Boukari Ouédraogo

Le gourou, les policiers, le journaliste et le blogueur

Le vendredi 5 février 2016, j’ai assisté à une scène assez bizarre entre un homme et deux policiers, au niveau du rond-point du quartier Wemtenga de Ouagadougou. Un célèbre opérateur économique burkinabé refusait de s’exécuter alors qu’il était en infraction parce qu’il roulait sans les papiers de son véhicule non immatriculé.

Le propriétaire de ce véhicule non immatriculé n'avait pas ses papiers quand il a été interpellé par la police
Le propriétaire de ce véhicule non immatriculé n’avait pas ses papiers quand il a été interpellé par la police

Le gourou et la police

A mon arrivée sur place, l’opérateur économique habillé d’un complet basin bleu est assis au pied de son véhicule, et discute fortement avec les deux policiers. Des jeunes tentent de lui arracher un objet placé au niveau de sa ceinture droite. Un pistolet. J’apprends que l’opérateur économique roulait sans les papiers de son véhicule non immatriculé. Les policiers lui ont donc demandé d’en sortir. Le monsieur, convaincu d’avoir les papiers à son domicile, demande plutôt que son chauffeur aille le déposer et revienne avec les papiers. Les policiers s’y opposent et demandent plutôt à cet opérateur économique spécialisé dans la vente des deux roues de libérer la voiture. Face au refus de ce dernier, les forces de l’ordre tentent d’utiliser la manière forte.

C’est à ce moment-là qu’ils se rendent compte que le gourou en question est armé. Ils tentent de prendre l’arme mais ce dernier refuse. Des curieux, qui observaient la scène tentent, certains maladroitement, de récupérer l’arme en question. S’ensuivent donc de discussions enflammées entre les policiers, l’opérateur économique et certains curieux. Les policiers étaient visiblement offusqués et choqués de voir que ce monsieur, en infraction, possédait une arme. « Avec ces temps qui courent », dit l’un d’entre eux en référence au dispositif sécuritaire mis en place suite aux attentats du vendredi 15 janvier 2016 contre le café Cappuccino et le Splendid Hôtel à Ouagadougou. L’esprit des jeunes présents sur place s’échauffe, mais le gourou ne se laisse pas faire. En définitive, les policiers acceptent d’accompagner l’opérateur économique en question pour récupérer les papiers. D’après moi, pour éviter un bain de sang.

Ces faits, je les ai rapportés sur mon profil Facebook : 

Il y a des gens qui ne savent pas que les choses ont changé.Rond-point de Wemtenga. 11h25. Un célèbre opérateur é…

Posté par Boukari Ouédraogo sur vendredi 5 février 2016

 

Entrée en jeu du journaliste

Le lendemain samedi, après avoir passé toute la nuit devant mon ordinateur, un appel me réveille sous les coups de 10 heures. Le numéro ne figure pas dans mon répertoire. Je décroche. Sait-on jamais si quelqu’un voulait m’offrir un bon boulot. Mon interlocuteur se présente. Il travaille dans une célèbre radio privée. Je ne le connais pas. J’ai juste souvent entendu son nom sur la station pour laquelle il travaille. Ce dernier me demande de supprimer ma publication faite la veille incriminant l’opérateur économique. A moitié réveillé, je fais savoir que je n’ai cité le nom de personne. Il insiste. Je lui dis que je vais supprimer la publication, soucieux de pouvoir me rendormir.

Des passants ont tenté d'arracher l'arme de l'opérateur économique
Des passants ont tenté d’arracher l’arme de l’opérateur économique

Vers 11 heures, un deuxième appel, cette fois avec un téléphone fixe. Le journaliste de nouveau. A ce moment, je fais savoir à mon interlocuteur que je ne suis pas encore connecté parce que j’étais toujours couché lorsqu’il m’a appelé. Plus tard, je rappelle le journaliste pour lui faire savoir que je ne peux pas supprimer mon poste. J’aurais pu le faire par confraternité mais le vin était tiré. Il fallait qu’il accepte qu’après le week-end, ce petit buzz serait noyé par d’autres actualités.

