Boukari Ouédraogo

La Saint Sylvestre et la légende du poulet

Il ne fait pas bon être de la volaille en ces périodes de fêtes et surtout à quelques jours de la Saint Sylvestre.  A la sortie de Ouagadougou et même dans le centre-ville des vendeurs de volailles venus de villages lointains et environnants ont envahi à capitale du pays qu’on appelle autrement la Patrie des Hommes Intègres. La présence de ces hôtes inhabituels donne une ambiance particulière à la ville de capitale burkinabè.  Ils viennent rappeler que la Saint Sylvestre à Ouagadougou, c’est la fête des poulets.

Un vendeur de poulets en partance pour Ouaga

« Poulets bicyclettes », « poulets mesdemoiselles », ou « poulets télévisées » quoi qu’il en soit, les gallinacés se retrouvent dans ce contexte à l’honneur malgré leur farouche opposition à se retrouver dans les assiettes. A Ouagadougou capitale des engins à deux roues, la Saint Sylvestre est également la fête des poulets comme on fêterait la bière en Allemagne. Si chez les latins, un jour sans vin est un jour sans soleil, à Ouagadougou une fête de Saint Sylvestre sans poulet… c’est plutôt se retrouver au 13 décembre et non au 31. Entre 1500 et 3000 Franc s CFA voilà ce qu’il faudra débourser pour s’offrir un bon « poulet mademoiselle », ou « bicyclette ».

Les « poulets bicyclettes » ont une bonne renommée au Burkina Faso. Les vendeurs de volaille, à bicyclettes pour ne pas faire de bruit, se rendent dans les campagnes la nuit pour les achats. Ils passent de maison en maison pour s’approvisionner. Le nom « poulets bicyclettes », vient donc du fait qu’ils sont acheminés en ville à vélo. Ce sont les poulets du village.

Ce n’est pas comme «les poulets de blanc » avec leurs formes dodues  mais avec une chair sans saveur et molle comme le poisson. Le poulet des villes comme Ouagadougou n’a pas assez de chair pour être savouré. Les  « poulets bicyclettes  » en revanche ont des cuisses bien charnues, fermes et appétissantes. Ils sont de grands sportifs. Les espaces au  village leur permettent de pratiquer couramment du footing ou des sprints pour dégraisser. C’est pourquoi, ils sont toujours en bonnes formes.

Ceux qui n’apprécient pas cette chair, pourront peut-être aimer les « poulets mesdemoiselles » pour leur chair. Ils ont une chair  tendre qui fond dans la bouche comme du chocolat.  Qui les apprécient?  Mes sœurs qui, portable  portable en main les réclament au détour d’une rencontre fortuite impose les imposent comme symbole d’alliance durable. Certains vont même jusqu’à dire que ce sont des poules vierges. La grippe aviaire n’étant plus d’actualité, la dégustation du poulet est encore plus intéressante.

« Poulets mesdemoiselles » ou « poulets bicyclettes » ils vont tous passer à la casserole. Il existe une gamme variée de cuisson parmi lesquelles le « poulet télévisé » qui est cuisiné dans un four vitré. Le client peut le voir tourner et cuir à petit feu à travers la vitre comme s’il regardait la télé. Bien sûr, cela fait saliver en attendant d’être servi.

Le poulet au « rabilé » est le plus apprécié mais il coûte plus cher. Le « rabilé » est de la levure  tirée de la bière de mil dont est enduit le poulet avant d’être cuit. Ce qui lui donne un goût particulier. Pour la Saint Sylvestre, en plus des poulets « rabilé », « télévisés », les Ouagalais vont surement déguster le poulet au four, le poulet frit, le poulet grillé etc.

La dégustation de cet type de volaille est en soit même un langage. L’ambiance à Ouagadougou étant à la Saint Sylvestre, rares sont ceux qui voudront passer la nuit sans la compagnie d’une demoiselle. Certaines d’entre elles qui n’ont pas réussi à se trouver un garçon « choco » accepteront peut-être une invitation dans un maquis. Si la situation se présentait, offrez-lui un poulet. La « go » qui choisit comme premier morceau la cuisse, « ouvrerait » facilement la sienne et vous pourrez l’emmener dans votre lit la même nuit si vous le voulez. Si elle commence par les ailes même si vous avez à faire à un  « poulet mademoiselle» il vous faudra doubler d’efforts pour la convaincre.

Il parait qu’un seul individu ne peut pas manger un poulet en entier selon les fanatiques. Même enfermé seul dans une maison quelqu’un viendra frapper à votre porte. C’est en toute gaité que vous le mangerez ensemble. C’est là tout le magie et le mythe où réside tout le sens profond que l’on attribue à la légende du poulet.

Au-delà de tout ça, le meilleur moment d’acheter un poulet, c’est à partir du 2 janvier. Les vendeurs de « poulets bicyclettes » pressés d’évacuer  le stock vendent le restant à bas prix.

La Saint Sylvestre rime avec la fête du poulet en comparaison à la tabaski, la fête du mouton. Ce dernier a cette fois-ci plus de chance d’échapper au couteau mais n’en est pas épargné.

La chèvre, animal têtu est l’affaire des traditionalistes, ceux qui ne sont ni de l’islam, ni du christianisme. Elle est plus indiquée pour les sacrifices aux mânes des ancêtres et lors des funérailles.

