Boukari Ouédraogo

JO : dopages et tricheries, le deux poids deux mesures

Les jeux Olympiques (J.O) se sont achevés sur une domination américaine (104 médailles dont 46 en or). Malgré tout, c’est Usain Bolt et Jamaïque qui ont ravi la vedette en s’imposant dans les épreuves phares de l’athlétisme. Au delà des performances, les JO ont été marqués par des accusations de tricheries et de soupçons de dopages traités de façon inéquitable. Cela a écorché l’image de cette fête du sport.

L’équipe féminine chinoise de badminton favorite pour remporter le tournoi en double a été exclus de jeux olympiques 2012, accusée de tricherie par le comité d’organisation. Les Chinoises auraient expressément perdu lors de leur dernier match devant la Corée du Sud pour éviter leurs compatriotes mal placées dans l’autre groupe. Après cette décision, l’une des joueuses chinoises, dépitée, a choisi de dire adieu à ce sport qu’elle a aimé.

Dans le même ordre de sanction, l’Algérien Taoufik Makhloufi après s’être qualifié pour la finale des 1500 mètres, dans la difficulté et blessé, a préféré abandonner l’épreuve des 800 mètres pour se donner le maximum de chance au demi-fond. Exclu au départ de la compétition il sera réintégré plus tard après la présentation d’un certificat médical.

Ce sont là deux exemples où des athlètes ont été exclus, accusés de tricherie. En même temps, l’un des coureurs de l’équipe cycliste britannique par équipe Philip Hindes a avoué être tombé volontairement afin de permettre à son équipe de s’imposer (constatant donc le mauvais départ de sa formation). Effectivement, la course fut reprise après cette fausse chute et l’équipe britannique a remporté la médaille d’or. Malgré les aveux du tricheur, le comité d’organisation a décidé de ne pas retirer la médaille d’or !

Pêché avoué est à moitié pardonné

Les Espagnols, déjà qualifiés en basketball ont préféré aligner une équipe B devant le Brésil, perdant ainsi le match. Cette défaite volontaire, permettaient aux espagnols d’éviter la redoutable équipe des Etats-Unis. Une forme de tricherie une fois de plus pardonnée par le comité d’organisation.

Le nageur sud-africain, Cameron van der Burgha a remporté la médaille d’or lors de la finale du 100 mètres brasse, en utilisant une tactique interdite. Il a donné trois coups de jambes lors de son virage au lieu d’un. Bien qu’ayant reconnu sa tricherie, le comité olympique n’a pas levé le doigt. Tout cela est la preuve que toutes les équipes ne sont pas placées sur le même pied d’égalité.

Pourtant, quel mal y a-t-il à exploiter les insuffisances du règlement pour aller le plus loin possible dans une compétition ? On peut comprendre que cela soit sanctionné mais pourquoi tout le monde n’est pas concerné?

L’essentiel est de participer

 Pour le cas de Taoufik Makhloufi même s’il n’était pas blessé, le comité d’organisation avait un devoir de compréhension. Pourquoi se dépenser pour une épreuve qu’on est sûr de ne pas gagner alors qu’on a d’autres épreuves en vue? ? A l’analyse, le comité d’organisation se fichait que cet athlète gagne une médaille ou pas. Il devait se donner jusqu’à épuisement même s’il rentrerait bredouille. Pourtant, c’est ce que les espagnols ont fait en basketball. On dira que Pierre de Coubertin disait « l’essentiel, c’est de participer ». Alors, imaginer juste une délégation des Etats-Unis qui participent aux JO et rentre bredouille. Catastrophe !  Les Américains diront qu’ils ont dépassé le stade de simplement participer. Une deuxième place en termes de médailles aurait même été mal digérée.

Lorsque la nageuse chinoise Ye Shiwen agé de 16 ans a battu le record du monde de 400 mètres 4 nage. A peine a-t-elle fini sa course que des soupçons de dopages se font entendre. L’entraineur américain John Leonard évoque déjà des cas passés s’appuyant sur le fait que la Chine a une mauvaise réputation dans ce domaine. Au lieu de saluer le travail de la jeune fille, on a préféré évoqué la piste du dopage. Dommage ! Pourtant, lors des JO de Pékin quatre ans plutôt, le nageur  américain Michael Phelps a remporté 7 médailles d’or (du jamais vu) dans cette même discipline. Personne n’a mis en doute ses performances exceptionnelles. Personne n’a laissé flairer la piste du dopage. Les performances exceptionnelles relèvent tout simplement du travail dit-on comme si les autres athlètes qui font pareils ne travaillaient pas.

