Boukari Ouédraogo

La publication des photos de Charles Blé Goudé profite à la CPI

La Cour pénale internationale (CPI) a obtenu le transfèrement de l’ancien leader de la galaxie patriotique Charles Blé Goudé. La décision de l’Etat ivoirien de le remettre à la justice internationale fait suite aux publications de ses photos dans la presse le montrant dans de mauvaises conditions de détention. Blé Goudé est accusé par la CPI, de meurtres, de viols et autres formes de violences sexuelles, d’actes de persécution, etc.

L'une des photos qui ont créé la polémique sur les conditions de détention de Charles Blé Goudé
L’une des photos qui ont créé la polémique sur les conditions de détention de Charles Blé Goudé

La Cours pénale internationale (CPI) a enfin obtenu l’extradition de l’ancien leader de la galaxie patriotique Charles Blé Goudé. Une décision prise par le gouvernement ivoirien après le feuilleton des publications des photos de Charles Blé Goudé et de Jean-Yves Dibopieu. Les droits de ces hommes semblaient à la vue de ces images être bafoués. Après la publication de ces photos, des polémiques autour de leur authenticité sont nées, mais surtout la question s’est posée de savoir à qui profitaient ces publications.

De prime abord, ces photos de Charles Blé Goudé, en culotte, couché à même le sol, barbu, ont desservi le pouvoir ivoirien qui a été obligé de publier de nouvelles photos montrant cette fois-ci, Blé Goudé dans des conditions acceptables. De toute évidence, ces photos de Blé Goudé n’étaient pas fausses. On a d’abord pensé que tout cela profitait au Front populaire ivoirien (FPI) qui avait de nouveaux éléments pour attaquer Alassane Ouattara. La presse proche de l’opposition a saisi la balle au bond pour traiter le gouvernement ivoirien de tous les noms de mauvais oiseaux.

Avec la décision du gouvernement ivoirien, la question se pose désormais de savoir si tout cela n’a pas été manigancé par la CPI elle même. Celle-ci a longtemps réclamé et avec insistance, le transfèrement de Blé Goudé à La Haye. Le gouvernement ivoirien a résisté, mais cette fois-ci, la pression semblait être trop forte. Ces photos étaient la preuve que le gouvernement ivoirien n’était pas capable d’offrir des conditions acceptables de détention à Charles Blé Goudé et par extension, un procès équitable. Il y a sûrement eu beaucoup de tractations dans les coulisses avant, pendant et après la publication des photos.

La publication de ces photos a eu pour avantage de mettre en confrontation les deux camps (pro-Gbagbo et pro-Ouattara). La CPI dans un tel contexte se devait de jouer l’arbitre impartial. Ce qu’elle a réussi à obtenir. Pourtant, le transfèrement de Blé Goudé ne plaît ni aux pro-Gbagbo ni aux pro-Ouattara. D’ailleurs, Affi N’Guessan le président du FPI a affirmé que cela portait un coup au processus de réconciliation. Ce qui est juste puisqu’ils ont trouvé un mobile pour se rétracter une nouvelle fois dans les pourparlers. Du côté des pro-Ouattara, on aurait bien voulu utiliser Blé Goudé comme un moyen de négociation avec le camp d’en face.

Après le transfert de Laurent Gbagbo et désormais de Blé Goudé, la CPI voudra sûrement entendre très prochainement les pro-Ouattara qui ne sont pas exempts de tout reproche pendant cette crise qui a secoué le pays durant 10 ans. Des massacres ont été enregistrés dans cette région pro-Gbagbo. Certains d’entre eux ont été coupables d’actes inhumains notamment dans l’ouest de la Côte d’Ivoire. La CPI a peut-être brandi des menaces dans ce sens. « Si le gouvernement ivoirien ne livre pas Blé Goudé, elle délivra donc un mandat d’arrêt contre les partisans de Ouattara ». 

Mais s’il s’agissait aussi d’une manigance du pouvoir ivoirien pour livrer facilement Blé Goudé à la CPI? Si c’était le cas, cela revient à la même chose. C’est la CPI la grande gagnante dans cette histoire.

La CPI a eu gain de cause. Désormais, la question qui se pose est de savoir : « A qui le tour?»


Dire Burkinabè (Femme ou homme intègre) et non Burkinabaise

J’ai souvent constaté dans médias, dans des discours officiels, les gens disent « la population burkinabaise » pour parler des habitants du Burkina Faso. La réalité est que « burkinabè » est invariable. J’écris ce billet pour faire mise une mise au point.

(ph. Yempabou Ouoba)
(ph. Yempabou Ouoba)

 

Avant 1984, l’actuel Burkina Faso portait le nom de Haute Volta. Un nom hérité de la colonisation. Les Voltaïques ignoraient même la signification de ce donnée en hommage à trois fleuves qui portaient ce nom et qui traversent le territoire.

