Boukari Ouédraogo

Santé, argent, mariage, vengeance etc., explications des sacrifices sur les routes au Burkina

Mardi 23 avril 2013. 6h du matin. Alors que je partais me débrouiller pour obtenir mon pain quotidien comme d’habitude, j’ai vu sur mon chemin, trois petits tas de petits mils posés sur la route. En d’autres temps, on aurait dit que la personne qui a fait cela a gâché de la nourriture. Cependant il s’agit plutôt  d’un sacrifice commandé surement par un féticheur ou pour être positif un guérisseur.

Les sacrifices sur les routes du Burkina sont fréquents (ph. Boukari Ouedraogoa)
Les sacrifices sur les routes du Burkina sont fréquents (Photo : Boukari Ouédraogo)

 Pour certains étrangers qui sont de passage à Ouagadougou, ils seront surpris de voir à certains coins de rue, au milieu de la route, sur des termitières de la cola, des pièces d’argent, du mil, du maïs, du coton ou du tissu en cotonnade déposé par on ne sait qui. En général, cela se fait très tôt le matin pour ne pas dire très tard dans la nuit pendant que le maximum de personnes est plongé dans les bras de Morphée évitant ainsi d’être surpris.

Plusieurs raisons expliquent ces sacrifices. Il s’agit de recommandation de « marabout » qui exige de leurs patient(e)s de tels actes pour exaucer leurs vœux. Très souvent, il est recommandé de faire un don à un ou des mendiants. Pour d’autres cas, c’est de déposer sur une termitière, une colline au milieu de la route ce quelque chose pour obtenir ce qu’on veut. Parfois, il faut faire les deux.

Ces sacrifices qui sauvent

Devenir riche, retrouver la santé, avoir un enfant, exaucer un mauvais sort ce sont là les raisons qui poussent beaucoup de personnes à consulter les marabouts et a s’adonner à cette pratique. Efficace ou pas ? Difficile d’en juger tant qu’on n’en a pas fait l’expérience. Ces sacrifices s’expliquent aussi par le fait que beaucoup malgré leur conversion aux religions dites révélées croient encore à ces pratiques qui relèvent plus de l’animisme. Ils peuvent s’avérer être le dernier recours surtout quand pour les malades, la médecine moderne ne peut rien faire. Et cela arrive souvent. Ainsi, certaines femmes stériles qui souhaitent avoir un enfant, si elles ne sont pas allées voir des religieux, elles s’attachent les services marabouts qui leur recommandent souvent des sacrifices comme celui sur l’image. Elles en veulent peut-être à leur coépouse, à leur mari ou encore, elle sont jalouses d’une voisine qui a reçu un pagne de son mari. Et là, on dit souvent « elle a vu le pagne mais elle ne le portera pas ». Tout est dit dans la phrase.

Quand j’étais petit, on nous défendait ardemment de prendre les pièces de monnaies sur les termites. En réalité, mes camarades et moi nous nous cachions souvent pour aller les ramasser. Ils nous arrivaient d’entendre au village certaines personnes dirent que leurs sacrifices avaient été reçus par les « dieux » ou les ancêtres. Ce qui expliquait leurs disparitions. Si seulement ils savaient ! Et si nos parents l’avaient su ! Je n’imagine pas ce qui se serait passé. En plus, nous devions éviter de marcher dessus. Sinon, nous héritions des maux de celui qui les ont laissés là comme on aime le dire jusqu’aujourd’hui. Et pour dire vrai, j’évite toujours de le faire.

Je me rappelle aussi que lorsqu’il fille te refusait, il fallait verser la tête de margouillat tête rouge pilé mélange a du piment et tout un tas de cocktail. La nuit, son affaire la gratterait et tant qu’elle ne sera pas dans tes bras, elle ne pouvait pas dormir la nuit venue. Nous avons essayé. Mais rien! Aujourd’hui, qu’est ce que je pense de tout ça ? Il y a une part de vérité. Je pense que si nous n’avons pas connu de malheurs lorsque nous volions les sacrifices, c’est parce que nous étions des enfants et « Dieu nous a pardonné parce qu’on ne savait pas ce qu’on faisait ». Il m’est arrivé de voir des gens rentrés malades après avoir marché sur des trucs pareilles. Donc quelque part, il s’agit d’une seconde médecine. Une nouvelle forme de médecine.

