Boukari Ouédraogo

Avec Saran Sérémé, les Burkinabè étaient-ils prêts à avoir une femme présidente ?

Les Burkinabè sont-ils prêts à avoir une femme présidente du Faso ? C’est la question que je me suis posé le dimanche 2 novembre après l’échec de l’installation au pouvoir à la Radiodiffusion télévision nationale du Burkina (RTB) de Saran Sérémé. Considérant les milliers de manifestants qui ont accompagné la dirigeante du Parti pour le développement et le changement (PDC) Sara Séré Sérémé (ancienne du parti du Blaise Compaoré) ce jour-là, je suis convaincu qu’ils le sont. Mais bien avant, certains manifestants avaient montré une hostilité.

Saran Séré Sérémé a été plébiscité par certains révolutionnaires pour remporter le titre (photo Saran Séré Sérémé)
Saran Séré Sérémé a été plébiscitée par certains révolutionnaires pour remporter le titre (photo Saran Séré Sérémé)

Beaucoup de Burkinabè ont cru le dimanche 2 novembre 2014 que Sara Séré Sérémé serait la première femme présidente du Burkina Faso. Saran Sérémé? C’est cette femme qui a osé claquer la porte du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP)  en 2012. C’est elle qui a mené la révolution des spatules le lundi 27 octobre 2014 à Ouagadougou. Aucune femme n’a occupé, le poste de premier ministre, ni de présidente de l’Assemblée nationale encore moins de présidente du Faso. Ce jour-là, à l’habituel lieu de rassemblement « La place de la Révolution », rebaptisée « Place de la Nation » par Blaise Compaoré, les manifestants ont exigé de connaître le nouveau président du Faso avant midi.

Dix heures, quand Sara Séré Sérémé sort de sa voiture et fend la foule pour se retrouver à l’estrade dans le but de livrer un message, la bonne dame est prise en tenaille par la foule qui scande « Prési ! Prési ! » Ils la tiennent par les mains comme un joueur qui venait de remporter un trophée avec qui l’on souhaite faire un tour d’honneur.

Les femmes mobilisé lors de la révolution des spatules menée par Saran Séré Sérémé
Saran Séré Sérémé est celle qui a mené la révolution des spatules le 29 octobre 2014 à Ouagadougou (ph. Saran Séré Sérémé)

Sur l’estrade, Sara n’a pas l’occasion de dire un mot. « Prési ! Prési ! » Puis, les manifestants entonnent la Dytanié (l’hymne de la victoire en langue Dagara), l’hymne national du Burkina Faso. Cette intronisation n’a de valeur que si elle est officielle. Alors, elle est escortée dans sa voiture puis conduite jusqu’à la télévision nationale située à environ trois kilomètres de là. « Prési ! Prési ! » Les klaxons, les coups de sifflet et le sentiment de délivrance prouvent bien que les Burkinabè voulaient bien d’une femme comme présidente du Faso.

Mais ce rêve de voir une femme remplacer Blaise Compaoré, enfin un président imposé par les révolutionnaires va s’évanouir. Ce sont les hommes du lieutenant-colonel Zida qui mettent fin à cette délivrance. Des coups de feu à la télévision nationale du Burkina dispersent les manifestants. Bien avant, le général Kouamé Lougué se rendant compte que c’est une femme que les révolutionnaires ont choisi après son refus d’occuper le palais de Kossyam a devancé la « Présidente » à la télé et même fait sa déclaration !

Mais les premières réactions n’ont pas été aussi favorables que l’on aurait pensé. Alors que les opposants qui avaient quitté la place de la révolution pour se concerter tardaient, un jeune homme avait pris le micro et dit : « Sara Sérémé va prendre ses responsabilités ». Ce monsieur qui attendait des applaudissements s’est vu désavoué par le silence de cimetière qui a régné après avoir prononcé ces phrases.

Saran Sérém aurait-elle pu être Présidente du Faso?
Ils étaient nombreux à attendre Saran Sérémé à la télévision nationale du Burkina

Quelques minutes plus tard, 12 heures, lorsque la « Présidente » fit irruption. L’on entendit des « Prési ! Prési ! » Surprise ! Des manifestants demandèrent : « C’est Sara ? Non… une femme ne peut pas être présidente… » Ils se laissèrent aller à des insanités qu’on ne peut reprendre sur ces lignes.