Alors que Usain Bolt et la Jamaïque confirmaient leur domination sur la prestigieuse compétition des 100 m, Carl Lewis, ancien champion dans cette même discipline émettait également des doutes sur les performances de ces athlètes venus du pays de Bob Marley. La Jamaïque est dans le collimateur des agences d’anti-dopage qui semblent mal accepter le fait que des athlètes de certains pays puissent réaliser des résultats exceptionnels. Apparemment, lorsqu’on vient de certains pays et qu’on réalise des performances exceptionnelles, la piste du dopage est évoquée si ces derniers n’ont pas quatre jambes ou quatre bras.

Les jeux semblent être organisés comme s’il y a des nations qui doivent s’imposer, d’autres qui devraient juste se contenter des deuxièmes places et une troisième catégorie dont le rôle est seulement de participer. A la lecture, il semble que certains ont transposé leurs divergences politiques dans le sport. On a bien vu la rivalité entre les Etats-Unis et la Chine pour le classement et aussi entre des athlètes américains et Russes. Le sport est si beau, unificateur que l’on doit taire les divergences lorsqu’on arrive sur ce terrain. Les athlètes se connaissent, se côtoient, se respectent, créent des liens d’amitié que certains manigances pourraient nuire à l’éthique du sport. Le boxeur français Alexis Vastine a levé un coin de la voile lors de son élimination face à son adversaire l’Ukrainien Taras Shelestiuk. Pour lui, les boxeurs de l’Europe de l’est seraient plus favorisés à cause de leur influence dans ce sport. Ce ne devrait pas être le cas. En cas de défaite, les perdants doivent saluer la victoire de leurs adversaires car le sport est avant tout un jeu. On l’a vu lors de la finale qui a opposé les Etats-Unis à la France en basketball féminin. Les françaises ont félicité leurs adversaires et ont fait la fête. Il faut donc mettre toutes les nations sur le même pied d’égalité dans le traitement des litiges et accorder les mêmes chances à tous les athlètes quelle que soient leurs nationalités.


Attaques en Côte d’Ivoire : parfum d’un coup monté

Les Ivoiriens se sont réveillés le lundi 06 août 2012 sous les coups de crépitement d’armes au camp militaire d’Akouédo (Abidjan) et aussi à Abengourou (Est de la Côte d’Ivoire). Les assaillants ont attaqué et son repartis sans être vraiment inquiétés. Ce qui emmène à se demander s’il ne s’agit pas d’un montage.

(ph. infodabidjan.net)

Les vieux démons font leur retour en Côte d’Ivoire. On savait bien que le pays de Félix Houphouët Boigny vivait dans une paix précaire. Mais personne n’aurait imaginé des attaques au moment où le pays préparait les festivités de ses 52 ans. L’attaque du camp d’Akouédo a fait entre 6 et 7 morts selon des sources différentes. Comment les assaillants ont-ils pu si facilement entrer dans ce camp ? Défaillance sécuritaire ou mise en scène?

A l’analyse de ce qui s’est passé ce lundi 6 août, l’on est en droit de douter. D’abord, le camp d’Akouédo est situé à Abidjan la principale ville de la Côte d’Ivoire et la plus peuplée. On se demande comment ces hommes armées ont traversé Abidjan jusqu’au camp sans que les militaires sans que les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) ne soient alertés. La veille pourtant, des fusillades avaient eu lieu dans un commissariat à Yopougon un quartier d’Abidjan. Cet incident aurait déjà dû alerter les autorités ivoiriennes sur l’imminence d’une attaque surtout à la veille de la fête d’indépendance et le jour où jouait la finale de la Coup nationale. Même si les fusillades de Yopougon, un quartier réputé favorable à Laurent Gbagbo, n’avait pas eu lieu, le gouvernement aurait dû renforcer la sécurité à l’approche de cet évènement. La facilité avec laquelle les assaillants ont attaqué et emporté des armes pourraient s’expliquer par l’amateurisme de l’armée ivoirienne composé en majorité de Dozo et de jeunes désœuvrés.

Sur les premières images de cette attaque, les militaires tués se retrouvent dans leurs chambres comme s’ils avaient été surpris dans leur sommeil. Inadmissible lorsqu’on est dans un camp  militaire.

Autre fait incompréhensible, c’est que les militaires de l’ONUCI sont également basés dans ce camp. Ils n’ont pas participé au combat. Alors, est-ce une mise en scène de la France afin de mettre la pression sur le régime de Alassane Ouattara ? A la décharge de celle-ci, on peut dire qu’elle n’a pas mission de combattre, cependant, les forces de l’ONUCI sont là pour assurer la sécurité et encadrer l’armée ivoirienne.