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Évangile selon Boukari où l’autre histoire de Jésus

Il s’appelait Wendbenedo. Son travail, c’est de prêcher à longueur de journées dans les églises, au marché, dans la rue, partout où il se trouvait la parole de son père. Il faisait ce travail sans prendre 5 francs à qui que ce soit. Il n’est pas comme ces pasteurs sangsues vivant sur le dos de leurs fidèles, en organisant de fausses quêtes pour leur besoins personnels.

Il n’était pas de ces gens qui ont échoué dans tous les domaines et qui se sont retrouvés là par hasard et se faisant passer pour des prophètes. Wendbenedo n’était pas comme ça. Non pas qu’il soit riche mais parce que le matériel ne l’intéressait pas. Au contraire, il vivait comme un mendiant quémandant sa pitance quotidienne avec ses 12 élèves. D’ailleurs, ses parents n’étaient pas riches. Son papa était un simple menuisier qui se débrouillait pour avoir de quoi nourrir ses nombreux enfants. Sa mère elle le suivait partout comme sa queue.

 

bible

Wendbenedo était passionné par son travail comme le chien aime l’os. Il aimait enseigner sur une colline ou ses fidèles venaient l’écouter. Est-ce à cause de la belle vue qui s’offrait à lui, le bon courant d’air qui soufflait ? Sur ce choix, on ne sait pas trop pourquoi.

Comme souvent, Wendbenedo était sur la colline pour faire ce qu’il a l’habitude de faire : prêcher ou prier.  C’était un beau garçon avec des grands yeux qui semblaient fouiller dans le regard des autres. Sa voix était envoûtante. A l’écouter, il aurait fait un bon chanteur tellement sa voix était berçante. Toutes les filles l’enviaient. Malheureusement, le plaisir charnelle ne l’intéressait guère. C’est pourquoi, il n’avait pas de copine.

Il n’avait pas fait un seul jour le Cours préparatoire première année communément appelé CP1. Mais son intelligence était inégalée. Depuis que le monde était monde, on n’avait jamais vu quelqu’un d’aussi intelligent. Comme c’est le cas en général, il était apprécié par certains et détesté par d’autres. Mais, Wendbenedo savait qu’on ne peut pas plaire à tout le monde. Il se fichait d’ailleurs de plaire à quelqu’un. Il n’était pas là pour ça.

Les savants du pays, des religieux, des littéraires, des scientifiques etc. eux lui en voulaient beaucoup à cause de sa force d’argumentation, de conviction mais aussi l’adresse avec laquelle il captivait son auditoire. Chaque jour, des centaines de personnes se joignaient à lui. Certaines femmes étaient même battues par leurs maris parce qu’elles avaient laissés la sauce brûlées juste pour aller écouter ce qu’ils appelaient les « conneries » de Wendbenedo. Les savants n’admettaient pas que ce petit qui n’est pas allé à l’école, qu’on a vu grandir puisse être plus écouté plus qu’eux tous réunis. Plus grave encore, ils se prenaient pour « le fils de Dieu ». Comment un petit morveux comme lui peut avoir cette prétention ? D’ailleurs dans ses prêches, il disait que son Père, Dieu, l’avait envoyé pour faire ceci ou cela. Il avait poussé la prétention jusqu’à dire qu’il pouvait détruire et construire un temple en trois jours. Il se faisait passer pour un roi. Les savants se demandaient déjà depuis plusieurs mois comment faire pour le piéger et le condamner. Ils guettaient son moindre faux pas mais il n’en commettait pas. Certains moins radicaux se disaient que « si ce jeune n’est pas fou, il saoul ». D’ailleurs, son premier miracle, c’est d’avoir changer l’eau en vin.