En 1984, la Haute Volta devient Burkina Faso qui signifie « Pays des hommes intègres ». Ce nom est tiré des langues du terroir. « Burkina » vient du mooré, la langue la plus parlée dans le pays, qui signifie « intègre ». Le Président Thomas Sankara a adopté ce nom en tenant compte des valeurs des Burkinabè qui se caractérisaient comme telles. Il a voulu valoriser ces qualités. Burkina est aussi le nom d’un quartier de la ville de Koudougou situé à près d’une centaine de km de Ouagadougou.

« Faso » est tiré du Dioula, la deuxième langue la plus parlée dans le pays. Faso signifie « la terre des ancêtres », « territoire » etc. Dans ce contexte, il signifie « Pays ». Comme le dit la constitution du Burkina Faso, le « Faso » est la forme républicaine de l’Etat.

C’est pourquoi, on ne dit pas la « République du Burkina Faso », « République du Faso » ou encore « République du Burkina ».  Donc, pour designer le pays, il faut juste dire « Burkina Faso » ou « Burkina » tout simplement. Et pour ce qui concerne le chef de l’Etat ou le Président de la République, l’appellation officielle est « Président du Faso » et non « Président de la République ».

Les habitants du Burkina Faso sont les Burkinabè. Thomas Sankara a juste ajouté le « Bè » qui signifie « les ressortissants de », désignant donc un habitant. Il est invariable parce que ce n’est pas un terme français mais aussi parce qu’il est invariable dans cette langue. « Bè » est tiré de la  langue fulfudé parlée par les Peulh.

En parcourant Wikipedia, j’ai pu lire ceci : « En français, on utilise également les mots Burkinais ou Burkinabés pour désigner les habitants ». Ce qui est totalement faux si vous avez bien suivi les explications données plus haut. Burkinabè est INVARIABLE !

Ce que l’on ignore également, Thomas Sankara a changé beaucoup d’autres symboles. Par exemple, l’hymne nationale qui était « Fière Volta » est devenue la Dytaniè de la langue lobiri parlée par les Lobi. La dytaniè signifie « la chanson de la victoire » dans cette langue. L’avion Présidentiel du Burkina Faso est le « Pic du Nahouri » en référence au plus haut sommet de Burkina. Les différents fleuves du Burkina que sont La Volta Noire, La Volta Blanche, La Volta Rouge (également les couleurs de la Haute Volta) vont prendre les noms respectifs de Mouhoun, Nakambé et le Nazinon. Toutes ces dénominations sont issues des langues du terroir.

L’objectif de Thomas Sankara était l’unification d’une société multi-ethnique mais aussi de permettre au pays de valoriser on potentiel local. Au Burkina Faso, il y a plus de 60 ethnies.

 De la Haute Volta au Burkina Faso en passant par la Côte d’Ivoire!

La zone de l’actuel Burkina Faso conquise en 1894, il était désigné par la Haute Volta alors que l’actuel Côte d’Ivoire était la basse Volta. Le pays a faillit ne jamais plus exister puisque la Haute Volta sera partagée et incluse dans les colonies du Haut Sénégal et du Niger. Avant de se reconstituer en 1924. Ce sera pour un bref instant puisque la Haute Volta sera à nouveau partagé entre les Colonies de la Côte d’Ivoire, du Soudan (actuel Mali) et du Niger. Les colons expliquent ce partagent par le fait qu’il s’agit d’une région sèche et improductive. Pourtant, les Voltaïques sont réputés êtres de grands travailleurs. Ce partage permet d’organiser le voyage de plusieurs Voltaïques dans les champions de cacao, de café en Côte d’Ivoire, de Coton et la construction voies au Mali et la mise en valeur du bassin du fleuve Niger.

Le Mogho Naba Saaga, chef des Mossi de Ouagadougou et plusieurs autres intellectuelles vont se battre pour qu’elle soit rétablie à ses frontières actuelles après la deuxième guerre mondiale. Ce combat porte fruit puisque la région administrative de Haute Côte d’Ivoire sera créée pour, par la suite, retrouver son intégrité territoriale en 1937. Il sera reconnu sous le nom de la région de Haute Côte d’Ivoire et l’actuel Côte d’Ivoire étant la basse Côte d’Ivoire. A ce sujet, il faut signaler que les Ivoiriens et les burkinabè auraient pu avoir la même nationalité.  Il va retrouver ses limites de 1932 dix ans plus tard soit en 1947 sous le nom de Haute Volta.  La Haute Côte d’Ivoire et la Basse Côte d’Ivoire fusionnent et sont représentés à l’Assemblée Nationale française par les mêmes députés que sont Félix Houphouët Boigny, Ouezzin Coulibaly et Phillipe Zinda Kaboré.