A la fin, les manifestants ont laissé tomber certaines conceptions arriérées pour conduire Sara Séré Sérémé à la télévision nationale du Burkina. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est que la « Présidente » ne voulait pas occuper le fauteuil laissé vacant par Blaise Compaoré. Même si elle déclare avoir été amenée de force à la télévision nationale du Burkina. Ils n’avaient pas non plus compté avec la « bonne volonté » du lieutenant-colonel Zida, le chef d’Etat « officiel » qui voulait bien goûter au « naam » (pouvoir).


Paul-François Compaoré, l’homme qui dirigeait réellement le Burkina Faso ?

L’affaire Norbert Zongo, avec ses conséquences médiatiques, a fait connaître François Compaoré au grand public. S’il est connu en tant que frère et conseiller économique de l’ancien président du Burkina Faso, certains faits tendent à montrer que c’est lui qui tirait les ficelles.

Paul François Compaoré, l’homme qui dirigeait réellement le Burkina Faso
François Compaoré, le frère de Blaise Compaoré contrôlait bien le Burkina Faso

 

En visitant le domicile de François Compaoré frère de l’ancien du chef de l’Etat burkinabè Blaise Compaoré, l’on a pu constater que ce dernier a une qualité : il conserve soigneusement tout. Malheureusement, les pillages dont a fait l’objet son domicile ne permettent pas de mettre la main sur certains documents précieux et confidentiels qui y étaient conservés. Ce dont on peut se convaincre, c’est que Paul-François Compaoré surveillait bien tout ce qui se passait dans son pays. Quelques documents ont été retrouvés. L’un des premiers constats, c’est que François Compaoré apparaît comme un faiseur de roi. La lettre d’un marabout datée de janvier 1993 retrouvée chez lui semble montrer qu’il s’attachait les services de ces messieurs pour peut-être bien assoir le pouvoir de son frère aîné. En Afrique et au Burkina en particulier, on croit beaucoup à ces choses. Un bon chef doit avoir un bon ou plutôt de bons « wacks », des gris gris.

 

Cette  lettre est signée  d’un marabout résident à Bobo Dioulasso. Ce dernier confirme  avoir bien reçu « l’enveloppe » que François Compaoré lui a envoyé . Le marabout précise que le sacrifice a pris trop de temps et explique cela par le fait que François Compaoré n’était pas disponible. C’est pourquoi il lui demande de s’associer à son frère (Blaise ?) pour trouver une personne disponible et de confiance qui pourra régler les commissions. Dans ladite, lettre, on apprend que François Compaoré a remis un tracteur à ce monsieur.

 

 

Certains confient avoir trouvé des lettres de personnalités burkinabè qui demandaient à François Compaoré d’intercéder en leur faveur pour des postes à la chambre du commerce ou dans d’autres structures. Mais le plus édifiant, ce sont ces rapports d’enquête, de surveillance ou de renseignement découverts au domicile. Ainsi, le rapport de renseignement d’une discussion entre Étienne Traoré un opposant et ancien député et le journaliste Norbert Zongo assassiné en 1998. En 1996 déjà, François Compaoré semblait surveiller le journaliste de L’Indépendant, connu à l’époque sous le nom de Henri Sebgo. Exemple d’une note de renseignements confidentiels dont la source est A et la valeur 1 datée du 2/08/96 :

« Commentant le point de presse fait par le ministre Tertus Zong, Norbert Zongo affirme que le ministre a « craché » de façon innocente le fait que le gouvernement ait confié la distribution des vivres à certaines ONG qui n’ont fait mieux que de les partager à leurs membres.

Etienne Traoré, intervenant, affirme que le ministre Tertus Zongo est un magouilleur. En 1987, ce dernier était à l’Ofnacer et tout le monde sait ce qu’il a fait. Puis il enchaîne en disant qu’en 1990; lorsqu’il s’est agi de la conférence nationale souveraine, Zongo Tertus s’est rangé du côté du « chef » (Président Compaoré) pour dire qu’elle n’était pas opportune.

Lui, Etienne, a trouvé cette position curieuse parce que Tertus Zongo, après le 15 octobre 1987, avait confié à un ami qu’il ne pouvait pas travailler avec des « gens qui boivent le sang des autres ».

 

 


(NB : Tertus Zongo a été ministre de l’Economie, ambassadeur du Burkina aux États-Unis et premier ministre)

Puis :

« Parlant du ministre Diabré Zéphirin, Norbert Zongo dit que ce dernier a abandonné Roch Marc Christian Kaboré et qu’il est devenu le « porte-sac » du ministre Salif Diallo. Puis il termine en disant que Diabré Zéphirin a un dossier compromettant à l’Onac.