Le camp Ouattara accuse le front populaire ivoirien (FBI) de Laurent Gbagbo. Alors, nous revenons à la question de départ. Comment les faucons de ce parti qui se trouvent tous hors du pays ont réussi à monter ces attaques sans que les services secrets ivoiriens ne soient alertés. Comment ont-ils traversé la frontière depuis le Ghana ou le Liberia sans être repérés ? Comment ces derniers ont réussi à traverser la ville de Bingerville sans être inquiété ? Ces fusillades pourraient être l’œuvre de militaires mécontents mais ces derniers auraient d’abord fait connaitre des revendications. Ces attaques ressemblent à un complot à cause de tout ce flou.

Quelle mesure les autorités prendront-ils après cette gifle qui est venue rappeler aux Ivoiriens que la paix n’est pas encore de retour ? Une purge peut-être. Certains dirigeants ont, dans le passé, inventé des coups pareils pour justifier des purges au sein de l’armée, des limogeages dans le gouvernement et à d’autres postes. C’est le cas par exemple avec Robert Guei. Ce dernier avait en son temps monté des complots pour assoir convenablement son pouvoir afin de se débarrasser d’indésirables comme le Sergent IB, Wattao, Sheriff Ousmane etc. Cela pourrait être le cas du camp Ouattara. C’est ce qu’il faut craindre dans les jours à venir. Ouattara sait que son pouvoir réside dans les mains des ex-rebelles. Alors inventer un coup pareil pourrait lui permettre de se séparer de ces hommes et de tenir les rennes de l’armée.

Dans tout ce flou, c’est encore la population ivoirienne qui risque de payer le plus lourd tribut car comme on le dit, « quand les éléphants se battent, ce sont les fourmis qui en pâtissent ».


Affaire Ismaël Sankara : vous-nous-fa-ti-guez !!!

Alors que je croyais qu’on allait enterrer définitivement l’affaire Ismaël Sankara, j’ai été surpris de recevoir un lien me dirigeant sur le portail lefaso.net sans un commentaire. J’ai compris que l’auteur qui a signé du nom de Bendré voulait que je jette un coup d’œil sur « Le démenti d’Ismaël Sankara », un droit de réponse à Jeune Afrique. Ce que l’auteur ne savait pas, c’est qu’il n’influencera en rien ma vision des choses à moins que ce dernier ne veuille que je réagisse.

Je me répéterais en disant que depuis quelques semaines, l’affaire Ismaël Sankara du nom d’un jeune artiste rappeur supposé être le fils du Président Thomas Sankara, le père de la révolution burkinabè alimentent la presse burkinabè. J’ai d’ailleurs écrit un billet « Ismaël : fils de Thomas Sankara et après ? » dans lequel je donnais mon point de vue sur cette question. Pour moi, que ce monsieur qui dit se nommer Ismaël Saba le fils de Sankara ou pas ne changerait pas mon point de vue sur le héros Thomas Sankara. Cela ne changera pas le Burkina Faso ni a fortiori le monde. Mais, en guise de commentaire (alors que j’avais oublié cette histoire évitant de lire les articles liés à ce sujet), j’ai reçu un lien signé Bendré, (je ne peux pas affirmer qu’il s’agisse du journal burkinabè Bendré ou pas) m’invitant sûrement à lire « Le démenti d’Ismaël Sankara » publié également sur le site de Jeune Afrique. De mon analyse, l’auteur a voulu me dire: « voilà, c’est tranché. Ismaël n’est pas le fils de Thomas Sankara. Le journaliste a menti. Voici la preuve». Je ne vois pas les choses de cette manière. En lisant le droit de réponse, j’ai même souri à cette question d’Ismaël Sankara au journaliste : « Si c’était vrai que j’avais dit cela, je peux donc supposer que si je lui avais aussi dit que j’étais le fils du pape, le journaliste écrirait ? » Cette partie de la question ne figure pas sur le droit de réponse publié sur le site de Jeune Afrique. Je me suis aussi demandé ce qu’aurait fait le journaliste.

Fermons cette parenthèse pour dire que dans son droit de réponse, Ismaël Sankara s’en prend au journaliste sur le fait que l’interview n’ait pas été enregistrée. Il affirme n’avoir jamais confié au journaliste qu’il avait dîné avec le Président du Faso Blaise Compaoré, qu’il n’a jamais eu de projet de featuring avec la chanteuse gabonaise Patience Dabani. Il  a affirme qu’ il est « le fils spirituel de Thomas Sankara » mais sa vraie identité comme signé est Ismaël Saba.