Les savants avaient trouvé un moyen de piéger Wendbenedo. Ils avaient pris une femme en flagrant délit d’adultère. « Voilà, dis le plus jeune d’entre eux. Aujourd’hui, nous aurons l’occasion de montrer à tout le monde que ce Wendbenedo n’est qu’un charlatan ». Selon la loi de Moïse dans cette région où il vivait, lorsqu’une femme est prise en flagrant délit d’adultère, elle devrait être lapidée à mort. Dans la logique de Wendbenedo, tout peut se pardonner. Si ce n’est pas lui, qui peut accepter tendre sa joue gauche après avoir reçu une gifle sur la joue droite , qui d’autre le fera? Les savants attendaient donc qu’ils leur disent que la femme ne devrait pas être lapidée. Ce qui serait l’occasion pour eux de le condamner. En faisant cela, il serait accusé de de désobéir à la loi de Moïse celui qui a ouvert  la mer rouge et fait traverser le peuple d’Israël. Mais si Wendbenedo leur disait de lapider cette femme, il serait en contradiction avec ce qu’il dit lui-même. Dilemme cornélien !

Ils traînèrent la femme jusqu’à lui. Il  était accroupi. Le plus jeune était celui qui tenait la femme. Il la jeta devant lui

–  Wendbenedo, toi qui es si intelligent, toi qui connais tout, toi qui prétends être le fils de Dieu, nous avons trouvé cette pétasse en flagrant délit. Selon la loi de Moïse, il faut la lapider, mais selon toi que faut-il faire ? Nous t’écoutons… fils de Dieu. Fit-il en ricanant.

Ceux qui étaient avec lui riaient aussi. Comme s’il n’avait pas entendu, Wendbenedo se mit à écrire sur le sol. Il entendit même quelqu’un qui était venu écouter ses prêches dire : « aujourd’hui, c’est foutu pour le seigneur ».

Un autre savant, s’approcha de lui et dit ceci : «  Héé, toi là, tu n’entends pas ? C’est à toi qu’on parle. On ne t’a pas appris à répondre aux gens ? Impoli là ».

Wendbenedo garda son calme légendaire. Il les regarda, remua sa tête comme pour dire « ce n’est pas possible. Ils me font rire ces gars-là » et il sourit. Cela illumina son visage angélique. Il se releva les regarda du haut vers le bas. « Vous voulez que je vous réponde ? Souvent, j’ai du mal à vous comprendre. Est-ce qu’il y a quelque chose de compliquer dans tout ça ? Celui d’entre vous qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre ». Il s’accroupit à nouveau et se remit à écrire.

Cette réponse glaça les savants qui se regardaient sans savoir ce qu’il fallait faire. Ils étaient surpris par la réponse, eux qui s’apprêtaient à le confondre. Ils se rendirent compte qu’ils n’étaient pas saints eux-mêmes. Ils se rappelèrent les pêchés qu’ils ont commis et pour lesquels, ils auraient pu subir des supplices. Alors, le plus vieux s’en alla d’abord la tête basse comme s’il se disait « mais ce petit nous a bien eu ». Ils se suivirent ainsi du plus vieux au plus jeune.

Jésus toujours accroupie avait face à lui la femme prise en adultère. Il était comme surpris de la voir devant lui.

-Où sont-ils ceux qui t’accusaient ?

– Ils sont partis répondit la femme toute tremblante

– Ha bon ? Donc personne ne t’a condamné ?

– Non… Personne

– Pas de problème. Moi non plus je ne te condamne pas. Vas ne pêche plus.

La femme se dit à son intérieur : «  wayiii, même si tu n’avais rien dit, je n’oserais pas recommencer. On ne marche pas deux fois sur les… Dieu me garde de dire cela après ce à quoi je viens d’échapper. On ne marche pas deux fois sur les pieds d’un aveugle ».

De l’autre côté, les savants repensaient à cette leçon.

–       Mais le petit là nous a eu dè !

–       C’est vrai. Il a voulu nous dire d’enlever la poudre qui dans notre œil d’abord.

