement qu’il ne se représentera pas aux élections de 2015.

Il s’agirait d’une manière d’imiter le cas russe. Vladimir Poutine, après un mandat en tant que premier ministre est revenu reprendre les rennes du pouvoir. Il n’a pas violé la constitution et rien n’empêche Blaise Compaoré de faire pareil.


Football : la fédération burkinabè engage un ancien tricheur comme sélectionneur

L’équipe de football du Burkina, les Etalons a connu une débâcle honteuse à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2012) en sortant de la compétition avec zéro victoire comme à l’accoutumée. Le sélectionneur de l’équipe, le Portugais Paulo Duarte a été limogé. Pour le remplacé, la nouvelle fédération burkinabè de football (FBF) n’a trouvé autre personne que le Belge Paul Put. Radié à vie avant que sa peine se soit communié  à trois ans en appel.


Paul Put. C’est le nom du nouvel entraineur de l’équipe burkinabè de football dont le surnom est « Les Etalons ». L’ancien entraineur Paulo Duarte qui a passé quatre ans à la tête de la sélection n’a pu franchir le premier tour. Son contrat n’a pas été renouvelé pour absence de résultat. La nomination de cet entraineur comme sélectionneur des Etalons a surpris et même choqué bon nombre d’amateurs du football burkinabè. Pourquoi ? Le curriculum vitae de Paul Put est relativement parlant. Il a été trois fois meilleurs entraineurs du championnat de Belgique. Cependant, le cassier judicaire de Paul Put nous faire croire que ce dernier est de « moralité douteuse » pour emprunter les mots d’un ancien sélectionneur de l’équipe burkinabè qui se prononçait sur la nomination de ce dernier. Le Belge avait été radié à vie pour avoir truqué des matches dans le championnat belge lors de la saison 2004-2005. Il s’agit de « l’affaire Zheyun Yé » du nom d’un homme d’affaires chinois qui a fait truquer des matches au profit de parieurs mafieux. La nouvelle tête à penser de l’encadrement technique burkinabè était impliquée dans cette affaire. Cette histoire salit le nom de Paul Put et tout le travail qu’il a pu faire en tant qu’entraineur.  On  se pose désormais la question de savoir comment a-t-il fait pour être meilleur entraineur à trois reprises dans le championnat belge ? On pourrait croire que l’homme à triché pour arriver à ce niveau. Condamné à payer une amende de 40 euros et à payer la partie des frais de la cause qui le concernait, Paul Put à trainer les pieds avant de s’en acquitter.

Une moralité
douteuse

Pour une question d’intérêt nationale, la FBF aurait dû avoir un autre regard. Exemple. Ne serait-ce que pour les dossiers de concours au Burkina, les candidats sont tenus de  joindre leur cassier judiciaire. Quel exemple un entraineur coupable de tricherie peut-il donner à ses joueurs ? Quel discours peut-il tenir devant ces derniers ? La FBF aurait dû en tenir compte. Chaque fois que les journalistes parleront du Burkina Faso, ils feront mention, par devoir d’informer, de ce passé non élogieux. Ce qui n’est pas pour grandir le « Pays des hommes intègres ». La bonne moralité du sélectionneur aurait dû être l’un des premiers critères d’éligibilité au poste de selectionneur de l’équipe nationale.

Paul Put, veut à travers les Etalons se refaire une image et c’est le Burkina Faso qu’il l’offre cette opportunité. Sans manquer de respect à la Gambie, avec les Etalons le technicien Belge retrouve une équipe plus prestigieuse. Ce qui peut lui permettre d’atteindre cet objectif.