Réponse de Pascal Airault :

Cette regrettable polémique ne serait pas survenue si vous et votre entourage professionnel n’aviez pris quelques libertés avec la vérité. Plutôt que de jouer sur l’ambiguïté, il aurait été plus simple de déclarer, comme vous le faites maintenant, que vous vous considériez comme « le fils spirituel de Thomas Sankara », et que c’est la raison pour laquelle vous avez choisi ce nom d’artiste. Vous reconnaissez, plus d’un mois après la publication de cet article, avoir « joué un rôle dans cette pagaille ». Soit. Je maintiens pour ma part que vous m’avez dit avoir dîné avec Blaise Compaoré et que vous avez mentionné une collaboration avec Patience Dabany.

Ainsi situé, je pense qu’il s’agit de la parole d’Ismaël Sankara contre celle de Pascal Airault. Le journaliste n’insiste pas sur le fait qu’Ismaël soit le fils de Thomas Sankara (c’est l’erreur que commettent ses détracteurs) mais affirme dans ses deux derniers articles qu’Ismaël Sankara a avoué qu’il était le fils du père de la révolution burkinabè. Sur ce point, personne ne peut donner raison à l’un ou l’autre sauf un témoin direct de cette affaire. Qui témoignera sans parti pris ? Difficile de savoir surtout que certains journalistes considèrent ce problème comme une affaire personnelle. Personne ne cherche à savoir si Ismaël a menti au journaliste ou pas. Non. On veut juste démontrer que c’est le journaliste qui ment. Une situation à la base d’une polémique qui n’a pas sa raison d’être sauf que certains veulent la lier à un règlement de compte politique. C’est possible…

L’artiste reconnait avoir contribué à cette confusion : « Je veux que tout le monde sache que je ne suis pas parfait, j’ai joué un rôle dans cette pagaille ». Alors, Ismaël a-t-il dit qu’il est le fils de Sankara ou pas ? Il l’a dit. S’il l’a dit alors on dira qu’il a menti au journaliste. Conclusion, il est un menteur. Le reproche qu’on peut faire à ce dernier aussi, c’est qu’il n’a pas vérifié si Ismaël Sankara disait la vérité. Sinon, le journaliste a simplement écrit ce que le jeune homme a dit et je reprends un extrait de son droit de réponse: « j’aimerais que les gens sachent que j’ai dit que je suis le fils de Thomas Sankara, mais je n’ai pas dit ça comme raison principale de mon interview« 

Les journalistes n’analysent pas le problème sur le vrai angle, j’ose le dire. En écrivant dans le portrait qu’Ismaël Sankara était le fils de Thomas Sankara, le journaliste a cru en la bonne foi du jeune artiste qui le lui a dit. Si le journaliste avait prétendu faire une enquête, j’aurais peut-être soutenu ceux qui pensent qu’il s’agissait d’une manœuvre à caractère politique. Les deux se sont croisés. Ils se sont dit des choses. Personne ne saura ce qu’ils se sont dits exactement. Alors, laissons Ismaël Sankara et Pascal Airault régler leur affaire au lieu de nous embêter avec cette fausse histoire. Sinon, vous nous fatiguez ! Et, je le répète, qu’Ismaël Saba dit Ismaël Sankara soit le fils de Thomas Sankara ou pas, cela ne changera rien à l’histoire.

En lisant ce billet, certains penseront que je défend Pascal Airault. Ce n’est pas le cas. Je veux aussi montrer que dans cette affaire, il n’y a pas une victime et un bourreau.

 


Ismaël fils de Thomas Sankara et après ?

Depuis quelques semaines, une affaire fait les choux gras de la presse burkinabè. Il s’agit du présumé fils adultérin de Thomas Sankara, Ismael dont le portrait a été publié par le journal Jeune Afrique. Si certains journalistes sont tombés à bras raccourcis sur cet écrit, la question qui se pose est de savoir quel problème y a-t-il si le guide de la révolution burkinabè a eu un enfant hors mariage. Il était un homme comme tous les autres avec ses qualités et ses défauts.  

Ismael, le pretendu fils de Thomas Sankara (afrokanlife.com)

La presse burkinabè est en ébullition depuis l’article publié par le Journal Jeune Afrique sur le supposé fils de l’ancien Président de la révolution burkinabè Thomas Sankara. Il s’agit précisément d’Ismaël Sankara. Jeune Afrique rapporte dans son portrait titré Burkina Faso : Ismaël Sankara, au nom du père ceci :

« Né le 1er avril 1987, Ismael Sankara a quitté le Burkina une semaine avant le coup de force du 15 octobre de la même année qui devait emporter son père. Pressentant sa fin, ce dernier avait décidé d’envoyer sa famille aux États-Unis. Ismael n’a que 6 mois lorsque son père est assassiné. Il grandira à Miami auprès d’une mère courage qui a vite tourné la page des événements pour se consacrer à l’éducation de ses enfants. Durant sa scolarité, il montre de l’engouement pour les sciences sociales, l’espagnol et la musique ».

