Boukari Ouédraogo

Attaque « terroriste » à Oursi : un avertissement pour le Burkina

La brigade de gendarmerie d’Oursi village situé dans la province de l’Oudalan dans la région du Sahel a été attaquée le 23 août 2015 par une bande armée non identifiée. Selon des témoignages, les assaillants auraient fait savoir qu’ils sont affiliés au groupe de terreur Boko Haram. Que ce soit une attaque terroriste ou pas, il s’agit d’un avertissement que les autorités burkinabè doivent prendre avec le plus grand sérieux.

Au delà des gendarmes, toutes les forces de défenses et de sécurité doivent être suffisamment armées (ph.https://www.gouvernement.gov.bf)

Comment ces bandits ou encore terroristes, s’y sont pris pour attaquer la gendarmerie d’Oursi ? Selon les habitants, les assaillants ont tendu un piège en envoyant une fausse alerte. Lors de cette attaque,  le maréchal des logis (MDL) chef Abdoul Ba Souleymane Ilboudo a été tué. Les assaillants se sont rendus également au domicile du chef de brigade où ils ont fait deux blessés.

Premier kidnapping au mois d’avril

Cet exemple laisse croire qu’il s’agit d’un règlement de compte tandis que d’autres estiment qu’il s’agit d’une attaque terroriste. Toutefois, cette situation doit interpeller la population et les autorités burkinabè. Le Burkina Faso n’est pas à l’abri des attaques terroristes.

Le 4 avril 2015, un Roumain a été enlevé à Tambao par des hommes armés. Depuis, plus aucune nouvelle. C’était la premier enlèvement d’un expatrié sur le sol burkinabè. Le groupe djihadiste Al-Mourabitoune a revendiqué l’attaque. Depuis, aucune nouvelle. De plus en plus, les attaques se rapprochent du Burkina Faso. Avant cela, les Burkinabè pensaient qu’ils étaient protégés et que cela n’arrivait qu’aux autres. Aujourd’hui, l’on se rend compte que nul n’est à l’abri d’une possible attaque terroriste et le mal peut venir de partout.

Banditisme grandissant

Le Burkina Faso; un terreau fertile pour le développement de groupes terroristes. Presque chaque jour, les forces de sécurité, gendarmerie annoncent l’arrestation de malfaiteurs. Ils sont souvent présentés à la presse. En général, il s’agit de récidivistes. Mais, aussitôt arrêtés, ils sont immédiatement libérés. Le recrutement des terroristes pourrait se faire au sein de cette communauté de voyous. Le chômage conduit facilement les jeunes à accepter toutes sortes de propositions. Ils ne seront donc pas insensibles aux offres mirobolantes de groupes djihadistes. Boko Haram l’a prouvé.

Ce groupe terroriste cherche à séduire les pauvres et généralement les personnes illettrées. Des jeunes qui se sentent exclus du système social puisque sans diplôme leur permettant d’espérer un emploi se laissent tenter par cette voie. Afin de s’enrichir certains d’entre eux n’hésitent pas à se lancer dans le kidnapping d’étrangers. Ce ne sont les coupeurs de route, les trafiquants et foyers de drogue qui manquent au Burkina Faso. Il ne suffit que d’une étincelle pour mettre le feu aux poudres.

Les groupes djihadistes l’ont prouvé. Ils savent vendre du rêve aux jeunes. Et pour des gens qui n’ont plus rien à perdre dans leur vie, rejoindre les groupes terroristes devient la voie du salut. Il faut donc s’attaquer, malgré le retard déjà pris, à ce mal à la racine en sensibilisant les jeunes mais surtout en leur offrant de l’emploi. Indéniablement, il faut un engagement total dans la lutte contre la pauvreté en mettant la jeunesse au cœur de toutes les initiatives.