–       Mais ce n’est pas fini. Il faut qu’on se venge de cette humiliation.

Ils se remirent à préparer un autre plan pour avoir Wendbenedo.

NB:Wendbenedo signifie en langue mooré parlée au Burkina: « Dieu avec nous ».


Chute de François Bozizé : le film qu’on connaît le mieux en Afrique

Le président centrafricain François Bozizé est tombé. Il vient d’être renversé par la rébellion armée de la Seleka qui lui avait donné un ultimatum pour respecter les accords conclus à Libreville (Gabon). Bozizé n’a pas voulu respecter ses accords espérant secrètement du soutien de la part de ceux qui l’ont porté au pouvoir. Mais il s’est mis le doigt dans l’œil. La chute du Président centrafricain fait partie du genre de film africain qu’on a l’habitude de voir. Il y a juste un changement de rôle, mais avec souvent les mêmes acteurs. Le brave d’il y a dix ans est devenu le bandit-chef.

(ph. rtl.fr)
(ph. rtl.fr)

En général, les attaques commencent par le  nord ou le sud du pays. Car dans cette partie du globe terrestre, les clivages semblent concernés les deux parties. La rébellion est toujours mieux armée que l’armée régulière. La question que va se posée le citoyen lambda, « Qui est derrière tout ça? ». Le gouvernement joue sur la fibre patriotique en faisant croire à tord ou raison que c’est le voisin, jaloux de la richesse, de la prospérité du pays qui souhaite le déstabiliser. Si le discours n’est pas anti-impérialiste à la Laurent Gbagbo, l’on fait appel à certains pays voisins  ou la communauté internationale. Mais ceux-ci sous le prétexte qu’il s’agit d’un problème interne refusent d’intervenir. En réalité, ils n’ont plus d’intérêt avec un président dont les jours au palais sont comptés et qui ne fait plus leurs affaires. C’est une question de temps, le long métrage ne dure qu’1h30 la plupart du temps. Ce qu’il faut savoir, c’est qu’on ne saura jamais, qui a financé la rébellion, comment les armes sont entrées dans le territoire, quels pays les rebelles ont traversé… Il y aura juste des hypotheses.

Des négociations pour gagner du temps

Alors pour gagner du temps, on fait appel à la médiation d’un pays influent de la sous-région. Pour ce cas precis, c’est le Président Gabonais Ali Bongo qui a assuré la médiation. On le sait bien, les négociations permettent seulement de gagner du temps. Mais c’est aussi l’occasion pour chaque camp de se réarmer et de peaufiner ses stratégies pour une nouvelle attaque. L’assaut final. Les compromis n’arrangent jamais les deux camps. Mais, chacun fait semblant de jouer le jeu dans le secret espoir de profiter d’un quelconque faux pas de l’adversaire. Dans les deux camps, on mène la même politique qui est de tenter d’isoler l’adversaire. On essaie de soudoyer certains.

 Ce à quoi vont aboutir les négociations, c’est la formation d’un gouvernement d’union nationale en attendant l’organisation de nouvelles élections. Cette situation profite toujours à des marionnettistes souvent de couleurs rouges et blanches peut-être bleues tapis dans l’ombre et qui n’entrent en jeu qu’en poussant un camp que lorsqu’ils savent avec quelles parties leurs intérêts seront le mieux protégé.

Des élections pour légitimer son pouvoir

C’est en ce moment, que la voix de la communauté internationale, se fait entendre à travers  des condamnations de principes. Elle appelle à l’organisation d’élections dans les « plus brefs délais ». Le pays est suspendu de toutes les instances internationales jusqu’à nouvel ordre.