Le journal ajoute qu’il a rencontré le Président du Faso Blaise Compaoré au cours de son déplacement à Ouaga en assurant le levé de rideau du concert de Singuila.

A l’issue de la publication de cet article, le journal L’Observateur Paalga connu pour son opposition au régime de la révolution après que ses locaux aient été brûlés pendant cette période reprend l’information en titrant « Ismaël Sankara, l’autre fils de Sankara ? »

Des démentis de Ismael Sankara

La réplique ne va pas tarder. Le journal Bendré, proche de l’opposition, se saisit de l’affaire et réalise une interview avec le jeune homme en question. Ce dernier souligne que  ses propos ont été déformés et qu’il ne serait pas le fils du Président Thomas Sankara. Jeune Afrique reconnait que Ismael Sankara a envoyé une lettre souhaitant la publication d’un rectificatif. Refus de l’hebdomadaire qui prétend qu’il ne peut pas revenir en arrière. Voici le mail d’Ismael Sankara tel que publié par Jeune Afrique : « Désolé, mais légalement je ne suis pas le fils de Thomas Sankara. Pour être reconnu comme son fils, cela nécessiterait un recours à la justice et soulèverait beaucoup de questions sensibles… Actuellement, certaines personnes au Burkina pensent que le gouvernement du président Blaise Compaoré est impliqué dans cette affaire et cette situation est allée jusqu’à créer une campagne avant une audience de justice [le 28 juin, la Cour de cassation a rejeté le pourvoi de la famille Sankara portant sur la séquestration de l’ex-président, NDLR]. Je ne souhaite pas être associé à tout cela. Je suis un artiste, et mon travail est la musique. »

Alors qu’on pensait s’acheminer vers la fin de cette histoire, un autre journal va mettre son pied dans la danse à savoir Mutations.  D’entrée, le journal le dit de façon catégorique « Si ce n’est pas de la manipulation, il s’agirait tout simplement d’une mauvaise méprise. Ismael Sankara n’est pas le fils du président Thomas Sankara comme l’ont affirmé les deux confrères »

Malgré l’apparente neutralité du journaliste, l’auteur prend position dans la chute de l’article et visiblement suppose qu’il s’agit d’un coup monté : « C’est pour détourner l’opinion sur cette problématique. Le fait que ce soit L’Observateur Paalga qui relaie l’information de Jeune Afrique est vu comme la confirmation du complot parce que ce journal défend l’amnistie pour Blaise Compaoré. Il faut dire que le pouvoir en place à mauvaise réputation dans ce domaine. »

    Où est le problème si Ismaël est le fils de Sankara ?    

L’étonnement est grand vu la manière dont certains journalistes défendent cette affaire. Pascal Airaul, l’auteur de l’article est accusé de construire une notoriété sur le mythe de Thomas Sankara. En lisant entre les lignes,  Abdoulaye Ly (Mutations), semble aussi se chercher une notoriété en contre-attaquant, surtout qu’il n’apporte rien de nouveau par rapport à ce qui a été dit par le journal « Bendré » s’il ne se contente que d’accuser les deux journaux d’un complot au profit du pouvoir en place. Il accuse même son confrère de n’être pas aller loin dans ses investigations. Il peut avoir raison sauf que lui aussi n’est pas allé loin dans ses recherches. Qu’est-ce qui prouve que Ismael Sankara n’a pas confirmé sa paternité avec le défunt président lors de l’entretien avec le journaliste de Jeune Afrique ? Aucune réponse à cette question.

Cependant, les analystes s’attaquent à ces deux articles alors que dans une émission diffusée sur la télévision nationale du Burkina, un animateur d’une émission hip hop avait déjà fait le lien de parenté entre Ismael et son présumé père Thomas. Personne n’a été interpelé à l’époque. Jeune Afrique n’est pas le premier media a évoqué cette question.

Partant de ce brouhaha médiatique, le constat: les commentaires se contentent de nier le lien familial entre Thomas l’ancien Président et Ismael le rappeur sans apporter des preuves irréfutables. Qui est le vrai père de Ismael Sankara même si ce dernier prétend qu’il a ajouté Sankara comme nom d’artiste?