Un plan de lutte contre le terrorisme

S’il faut lutter contre le chômage qui est une course de longue haleine compte tenu de la pauvreté du Burkina, il faudra pour cela mettre l’accent sur la sécurité des populations et la défense du territoire national. Il est incompréhensible dans un pays de savane comme le Burkina que des bandits puissent attaquer une gendarmerie et s’enfuir sans laisser la moindre trace.

Au Burkina , l’on enregistre de plus en plus de conflits locaux entre agriculteurs et éleveurs. Il s’agit d’une question également à prendre à bras le corps. Sinon, la situation risque de pourrir et il ne sera pas étonnant qu’un jour, un camp bascule dans un groupe terroriste.

L’attaque d’Oursi est la preuve même du dénuement dans lequel les forces de sécurité et de défense sont logées. Il suffit de faire un tour dans n’importe quel commissariat ou gendarmerie du pays, l’on constate qu’il n’y a souvent pas de véhicules d’intervention. Les bandits sont souvent mieux armés. Le personnel est insuffisant. 

Il faut donc un véritable plan de lutte contre le terrorisme. Les autorités auraient dû être interpellées depuis longtemps. Le Burkina Faso est entouré de pays qui connaissent des attaques fréquentes de ces bandits.

Pour le moment, c’est un petit village qui a été attaqué. Un jour, il pourrait avoir des attentats dans au cœur de la capitale.


Législatives au Burkina: Comment Ambaterdomon Angelin Dabiré, a convaincu le Conseil constitutionnel

Le Conseil constitutionnel était dans un véritable dilemme au moment de trancher les recours d’annulations de candidatures de l’ancienne majorité et alliés aux élections législatives d’octobre 2015. Mais un homme a permis de débloquer la situation. Il s’agit Ambaterdomon Angelin Dabiré qui dans son recours a fait savoir que le Burkina Faso « Burkina Faso n’a pas mis en œuvre la décision du 13 juillet 2015 de la Cour de Justice de la CEDEAO ». Ce point à tous changé.

La remarque de Ambaterdomon Angelin Dabiré  a permis de prendre cette décision attendue par plusieurs Burkinabè
La remarque de Ambaterdomon Angelin Dabiré a permis de prendre cette décision attendue par plusieurs Burkinabè

Lorsque le Conseil constitutionnel du Burkina a commencé l’examen des différents recours, il s’est rapidement rendu compte que les différents posaient problèmes. Soit ils n’étaient pas recevables, soit le Conseil constitutionnel était incompétent pour trancher. Si ce n’était pas l’une des deux cas de figure, c’est que le requérant ne remplissait pas les conditions pour demander l’annulation d’une candidature. Dans un tel contexte, il devait essayer de satisfaire une frange de la population qui souhaitait ardemment que les dignitaires de l’ancien régime notamment ceux qui ont soutenu la modification de l’article 37.

Le verdict de la Cour de la justice de la Communauté économique et des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ne permettait au Conseil constitutionnel de trancher en faveur de ceux qui souhaitent qu’en conformité avec le nouveau code électoral en son article 166, qui affirment que « … sont en outre inéligibles : toutes les personnes ayant soutenu un changement anticonstitutionnel qui porte atteinte au principe de l’alternance démocratique, notamment au principe de la limitation du nombre de mandats présidentiels ayant conduit à une insurrection ou à toute autre forme de soulèvement ».

La décision de la CEDEAO malgré les nombreux débats favorisait bien le camp du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) puisque les autorités burkinabè avaient affirmé qu’ils se conformeraient à la décision de la CEDEAO tandis que certains avaient annoncé des réaménagements.

Ambaterdomon Angelin Dabiré a débloqué la situation en soulignant un seul point : « Burkina Faso n’a pas mis en œuvre la décision du 13 juillet 2015 de la Cour de Justice de la CEDEAO ». C’est la preuve que l’ex majorité avait gagné son recours auprès de la CEDEAO mais le Burkina Faso qui avait promis d’en tenir compte a oublié d’appliquer la décision. En plus de cela, ce recourant a apporté les preuves que les personnes concernés ont soutenu la modification de l’article 37.