Mon interlocuteur me fait alors savoir que lui et l’opérateur économique en question, qui serait son « tonton », souhaitent que je le supprime parce que cela peut porter préjudice à son commerce, ses amis commerçants pouvant aussi se servir de cette histoire pour lui nuire. Il aurait vu ma publication. Après l’incident, les policiers se seraient rendus chez le « tonton » pour s’excuser. Je répète encore que je n’avais pas donné le nom de l’opérateur économique et que je ne pouvais pas supprimer mon post au risque de perdre toute crédibilité. Un peu énervé, il tente de me faire comprendre qu’effectivement, je suis libre de le faire. Mais je n’avais plus assez de crédit pour tenir la conversation, qui s’interrompt. J’ai attendu qu’il rappelle mais au moment où j’écris ces lignes, il n’a toujours pas fait signe.

Si j’ai rapporté l’histoire sur mon profil, c’est pour que l’on prenne conscience que dans toute société, il y a des règles à respecter. L’opérateur économique aurait dû accepter que sa voiture soit confisquée et de se rendre au commissariat avec ses papiers pour se mettre en règle. Dorénavant, il devrait circuler avec les papiers de son véhicule, car nul n’est au dessus de la loi.


Monsieur le Président, le sport est un facteur de développement économique

Le nouveau Premier ministre burkinabé Paul Kaba Thiéba a fait sa déclaration de politique générale le vendredi 5 février 2015 devant l’Assemblée Nationale du Burkina. Dans cette déclaration, le patron du gouvernement burkinabé n’a pas fait du développement du sport une priorité. Une décision qui concorde avec le programme du Président Roch Marc Christian Kaboré, qui s’est contenté de l’effleurer dans le sien.

Pour jouer au basketball, les enfants ont besoin de plateaux de jeux dans toutes les villes du Burkina
Pour jouer au basketball, les enfants ont besoin de terrains de jeux dans toutes les villes du Burkina

Le développement du sport n’est pas une priorité pour le Président du Burkina Faso Roch Marc Christian Kaboré. Cela s’est ressenti lors du discours de politique générale du premier ministre Paul Kaba Thiéba dans l’hémicycle. Pour le reste, le Premier ministre a déployé un programme qui fait rêver. Paul Kaba Thiéba a tout fait pour être précis sur les secteurs de l’éducation, de l’économie, de l’emploi, etc., allant jusqu’à chiffrer les objectifs à réaliser durant son mandat.

Sur le plan sanitaire par exemple, le gouvernement dirigé par Paul Kaba Thiéba prévoit « la normalisation de 361 Centres de Santé et de Promotion Sociale (dont 61 en 2016), de 33 Centres Médicaux avec Antenne chirurgicale (15 en 2016), de 2 Centres Hospitaliers Régionaux en 2016 et la poursuite de la transformation des CSPS des chefs-lieux de communes rurales en Centres Médicaux (37 entre 2016 et 2017) ». Ce qui est bien. Très bien même s’il arrive à le faire.

Le ministre effleure la question du sport

Concernant le sport, on s’aperçoit que, comme d’habitude, il a été relégué au dernier plan. Il est même couplé avec le programme culturel et touristique de l’actuel gouvernement. Aucun chiffre, aucune donnée. On ne sait pas combien de plateaux, combien de stades, combien de centres de formations seront construits pour faire du sport un vecteur de développement économique. Et pourtant, le Burkina Faso ne dispose pas d’infrastructures sportives dignes de ce nom. Le Tour du Faso fait partie des compétitions cyclistes les plus en vue du continent africain. Mais le pays ne dispose pas de vélodrome. Le cheval est l’emblème du Burkina. Pourtant le seul hippodrome du pays est dans un piteux état. C’est dans des conditions difficiles qu’il abrite des compétitions hippiques. Les plateaux sont insuffisants et les matches du championnat national de football se disputent dans la poussière.

Le Dr Jean-Loup Chappelet faisait déjà le constat, dans une étude réalisée en 1995 par l’UNESCO sur la situation du sport dans les pays les moins avancés d’Afrique, que les taux de pratiques sportive étaient très bas. Selon son analyse, la très faible présence de l’éducation physique et du sport (EPS) à l’école est notamment en cause, due à une pénurie de maître d’EPS et d’entraîneurs, ainsi qu’à un manque flagrant d’équipements sportifs – notamment pour les sports qui nécessitent des installations sophistiquées. Le Dr. Chappelet ajoute que cette situation résulte bien évidemment de dépenses gouvernementales insuffisantes en la matière. Cela s’explique par le fait que les gouvernants africains, et burkinabés particulièrement, négligent ce secteur sportif, considéré comme budgétivore et sans rentabilité.