Thomas Sankara, est une icône de la jeunesse africaine et au hors du continent. Cependant, qu’il ait eu un fils illégitime ou pas n’entache en rien l’image du guide de la révolution burkinabè. Thomas Sankara était avant tout un homme comme tous les autres. Il avait surement ses qualités et ses défauts. Il a fait de bonnes choses. Toutefois, l’homme à lui-même reconnu qu’il n’a pas tout réussi dans sa politique et qu’il a aussi commis des erreurs et fait des mauvais choix. Bob Marley est mondialement plus connu que l’ancien chef d’Etat Burkinabè pour son discours de paix, sa musique engagée, sa soif de liberté, d’indépendance et d’émancipation comme Thomas Sankara mais tout cela ne l’a pas empêché d’avoir plusieurs enfants… de mères différentes ! Personne n’en fait un problème. Pourquoi s’émouvoir parce qu’il s’agit de Sankara ?

On peut remettre en cause l’écrit de Jeune Afrique. Cependant, ceux qui prétendent faire un travail journalistique devraient également chercher à savoir si Pascal Airaul  dit la vérité. Personne ne sait ce que les deux hommes se sont dits. Tous s’en tiennent uniquement au démenti d’Ismael Sankara. Pourtant, le mail envoyé à la rédaction devrait interpeller. Car le rappeur écrit ceci : « Désolé, mais légalement je ne suis pas le fils de Thomas Sankara. Pour être reconnu comme son fils, cela nécessiterait un recours à la justice et soulèverait beaucoup de questions sensibles ». Ces deux phrases conduisent des interrogations interrogations. Ismael Sankara est-il le fils qui ne voudraient pas faire des vaques où a-t-il a voulu construire sa notoriété sur l’image de son supposé père ? En utilisant Ismael Sankara comme nom d’artiste, n’a-t-il pas voulu quelque part utilisé l’image de ce dernier à son profit ? N’a-t-il pas voulu tirer à son avantage la situation avec le journaliste de Jeune Afrique au départ ? Aucune hypothèse n’est à écarter.

Pourquoi les deux journaux concernés ne se sont pas attaqués à Mad et Mous du groupe MAM et membre de Boss Playa puisque ces deux Ivoiriens d’origine burkinabè portent le nom Sankara (Sankara Mahamadi et Sankara Moussa)  avec qui il est très proche?

Sinon, au risque de se répéter, même si Thomas Sankara a eu un (ou des enfants) hors mariage, cela n’entache en rien sa notoriété, sa probité et les valeurs qu’il incarnait et le modèle qu’il est pour la jeunesse africaine. Je resterai toujours un admirateur de Thomas Sankara.


Euro 2012 : ambiance de Portugal # Espagne dans une « maison canal » à Ouagadougou

Comme les matches de la Coupe d’Afrique des Nations, ceux de l’Euro sont aussi attendus par les Africains et les Burkinabè en particulier. A l’occasion des demi-finales de cette compétition, l’Espagne, championne en titre jouait contre son voisin le Portugal le mercredi 27 juin 2012. Une demi-finale qui s’annonçait comme un classico entre le Barça et le Réal Madrid. Nous avons suivi ce match dans une « maison Canal ».

La joie des espagnols après la qualification

18h42mn lorsque nous arrivons dans la « maison canal » située juste à côté de la station total en face de l’avenue Charles de Gaules de Ouagadougou. A l’écran, l’équipe d’Espagne est concentrée pour l’exécution de l’hymne national à savoir « la marche royale ». Ce qui me surprend, c’est que la salle est presque vide. Elle  compte trois rangés de banc pour permettre aux téléspectateurs de s’assoir. Seule la rangé du milieu est à moitié occupée par quelques supporters en plein discussion tandis que le gérant panier en main encaisse. Pourtant, les jours de grands matches, il faut être présent au minimum 30 mn avant le début de la rencontre pour espérer s’assoir dans la rangé du milieu et être en face de la télé ou espérer être à la première place. Je m’assis sur la rangée de gauche où il n’y avait personne. Je payais ensuite 150 francs CFA au gérant qui, pour une autre surprise, n’avait pas augmenté le prix du ticket.

Au Burkina, lorsqu’on parle d’une « maison canal », il s’agit d’une salle ou sont retransmis les matches des championnats européens et à certaines occasions de compétitions de coupes continentales qui ne sont en générales par diffusés  à la télévision nationale. Même si le match est retransmis par la chaine nationale, certains préfèrent les regarder dans « les maisons canal » à cause de l’ambiance qui y règne et aussi parce qu’ils jugent que les commentateurs de Canal+ sont les meilleurs. D’ailleurs, ces salles doivent leur nom à cette chaine sportive française. Et pour pouvoir ces compétitions européennes et parfois africaines, il faut s’abonner à Canal Sat Horizon.