Etienne renchérit en disant qu’effectivement Diabré a mangé un peu « dedans » ».

(NB : Zéphirin Diabré ancien ministre de Blaise Compaoré est actuel chef de file de l’opposition politique burkinabè).

Mieux encore, les révolutionnaires ont trouvé chez François Compaoré un rapport confidentiel annonçant le départ du parti au pouvoir de l’ancien président de l’Assemblée nationale aujourd’hui passé dans l’opposition Roch Christian Kaboré. En lisant ce document, on se rend compte que François Compaoré avait un service de renseignement au sein du parti.

Ce rapport a été envoyé avec le sceau secret confidentiel le 28 mars 2012 :

«Des informations recueillies dans le milieu proche du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) font état de ce que M. Roch Marck Christian Kaboré, président de l’Assemblée nationale manifeste son intention de se retirer de la politique.

Selon la source, M.  Kaboré dit être désenchanté suite aux accusations dont il a fait l’objet de la part de certains responsables du CDP pendant la crise sociopolitique de 2011.

C’est pour cette raison, précise la source, qu’il a précipitamment quitté la tête du parti, bien qu’il ait déclaré auparavant que l’article 37 est anticonstitutionnel.

La même source indique que M. Rock Marc Christian Kaboré envisage quitter la présidence de l’Assemblée nationale en décembre 2012, ce qui lui permettra de se retirer de la vie politique.

 

Effectivement, Roch Marc Christian Kaboré a quitté le CDP et la tête de l’Assemblée nationale pour à la fin  se retrouver au Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), un parti d’opposition qui a contribué à mener la vie dure à Blaise Compaoré.

 

Rapport sur le depart du CDP de Roch Marc Christian Kaboré

A l’analyse de tout cela, l’on se rend compte que François Compaoré était un homme incontournable au sein du CDP. Ses services de renseignement fonctionnaient bien. C’était donc lui l’homme de terrain de son frère Blaise Compaoré. Beaucoup de personnes affirmaient d’ailleurs que c’est lui François Compaoré qui aurait obligé Blaise Compaoré a modifier l’article 37 de la Constitution et à se présenter une nouvelle fois.

Lors du dernier remaniement ministériel, beaucoup ont accusé François Compaoré d’avoir fait entrer dans le gouvernement et à plusieurs postes stratégiques ses proches. C’est ce qui expliquerait en partie le départ de Simon Compaoré de la mairie de Ouagadougou.


Le jour où le Burkina a eu trois présidents !

Très sagement, les Burkinabè ont nettoyé la ville de Ouagadougou le samedi 1er novembre 2014, jour de l’anniversaire de l’armée nationale. Mais le lendemain dimanche, ce semblant de calme a été brisé par un rassemblement à la place de la révolution (rebaptisée place de la nation par l’ancien président Blaise Compaoré) pour réclamer le départ du nouveau président Yacouba Isaac Zida. Les Burkinabè accusent l’armée de confiscation de leur révolution. Alors que les négociations prennent du temps et face aux hésitations, le général à la retraite Kouamé Lougué et l’ancienne députée du parti au pouvoir Sara Séré Sérémé passée dans l’opposition ont tenté de prendre le contrôle de l’Etat burkinabè. Une folle journée, ce dimanche 2 novembre 2014.

Pas de militaire au Burkina

Pour une révolution, il s’agit vraiment d’une révolution. Les Burkinabè ne veulent pas se faire voler leur révolution. C’est pourquoi après la chute inattendue du président Blaise Compaoré ils se sont à nouveau retrouvés le dimanche 2 novembre 2014 à la place de la révolution (nom officiel place de la nation) pour exiger que l’armée rende le pouvoir aux civils. Si l’opposition a appelé à un meeting, l’un des principaux acteurs de cette révolution  » le Balai citoyen  » a refusé de prendre part à ce meeting. Ce mouvement a cautionné le lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida comme chef de l’Etat. Ils le préféraient au colonel Honoré Nabéré Traoré. Ainsi Zida était bien président en cette journée du dimanche 2 novembre 2014.