Puis voila les élections. Des observateurs internationaux sont convoyés des quatre coins du continent. Ils sont logés dans des hôtels de luxe, nourris, blanchis etc. Ils en profitent pour faire le tour du pays, se taper de jolies demoiselles avant de passer dire un bonjour dans des deux ou trois bureaux de vote. Eux-seuls ne verront pas les fraudes que va dénoncer l’opposition et la société civile. Le chef de la rébellion ou des putschistes (sauf s’il s’appelle Amadou Toumani Touré) se porte candidat. En Afrique on ne peut pas organiser des élections et les perdre. Le président autoproclamé est confirmé à son poste avec plus de 50% de voix. Son pouvoir est légitimé par la communauté internationale qui salue le processus démocratique enclenché et celui-ci gouverne jusqu’à ce qu’une nouvelle rébellion vienne le renverser. Le cycle recommence. Tout ce processus est un scenario bien connu. On connait le début de l’histoire, son épilogue. Seuls les acteurs changent souvent. Et le peuple regarde impuissant ce film dont il connait la fin avant même qu’il ne débute.


Université de Ouagadougou : le « blanchissement technique » est une bonne solution

Le premier ministre Luc Adolphe Tiao a été chassé comme un voleur de l’Université de Ouagadougou où il était en train de lire un discours à l’occasion de sa première (et peut-être dernière) visite. La décision qui a écœuré les étudiants c’est le concept de « blanchiment technique » des années universitaires de l’année même si le boycott de cette cérémonie était déjà au programme en témoigne les tracts qui circulaient et repris par les médias seulement après le départ de Tiao.

Université de Ouagadougou (credit photo Boukari Ouédraogo).
Université de Ouagadougou (credit photo Boukari Ouédraogo).

En partant à l’Université de Ouagadougou le lundi 18 mars 2013, le premier ministre burkinabè Luc Adolphe Tiao savait que « ça allait chauffer !». Contrairement à son prédécesseur Tertus Zongo accueilli presque sur un tapis rouge en 2008, la tension était palpable avant qu’il n’entre à  » l’Amphi libyen ». Il n’a pas terminé son discours lorsqu’il a parlé de « blanchiment  technique » de l’année 2011-2012 pour résoudre le problème de chevauchement des années universitaires sur le campus de Zogona.

Autant que cela puisse fâcher, je pense que cette décision est celle qui peut permettre à l’Université de repartir sur de bons rails. Pour moi, la mesure est meme inssuffisante. Il fallait tout arrêter pour reprendre a zéro même si on les étudiants doivent suivre les cours au stade du 4 août. D’abord, on ne sait pas à quelle année universitaire l’on se situe sur le campus de Zogona. Tenez vous que les nouveaux bacheliers admis en juillet 2012 n’ont toujours pas commencé les cours au mois de mars 2013 ! Oui. Sept mois après, ils trainent encore au domicile de leurs parents sans savoir quand est ce qu’ils pourront rejoindre les amphis et bénéficier enfin du titre d’étudiants qui a fait tant rêver tout lycéen. L’année scolaire et universitaire ne dure en principe que neuf mois. Pourtant certaines promotions de l’année 2010-2011 ne savent même plus à quel niveau d’évaluation ils se trouvent. Tout cet enchevêtrement des années ne permet pas aux enseignants et aux étudiants eux-mêmes de travailler dans des conditions adéquates. Comment peut-on avoir son bac et ne pas pouvoir aller à l’Université une année après, devenannt un vagabond?

La part de responsabilité du gouvernement

Si les troubles causées par les étudiants sont répréhensibles, je pense que cet acte fera tache d’huile. Comment comprendre que dans un contexte difficile, le tapis rouge soit déroulé au premier ministre a l’Université? Les autorités ont installé spécialement de la climatisation dans l’enceinte de l’Amphi libyen juste pour Tiao alors que les étudiants souffrent dans la chaleur avec des brasseurs qui marchent avec peine. Le restaurant universitaire a été spécialement nettoyé et un menu spécial concocté puisque Luc Adople Tiao devait y déjeuner. Tout cela était une injure faite aux étudiantes car, si on veut vivre leur réalité, il ne faut pas un dispositif special comme on l’a vu. En plus, de tels rendez-vous se préparent à l’ avance en rencontrant les étudiants et en échangeant avec eux dans le secret (s’il le faut après plusieurs rendez-vous) avant de se rendre à l’Université.

