Boukari Ouédraogo

Burkina Faso : la pauvreté qui saute aux yeux

Ce matin, comme tous les matins, je me promenais dans les rues de Ouagadougou. L’atmosphère de décembre était glaciale. Il était tôt, le soleil venait de se lever. Les gens marchaient, l’esprit occupé, d’un pas souvent rapide. Ils rejoignaient qui le bureau, qui l’atelier, leur journée de travail commençait. Des enfants se rendaient à l’école. En arrivant sur un rond-point je vis, allongée sur le trottoir, une dame avec une fillette. Cette vision m’a sidérée, elle m’a emplie de tristesse. La fillette tentait apparemment de réveiller sa maman, toujours endormie, enveloppée dans des haillons qui la protégeaient à peine du froid.

 

femme pauvre pauvrété


Cette femme était surement fatiguée d’avoir passé ses précédentes journées sous un soleil ardent, à mendier. Les moustiques ne l’ont sûrement pas laissée tranquille pendant la nuit. Que faire ? Je ne devrais plus y penser. 
Je devrais continuer mon chemin sans y réfléchir, me donner simplement une explication rapide, cette femme couchée à même le trottoir, c’est une folle, oui ces gens-là sont des fous, c’est ce qu’on a l’habitude de dire… Pourtant, elle a un enfant. Qui oserait faire un enfant à une folle ? Bizarre non ? C’est qu’en réalité elle n’est pas folle.
Ces femmes et ces hommes que nous voyons errer en pleine ville à Ouagadougou, à moitié couverts de guenilles, avec des dreadlocks crasseux, ne sont pas fous. Ces hommes et ces femmes ont simplement été marqués par la dureté de la vie. La vie ne leur a rien épargné, ils ne sont pas parvenus à s’en sortir. Et le drame dans tout ça, c’est que parfois la pauvreté et le désoeuvrement rend fou. Pas besoin de voir un gourou dans une église pour les aider recouvrer leur esprit. Ces hommes et ces femmes qui sont seuls et qui ont tout perdu, ont juste besoin d’un toit et de quoi manger. Survivre dans la rue est très dur, ils ont besoin de reprendre des forces. Mais ils ne sont pas fous. Ils ont besoin qu’on leur offre un cadre pour recommencer à exister, pour se regarder, peut être pour commencer à s’épanouir. Mais si personne ne vient vers eux, ils risquent de devenirs fous.
La pauvreté est de plus en plus visible à Ouagadougou, le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré, doit s’en préoccuper. Il faut que la lutte contre la pauvreté soit la priorité du gouvernement. Parce-qu’on ne peut pas passer son chemin et ne plus y penser…


Le domicile de François Compaoré, symbole d’un peuple assoiffé de justice

Le domicile de François Compaoré, frère de l’ancien chef d’Etat Blaise Compaoré a été pillé le 31 octobre 2016 suite à l’insurrection populaire qui a emporté son frère. Aujourd’hui, ce bâtiment de luxe en ruine, orné de graffitis et autres dessins est toujours l’objet de curiosité.

Norbert Zongo Thomas Sankara domicile François Compaoré

Après le pillage de cette grande bâtisse qui surplombe toutes les habitations de la place, des bruits de découvertes macabres ont couru. En réalité, il s’agissait d’interprétations fallacieuses d’éléments trouvés sur place : des boîtes de tomates supposés être des sébiles de mendiants offerts en sacrifice, des photos artistiques censées illustrées des rituels sorciers, des têtes de moutons toutes fraîches retrouvées sur place etc. Toutefois, des comptes rendu d’espionnage de personnalités dont le célèbre journaliste Norbert Zongo, trouvé sur place, photocopié et vendus ont notamment montré que François Compaoré était vraiment le « Petit Président ». C’est lui qui dirigeait le pays. Un mot, une note, une phrase de sa part pouvait faire ou défaire n’importe quel dirigeant, bloquer ou débloquer une situation.

Plus d’une année après la chute du régime de Blaise Compaoré, des graffitis, le domicile de François Compaoré situé sur l’avenue Charles de Gaulle de Ouagadougou en face de l’Université de Ouagadougou et non loin du terrain de l’Etoile Filante de Ouagadougou (EFO) dont il est supporter est toujours l’objet de curiosité. L’engouement a diminué. Quand on accède à la cours, une image frappe. Celle représentant le journaliste Norbert Zongo assassiné en 1998 par des membres du défunt régiment de sécurité présidentielle (RSP) et également celle de Thomas Sankara. Les images de ces deux héros nationaux trônent côte à côte.

Cette image de ces deux personnages illustre tout simplement la barbarie de l’ancien régime. La boulimie du pouvoir symbolisé par l’assassinat de Thomas Sankara et musèlement de la liberté d’expression et de penser avec l’homicide de Norbert Zongo.