Pendant le meeting, le représentant du chef de file de l’opposition politique (CFOP) burkinabè Jean Hubert Bazié livre un message dans lequel il appelle les Burkinabè à s’opposer à un régime militaire. Il exige de l’armée qu’elle rende le pouvoir aux civiles. « Il s’agit d’un meeting d’information. Vous pouvez rentrer chez vous », la phrase à peine terminée les manifestants désapprouvent. Yacouba Isaac Zida doit quitter le pouvoir avant midi ! Sara Séré Sérémé également de l’opposition prend la parole et tente de calmer manifestants. Au fur et à mesure, Maître Bénénwendé Sankara, Tahirou Barry, etc., prennent la parole dans ce sens. L’opposition se concerte et Sara Séré Sérémé prend le micro. Elle apprend à la foule que l’opposition s’est concertée et qu’une décision sera prise pour que les militaires quittent le pouvoir dans la journée même. Ils retirent après ses mots pendant que leurs supporters les attendent. Pendant ce temps, les manifestants sont bercés par la musique de Tiken Jah Fakoly, Alpha Blondy, Sana Bobo… de la musique reggae notamment. Une heure après le départ des représentants de l’opposition, l’impatience anime les manifestants. Ils protestent. « Où sont-ils ? », « Il faut que Zida parte avant midi », « le gouvernement aux civils », « où étaient-ils quand les militaires du RSP tiraient sur nos frères » ? lançaient les manifestants.

Sara Séré Sérémé élue présidente sur place

12 h 5, cela fait4 heures que les manifestants attentent et deux heures que les opposants sont partis «en concertation ». Tout à coup, une clameur monde. Des applaudissements se font entendre mêlés de cris de joie comme si la star des Étalons du Burkina Jonathan Pitroipa, venait d’inscrire un but.

Le cortège conduisant Sara Séré Sérémé à la télévision nationale du Burkina Faso
Le cortège conduisant Sara Séré Sérémé à la télévision nationale du Burkina Faso

Soudainement et en chœur, on attend « Prési ! Présid ! Prési ! Prési ! » Sara Sérémé a du mal à se frayer un passage jusqu’à l’estrade. Elle est transportée par les manifestants. Tout le monde veut la toucher. Elle arrive, tente de parler dans un micro mais une coupure d’électricité empêche l’utilisation de la sonorisation. Sara Séré Sérémé prend un mégaphone, mais personne n’entend ce qu’elle dit. Les manifestants rassemblés autour d’elle entonnent l’hymne national. La Ditanyé. Et c’est en criant « Prési ! Prési ! », qu’elle est raccompagnée dans sa voiture. Le cortège se dirige vers la télévision nationale du Burkina, saccagée trois jours plutôt ces mêmes manifestants.

Débandade à la télévision nationale du Burkina

A la télévision nationale du Burkina, la presse attend l’arrivée de l’ancienne députée et nouvelle présidente qui doit faire sa déclaration de chef de l’Etat. Soudain, c’est un véhicule 4×4 blanc qui pénètre la cour de la télévision nationale du Burkina. Surprise. Le général Kouamé Lougué apparaît. Ce dernier confie à la presse son intention de prendre le pouvoir après avoir, dit-il entendu l’appel de son peuple. Il s’infiltre dans le studio pour faire sa déclaration. Il la fera dans le studio du journal télévision. A peine a-t-il fini qu’arrive Sara Séré Sérémé. La 3e présidente de la journée après Zida et Lougué. Oui, pour la première fois de son histoire, une femme sera présidente au pays des hommes intègres. L’on s’imaginait déjà les médias internationaux reprendre cette information en vantant la maturité politique, mais aussi les avancées en matière de droits de la femme au Pays des Hommes intègres.

Pendant que Sara et Lougué étaient encore dans les locaux de la RTB, des voitures débarquent des soldats. Cette fois-ci, il s’agit des hommes de l’autre président… Zida. Quelques minutes plus tard, l’on entend des coups de feu. C’est la débandade. La foule se disperse. Si certains parlent de tirs de sommation, d’autres font savoir que les hommes de Lougué et de Zida se sont tirés dessus. Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui en pâtit. Bilan : un mort. Plus tard, Yacouba Isaac Zida prend la main. Il redevient le seul président du Burkina.

 


Et l’article 37 balaya Blaise Compaoré

Le 31 octobre 2014, sera une date mémorable pour les Burkinabè. Comme le 3 janvier 1966, ils sont encore sortis nombreux pour dire non à un régime qui ne répondait plus à leurs aspirations. Cette fois, c’est le Président Blaise Compaoré au pouvoir depuis le 15 octobre 1987 à la suite d’un coup d’État sanglant qui est la victime. Le 31 octobre 2014, c’est devant l’État-major général des armées que le peuple burkinabè lui a tout simplement demandé de quitter le pouvoir sans autre forme de procès.