Les autorités burkinabè et les étudiants sont tous responsables de ce qui arrive actuellement à l’Université de Ouagadougou. Le gouvernement n’a pas tenu toutes ses promesses. Plus de construction d’Amphithéâtre depuis l’ouverture des « amphis libyens » il y a environ cinq ans. Le système Licence-Master-Doctorat peine à prendre et ne semble pas être compris par les enseignants eux-mêmes. A titre d’exemple, «les cobayes » de Science et technologies se sont vu refuser la licence professionnelle sous prétexte que le département manque de matériel pour les cours pratiques ! On parle du système LMD dans lequel, la recherche et l’initiative personnelle de l’étudiant sont encouragées  mais en se rendant dans le temple du savoir, vous constaterez que le peu de wifi en services est codé. Donc l’Université de Ouagadougou n’est pas prête pour aborder le système LMD. Mais les autorités font du forcing.

Le chantier de l’Université Ouaga II dont l’ouverture était prévue pour l’année 2012 pour désengorger le campus de Zogona tarde à s’achever. Il n’y a que  deux amphis jumelés, des salles de cours pratiques et les sanitaires qui sont fonctionnels. La cité universitaire, l’électricité, l’eau, le restaurant universitaire ne sont pas prêts sans oublier que le gouvernement doit commander 150 bus pour convoyer les étudiants de la ville de Ouagadougou à ce site situé en brousse à une vingtaine de km de la capitale burkinabè. Un vrai voyage ! Le nombre de bourses octroyées s’amenuisent chaque année. Les Amphi sont de plus en plus exigus et insuffisants. Il est même arrivé une fois que des enseignants en viennent aux mains pour l’occupation des salles. Depuis plusieurs années, le gouvernement n’a fait que contourner les problèmes au lieu de les affronter et les résoudre. Ils se sont accumulés et aujourd’hui, la situation est devenue ingérable.

l’ANEB doit revoir sa copie

Les étudiants à travers l’Association Nationale des Etudiants du Burkinabè (ANEB) se sont aussi illustrés à travers des grèves qui n’avaient pas de raison d’être. Le cas qui me vient en mémoire est la situation de cette étudiante qui après avoir bénéficié de deux dérogations (mesure exceptionnelle permettant à un étudiant qui a repris deux fois une classe de se réinscrire), faisant ainsi quatre ans en deuxième année d’université, a voulu forcer les règles pour s’inscrire de façon illégale. Un étudiant ne bénéficie que deux dérogations pourtant. Les étudiants ont pris en otage toute l’Unité de Formation et de Recherche en  Lettres Arts et Communication (UFR/ LAC) accusant un retard de trois mois ! Pour sauver la face, ils ont greffé à cette revendication d’autres problèmes comme la construction d’amphi qui visiblement ne pouvait être fait dans le délai qu’ils souhaitaient. A l’arrivée, comme l’ont reconnu certains membres de l’ANEB avec qui j’ai eu l’occasion de discuter, les résultats obtenus étaient maigres. Ou encore, cette histoire de ce professeur venus d’un autre pays, qui de commun accord avec ses étudiants, avait décidé de composer un devoir le 1er août. Ce sont les étudiants eux-meme qui ont d’ailleurs demandé le report du devoir en question sous prétexte qu’ils n’étaient pas prêts et proposer cette date. Le jour de l’évaluation des étudiants ont empêché leurs camarades de composer avançant l’argument selon lequel il s’agissait du premier jour de congé. Le professeur, malgré ses explications n’a pas ete ecouté et est reparti promettant de ne plus revenir. De  grèves cou boycotts omme ceux-ci ont mis en retard l’Université de Ouagadougou.

Alors de mon point de vue, pour résoudre les problèmes que connait l’Université de Ouagadougou et notamment le chevauchement des années, la meilleure solution est de mettre tout à plat pour repartir sur de nouvelles bases faites de concertations avec les enseignants, les syndicats d’étudiants, les enseignants etc. Il ne s’agit pas de tout arrêter pour repartir à zéro juste pour le faire, mais il faut résoudre les problèmes en tenant compte des priorités. Cette situation est difficilement supportable puisque les étudiants dit perdront au moins une année. Pour éviter de revenir à de pareilles situations, les autorités burkinabè devraient tenir leurs promesses.  Les étudiants pour leur part doivent aussi assouplir leurs méthodes de luttes car, ce sont eux les premiers perdants si cela ne marche pas.