Les candidats du CDP concernés sur les listes nationales et provinciales ont tous signé un appel adressé au Chef de l’Etat le 13 septembre 2014 afin de convoquer un référendum pour modifier l’article 37 tout ceux de la Nouvelle Alliance du Faso (NAFA) de Djibril Bassolé. Les candidats concernés sont d’anciens membres du CDP.

L’Alliance pour la Démocratie et la Fédération/Rassemblement Démocratique Africain (ADF/RDA) a également soutenu ce projet dans les derniers instants. Ces anciens députés ont soutenu publiquement la modification de l’article 37, notamment le 23 octobre 2014. Ce jour là, le Secrétariat exécutif national de leur parti a décidé à l’unanimité d’appeler les députés du groupe parlementaire de l’ADF/RDA à soutenir le compromis trouvé au sein de la majorité. Le 25 octobre 2014 au stade du 04 août de Ouagadougou cet appel a été renouvelé.

Ce qui signifie qu’après les débats puérils, il faut saluer la clairvoyance de Ambaterdomon Angelin Dabiré. Si son recours n’avait pas été introduit, les personnes incriminées seraient actuellement en course pour les législatives. Cela aurait conduit à une incompréhension de la part d’une grande couche de la population qui aurait parlé de manipulation.

En même temps, cela signifie que le Conseil constitutionnel a bien mené son travail en toute indépendance. La preuve, le Conseil constitutionnel n’a pas répondu à toutes les requêtes de Ambaterdomon Angelin Dabiré. Par exemple, certains candidats de l’Organisation pour la Démocratie et le Travail (ODT), parti de la majorité mais qui a livré une guerre farouche contre le CDP pour les municipales dans l’arrondissement 4 de la ville de Ouagadougou) à savoir Palguim Sambaré, Karim Barro Mahamoudou Sawadogo, Issa Barry, Dieudonné Sawadogo et Amadou Traoré sont éligibles malgré le recours contre ces derniers pour absence de preuves.

La première réaction est venue de Gilbert Noël Ouédraogo de l’ADF/RDA qui a pris acte de la décision du Conseil constitutionnel. Au moment où nous nous apprêtons à publier cet article, le CDP animait une conférence de presse pour désapprouver cette décision.

 L’homme refuse de s’exprimer devant les médias pour des raisons de sécurité.


Présidentielle au Burkina : les regards se tournent vers le Conseil constitutionnel

Le greffier du Conseil constitutionnel du Burkina Faso a reçu 22 candidatures pour le premier tour de l’élection présidentielle 2015 prévue pour le 11 octobre. L’enjeu pour les candidats est désormais de savoir si certains candidats de l’ex-majorité seront disqualifiés par le Conseil constitutionnel. Le verdict sera connu au plus tard le samedi 29 août 2015.

Les Burkinabè attendent avec impatience la liste définitive des candidats à l'élection présidentielle 2015
Les Burkinabè attendent avec impatience la liste définitive des candidats à l’élection présidentielle 2015

Le nouveau code électoral voté par le Conseil national de la transition au mois d’avril 2015 excluait tous ceux qui ont soutenu l’idée de la modification de l’article 37 de la Constitution. L’article 37 de la Constitution du 11 avril 2000 stipule que « le président du Faso est élu pour cinq ans au suffrage universel direct, égal et secret » et qu’il est « rééligible une fois ». Les personnes visées sont principalement les ministres et les députés en plus de tous ceux qui ont approuvé ouvertement la modification de l’article en question.