Le sport, moteur facteur de développement économique

Et pourtant, le sport est un facteur de développement économique. C’est ce que souligne d’ailleurs un article du Huffington Post au travers de ces termes : « tout le monde est d’accord pour dire que le sport contribue au développement économique en créant des emplois et en dynamisant l’activité commerciale. L’organisation d’un grand événement sportif, par exemple, est une opportunité formidable pour l’économie locale : les milliers de personnes qui viennent y assister vont dépenser de l’argent dans la nourriture, l’hébergement ou encore le transport, et bien souvent aussi dans des activités touristiques annexes ». L’auteur de cet article donne des chiffres qui montrent en quoi un évènement comme la Coupe du Monde 2010, qui s’est disputée pour la première fois en Afrique du Sud, a été rentable pour le pays hôte.

« Si on prend comme exemple l’Afrique du sud en 2010, l’effet positif de la Coupe du monde fut temporaire en terme de création d’emplois et de baisse de la criminalité et inférieur aux estimations d’avant l’événement. 309 000 touristes sont venus pour la Coupe du monde ; ils ont dépensé environ 400 millions de dollars d’après les études du département du tourisme. Or, les estimations étaient de 480 000 et des dépenses par séjour trois fois plus importantes. La Coupe du monde 2010 a permis un profit de plus de 2 milliards de dollars pour la FIFA mais a coûté à l’Afrique du sud 4,3 milliards de dollars dont près d’un milliard de dollars pour les stades du Cap et de Durban ».

Le choix de l’Afrique du Sud pour accueillir la Coupe du Monde 2010 s’explique bien par le fait que le pays était en avance sur les autres pays en termes d’infrastructures. En plus de cela, elle a dû renforcer celles qui existaient déjà pour gagner son pari.

Le développement du sport au Burkina Faso contribuerait à la création des vastes marchés pour les équipements sportifs (maillots, T-shirts, chaussures, gadgets), la vente des billets, de restauration, de droits télés avec la retransmission des matchs, le sponsoring… Le marché de l’emploi serait plus ouvert, de façon directe et indirecte. Les stades auraient par exemple besoin de personnel pour entretenir et veiller sur eux. Le développement du sport au Burkina Faso pourrait permettre aussi l’essor de la petite unité de construction de ballons de football (et bien d’autres disciplines aussi) situés dans le village de Bourzanga dans la province du Bam.

Des exemples existent

Une réflexion, trouvée sur Internet et apparemment relevant du Ministère des sports et des loisirs, donne des exemples précis.

Une étude hollandaise (Université d’Amsterdam, Ministère de la santé, des services sociaux et du sport, 1998), cherchant à évaluer les effets du sport sur l’économie, a montré que la suppression des activités sportives entraînerait la perte de 300.000 emplois et une réduction de la consommation intérieure de 5 milliards de florins soit environ 2,27 milliards d’euros.

En France, la fédération des industries d’articles de sport comptait, en 1980, 6.482 entreprises qui employaient 300.000 personnes. Une étude menée par l’École Supérieure des Sciences Économiques et Commerciales (ESSEC), indique que le sport a généré un chiffre d’affaires de 29 milliards d’euros en 2005.

S’appuyant sur le cas du Burkina Faso, cette réflexion fait les observations suivantes :

« Au Burkina Faso, il suffit de prendre l’exemple du championnat de football, première division qui compte quatorze équipes des joueurs (ndlr: le championnat compte actuellement 16 équipes). Si on retient seulement 25 joueurs licenciés par équipe, cela donne le chiffre de 350 joueurs qui perçoivent un revenu moyen de 50.000 FCFA par mois, soit une masse salariale mensuelle de 17,5 millions de FCFA, on aboutit à un chiffre annuel de 210 millions de FCFA.

A ce montant, il faut ajouter les frais d’achat d’équipements et de matériel sportifs, les dépenses d’organisation, les frais de gestion administrative, les frais médicaux et les charges récurrentes des infrastructures sportives ».