FESPACO 2013 : Des messages forts de la part des réalisateurs africains

Avant de rédiger ce billet, j’aimerai d’abord remercier Ziad Maalouf grâce à qui j’ai pu avoir mon badge pour participer au FESPACO 2013 au nom de Mondoblog. Mon objectif était de participer aux débats, conférences et panels pour cette biennale du cinéma africain. Mais mon stage à Plan Burkina ne permet pas de participer à ces cadres de réflexions. Je me suis contenté donc des projections les soirs dans les salles. Ce que j’ai pu constater, c’est que les réalisateurs africains sont de vrais messagers, de vrais éducateurs, des historiens, des conteurs etc. Ils nous parlent. Et les messages sont forts.

moi Zaphira affiche

J’ai particulièrement apprécié deux films depuis le début du FESPACO. Le premier, c’est « Les chevaux de Dieu » d’un ancien lauréat de l’Etalon d’Or, le prix qui récompense le vainqueur dans la catégorie long métrage. Le Marocain Nabil Ayouch s’inspire d’un fait réel, à savoir les attentats suicides du 16 mai 2003 Casablanca. Ce film parle de deux frères Yacine et Hamid. Ce dernier est arrêté par la police après avoir brisé les vitres de la police. Il ne reviendra qu’au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 en compagnie d’Islamistes qui s’installent dans le bidonville. Yacine qui rêvait de venir gardien de but comme le portier Russe Lev Yacine, ne bénéficiant plus de la protection de son grand frère tente d’aider sa mère en devenant mécanicien. Par accident, il tue son patron. Ce moment de faiblesse est saisi par les Islamistes pour manipuler Yacine et ses amis et de faire d’eux les kamikazes du 16 mai. Le réalisateur nous laisse deviner les origines de cet attentat, montre la politique d’embrigadement des terroristes. Par la même occasion, ils alimentent leur haine contre l’Occident, les  Chrétiens et les Juifs en leur promettant de le paradis.
Ce film qui intervient au moment où le Mali est confronté à la guerre contre les islamistes d’Ençardine, du MOUJAO, d’AQMI mais aussi de Boko Haram au Nigeria. Il interpelle les dirigeants du monde. Car, tant qu’on ne donnera pas la possibilité aux enfants de réaliser leur rêve, (comme Yacine et Real qui voulaient être footballeurs), tant qu’on ne combattra pas la pauvreté, les jeunes seront des proies faciles pour les islamistes. Il faut donner de l’espoir aux jeunes.

Parlant d’espoir, c’est aussi le même message qu’a fait passer le  réalisateur sénégalais Moussa Touré avec son film « La Pirogue », comme pour dire que notre société est en train de tanguer. L’intrigue est la suivante : nous sommes au Sénégal Baye Laye pour sa maîtrise de la navigation est courtisé par un vieil homme de sa banlieue qui souhaite faire de lui le capitaine de cette expédition. Malgré son refus, il finit par céder puisque son frère fait partir du voyage.  Mais comme il fallait s’y attendre, tout cela se termine de façon tragique mais Baye Laye et son frère survivent. Si d’habitude on sait ce qui pousse les jeunes à partir et aussi comment ils sont accueillis en Europe, ici Moussa Traoré nous fait voyager avec ces clandestins, nous faire les conditions difficiles dans lesquels ils voyagent, les risques qu’ils prennent etc. Toute cette douleur, toutes ces souffrances que le spectateur ressent sont atténuées par l’humour qu’utilise le réalisateur.
En suivant
« Les chevaux de Dieu » et « La Pirogue », c’est la même interpellation que font les deux réalisateurs : offrir la possibilité à la jeunesse de réaliser son rêve. C’est pourquoi, sans que les auteurs le disent, ces films appellent à une prise conscience. Pour moi, « l’Etalon d’Or de Yennenga» se jouera entre ces deux films en attendant de voir les autres projections.