Après l’échec d’un recours auprès du Conseil constitutionnel, l’ex-majorité avec le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), parti de l’ancien président Compaoré, ont déposé un recours auprès de la Cour de justice de la Cédéao. Celle-ci a décidé estimé le lundi 13 juillet que « l’exclusion d’un certain nombre de formations politiques et de citoyens de la compétition électorale relève d’une discrimination difficilement justifiable en droit ». Elle considère qu’il s’agit d’une violation du droit de libre participation aux élections. Par conséquent, elle demande au gouvernement burkinabè « de lever les obstacles à une participation aux élections consécutifs à cette modification ». Ce qui de l’avis de l’ex-majorité leur ouvre à l’élection présidentielle 2015.

Si après cette décision l’ex-majorité crie « victoire » et voit en ce verdict une remise en cause de cet article du code électoral, les adversaires estiment également que le verdict de la Cour de la justice de l’instance sous-régionale est en leur faveur conformément à l’article 135 du code électoral et à l’article 25, alinéa 4 de la Charte africaine des élections et de la démocratie ratifiée par le Burkina Faso.

Les regards sont désormais tournés vers le Conseil constitutionnel chargé de valider ou d’invalider les différentes candidatures. Au total, il a enregistré 22 dossiers de candidature. Des organisations de la société civile, des partis politiques remettent en cause notamment certaines candidatures comme celles d’Eddie Komboïgo, l’actuel président du CDP, parti créé par l’ancien président Compaoré en 1996. Autre personne visée, Gilbert Noël Ouédraogo de l’Alliance pour la démocratie et la fédération/Rassemblement démocratique africain (ADF/RDA). député au moment de l’insurrection populaire d’octobre 2014 qui s’est finalement muée en coup d’État avec la prise du pouvoir par les militaires, Djibril Bassolé et Yacouba Ouédraogo ministres à l’époque, etc. Le président du Faso Michel Kafando avait, pour sa part, affirmé qu’il respecterait le verdict de la Cédéao. A noter que le patron du CDP, Eddie Constance Komboïgo et Me Gilbert Noël Ouédraogo sont aussi candidats à la députation. 

 

Déjà, les différents partis, les organisations de la société civile (OSC) tentent d’influencer la décision du Conseil constitutionnel à travers des conférences de presse, déclarations dans les médias entre autres. Si certains affirment qu’ils respecteront la décision du Conseil constitutionnel, cela ne semble pas être le cas de tous. Le 22 août 2015, lors de son assemblée générale la coordination des élèves et étudiants du CDP a affirmé qu’elle va «se faire entendre » si une liste de leur parti venait à être invalidée. Et cela,  même si elle exclut l’usage de la force.

L’interprétation du verdict est différente selon le camp dans lequel l’on se trouve. Toutefois, c’est au Conseil constitutionnel de trancher. Il faudrait qu’après cela, chaque camp respecte vraiment cette décision. Le comportement de chaque acteur pourrait constituer un tournant décisif dans l’histoire du Burkina Faso compte tenu de la vive tension qui règne en ce moment.

Cédéao : Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest


Burkina : comment Yacouba Isaac Zida s’est discrédité

Depuis quelques jours, le régiment de sécurité présidentielle (RSP), la garde présidentielle de Blaise Compaoré, est secoué par une tension. Celle-ci est née de l’audition de certains membres de cette unité de l’armée burkinabè sur la base de rumeurs selon lesquelles la sécurité du premier Yacouba Isaac Zida, pourtant ancien numéro 2 du RSP, serait menacée par cette unité. Les tensions qui fréquentes entre le premier ministre et ses anciens collaborateurs ont fini par le discréditer.

Pas de militaire au Burkina

Ce n’est pas la première tension entre le premier ministre Yacouba Isaac Zida et les autres membres du RSP. Le premier Yacouba Isaac Zida a allumé la première mèche en annonçant à la place de la nation (ou place de la révolution), le 31 octobre 2014 que le RSP sera dissout dans la ferveur et l’euphorie de l’insurrection populaire. Pourtant, l’on raconte qu’il a été envoyé par Gilbert Diendiéré qui aurait dû représenter le RSP lors de la réunion des chefs militaires.