Le Burkina Faso n’avait pas besoin d’un entraineur avec une tache noire sur son cassier judiciaire. D’abord, à cause de « l’affaire Hervé Zengue » du joueur d’origine camerounaise dont la nationalité avait été contestée par la Namibie. Il s’en ait suivit une bataille juridique entre les deux fédérations et entre celle de Namibie et la Confédération Africaine de Football (CAF). « l’affaire Zengué » a crée une véritable psychose. Les Burkinabè ayant même douté de la participation de leur sélection à la Can. En plus, l’équipe des moins de 17 ans a connu des problèmes sur le plan administratif. Les âges de certains joueurs ne correspondRaient pas à ceux inscrits sur la liste de la FIFA pendant le mondial des moins de 17 ans disputé au Mexique en 2011.

n’a pas encore réussi en Afrique

Au plan purement sportif sur le continent, Paul Put entraineur de la Gambie entre 2009 et 2011 n’a pas fait mieux que Paulo Duarte. En quatre ans, il n’a pas réussi à qualifier la Gambie à la CAN. En plus, il a été battu une fois à Ouagadougou (3#1) par Paulo Duarte qui entrainait les Étalons. Au match retour, les deux formations se sont séparées sur un score nul (1#1).  Donc sur deux matches, Paul Put n’a pas su prendre le dessus sur celui qu’il remplace. Il a lui aussi été remercié par la fédération gambienne de football pour insuffisances de résultats. Une logique de la nouvelle fédération difficilement compréhensible. Lors de sa présentation à la presse, il a présenté aux journalistes, des papiers l’autorisant à entrainer à nouveau. Même s’il a purger sa peine, le fait est que cette histoire le suit pour toute la vie.

Malgré tout, les Burkinabè se doivent de soutenir Paul Put dans sa nouvelle tâche, car lorsque ce dernier perdra son match, on ne dira pas, « Paul Put a perdu » mais « le Burkina Faso a perdu » !


« Affaire Adama Kima » : Après le limogeage du ministre, place à la justice

Que justice soit faite. C’est désormais ce qu’attendent les Burkinabè après le limogeage du ministre de la justice et de la promotion des droits humains qui aurait fait tabassé un jeune mécanicien du nom de Adama Kima par les gardes de la sécurité pénitentiaire (GSP). Les Burkinabè ont réclamé son départ. Ce qui est fait. Désormais, le souhait est qu’il soit jugé devant les tribunaux pour que finisse le sentiment d’injustice au « Pays des hommes intègres ».


Le ministre de la justice en charge également de la promotion des droits humain Jérôme Traoré a été limogé du gouvernement burkinabè. Nommé le 31 avril 2011 alors que le pays traversait une crise avec les manifestations des élèves et étudiants, des mutineries des militaires, les grèves des juges et des magistrats etc., Ce gouvernement était sensé trouver une solution à cette crise et était arrivé plus ou moins à la juguler. Mais Jérôme Traoré aura fait moins d’une année à la tête du département de la justice. Il a été emporté par l’affaire « Adama Kima » du nom du jeune mécanicien, qu’il aurait fait battre par des éléments de la garde de sécurité pénitentiaire (GSP). Adama Kima a faillit se faire écraser sur la route  par le ministre. Le mécanicien aurait donc manifesté son mécontentement. Le ministre a mal digéré que celui-ci lui fasse la leçon. C’est ainsi qu’il aurait décidé de lui régler son compte. Selon le témoignage du jeune homme, il l’a fait conduire au commissariat comme un voleur. Malgré le refus des policiers dans un premier temps de garder un homme battu sans véritable motif, il passera la nuit au commissariat sans que sa famille ne soit informée.

Le ministre s’est mal comporté

Le comportement du ministre a suscité l’indignation de la majorité des Burkinabè. Sur les forums, de nombreux internautes ont réclamé le limogeage du ministre de la justice. Ce qui fut fait à l’issue du conseil des ministres du mercredi 23 février 2012. Une décision saluée par les Burkinabè car le plus choquant dans cette histoire, c’est que ce soit le ministre en charge des droits humains qui se fasse lui-même justice. Pendant longtemps, les Burkinabè ont eu le sentiment de vivre dans un contexte d’injustice, d’être sous la domination des « grands » de ce pays. Lorsqu’un citoyen a un problème avec une personnalité haut placé, celui-ci n’avait pas de chance de se faire entendre. La simple phrase « tu sais qui je suis », suffisait à dissuader toute personne de porter plainte.