Dans  un autre registre, « Le collier du  Makoko » m’a marqué même si je ne lui donnerai pas l’Etalon d’Or. Il s’agit d’une reine qui décide faire revenir le collier du Roi Makoko confisqué par un européen. Le collier sera ramener dans un convoie de Lions notamment pour peupler une forêt gabonaise. Le collier par sécurité est porté Leo (un lion) dont le compagnon est un jeune garçon de 15 ans. Une course poursuite pour la récupération du Lion va suivre. Le réalisateur Henri Joseph Koumba Bididi nous faire découvrir la beauté de l’Afrique à travers sa faune, sa flore mais aussi nous conseille sur la nécessité de protéger la nature, l’environnement et les coutumes africaines. Pour lui, comme l’illustre cette image des pygmées qui utilisent  la lumière des Noirs et celle de Blancs, l’Afrique peut faire la jonction entre la modernité et ses propres traditions. Ce film a fait rire l’assistance tout comme celui de la réalisatrice burkinabè Apolline Traoré dont le thème porte sur l’obligation qu’ont les Africains de prendre leur responsabilité pour le développement du continent. A travers son œuvre, elle dénonce aussi certains interdits de la société africaine. Braver ces interdits, c’est ce que fera Thami dans le film « Les Ailes de l’amour » de Abdelhai Larakï. Thami brave d’abord un interdit qui est de devenir boucher alors que son père le voyait finir ses études. Il  tombe amoureux de la seconde épouse d’un ancien caporal et lutte contre tous pour vivre aux côtés de celle qu’il aime refusant sa cousine que lui avait fait marié de force son père. Ce film m’a aussi marqué par l’émotion qui se dégage et mais surtout, le réalisateur a osé quand on se trouve dans le contexte africain et de plus dans un pays musulman avec des scènes érotiques. C’est vrai que ce film n’est pas un chef d’œuvre mais il montre combien les réalisateurs africains veulent se dépasser. J’ai aimé cet esprit.

Mais le film qui m’a le plus appris quelque chose dans l’histoire de l’Afrique, c’est « Zabana ! » de l’Algérien Said : qui raconte l’histoire de la révolution algérienne de 1954. Dans ce film, j’ai pu constater que l’ancien Président ivoirien Félix Houphouët Boigny avait voté « oui » pour l’exécution de ce résistant algérien alors qu’un nom de sa part aurait pu faire pencher la balance. Cela m’a permis de comprendre qu’il n’était l’homme de paix qu’on veut faire croire. L’exécution d’Hamed Zabana est l’acte déclencheur de la révolution algérienne de novembre 1954. J’ai appris un pan de l’histoire de l’Algérie mais aussi de l’Afrique.

S’il y a un film qui m’a fait beaucoup réfléchir, c’est Tey (aujourd’hui) du Sénégalais Alain Gomis. Oui, ce monsieur m’a ramené a revisité mes cours d’histoires de l’art, de sémiologie et de faire appel à mes rares lectures en psychologie tant l’œuvre était philosophique. « Tey » m’a rappelé « Pegasse » de Mohamed Mouftakir lauréat lors de la dernière édition.

Dans l’ensemble donc, je constate que les réalisateurs africains ont vraiment porté ce costume de messagers. Ces films ne sont pas creux ou fait seulement pour distraire. Ils incitent à la réflexion, aux questionnements. Dans la plupart des films, ces réalisateurs ne font pas de jugements personnels. Ils laissent plutôt les spectateurs se faire une idée. Les images parlent à leur place. Ce qui m’a aussi marqué, c’est que ces réalisateurs sont en train de trancher avec le langage linéaire qu’on constatait souvent pour nous parler sous forme de codes et d’images.  Reste plus que des salles pour que le message puisse passer sinon, ce serait comme prêcher dans le désert.