Plusieurs jeunes à l’image de Simporé servent de guide aux visiteurs de cette maison qui contient un sous terrain. Les personnes n’ont avisées pourraient s’y perdre ou ne pas voir certaines recoins. Pour Simporé cette maison devra tout simplement servir de musée comme le bâtiment qui abritait l’ex Assemblée Nationale du Burkina brûlée à la date du 30 octobre 2014. Il veut le bien parce que ceux qui visitent le domicile de François Compaoré lui laisse quelques sous. «Ça va empêcher certaines personnes de vivre sur le dos des pauvres », lance Simporé.


Burkina : Il faut arrêter les Koglwéogo

Koglwéogo. Ce mot traduit de façon littérale signifie en langue locale mooré (parlée au Burkina Faso) « Protéger l’environnement », « protéger la nature », «Protéger chez nous». Les Koglwéogo sont des milices d’auto-défense constituées par des populations au niveau de leur localité pour mettre hors d’état de nuire tous les bandits et autres voleurs. Mais ces justiciers d’un nouvel air règne sans aucun respect des droits de l’homme.

Image d'une personne victime des tortures des Koglwéogo (ph. Saidou Bagaré Diallo)
Image d’une personne victime des tortures des Koglwéogo (ph. Saidou Bagaré Diallo)

Les Kogwéogo sont nés partant du constat d’un vide sécuritaire au Burkina Faso. Les braquages, les vols, les meurtres sont effectivement monnaies courantes au Burkina Faso. C’est partant du fait que l’Etat burkinabè du constat de la faillite de l’Etat dans la protection des biens et des personnes que ces milices d’auto-défenses ont pris de l’ampleur et se propagent comme une trainée de poudre sur tout le territoire burkinabè. Si on peut saluer la prise en main de leur propre sécurité, il faut cependant dénoncer le fait que cette même population mette en place sa propre justice. Pour un œuf volé, (et pour éviter que l’on ne vole un bœuf), le supposé coupable paye 15 mille francs CFA plus une corde qui va servir à l’attaché en public au prix de 5 mille francs CFA.

Je partage avec vous l’image de l’oeuvre des fameux « Koglwéogo » A Sapouy. L’homme que vous voyez sur cette photo a été…

Posté par Pema Gael Bayala sur mercredi 17 février 2016

 Avec les Koglwéogo, la notion de présomption d’annonce n’a pas sa place. Le présumé coupable qui refuse de reconnaitre les faits est fouetté à sang avec des épineux. L’objectif des bastonnades est d’amener celui-ci à reconnaitre les faits. Et cela peut conduire jusqu’à la mort comme ce fut le cas dans la localité de Sapouy le mercredi 17 février 2016 deux jeunes hommes soupçonnés d’avoir volé un bœuf ont été bastonné jusqu’à ce que l’un d’entre eux perde la vie ! Les auteurs de ce meurtre et des sévices corporels interpellés par la police, c’est près de 300 membres de cette milice des Koglwéogo ont convergé vers le commissariat de cette localité pour s’opposer à l’arrestation à l’un des leurs. « Si on veut les arrêter, qu’on nous arrête tous », a-t-on entendu l’un des leurs affirmé lors d’une édition du journal de la télévision nationale du Burkina.

C’est la crainte émisse contre ces tribunaux spéciaux, qui ne justifient d’aucune base légale auteurs d’actes de barbaries. Dans un état démocratique, de droit, de telles structures ne sauraient être tolérées.

[…] Et ils prirent les armes contre l’Etat…

Posté par Nachire Ussen Sawadogo sur jeudi 18 février 2016

Ces brigades d’auto-défense ont peut-être une mission noble qui est d’arrêter les délinquants. Mais qui nous dit qu’un jour ces milices ne se transformeront en armée de rébellion ? Qui nous dit qu’elles ne feront pas l’objet de récupération par des hommes d’affaires ou des politiciens véreux ? Qui nous dit que des membres du Koglwéogo ne se serviront pas de cette milice comme moyen de règlement de compte ? Autant de questions qui perturbent et qui devraient amener le gouvernement burkinabè à prendre les mesures nécessaires pour arrêter ces Koglwéogo afin d’éviter le pire. Des rebellions au Mexique, au Nigeria avec Boko Haram et même au Mali avec le MLNA sont nées presque de façon similaire. Si rien n’est fait alors chaque burkinabè pourra être son propre justicier. En voulant contrôler les Koglwéogo, ils risquent un jour de devenir irrécupérables comme ces monstres de laboratoires comme dans les films de fictions qui échappent à la fin à leurs créateurs pour se retourner contre eux.


Ouagadougou : Des routes pathétiques!