Revenons au match. Si au début, la salle était vide, elle s’est rapidement remplie près de 5 mn après le début du match. Apparemment, la chaine nationale n’a pas retransmis le match. Les retardataires forcent souvent le passage pour essayer de s’assoir aux premières places. Ils cachent momentanément les spectateurs déjà assis malgré les trois écrans de la salle. Ces derniers n’hésitent pas à lancer des injures du genre : « toi là, dégage ». Comme un dindon,  le fautif dandine pour se frayer un passage le plus rapidement pour ne pas encaisser d’autres injures. « Il n’y a plus de place devant et ils veulent forcer », monologue mon voisin de gauche. Pendant la moitié de la première période, certains supporters qui essayaient de se frayer un passage pour poser une fesse sur les premières places se font insulter. Certains supporters sont habillés aux couleurs du FC Barcelone. Je remarque particulièrement deux devant moi avec le maillot de Iniesta. Je pus voir après un autre gars avec le fameux maillot rouge de Real où est marqué le dossard 7 avec le nom de Ronaldo.

« Le Portugal va gagner »

« Le Portugal est-il capable de renverser la montagne espagnole, la Roya ?» A cette question de l’un des commentateurs du match, un supporter assis derrière répond « ce n’est pas ici » comme si la question lui était adressée ou comme s’il était sur le terrain. Après cinq minutes de jeu, le Portugal tente de mettre le pied sur le ballon. 12ème minute, Ronaldo déborde sur l’aile gauche et centre le ballon que capte Cassilas le portier de l’équipe d’Espagne au dessus de la tête d’un joueur portugais. Les supporters du Portugal timides jusque là applaudissent. La confiance est là. « Les Espagnols croyaient qu’ils allaient nous écraser. Mais ce ne sera pas ici. Il n’y a personne dans cette équipe d’Espagne pour arrêter Ronaldo. La France c’est pas le Portugal » entendis-je dire dans mon dos. L’autre qui devrait être son voisin répliqua : « c’est quel espagnol qui t’a dit ça ? ». « C’est ce qu’ils croyaient » répondit-il vaguement. « Le supporter qui t’a dit ça ne connait pas le football. C’est le Portugal, ce n’est pas n’importe quelle équipe hein »  et l’autre de conclure la discussion sur ce sujet : « de toutes les façons, nous (Portugal) on va battre l’Espagne ».

Comme à son habitude, l’Espagne essaie de monopoliser le ballon et étale de belles séquences de jeu. Les supporters de la Roya ne peuvent s’empêcher d’applaudir et surtout de crier « Barça ! Barça ! Barça ! »  J’entendis quelqu’un même dire dans la salle d’où montaient une chaleur suffocante, « Si Messi était né espagnol… » Arbeloa et Iniesta, arrachent des « merdes ! » aux supporters après deux occasions de buts manquées. Presque tous les coups de sifflet des arbitres sont commentés. Les supporters dont l’équipe ne bénéficie pas de la faute pensent être lésés même sur les fautes les plus évidentes. « Arbitre, c’est quoi ça ? », « Arbitre est-ce une faute à siffler ça ?», «  arbitre, ça ne vaut pas le coup de donner un carton » etc., Lorsque le réalisateur fait un gros plan sur des joueurs tels que Ronaldo, Nani, Pépé (Portugal) ou sur Iniesta, Xavi, Cassilas (Espagne), des applaudissements viennent encore alourdir l’atmosphère accompagné d’une forte odeur de sueur. Les supporters de l’équipe du Portugal crient le nom de Pepe lorsqu’un défenseur de cette formation dégage une balle ou s’interpose devant un joueur espagnol. Il est vu comme le symbole de la défense portugaise. Il s’agit aussi d’une façon de se moquer des autres et de dire qu’ils l’aiment malgré les actes d’anti-jeu  du défenseur. Mais Pepe a fait un bon match.