Les Burkinabè demandaient juste le respect de l'article 37 de la constitution burkinabè. A la fin, ils ont exigé et obtenu le départ du Président Blaise Compaoré
Les Burkinabè demandaient juste le respect de l’article 37 de la constitution burkinabè. A la fin, ils ont exigé et obtenu le départ du Président Blaise Compaoré

Dès 8 heures, ils étaient déjà en face du chef d’État-major général des armées après un bref rassemblement à la place de nation (révolution). Les pancartes à la main, ils scandaient « Lougué Président » ou « l’Armée au pouvoir » entremêler d’interprétation de l’hymne nationale, de coups de sifflets sous un soleil de plomb. Le général à la retraite Kouamé Lougué ancien ministre de la défense de Blaise Compaoré, que réclame la foule est entrée par là et mènerait des négociations. Avec qui ? Personne ne sait. Dans la foule, l’on discute. « On ne veut pas Nabéré. Il a trahit le peuple », affirme certains qui lui reproche le fait de n’avoir pas demi le chef de l’État Blaise Compaoré lors d’une déclaration lu la veille. Dans sa déclaration, le chef d’État-major Honoré Nabéré Traoré a dissout l’assemblée nationale et suspendu la constitution. En plus, l’on lui reproche sa proximité avec le Président, car c’est à lui que Blaise Compaoré a fait appel lors de la crise socio-militaire de 2011.

« Lougué ou pouvoir »

« Lougué au pouvoir », « on veut Lougué », « On veut Lougué, Nabéré a trahi le peuple » etc. continuait de clamer la foule. Après 45 minutes, l’impatience se fit sentir. Ils ne comprenaient pas pourquoi le Général Lougué tardait à ressortir. Des menaces fusèrent « si vous ne pouvez pas, donnez-nous les armes. Nous irons libérer Kossyam ». Kossyam est le quartier de Ouagadougou qui arbitre le palais présidentiel. Il a fallu l’intervention de membres du groupe le « Balai Citoyen » (l’un des artisans de la chute de la révolution de 2014) pour calmer la foule. A leur tour, ils entrent pour s’informer et informer les manifestants. Mais à leur tour, ils prennent du temps. Les manifestants s’énervent de plus en plus et menacent les militaires postés en face d’envahir le bâtiment. Ces derniers tentent de contenir la foule qui veut forcer le passage, sans succès.

A 11h05, Smockey (Serge Bambara) et Sam’S K le Jah (Karim Sama) et maitre Guy Hervé Kam sortent accompagnés de deux militaires. Ils donnent rendez-vous aux manifestants à la place de nation, située à environ 300 mètres de là.

Près de trois milles manifestants envahissent encre cette place, devenue désormais le traditionnel lieu des différentes manifestations de l’opposition mais aussi de la société civile. Dix minutes après, des membres de l’opposition parmi lesquels le chef de fil Zéphirin Diabré, Roch Marc Christian Kaboré, Sara Séré Sérémé, Norbert Tiendrébéogo font leur apparition. Ils se frayent une place jusqu’à l’estrade. Mais apparemment, ils n’ont aucune nouvelle  livrer aux manifestants qui attendent une parole de délivrance. Eux mêmes, semble ne pas savoir ce qui se passent. Dans la foule, une nouvelle fois, l’on fait preuve d’impatience. Des voix s’élèvent pour demander une déclaration. Mais, aucune sonorisation n’est installée. Smockey tente de dire quelque chose mais personne ne l’entend.

Les manifestants qui ont appelé l'armée à prendre le pouvoir ont par la suite récusé le lieutenant colonel Yacouba Isaac Zida nouveau Président et membre du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP)
Les manifestants qui ont appelé l’armée à prendre le pouvoir ont par la suite récusé le lieutenant colonel Yacouba Isaac Zida nouveau Président et membre du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP)

Lorsque ces derniers tentent de quitter la place de la révolution, les manifestants les en empêchent. Finalement ils accompagnent les opposants à la ligne de départ : le quartier général du chef d’État-major général des armées. Les opposants, des membres du Balai Citoyen et quelques militaires pénètrent dans le quartier général. L’incompréhension et l’impatience demeure. Les manifestants réclament toujours Kouamé Lougué. Les menaces reprennent mais les militaires postés résistent bien par des intimidations et aussi de la diplomatie.