Ce document estime qu’en général, le poids de l’économie du sport varie entre 1% et 2% du PNB dans les pays industrialisés et tend à croître à un rythme supérieur à celui de la plupart des autres secteurs. C’est pourquoi, il faut faire en sorte que les clubs burkinabés passent du statut amateur au statut professionnel.

Ainsi donc, pour faire du sport un moteur de développement économique, il faut une politique générale des sports rigoureuse, portant prioritairement sur le développement des infrastructures mais aussi sur la formation. « Si nous voulons sérieusement faire du sport une partie intégrante du développement social, cela doit démarrer à la base, dans les quartiers », relève un article de Institut AMADEUS.

La réflexion du ministère des sports soulignait également ceci : « La pratique des activités physiques et sportives est reconnue comme un droit social par la Constitution du Burkina Faso. Il convient qu’elle soit désormais considérée comme faisant partie intégrante du développement économique et social ».

Le Dr Chappelet, pour sa part, disait ceci pour conclure cet article : « en promouvant de façon durable et saine le sport dans ces pays, on peut espérer briser cette spirale négative et faire démarrer des activités porteuses de croissance économique et sociale, sans mettre en danger l’environnement naturel ».


Ordures à Ouagadougou : le ménage a-t-il commencé ?

Récemment et plus précisément le jeudi 28 janvier 2016, je publiais un billet dans lequel je critiquais l’insalubrité, dans la ville de Ouagadougou. Le billet prenait principalement l’exemple d’un dépôt d’ordures situé au quartier Somgandé de Ouagadougou entre l’école de formation et de perfectionnement des travaux publics (côté Ouest) et l’Action éducative en milieu ouvert (AEMO, côté Est).

Rassemblées ainsi, l'on se rend compte de l'ampleur des ordures
Rassemblées ainsi, l’on se rend compte de l’ampleur des ordures

 

En moins d’une année, les ordures ont envahi cet espace au point d’obstrué la route. Le ménage semble être en cours. Le lundi 1er janvier 2016, l’endroit était revêtu de nouveaux habits. Des cartepillars dont les pneus sont toujours visibles ont retourné les ordures qu’ils ont placé en placés en plusieurs tas. Des pancartes indiquent : «Interdit de jeter les ordures ».

Coïncidence ? Est-ce l’effet du billet ? Les intéressés s’étaient déjà rendus compte du problème ? Quoi qu’il en soit, le fait d’avoir pensé à nettoyer cet endroit est une bonne initiative. Les ordures avaient presque obstrué le passage de ce quartier de Ouagadougou et une forte odeur se dégageait. Même si l’odeur pestilentielle continue de polluer l’atmosphère cet endroit où sont installés des kiosques à proximité, la démarche a pour effet de dissuader.

Ici, un fou fouille dans un tas d'ordures déposé malgré l'interdiction de jeter les ordures
Ici, un fou fouille dans un tas d’ordures déposé malgré l’interdiction

 

Il faudrait vraiment veiller à ce que, ceux qui ont l’habitude de déposer d’y déposer leurs déchets ménagés, ne recommencent plus. Les femmes chargées de récolter les ordures ménagères dans la ville de Ouagadougou ne savent pas lire en général. Elles croiront peut-être que l’endroit a été mieux aménagé pour elles.

Malgré les pancartes d’interdiction,  quelqu’un a récemment vidé sa poubelle à cet endroit. Juste pour interprétation, nous estimons que ces ordures sont sorties du domicile d’une famille aisée.

Les autorités communales doivent sensibiliser les riverains sur la question et de passer à une phase de sanctions. Il est inadmissible que des gens quel que soit leur catégorie sociale se permettent de jeter des ordures là où ils le souhaitent. Mais elles aussi, les autorités, doivent aménagés des dépotoirs d’ordures dans chaque quartier mais aussi des centres de traitement d’ordures. Sinon, on nous répètera encore un jour que : « Ouaga, c’est pas forcé » (Ne vit pas à Ouaga qui veut).


Immigration : des Burkinabés obligés de fuir la Guinée

Le centre de l’Action éducative en milieu ouvert (AEMO), situé dans le quartier de Somgandé de Ouagadougou, est résolument devenu un site d’accueil pour les Burkinabés rapatriés d’autres pays. 71 d’entre eux sont arrivés dans la nuit du jeudi 21 janvier 2016, après avoir rejoint la frontière entre le Mali et la Guinée à pied. En décembre, 240 burkinabés travaillant dans les mines avaient été chassés.