Le limogeage du ministre en charge de la justice est un premier pas. Jérôme Traoré devrait s’expliquer devant les tribunaux pour que le peuple burkinabè puisse comprendre les motivations de celui qui devaient  faire régner la justice et les droits humains dans son pays, des valeurs pour lesquelles, il est passé dans de grandes universités avant de venir aujourd’hui les bafouer. Comme l’a dit Adama Kima sur son propre compte lors de son témoignage:

« Que j’aie raison ou pas, j’aimerais que la torture disparaisse du  Burkina Faso. Qu’on me juge et me condamne si je suis en faute ! Avec cette pratique-là, on peut tuer quelqu’un sans savoir s’il a raison ou pas ».

Tous ceux qui sont impliqués dans cette affaire doivent répondre. D’abord, l’homme en tenue qui est allé ramener le mécanicien dans la cour du ministre sous la menace d’un pistolet automatique. Ensuite, les gardes de la sécurité pénitentiaire auteurs des coups et leur chauffeur.

En plus de cela, les policiers qui ont gardé Adama Kima au commissariat devraient être entendus car selon les témoignages, ils auraient eux même reconnu qu’ils n’avaient pas le droit de garder dans leurs locaux quelqu’un qui a été tabassé en plus sans motif. Les Burkinabè veulent sentir le vent de la justice souffler dans leur pays, et « l’affaire Adama Kima » doit être l’un des facteurs déclencheur afin que tous aient le sentiment d’être égaux devant la loi quelque soit leur statut.


Quand un ministre de la justice se rend justice

Les vieux démons refont surface au Burkina Faso. Après l’affaire des cantines plein d’argent retrouvés chez le proche de l’ancien directeur général de la douane, c’est au tour du ministre en charge de la justice de se rendre s’illustrer négativement. L’homme sensé faire régner la justice et assurer les droits humains au Burkina Faso a fait tabasser un jeune mécanicien qu’il a failli cogner dans la circulation.

 

 

 

Un ministre de la justice a fait battre ce mécanicien

 

 

 

 

« Tu fais, on te fais et puis il n’y a rien ». Les Burkinabè pensaient que l’époque on certains dignitaires du régime, disaient cela était révolue. Mais non. La pratique persiste toujours. « Tu fais, on te fait et puis il n’y a rien » signifie « si tu oses dire quoi que ce soit, on te règle ton compte. Et tu vas te plaindre là où tu veux ».

Les Burkinabè sont abasourdis de lire dans le journal l’Observateur Paalga du mardi 21 janvier 2012, l’histoire du mécanicien qu’a fait tabasser le ministre de la justice, de la promotion des droits humains, gardes sceaux. Une histoire qui montre combien l’impunité et l’injustice sont encrés dans l’esprit des dirigeants et sévissent au Burkina Faso. Pour ceux qui ne sont pas au parfum de cette histoire, je laisse parler le jeune homme bastonné Adama Kima.

«Hier soir vers 19h (Ndlr : dimanche 19 février 2012), je marchais sur la voie de Boinsyaaré (Ndlr : l’avenue 14-54) à quelques mètres de la station Shell. Un véhicule est arrivé et a viré pour entrer dans une cour. Dans son virage, il a failli me cogner et j’ai gesticulé pour manifester mon mécontentement. L’homme au volant a alors baissé la vitre pour me demander des comptes. Je lui ai signifié que sa conduite n’était pas bonne. N’ayant pas apprécié que je lui donne des leçons, il m’a demandé de le suivre ; chose que je n’ai pas faite, bien au contraire, j’ai changé de voie pour continuer ma route. Il a envoyé un homme en tenue me chercher en me menaçant d’un P.A. Nous sommes retournés ensemble dans la cour. Le monsieur qui était dans la voiture en est sorti et m’a demandé de m’asseoir à même le sol. Il a ensuite appelé la police et les GSP (Ndlr : Garde de sécurité pénitentiaire). Les derniers appelés ont été les premiers à arriver sur les lieux. Ils étaient quatre : un chef, un chauffeur et deux agents. Les deux agents m’ont demandé si je savais à qui j’avais affaire. J’ai répondu par la négative et ils ont commencé à me tabasser. Ils m’ont menotté, tapé sur la face avec ma propre ceinture jusque dans leur véhicule, un Land Cruizer de couleur bleue ».