Les routes du Burkina sont dans un piteux état. Le cas de Ouagadougou est presque le reflet de ce que vit tout le pays.

route ouaga 4

Il suffit d’emprunter n’importe quelle voie de la capitale burkinabè, hormis l’avenue Charles de Gaulle qui part du premier ministère jusqu’au niveau du musée nationale et le boulevard Mouamar Kadhafi qui part de l’échangeur de l’Ouest jusqu’au Palais de Kossyam, les autres bitumes sont état de délabrement avancés. C’est pourquoi, il faudrait être un véritable cascadeur pour circuler dans la capitale burkinabè.Route Burkina

L’Avenue des Tansoba illustre parfaitement l’état de délabrement des routes burkinabè. Impossible de parcourir un km sur cette avenue sans le risque de d’atterrir dans un nid de poules. Ces trous sont souvent béants comme des une gueule de lion prête à avaler une antilope.

Cette situation s’explique par le vieillissement de ces routes construites il y a souvent plus de trente ans. Cependant, certaines chaussés sont très loin de cet étage mais l’état de dégradation est au même niveau. Certains bitumes ont tout simplement été mal réalisés. Et l’on se demande si l’on n’a pas retenu 10% de l’argent destiné à la construction de ces routes.

Il faut utiliser des pneus pour cacher des nids de poules à Ouagadougou
Il faut utiliser des pneus pour cacher des nids de poules à Ouagadougou

En plus de cela, les travaux menés souvent par des structures comme la Société nationale burkinabè d’électricité (SONABEL) et de l’Office nationale de l’eau (ONEA) sur la chaussée contribue à la dégradée.

La situation est encore plus sévère lorsque l’on se trouve en saison pluvieuse. Les habitants de Ouagadougou sont confrontés pendant cette période à des accidents fréquents. Derrière une petite flaque d’eau, au milieu de la route, se cache un gros fossé. Non averti, l’on y atterrit pour terminer à l’hôpital.

Presque toutes les routes sont dégradées à Ouagadougou
Presque toutes les routes sont dégradées à Ouagadougou

L’état de délabrement des routes de la ville de Ouagadougou est le reflet (et nous mesurons les mots) de ce que vit tout le pays : routes dégradées, impraticables, inexistantes etc.


Fraudes aux concours : Enquêter sur les centres de formation

Le gouvernement burkinabè a annulé les concours de la fonction publique saison 2015 à cause des nombreuses fraudes qui l’ont entaché. Saidou Birba, patron de Birba Formations, formateur des candidats aux concours de la fonction publique a été reconnu coupable de fraude à l’issue du procès portant sur cette affaire le vendredi 23 octobre 2015. Cette affaire doit conduire le gouvernement à investiguer sur toutes les structures de formation aux concours de la fonction publique.

MAIGA FORMATION

« Soucieux de préserver l’équité, la transparence dans l’organisation des concours et l’égalité des chances des candidats de la promotion 2015, le Conseil a décidé de la reprise desdits concours en les alignant sur ceux de 2016 ». Ceci est un extrait du conseil des ministres du mercredi 10 février 2016 annonçant l’annulation de 12 à 90 concours soit au total 787 postes sur 9773 ouverts. Cette décision part du constat des nombreuses fraudes qui ont émaillé les concours de la fonction publique pour l’année 2015 impliquant de grosses têtes dont particulièrement l’ancien directeur de la télévision nationale du Burkina Ouezzin Louis Oulon (pourtant très respecté dans son corps de métier pour son professionnalisme).

Dans cette histoire de fraudes, les enquêtes ont mis la main sur Seydou Birba, dont la structure Birba Formations est connue à Ouagadougou. La structure forme les candidats mais aussi leur vend des fascicules de sujets. Seydou Birba a avoué lors de son procès qu’il a fourni des sujets des concours, pourtant supposés être secrets, aux neveux de Ouezzin Louis Oulon. La fuite est partie du cabinet chargé de la confection des sujets. Ils ont tous été condamnés.

Le Conseil des ministres a instruit le ministre en charge du dossier de prendre toutes les mesures de rigueur nécessaires, afin de prévenir la fraude sur les concours d’accès à la Fonction publique. En réalité, le gouvernement burkinabè, au-delà de l’organisation des concours, doit aussi s’intéresser aux fonctionnements de ces établissements de formations qui pullulent dans la capitale burkinabè. Ils sont vus comme la passerelle pour l’obtention d’un emploi au Burkina Faso. Il existe également la structure Maiga Formations même si cette structure n’est pas impliquée dans le procès. Le gouvernement doit avoir un œil sur tout ce qui se passe dans ces centres de formations car, c’est parce que les candidats pensent que les sujets peuvent s’y trouver qu’ils s’inscrivent pour ces formations.

Si beaucoup de jeunes dépensent d’énormes sommes pour s’inscrire aux concours, acheter les documents, c’est parce que les épreuves ne reflètent rien de ce que les candidats ont appris dans les livres. C’est pourquoi, un étudiant en droit passera des concours de la santé, non pas par vocation, mais pour multiplier ses chances de quitter le monde du chômage. Pour plus de chance, pour plus d’égalité, pour que la compétence prévale, le gouvernement burkinabè doit supprimer les fameuses épreuves de psychotechniques, véritables casse-têtes, qui en réalité ne traduisent pas le niveau réel d’un candidat.