C'est à pieds que ces Burkinabè sont rentré de la Guinée
C’est à pied que ces Burkinabés sont rentrés de la Guinée

Ils se sont rendus à la mine d’or de Siguiri, au nord-est de la Guinée, dans l’espoir de faire fortune. Mais c’est dans le dénuement total que 71 Burkinabés partis à l’aventure en Guinée-Conakry sont rentrés chez eux. Et pour rentrer au bercail, ils ont dû fuir le pays en se cachant dans la forêt afin de passer la frontière malienne, d’où ils ont été rapatriés à Bobo Dioulasso avant de finalement rejoindre la capitale Ouagadougou. Dans le froid glacial de ce vendredi 22 janvier 2016, une trentaine d’immigrés de retour au pays discutaient dans la cour de l’Action éducative en milieu ouvert (AEMO) de Ouagadougou, situé au quartier Somgandé.

Entouré de quelques jeunes (qui pourraient être ses enfants), Ibrahima Zakary Congo accepte de raconter ce qui l’a contraint, avec les autres, à emprunter le chemin du retour. « Je ne sais pas pourquoi, mais ils se sont levés, un jour, et se sont mis à nous chasser sans préavis. Certains d’entre nous ont été battus, fouillés, dépouillés de leurs biens », explique-t-il malgré la gêne qui se lit sur son visage. N’ayant aucun problème entre les ressortissants burkinabés et la population locale, c’est la police elle-même qui était à la manœuvre, fait savoir Congo. « Les portables, les habits quand ils avaient de la valeur, l’or que nous avions gagné à la sueur de notre front, ils ont tout récupéré », ajoute-t-il indigné.

Le rêve de faire fortune s’envole

Il avait pourtant nourri beaucoup d’espoirs en quittant son village de la province du Ganzourgou pour se rendre en Guinée. Il n’a pas non plus rechigné au travail, lui le père de cinq enfants, dont certains sont déjà très grands. Mais l’aventure guinéenne a mal tourné. «Ce n’est pas par plaisir que je suis allé en Guinée. C’est parce que je n’avais pas de travail chez moi et que j’avais besoin de quoi nourrir ma famille », confie Congo. « Regardez-moi, je ne suis plus jeune. On ne peut pas dire qu’on est jeune lorsqu’on a dépassé la quarantaine. J’étais donc allé à la recherche de quoi nourrir ma famille mais je reviens sans un sous ».

Son rêve de faire fortune brisé, Ibrahim Zakary Congo s’est rendu compte qu’obligé de se cacher, il ne pouvait pas travailler comme il le voulait. A un certain moment, il a dû affronter la dureté de la vie. Il n’avait plus rien à manger puisqu’il devait se cacher. S’il était arrêté, il irait en prison comme les rapatriés du mois. Conscient de cette réalité, il décide donc de quitter la Guinée pour sa terre natale. Là encore, Ibrahim Zakary Congo est obligé de se cacher. Il a fallu se cacher pour rejoindre la frontière malienne, à partir de l’endroit où l’ambassade du Burkina Faso au Mali a affrété des cars pour les ramener à Bobo Dioulasso. « Les policiers étaient à la frontière et attendaient. Ils avaient été aussi au niveau du fleuve Niger », raconte toujours ce désormais ancien mineur. S’il est rentré à pied, c’était pour éviter de rentrer plus démuni qu’il ne l’était dans le cas où la police mettait la main sur lui. 

Retour à la terre

Que faire après ce retour, désorienté et tout honteux ? Congo n’a d’autres choix que de retourner à la terre. « J’ai quitté très tôt l’école. J’étais donc devenu cultivateur. Je suis obligé de retourner à la terre », avoue-t-il tout en montrant des signes d’impatience quant à l’arrivée de la saison pluvieuse. Toutefois, il ne sait toujours pas comment il va affronter le regard de ses enfants, de sa femme et de son village. « Regardez nous ? C’est dans des plastiques que nous avons laissé nos habits. C’est une honte pour un homme comme moi de rentrer d’une aventure avec ses biens dans un simple plastique », lâche-il comme si ses propos l’étouffaient. S’il n’était qu’un simple employé, Ibrahim Zakary Congo déplore tout de même le matériel laissé sur place par ses patrons. D’après ses explications, ces derniers avaient de grosses machines qui servaient à moudre les pierres sorties des mines. Ils pourraient essayer quelque part au pays s’ils pouvaient récupérer leur matériel. Mais cela semble désormais impossible.