La France au menu des discussions

A la mi-temps, la salle se vide un peu. Les uns sont allés libérer leur vessie, d’autres sont sortis prendre de l’air ou boire un peu d’eau. Quelques uns se lèvent pour soulager  leur fesse endurcie pour avoir passé 45 minutes collés sur un banc. Le football passionne  par ici et les discussions ne tournent pas seulement autour de cette rencontre.
–    Aujourd’hui là, Ronaldo va éliminer l’Espagne
–     Toi là, tu ne peux pas parler ici. Nous (Espagne), on vous (France) a éliminé en quart de finale donc tu ne peux pas parler ici.
–    C’est parce que Laurent  Blanc a fait un mauvais classement sinon nous allions battre les espagnols
–    Ce n’est pas Laurent Blanc seulement. Les journalistes Français ne sont pas sérieux. Ils aiment trop les polémiques. De simples discussions chaudes dans les vestiaires, ils en ont fait un problème.
–    Là, tu as raison. Je pense qu’ils en voulaient à Nasri après son geste après son but contre l’Angleterre…

Sur l’écran, le match a repris. Les spectateurs reprennent leur place. Entre temps, la tension monte dans la rangée du milieu. Un gars s’est assis à la place d’une autre personne. Les injures fussent. Ils cachent d’ailleurs ceux qui sont assis derrière eux qui n’hésitent pas à leur crier dessus à leur tour. Ils finissent par s’entendre. Cette scène était prévisible. Il y a des toujours de petites bagarres de ce genres. « Comprenez-les. C’est la tension du match. Ça chauffe sur le terrain, il fait chaud aussi donc l’adrénaline monte facilement » fit quelqu’un avec humour. Cette deuxième mi-temps est vécue comme la première. On n’entend presque pas les voix des commentateurs. Les discussions, les applaudissements, les protestations contre  l’arbitrage prennent le dessus. Lorsqu’on va dans une « maison canal », on s’attend toujours à cela. L’ambiance est meilleure.

Tirs au but pour départager les deux camps

Le temps réglementaire s’achève par le même score de zéro but partout. Place aux prolongations. Quand, l’arbitre siffle la fin de cette partie, les supporters du Portugal sautent de joie. La première bataille est gagnée. Pour eux, si CR7 et ses amis sont arrivés à tenir la meilleure équipe du monde en échec, ils gagneront lors de la séance de tirs au but. Le crie de joie est bien sûr compréhensible surtout lorsque le tir premier espagnol de Xabi Alonso est capté par le gardien portugais. « Hourra !!! On vous a pas dit ? ». Puis certains commencèrent à chanter « Adieu Espagne ! ». Mais c’était sans compter avec la loi du football qui dit tant que l’arbitre n’a pas sifflet la fin de la rencontre il ne faut pas crier victoire. Casillas va aussi se mettre en évidence en arrêtant le tir du premier tireur portugais Moutinho. Là, ce sont les supporters espagnols qui sautent de joie. On crie : « Casillas ! Cassilas ! »  Iniesta, Pepe, Piqué et Nani marquent à leur tour. Ramos s’offre une palencas. Puis vint le tour de Bruno Alves. Lorsqu’il part prendre le ballon, des cris désapprobation montèrent de « la maison canal ». « Lui là, il rate », cria quelqu’un dans la salle. Effectivement, Bruno Alves rate son tir. Vous pouvez déjà imaginer l’ambiance dans la salle. Les cris qui l’envahir n’étaient pas des cris de… joie mais des cris de victoires surtout que c’est Fabregas qui devait se lancer. « Oyé, oyé oyé, oyééé oyééé ». Mais comme dit plus haut, tant que l’arbitre n’a pas sifflet la fin de la rencontre, il ne faut pas crier victoire.

Si Fabregas marque, c’est la fin de la séance des tirs au but. L’Espagne obtient son ticket pour la finale. Ce sera la première fois après la RFA qu’une équipe joue trois finales consécutives dans une compétition majeure. Le sociétaire du FC Barcelone se lance, il tire sur le côté gauche. Patricio plonge du bon côté. Le ballon lui échappe et ricoche sur son montant droit. A cet instant, on imagine, on sent les supporters du Portugal qui s’apprêtent à cirer un ouf de soulagement. Mais, les dieux du foot avaient choisi leur camp : l’Espagne. Le ballon qui a ricochet sur le poteau droit franchi néanmoins la ligne de but. Le dernier tireur du Portugal, Ronaldo ne pourra pas tenter sa chance. Fin Du suspens. C’est la liesse dans la salle avec des « Dieu merci ! ». Les supporters de la Roya se congratulent tandis que ceux du Portugal quittent rapidement la salle.  Après avoir visionné les dernières images de cette retransmission les « espagnoles » quittent « la maison canal » et regagnent leurs domiciles avec des coups de klaxons pour fêter cette victoire. Le rendez-vous est donné pour le lendemain pour connaitre l’adversaire de l’Espagne en finale dans l’autre demi-finale qui va opposer l’Allemagne à l’Italie.