Burkina : Il faut arrêter les Koglwéogo

Article : Burkina : Il faut arrêter les Koglwéogo
21 février 2016

Burkina : Il faut arrêter les Koglwéogo

Koglwéogo. Ce mot traduit de façon littérale signifie en langue locale mooré (parlée au Burkina Faso) « Protéger l’environnement », « protéger la nature », «Protéger chez nous». Les Koglwéogo sont des milices d’auto-défense constituées par des populations au niveau de leur localité pour mettre hors d’état de nuire tous les bandits et autres voleurs. Mais ces justiciers d’un nouvel air règne sans aucun respect des droits de l’homme.

Image d'une personne victime des tortures des Koglwéogo (ph. Saidou Bagaré Diallo)
Image d’une personne victime des tortures des Koglwéogo (ph. Saidou Bagaré Diallo)

Les Kogwéogo sont nés partant du constat d’un vide sécuritaire au Burkina Faso. Les braquages, les vols, les meurtres sont effectivement monnaies courantes au Burkina Faso. C’est partant du fait que l’Etat burkinabè du constat de la faillite de l’Etat dans la protection des biens et des personnes que ces milices d’auto-défenses ont pris de l’ampleur et se propagent comme une trainée de poudre sur tout le territoire burkinabè. Si on peut saluer la prise en main de leur propre sécurité, il faut cependant dénoncer le fait que cette même population mette en place sa propre justice. Pour un œuf volé, (et pour éviter que l’on ne vole un bœuf), le supposé coupable paye 15 mille francs CFA plus une corde qui va servir à l’attaché en public au prix de 5 mille francs CFA.

Je partage avec vous l’image de l’oeuvre des fameux « Koglwéogo » A Sapouy. L’homme que vous voyez sur cette photo a été…

Posté par Pema Gael Bayala sur mercredi 17 février 2016

 Avec les Koglwéogo, la notion de présomption d’annonce n’a pas sa place. Le présumé coupable qui refuse de reconnaitre les faits est fouetté à sang avec des épineux. L’objectif des bastonnades est d’amener celui-ci à reconnaitre les faits. Et cela peut conduire jusqu’à la mort comme ce fut le cas dans la localité de Sapouy le mercredi 17 février 2016 deux jeunes hommes soupçonnés d’avoir volé un bœuf ont été bastonné jusqu’à ce que l’un d’entre eux perde la vie ! Les auteurs de ce meurtre et des sévices corporels interpellés par la police, c’est près de 300 membres de cette milice des Koglwéogo ont convergé vers le commissariat de cette localité pour s’opposer à l’arrestation à l’un des leurs. « Si on veut les arrêter, qu’on nous arrête tous », a-t-on entendu l’un des leurs affirmé lors d’une édition du journal de la télévision nationale du Burkina.

C’est la crainte émisse contre ces tribunaux spéciaux, qui ne justifient d’aucune base légale auteurs d’actes de barbaries. Dans un état démocratique, de droit, de telles structures ne sauraient être tolérées.

[…] Et ils prirent les armes contre l’Etat…

Posté par Nachire Ussen Sawadogo sur jeudi 18 février 2016

Ces brigades d’auto-défense ont peut-être une mission noble qui est d’arrêter les délinquants. Mais qui nous dit qu’un jour ces milices ne se transformeront en armée de rébellion ? Qui nous dit qu’elles ne feront pas l’objet de récupération par des hommes d’affaires ou des politiciens véreux ? Qui nous dit que des membres du Koglwéogo ne se serviront pas de cette milice comme moyen de règlement de compte ? Autant de questions qui perturbent et qui devraient amener le gouvernement burkinabè à prendre les mesures nécessaires pour arrêter ces Koglwéogo afin d’éviter le pire. Des rebellions au Mexique, au Nigeria avec Boko Haram et même au Mali avec le MLNA sont nées presque de façon similaire. Si rien n’est fait alors chaque burkinabè pourra être son propre justicier. En voulant contrôler les Koglwéogo, ils risquent un jour de devenir irrécupérables comme ces monstres de laboratoires comme dans les films de fictions qui échappent à la fin à leurs créateurs pour se retourner contre eux.

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