Au début du mois de janvier 2016, des Burkinabés ont été rapatriés de la Libye.


Ordures à Ouagadougou : nettoyez nos quartiers

Ouagadougou se targue d’être l’une des villes les plus propres de l’Afrique de l’Ouest. C’est peut-être vrai pour ceux qui ont eu la chance de visiter certaines capitales de la sous-région ouest-africaine. Cela ne veut toutefois pas dire que la capitale du Burkina Faso est une ville propre. Il suffit de faire un tour de ses quartiers pour constater des tas d’ordures, entreposés de façon anarchique.

Les compagnies de ramassage d'ordures jettes les déchets à n'importe quel endroit
Les compagnies de ramassage d’ordures jettes les déchets n’importe où

Quartier Somgandé de Ouagadougou. Entre l’école de formation et de perfectionnement des travaux publics (côté Ouest) et l’Action éducative en milieu ouvert (AEMO, côté Est), se trouve un dépôt d’ordures. J’ai presque vu naître ce dépôt d’ordures car il m’arrive souvent d’emprunter la voie qui sépare les deux sites. Au départ un petit tas d’ordures négligeables, elles ont en quelques mois envahi l’espace, au point d’obstruer la route.

Pendant la saison pluvieuse, ce tas d’ordures empêchait l’eau de couler. A tel point que des retenues d’eaux se sont créées au beau milieu de la route, assez profondes pour que l’eau pénètre dans les tuyaux d’échappement des motos. Les passants étaient donc obligés, tant bien que mal, de déverser des ordures (objets lourds) dans les crevasses créées par la stagnation de l’eau afin de se frayer un passage.

Les ordures sont sources de maladies
Les ordures sont sources de maladies

Si les compagnies chargées de ramasser les ordures dans les ménages ont choisi cet espace, on se demande comment les autorités (et notamment la municipalité) ont pu laisser cet espace se transformer en dépotoir au vu et au su de tout le monde. Si c’est arrivé, c’est parce que les compagnies chargées du ramassage d’ordures n’ont pas trouvé d’autres endroits pour les jeter. S’il s’avère que les autorités burkinabè ont donné leur accord, alors ils n’ont pas eu le nez creux car cet endroit n’est clairement pas adapté. Ils doivent donc rattraper cette erreur.

En réalité, le cas cité plus haut n’est qu’un exemple dans la ville de Ouagadougou. Aux alentours du rond-point des martyrs, dans le quartier Ouaga 2000, on peut constater plusieurs tas d’ordures de ce genre. Les déchets plastiques pullulent à cet endroit. On ne se croirait pas dans un quartier huppé où vivent les hommes les plus riches du Burkina – sous-entendu, supposés avoir les moyens de gérer leur saleté.

A la future ZACA, les immeubles côtoient les dépotoirs d'ordures
A la future ZACA, les immeubles côtoient les dépotoirs d’ordures

Dans le quartier supposé être la future Zone d’Aménagement Commerciale et Administrative (ZACA), qui ressemble à une ruine malgré quelques immeubles en construction, la situation est encore pire. Pourtant, des immeubles devaient pousser à la place de ce vieux quartier détruit pour ce projet. La zone a été transformée en dépôt d’ordures de tous genres, les exemples ne manquent pas. 

Ce n’est donc pas par hasard que si le Burkina Faso, et en particulier la capitale Ouagadougou, fait partie des pays où le paludisme sévit le plus. Ces dépôts d’ordures sont sources de proliférations de moustiques et de bactéries eux-mêmes vecteurs d’autres maladies.

Si les ménages font des efforts pour avoir des poubelles et engager des compagnies de ramassage d’ordures, les autorités burkinabè doivent faire en sorte que celles-ci puissent avoir des dépotoirs. Cela s’accompagne de stations de traitement de ces déchets. Sinon, on risque d’être plus que déborder dans les années à venir.