Blaise a démissionné!

Après plusieurs minutes d’attentes. La délivrance ! L’ancien maire de Ouagadougou, Simon Compaoré (ancien membre du parti au pouvoir) qui a remplacé Roch Marc Christian Kaboré, suivi de plusieurs autres personnes de l’opposition sortent d’une salle du deuxième étage du Chef d’État-major général des Armées. Souriants, ils font un signe des deux mains comme pour dire : « c’est fini ». Quelques minutes plutôt, une radio locale a annoncé la démission du chef de l’Etat Blaise Compaoré. Confirmation donc. Les manifestants exultent de joie puis clament  en sifflant, klaxonnant, mais aussi en chantant l’hymne nationale du Burkina.

Ce que certains ne savaient pas encore, c’est que pendant fêtaient leur victoire, le général Honoré Nabéré Traoré est confirmé chef de l’État « à l’unanimité de la hiérarchie militaire ». Pendant que certains rentraient chez eux, satisfaits de la démission de Blaise Compaoré que certains auraient aperçu dans certaines villes du Burkina d’autres restèrent pour réclamer encore Kouamé Lougué. La révolution, les Burkinabè voulaient le mener jusqu’au bout.

Deux présidents en un jour

Aux environs de 15 heures 30, le Balai Citoyen accompagné d’un officier de l’armée le lieutenant Yacouba Isaac Zida rassemble la foule à la place de la nation. Ce sera lui le Président. Malgré quelques protestations, Smokcey prend le micro et demande à la foule de lui faire confiance. Il fait comprendre aux manifestants que le Balai Citoyen n’est pas un mouvement corrompu. « Nous n’avons jamais pris de l’argent avec quelqu’un même 1000 francs CFA ». Hymne nationale, chant, coups de sifflets, klaxons de moto, c’est dans cette ambiance que les manifestants rentrent chez eux. Dans la nuit, le Président Zida fait une déclaration à la télévision BF1 qui bizarrement appartient à des bonzes du parti au pouvoir parmi lesquels l’un des principaux actionnaires est François Compaoré le frère cadet de Blaise Compaoré. Aux environs de 2 heures du matin, Zida rejoint le palais présidentiel de Kossyam sans savoir que deux jours plus tard (dimanche 2 novembre 2014), ce même peuple se soulèvera contre lui.

La modification de l’article 37 de la constitution du Burkina qui aurait permis à Blaise Compaoré de faire 15 ans de plus au pouvoir a finalement précipité la fin de son mandat qui devrait prendre fin en novembre 2015… dans un an donc. Blaise Compaoré a payé le prix de son entêtement.


Qu’elles sont braves nos mamans !

Parcourir des kilomètres chaque jour, prendre des risques en traversant des zones dangereuses… c’est le sacrifice que prennent de nombreuses femmes burkinabè pour nourrir leur famille. Cette photo est en est la parfaite illustration.

La lutte des femmes pour faire vivre leurs familles se voient sur les routes de Ouagadougou
La lutte des femmes pour faire vivre leur famille se voient sur les routes de Ouagadougou

Il n’est par rare de voir sur les routes de Ouagadougou, certaines femmes comme sur certaines photos, revenir des localités environnantes de Ouagadougou avec des marchandises sur leurs motos surchargées. Les charges qu’elles ont les empêchent même de bien manœuvrer leur engin. La moindre erreur et cette dame peut tout perdre. Tout. C’est vrai que cette manière de faire est imprudente. Mais c’est l’illustration des sacrifices que font les femmes burkinabè pour prendre en charge leurs proches . Ces femmes ne disposent pas toujours des moyens nécessaires pour faire fructifier leur commerce. Elles prennent des risques en parcourant des dizaines de kilomètres à moto sous la chaleur et parfois dans le froid souvent sur des chemins non goudronnés. Tout cela pour ramener des légumes et autres marchandises des provinces. Certains hommes sont incapables de le faire préférant mendier.

Si cette photo témoigne de tout le risque que prennent les femmes (puisque circuler en surcharge est interdit), des actions devraient être menées afin qu’elles aient la possibilité de mieux travailler. Il s’agit par exemple de leur permettre de parcourir moins de distances en rapprochant les marchandises en sollicitant des transporteurs. L’accident sur la route d’Atakpamé (Togo) qui a tué 24 burkinabè dont des femmes hantent encore les esprits des Burkinabè.