Par la suite, Yacouba Isaac Zida qui venait de goûter aux délices du fauteuil présidentiel s’est fendu en de multiples promesses comme un président nouvellement élu à la tête d’un Etat oubliant qu’il a été parachuté à la suite de multiples manifestations. Bien que dans la soirée du 2 novembre 2014, à travers un communiqué lu par Auguste Dénis Barry, ce dernier affirmait que l’armée ne voulait pas le pouvoir. Pourtant quelques heures avant, celle-ci a réprimé des manifestants qui ont tenté d’installer l’ex-députée Saran Séré Sérémé comme présidente de la transition à la place de Zida. Le général Kouamé Lougué, que les manifestants ont réclamé et qui avait refusé a fini avec les deux jambes cassées. Il avait tenté de se faire investir.  Il y aurait eu deux morts ce jour-là à la suite de la répression.

Ayant pris la main et désormais seul maître à bord avec comme lieutenant Auguste Denise Barry, Zida a entrepris des consultations qui ont abouti à la rédaction d’une charte de la transition. Au départ, l’armée a voulu avoir les pleins pouvoirs avant de faire des concessions après de nombreuses pressions. Le candidat proposé par l’armée pour assurer la transition Michel Kafando est désigné président pour conduire le pays jusqu’aux élections du 11 octobre 2015. Kafando nomme Zida premier ministre. Grave erreur ! Zida aurait pu entrer dans l’histoire s’il avait refusé ce poste de premier ministre et s’était mis à l’écart de la politique. Mais le pouvoir à ce quelque chose de si attirant, de si irrésistible qu’on ne peut se détacher si facilement. Blaise Compaoré le sait bien. C’est à partir de ce moment que les problèmes de Zida ont commencé.

La suite donnera raison à tous ceux qui estiment que le lieutenant-colonel aurait dû s’éloigner du pouvoir. Il entreprend une série de nominations et de remaniements qui va toucher l’armée. Il décide de la suspension de primes annuelles remises au RSP. La goutte d’eau qui fait déborder le vase. Le 30 décembre 2014, le RSP aurait humilié Zida en l’imposant des piloris comme à un élève qui ne connaît pas ses leçons. Des revendications sont faites et un délai lui est donné pour les satisfaire.

A la date du deadline, Zida ne s’exécute pas. Il est obligé ce jour-là de se réfugier au palais du Mogho Naba. Des militaires du RSP l’attendaient au Conseil des ministres d’ailleurs reporté pour lui régler son compte. Avec les tractations ils accèdent aux doléances du RSP en renonçant à la nomination de membres du RSP parmi lesquels le colonel Gilbert Diendéré dans des ambassades à l’extérieur du pays, le colonel-major Boureima Kiéré est nommé chef d’État-major particulier de la présidence en remplacement du colonel Omer Bationo…Le compromis trouvé le 4 janvier 2015 lui permet de rester à son poste. Cette crise va beaucoup fragiliser Zida qui opte pour le silence et limite ses apparitions publiques. Dès ce moment, le président Michel Kafando commence à devenir le véritable maître du gouvernement de la transition.

A la mi-avril 2015, lors d’un voyage aux Etats-Unis, Zida se prononce contre la dissolution du RSP. Confirmation le 12 juin 2015 au Conseil national de la transition (CNT) lors d’un discours sur l’état de la nation. Ces déclarations sont d’ailleurs de lui  : « Ça fait 20 ans que je suis au RSP, je connais les capacités de ce régiment, je confirme que nous en avons besoin ». Ces déclarations devaient sceller la réconciliation entre Zida et le RSP surtout qu’un comité de réflexion a été mis en place pour voir la forme que devrait prendre le nouveau RSP. Des pistes ont été avancées. Faire du RSP une cellule de lutte antiterroriste par exemple.