La Haute Volta prendra son indépendance en 1960 comme la plupart des Etats de l’Afrique sous la Présidence de Maurice Yaméogo chassé à l’issue d’un soulèvement populaire. La première fois en Afrique ! Vont suivre des coups d’Etats (25 novembre 1980 Saye Zerbo remplace Sangoulé Lamazina. Il sera remplacé à son tour par Jean Baptiste Ouédraogo en 1982). En 1983, Thomas Sankara et trois de ses camarades d’armes renversent Jean Baptiste Ouédraogo le 4 août. Une année après le pays devient Burkina Faso qui signifie dans la traduction Mooré et Dioula : « Pays des Hommes intègres ».


Le « symbole », ce moyen de pression pour parler le français au primaire

Dans un pays comme le Burkina Faso où le taux d’analphabétisme est élevé, les enfants partent à l’école sans savoir parler le français au préalable. Pourtant, c’est dans cette langue qu’ils sont formés. Au Burkina, l’enseignant n’apprend pas seulement à lire et à écrire en français à l’enfant, mais il lui apprendre aussi à parler la langue. Pour cela, les méthodes ne sont pas toujours catholiques.

(ph. https://www.catherine-ousselin.org/francais.html)
(ph. https://www.catherine-ousselin.org/francais.html)

Dans mon école (primaire), à moins d’une centaine de kilomètres de Ouagadougou, les enseignants avaient le souci de faire parler le français aux élèves que ce soit en classe ou dans la cour de récréation. A la place de la chicotte, ils avaient trouvé comme moyen de pression le port du « symbole » à tout élève qui parlerait une langue locale en étant à l’école. Cette idée daterait même de l’époque coloniale. Ainsi, lorsqu’un élève parle une langue locale à l’école, il était puni.

Ce qu’on appelle symbole peut être le crâne d’un mouton, des pattes d’animaux, des os… un truc sale et dégoûtant en général.  Ce symbole qu’il portait lui permettait d’être reconnaissable par tout le monde. Le porteur l’avait sur lui et rentrait avec pour le ramener le lendemain à l’école. Il le gardait tant qu’il ne trouvait personne d’autre à qui le passer.

Pour trouver une autre victime, il fallait donc jouer aux espions. Les porteurs du symbole épiaient donc les conversations de leurs amis et souvent des élèves des classes inférieures pour leur faire porter le symbole.

Si l’objectif est d’amener tous les enfants à parler couramment le français, il était plutôt un symbole d’humiliation pour eux. Certains élèves , choqués par les moqueries, ont préféré quitter l’école.

Cela se comprenait aisément puisque les élèves qui portaient le symbole étaient mis de côté. Ils ne pouvaient causer avec personne. Car chacun avait peur de faire parler une langue locale en présence de lui. Le symbole sentait mauvais et les porteurs aussi avec. Car les cranes de l’animal qu’il portait était en putréfaction.

Il paraît que le port du symbole continue encore. J’espère qu’il n’a pas toujours ce même côté pervers. 


Burkina : De quoi a-t-on peur ?

L’actualité politique au Burkina Faso, ces derniers mois, est marquée par le débat autour de la modification de l’article 37 de la constitution du Burkina qui limite le mandat présidentiel à cinq ans, renouvelable une seule fois et sur l’instauration d’une deuxième chambre. Si ces débats sont normaux à mon avis, certains veuillent voir en l’actuelle situation, la naissance d’une crise pareille à celle ivoirienne.

Les armes ne crépiteront pas au Burkina Faso
Les armes ne crépiteront pas au Burkina Faso

« Que Dieu sauve le Burkina », « Que la paix règne sur le Burkina », « Préservons le Burkina ». Ce sont des propos que l’on entend sur les forums, les discours de certains hommes politiques, les lettres ouvertes dans les journaux etc. A lire ou écouter ces propos, on a comme l’impression que le Burkina Faso va brûler. Pourquoi ? Face aux velléités du parti au pouvoir le Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) de modifier l’article 37 de la constitution burkinabè pour permettre à Blaise Compaoré de se représenter une nouvelle fois, l’opposition  s’est exprimée par un niet. Les manifestations du 29 juin 2013 et du 18 janvier 2014 a connu des succès incroyables donnant ainsi le rapport de force en défaveur du Président Blaise Compaoré. La contremanifestation menée par le CDP et la Fédération Burkinabè pour la Paix et le Progrès avec Blaise Compaoré (FEDAPBC), même si ces derniers ont convoyé depuis les provinces du Burkina des femmes et des jeunes qui auraient même reçu de l’argent, ont montré que les positions étaient bien tranchés et chaque camp reste sur sa position.