Monsieur Kima dormira au commissariat bien que les policiers aient reconnu qu’il ne pouvait pas recevoir dans leurs locaux une personne déjà battu.

Ce qui choque le commun des mortels, c’est qu’il s’agit un homme chargé de la bonne marche de la justice, du respect des droits humains, de l’égalité de tous les Burkinabè etc., qui s’est fait coupable de cet acte en décidant de se rendre justice lui-même. Ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. « Sinon, on te fait et puis y a rien ». Combien sont-ils victimes des injustices de ceux qui se prennent pour des « gourous » de ce pays comme si l’on était dans un état sans droit? Personnellement, j’ai vu une situation pareille au Stade du 4 août de Ouagadougou lors d’un match de football. Un gendarme s’est fait menacer par un député du pays. Le chauffeur du député a voulu garer sa voiture à un endroit non indiqué pour cela. Le gendarme a tenté de le lui faire comprendre. Le chauffeur insista pour garer la voiture. Avec le refus du gendarme, il a fait appel à son patron, un député bien connu pour son amour le football, qui est venu intimider le chauffeur avec la traditionnelle question : « tu sais qui je suis ? ».

Eh oui ! Au Faso, on roule à deux vitesses. Tout cela marque le décalage qui existe entre les Burkinabè. Il y a les Burkinabè d’en haut bénéficiant de tous les droits et devoirs. Leur parole est incontestée. Ceux qui osent le faire, « on les fait et puis y a rien ». Il y a les Burkinabè d’en bas, obligés de subir le dictat des Burkinabè supposés être supérieurs. Une inégalité effroyable qui ne date pas d’aujourd’hui.

L’histoire de ce mécanicien est la preuve palpable de l’injustice dont sont victimes les Burkinabè. Ils sont nombreux ceux qui la subissent sans pouvoir se faire entendre : ils n’ont pas beaucoup de CFA, « parce que tu fais, on te fait et y a rien ». Même si à longueur de journée, on crie aux Burkinabè qu’ils sont tous égaux devant la loi, certains faits comme celui-ci tendent à prouver le contraire. Ils arrivent au Burkina que lorsque certaines personnes obtiennent une parcelle de pouvoir, ils tentent d’en abuser.

Certains oublient, que le Burkina Faso a connu une crise socio-politique sans précédent lors du premier semestre de l’an 2011 après la torture qui a conduit à la mort de l’élève Justin Zongo. Le pouvoir du chef de l’Etat a même vacillé. On avait crié les mêmes maux : injustice, impunité, abus d’autorité etc. Un gouvernement de sortie de crise a été nommé. Ce qui a permis au ministre d’occuper ce poste… Ils n’ont toujours pas retenu les leçons du passé.

Le ministre de la justice doit être le premier a enseigné les valeurs d’égalité, de respect des droits de l’homme aux citoyens. Et lorsque ce dernier adopte un comportement contraire à ces principes, il doit être demi de ses fonctions car comme l’a si bien dit Adama Kima : « Que j’aie raison ou pas, j’aimerais que la torture disparaisse du  Burkina Faso. Qu’on me juge et me condamne si je suis en faute ! Avec cette pratique-là, on peut tuer quelqu’un sans savoir s’il a raison ou pas».