A la suite de ces déclarations, le Balai Citoyen qui a toujours soutenu le premier ministre a animé une conférence de presse le mardi 23 juin 2015 pour exiger la dissolution de cette unité de l’armée. Cette sortie n’arrange pas vraiment le premier ministre. De l’autre côté, le RSP considère certaines organisations de la société civile (OSC) comme des pions de Zida. Et l’objectif était d’utiliser celles-ci pour obtenir la dissolution du RSP trop indépendante.

L’audition des membres du RSP rendue publique sur les rumeurs de préparation d’assassinat contre Zida va activer à nouveau la flamme de la discorde. Ils réclament la démission de Zida et les quatre autres militaires du gouvernement de la transition. Une nouvelle situation qui va affaiblir à nouveau Zida. Des révélations graves et compromettantes pour Zida sont livrées ce dimanche 5 juillet 2015 par le site Lefaso.net. Le premier ministre compte des espions dans le RSP dont l’objectif était d’assassiner certains membres de cette unité. Si ces informations sont fondées, ce serait un coup dur pour l’actuel premier ministre. Cela donnera raison également à tous ceux qui pensent que les OSC ont commis une erreur en cautionnant la désignation de Zida comme chef de l’Etat le 31 octobre puis en l’admettant ainsi que les autres militaires dans le gouvernement.

En plus de cela, Zida s’est fait contredire sur plusieurs questions par Michel Kafando à propos de l’extradition de  Blaise Compaoré.  Il a aussi fait une fausse déclaration en affirmant que la société SOCOGIB a été attribuée à Alizéta Ouédraogo pour un franc symbolique.

Tous ces faits ont fini par discréditer le premier ministre.


Balai Citoyen: reprise de main ou pion de Zida?

Le mouvement de la société civile Balai Citoyen qui a activement contribué à la chute de Blaise Compaoré les 30 et 31 octobre 2015 a animé une conférence de presse le mardi 23 juin 2015 pour réclamer la dissolution du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP).

(photo prise sur le site ofaso.net)
(photo prise sur le site ofaso.net)

Sous les feux des critiques depuis l’arrivée du lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida à la tête de l’État burkinabè puis comme premier ministre, le Balai Citoyen est resté muet sur de nombreuses préoccupations socio-politiques du Burkina Faso. On attendait pourtant qu’ils jouent leur rôle de veille promis aux Burkinabè. Les sorties du Balai Citoyen sont restés pourtant timides et ressemblaient plus à du conformisme si l’on considère, par exemple, sa participation au sit-in des journalistes devant le Conseil Supérieur de la Communication (CSC) après la décision de cette instance de suspendre toutes les émissions interactives sauf celles à caractère distractive.

Depuis les critiques contre le Balai Citoyen qui a pris part activement aux manifestations contre la nomination de Moumouni Djiguimdé et Adama Sanon respectivement au ministère des infrastructures, du désenclavement et des transports et au ministère de la culture, il s’est rangé presque définitivement pourrait-on tenter de dire.

Lorsqu’il s’est fait remarquer, c’était pour soutenir le lieutenant-colonel Isaac Zida lorsqu’il s’est réfugié au Palais du Mogho Naba quand il a su qu’il était attendu au palais de Kosyam pour rendre compte sur des revendications du Régiment de Sécurité Présidentiel (RSP) dont il est lui-même en tant que numéro 2, c’est là que le mouvement a réagi sous prétexte de protéger la transition.

La sortie du Balai Citoyen coïncide au moment où les OSC, lui particulièrement, sont sous les feux des critiques. De nombreux citoyens pensent qu’ils sont financés par le pouvoir de la transition et précisément Yacouba Isaac Zida. Les critiques pleuvent sur les réseaux sociaux. Mais Soumane Touré, homme politique burkinabè, a porté haut ce que des Burkinabè se disent dans les grins de thé, devant les kiosques mais aussi sur les réseaux, lors d’une conférence de presse:

« Ils déversent d’énormes sommes d’argent dans les OSC pour étouffer le critiques sur les dérives et les frasques de la transition au point de suspendre les émissions interactives des radios. Ils cherchent par la corruption à organiser un semblant de soutien à la transition bâtarde dont les acteurs ont montré leurs insuffisances et leurs limites. Ils en sont arrivés à corrompre les OSC pour manifester en faveur de la dissolution du RSP, leurs corps d’origine, provoquant une fracture non seulement au sein de ce corps, mais aussi et surtout au sein de l’Armée, certains militaires supportant mal que des leurs attirent de la sorte la colère des populaires civiles contre eux » Lefaso.net.