Partant de ce constat, un groupe de « médiateurs autosaisis» a décidé de mener des négociations afin que les deux parties à savoir l’opposition burkinabè renforcée par des démissionnaires du parti au pouvoir le CDP qui ont créé le Mouvement Populaire du Peuple (MPP) et le camp de Blaise Compaoré qui est pour la modification de l’article 37. Cette démarche, selon les médiateurs a pour objectif de préserver la paix sociale. Une situation qui semble renforcé la peur des Burkinabè sur une éventuelle crise aux issus incertaines.

Mais qui a dit que le Burkina va brûler ? Ce qui se passe au « Pays des Hommes intègres » est tout à fait normal politiquement. Il est normal que dans un pays démocratique, que chaque tendance veuille exprimer ses positions sur les lois qui régissent le pays. Tous ces tiraillements sont normaux. Il ne faudrait donc pas que les hommes politiques burkinabè transportent le débat sur un autre terrain que celui de la politique. Si le parti au pouvoir a fait marche arrière sur la loi portant instauration du sénat, c’est parce qu’il a constaté que le rapport de force n’est pas en sa faveur. Bien sûr, c’est pour la préservation de la paix sociale.

A mon avis, la coalition CDP et FEDAP/BC qui joue ses dernières cartes pour modifier l’article 37 n’ira pas jusqu’au  tant que le rapport de force sera en sa défaveur comme c’est le cas actuellement. Cette « crise » est différente de celle de 2011 pendant laquelle toutes les couches sociales ont manifesté leur désappointement. Le Burkina Faso est en train de vivre le scenario du 3 janvier 1966 où les Burkinabè, par leur mobilisation pacifique avait contraint le Président Maurice Yaméogo a démissionné à cause des nombreuses décisions impopulaires qu’il avait pris à l’époque. Le scenario sera différent parce que le contexte est différent. Le Burkina ne brûlera pas parce que les Burkinabè ne sont pas opposés entre eux. 


Quand la pauvreté conduit à la maltraitance des animaux

J’étais particulièrement fier de publier cette photo que vous trouverez en cliquant ici. Il s’agit d’un homme conduisant son âne sur une charrette après, surement, une journée de dur labeur. Si la photo fait sourire, il témoigne quand même de la prise de conscience de cet homme que les animaux, que nous utilisons pour nos travaux (au champ, le transport de bois, de bagages etc.), ne sont pas des machines infatigables. Même que les machines ont besoin souvent de maintenance.

Un âne épuisés que tentent de relever des femmes dans à Ouagadougou
Un âne épuisés que tentent de relever des femmes dans à Ouagadougou (photo Hamed Ouoba)

Pour cette fois ci, j’ai voulu d’abord publier ces photos sans commentaire afin que chacun de mes lecteurs face son jugement. Puisqu’on dit qu’une image vaut mille mots. Une photo vaut mille mots par conséquent. Sur ces photos prises en plein centre ville de Ouagadougou (à quelques mètres l’immeuble de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO)), on voit bien des dames qui tentent de relever un âne surement épuisé après de longues heures de travail. Il refuse de continuer parce qu’il n’en peut plus. On dira, c’est un âne il est infatigable. N’est ce pas pour cela qu’on a sorti l’expression : « travailler comme un âne » ? Et pourtant un âne, ça meurt.

L’homme oublie souvent que les animaux sont aussi sont des êtres vivants. Ils naissent, grandissent et meurent comme les hommes. Le sang coule dans leurs veines. Ils sont faits de chair et d’os. Ils sentent la douleur également comme les humains. Ils ont aussi besoin de repos comme les humains. Nous oublions demandons à ces animaux, d’aller au delà de leur limite.

Personne ne porte un intérêt sur ces femmes
Tous passent sans s’arrêter (photo Hamed Ouoba)

Ces dames qui tentent de relever cet âne sont bien connues à Ouagadougou. Elles parcourent la ville de Ouagadougou de porte en porte pour ramasser des ordures. Elles sont généralement des veuves. Faut-il leur en vouloir pour cela ? Non! La quête de la pitance nous amène souvent à oublier certaines éthiques pour survivre. J’imagine moi-même les longs kilomètres qu’ils ont du parcourir avec cet âne pour ramasser des ordures avec toutes les bactéries possibles qu’elles ont bien respiré. Combien gagne-t-elle ? Des miettes. Ces images sont anecdotiques car, le calvaire que vit  cet âne traduit aussi celui que vivent ces ramasseuses d’ordures. Elles partagent le même destin. L’amélioration de leur condition de travail est liée aussi à ce lui de cet animal. En plus, personne ne s’arrête pour aider ces pauvres dames et leur animal qui est en fait leur gagne-pain.