La CAN, l’autre drogue pour endormir les consciences

La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2012 a débuté depuis le 21 janvier 2012 à Bata en Guinée Équatoriale. Cette fête du football africain (qui prend fin le 12 février 2012) est aussi une occasion pour certains dirigeants africains de détourner l’attention de leurs peuples des problèmes du pays.

(ph.L’opinion)

 

La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) est là. Des seize meilleures équipes du continent, présentes au Gabon et en Guinée Equatoriale pour célébrer le football africain, il n’en reste plus que huit. Depuis le soir du 21 janvier et pour trois semaines, les africains sont devant le petit écran pour suivre les matches de leurs équipes préférées et de leurs stars que sont Didier Drogba, Gervais Kouassi dit Gervinho, André Ayew, Seydou Keita, Moussa Sow, Abrou Aka Panga, Alain Traoré, Jonathan Pitroipa etc. Même si de grandes nations comme l’Egypte, le Nigéria, le Cameroun, l’Afrique du Sud et l’Algérie sont absentes, la fête connait le même engouement. A défaut de supporter son pays, le cœur battra pour une autre nation ou pour un joueur. Cela témoigne le fait que le football demeure le sport roi en Afrique. Il suscite un tel engouement que même dans les plus petits hameaux, l’on s’active pour ne pas rater ce rendez-vous. Des téléviseurs, des groupes électrogènes etc., s’achètent comme de petits pains. Les maisons CANAL+ sont bondées chaque soir aux heures des matches (16 heures et 19 heures).

Les gouvernants africains l’ont compris. Le peuple aime le football. Voilà pourquoi ils mettent un point d’honneur pour que l’équipe nationale se qualifie, s’ingérant parfois même, un peu trop, dans les affaires de leur fédération. Tous les moyens sont réunis pour être au rendez-vous. La qualification de l’équipe nationale à chaque CAN suscite un tel élan de patriotisme que l’on le met au compte Président de la République. « Il faut ramener ce trophée pour le chef de l’Etat qui le mérite tant !». Voilà l’une des plus belles déclarations d’amours des joueurs ou des responsables des fédérations. Le président devient le centre névralgique du pays. On lui doit cette qualification comme s’il avait lui-même été sur le terrain. Le dossard 12 du premier supporter, ou le 10 du meneur de jeu lui sont réservés. On se plait à rappeler son passé glorieux de footballeur. Ses supposés exploits lors des matches des tournois inter-quartiers, inter-villages remplissent la presse. On dresse la liste des tournois qu’il organise ou qu’il parraine et certains trophées portent même son nom. Tout est fait pour lui donner un passé de footballeur. Il aurait pu devenir professionnel n’eut été son destin présidentielle qui l’aurait empêché. Et pour lui, cela est une bonne campagne avant l’élection présidentielle. L’opposition dans ce contexte est muette parce : « touche pas à ma CAN »

Droits télés aux prix exorbitants

Pour détourner l’attention sur les problèmes du pays, tout est mis en œuvre pour acheter les droits télés très exorbitants. En d’autres temps ou pour d’autres domaines, on aurait crié au scandale compte tenu de l’énormité des sommes investies pour ces droits de retransmission. Bien avant, tout est fait pour créer le suspens. Personne ne sait si le pays pourra racheter les droits de retransmission. Mais aux derniers jours ou même aux dernières heures, au cours d’une cérémonie solennelle à la télévision, l’on annonce que le Président…, « le très généreux Président » à acheter les fameux droits de retransmission de sa poche personnelle. Il s’attire ainsi les faveurs du public. Pourtant, c’est l’argent du contribuable qui a bien servi à payer ces droits de retransmission. C’est cela l’autre face cachée de la Can. Une vitrine pour les dirigeants africains, une période pour redorer leur blason. Le début d’année de la 2012 au Burkina Faso a été marqué par l’arrestation de l’ancien directeur général de la douane Ousmane Guiro, qui aurait caché une cantine contenant environs 2 milliards de francs CFA et d’autres objets de valeur. Si cette affaire a fait les choux gras de la presse, elle est passée dans les oubliettes depuis le début de la CAN.