Ces propos ont valu à Soumane Touré d’être entendu par la gendarmerie et gardé à vue. Une entrave à la liberté d’expression. Le constat est fait par l’international Crisis group.

« Les partis politiques de l’ancienne opposition, d’abord en retrait, ont compris qu’il était dans leur intérêt de veiller à la bonne marche de la transition. Ils n’en restent pas moins peu présents et semblent souvent suivre les mots d’ordre de la société civile. Cette dernière semble être devenue l’acteur le plus important de la transition, mais elle est traversée par de nombreuses divisions. Par ailleurs la frontière entre société civile et acteurs politiques s’est estompée : de nombreux individus qui se disent membres de la société civile soutiennent, parfois activement, un parti. La transition progresse ainsi dans un contexte fragile, qui combine revendications sociales et fortes attentes populaires sur fond de crise budgétaire et d’indécision sur l’avenir du RSP ». Rapport Crisis group juin 2015.

 

En exemple, un membre du Balai Citoyen serait même l’avocat du Président de l’Union pour le Progrès et le Changement (UPC) dirigé par Zephirin Diabré. D’autres membres seraient aussi proches du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP) de Roch Marc Christian Kaboré. Ce parti aurait préparé dans l’ombre la chute de Blaise Compaoré en tissant des liens avec des militaires et en mettant en place la stratégie qui a fait mouche le 30 octobre 2014. Le Balai Citoyen serait reconnaissant à ce parti.

Lors de l’investiture de maître Bénéwendé Sankara comme candidat d’un groupe de Sankariste, Sam’s K le Jah, une autre figure du Balai Citoyen, a assuré la partie musicale de cette investiture. D’autres mouvements comme le Collectif Anti-Referendum (CAR) aujourd’hui Collectif Africain pour le Renouveau, sont réputés être proche du MPP.

Le sentiment de frustrations est alimenté par le silence du Balai Citoyen lors des nombreux délestages qu’a connu le pays depuis le début de l’insurrection. Pour beaucoup, les OSC et le Balai Citoyen sont à la solde du parti au pouvoir.

«Nous ne nous laisserons pas distraire par des jeux de mots sur la dissolution. Dissolution ou pas, notre position est claire : pas de régiment militaire qui ne soit pas sous le commandement du chef d’état-major général des armées ; pas de régiment militaire à la Présidence du Faso la sécurité du président incombe aux forces de défense civile», tels sont les propos tenus par le mouvement lors de sa conférence de presse.

Et pourtant le même Zida qui avait affirmé que le RSP sera dissout est revenu sur ses propos et pense que le Burkina a encore besoin du RSP

Le Balai Citoyen ne comprend pas également pourquoi les familles des martyrs et des blessés de la révolution burkinabè n’aient pas été indemnisés. Il ne comprend pas non plus pourquoi justice n’a pas été rendue à ces derniers.

Pourtant, seul le mouvement Burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) a demandé que justice soit faite lors de la cérémonie d’hommage aux martyrs de la révolution le 30 mai 2015. En s’exprimant aujourd’hui, c’est laissé le fantôme entré dans la maison avant de vouloir le chassé (alors qu’on aurait pu l’empêcher).

Cependant, l’évolution de l’actualité ces derniers jours sur l’arrestation de membres du RSP laisse perplexe ? Le Balai Citoyen est-il toujours manipulé ? Une réflexion en préparation sur le sujet.