C’est comme ce président de l’Afrique de l’ouest, presque centenaire, qui tient mordicus à briguer un troisième mandant alors que la loi électorale ne lui autorise que deux. Le calcul était : « le peuple ne veut pas que je sois candidat une fois de plus. Mais notre équipe avec ses attaquants enviés est favorite pour remporter la compétition. Alors après la qualification, les supporters seront dans l’euphorie. Le conseil constitutionnel valide ma candidature. Personne n’aura le temps de manifester ». Malheureusement, son équipe nationale, portant le nom du roi de la jungle a été éliminé par de petites fourmis bien plus malins. Depuis, la validation de la candidature de ce monsieur, qui coïncidait avec l’élimination de son pays a eu du mal à passer. Erreur tactique !

Ce n’est pas pour rien que d’autres se battent pour l’organisation de cette compétition. Au delà de leur amour pour le ballon rond, c’est aussi l’affirmation de leur pouvoir. Le peuple lui sera reconnaissant de la cinquantaine des chefs d’État, il a su s’imposer parmi ses paires, arrachant de haute lutte l’organisation de cette compétition.

ça ne réussit pas toujours

Dans un autre pays sorti de troubles socio-politiques, les autorités misent sur cette compétition pour faire oublier au peuple les dix années de douleurs qu’ils ont subit. Normal. Depuis le mois de novembre, le regard de ce pays est porté sur leurs représentants: des pachydermes. Les autorités sont conscientes de la folie que suscite le football là-bas. Alors, à l’occasion de cette CAN les projecteurs des médias nationaux comme internationaux qui étaient braqués sur ce pays sont désormais tournés vers Malabo, Bata, Libreville et Franceville. On en profitera pour appliquer des décisions qui en temps normal auraient du mal à passer. Le réveil sera douloureux pour certains après la CAN. La stratégie, c’est d’endormir l’adversaire.

Alors que les Étalons du Burkina se rendaient à Malabo via Yaoundé pour la CAN, 256 millions ont été offert par la chambre des mines pour soutenir cette équipe. Auparavant, le gouvernement avait déboursé près de deux milliards de francs CFA pour la soutenir. Pendant ce temps, les handballeurs disputaient une autre CAN, celle de leur discipline. Mais les joueurs de cette discipline sont partis incognito alors que de l’autre côté, une armada de journalistes, de supporters, d’encadreurs, de personnalités avaient accompagnés l’équipe de football. Oui, dans certains pays africains, le sport se résume au football !

Si les dirigeants s’attirent les faveurs des populations, les travailleurs, eux, délaissent des bureaux de l’administration publique.

Au nom de l’amour pour le ballon rond, des employés des services publics restent à la maison pour suivre les matches. Les moins courageux partent au service, mais ne se restent pas plus d’une demi-heure. A 15 heures 30 minutes, les bureaux commencent à se vider parce que le premier match de la journée de la CAN commence à 16 heures TU. Pour ceux que vous trouverez au bureau, difficile d’attirer l’attention d’un agent, du simple vigile au plus grand chef. Les rares petits écrans sont pris d’assaut. A peine vous adresse t- on la parole lorsque vous voulez un renseignement. Donc, si vous avez votre dossier à traiter, mieux vaut attendre la fin de la CAN. Toutes les activités, réunions ou cérémonies dites sérieuses sont même reportées. Il faut attendre la fin de la CAN.

La Coupe d’Afrique des nations est une affaire dont les retombées ne sont pas toujours positives pour tous. Absence chronique des agents de l’État dans les services, dépenses exorbitantes des ressources publiques pour les droits de retransmission, illusion d’une victoire de son équipe nationale, et à la fin grosse déception. Mais, bon c’est le foot…