Une certaine conception voudrait que l’on évite la viande de la chèvre souvent considérée comme porte-malheur. Ceux qui veulent passer le 31 (c’est ainsi qu’on appelle aussi la Saint Sylvestre au Burkina) en groupe risquerait de terminer la soirée en queue de poisson si le cabri fait parti du menu. Bien que cela n’empêche pas une tuerie de ces bêtes, elles ont également plus de chance d’éviter la casserole.

Garçon « choco » = beau jeune homme, garçon chic

Go = demoiselle


Noël, pluie de crèches à Ouagadougou

Noël, est considérée comme la fête des enfants. A cette occasion, les parents leurs achètent des cadeaux. Tous n’auront pas de  cadeau de sorte que certains enfants se fabriquent eux même leurs jouets comme dans de nombreux villes du Burkina ou dans d’autres coins de l’Afrique. A Madagascar par exemple, Ariniaina, une jeune blogueuse de la plateforme Mondoblog, nous raconte comment les enfants fabriquent eux mêmes leurs  propres jouets.

Noël, c’est également la naissance du christ. A Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, de nombreux enfants ont décidé de construire des crèches pour accueillir  Jésus Christ. C’est leur cadeau au sauveur. A travers ce billet, Le Messager d’Afrique vous permet de découvrir ces chef-d’œuvres de ces enfants âgés pour la plupart de moins de seize ans. De vrais architectes. Presque devant chaque cour, vous trouverez une crèche à Ouagadougou.

A la découverte de quelques crèches à Ouagadougou.

Joyeux noël

Wish you a merry chritmas

Bonne année
Simple mais jolie

Le sauveur est né


Jésus va naitre dans la crèche d’Esaie

 

Esaie et sa crèche

Jésus Christ va naitre la nuit du 24 au 25 décembre. Comme chaque année, pour preparer noël et la naissance du Christ, les enfants de la ville de Ouagadougou ont choisi de construire des crèches. C’est le cas de Esaïe Zabré un jeune garçon de 14 ans. Depuis le mois de décembre, il prépare la naissance du messie. Entre les cours et le petit temps qui lui reste, Esaïe Zabré a réussi à construire sa crèche pour accueillir le Jésus Christ devant sa cour dans le quartier Zogona de Ouagadougou. Pour cela, il lui a fallu trois semaines de jours. Peu de matériaux lui ont suffit pour la construction sa crèche : juste de l’argile pétri. Esaïe a ensuite fabriqué des briques avant de les faire sécher. En grand architecte, il n’a pas eu besoin de faire appel à des concepteurs de plans pour réaliser son chef-d’œuvre. Tout est venu naturellement. L’inspiration, on pourrait le dire divine. En trois semaines, le petit Esaïe a réussi à faire une demeure pour le christ. Le travail fini, avec de la craie mouillé comme peinture, il a décoré sa crèche pour lui donner un éclat particulier.

Une crèche

La construction des crèches n’est pas une affaire de garçon. A Pissy, Florence et ses copines sont en train de redoubler leurs efforts pour terminer leur crèche à temps. Cette jeune fille de veut pas rater le rendez vous. C’est pourquoi elle a demander le soutien de ses copines sinon, Jesus ne viendra pas elle n’aura pas son cadeau de noël.

La construction des crèches à Ouagadougou à l’approche de la fête de Noël est devenue depuis longtemps une tradition pour les tous petits. Les enfants par cet acte, veulent accueillir le christ chez eux. Cela a été encouragé par certaines associations. Elles organisent chaque année des concours pour récompenser les meilleures crèches. L’objectif est d’inciter à plus de créativité.

Les chrétiens ne sont pas les seuls à construire des crèches. Les Musulmans également s’y mettent. La légende veut que le père noël passe y laisser un cadeau pour son constructeur. S’il est vrai que la crèche du petit Esaïe est loin de remporter un prix, l’objectif pour lui est de pouvoir accueillir le christ.

Florence et ses amies (Photo Esther Konsimbo)

Malheureusement, les industriels sont en train de tuer la créativité des enfants. Ces derniers ont imité ces crèches qu’ils commercialisent… sans droit d’auteur. A l’approche de noël, ils pullulent aux bords des goudrons avec leurs gadgets. Certains parents font le jeu et achètent ces crèches préconstruits pour leurs enfants.


Fémina Fm, la radio des femmes et de ceux qui les aiment

Fémina Fm, La radio des femmes et de ceux qui les aiment Depuis plusieurs moi, bien que ne pouvant m’empêcher d’écouter Radio France Internationale (RFI) et certains de ses concurrents pour être au parfum de l’actualité mondiale, il m’arrive d’écouter certains stations locales. Il s’agit de Fémina FM. L’ambition de cette radio comme le clament ses animateurs a pour objectif de donner la parole aux femmes. Ce qui intriqué, toutes les émissions que j’ai pu écouter étaient animées par des hommes. Cela m’a poussé à me rendre dans cette station située dans le quartier Dassasgho de Ouagadougou à 100 mètres du côté ouest de l’École Nationale de la Régie Financière (ENAREF).  La Radio est située au dessus de la pharmacie Fraternité. Éveline Salembéré, l’une des promotrices de Fémina FM explique la création de cette station par une volonté de donner la parole aux femmes. « Il fallait leur permettre de pouvoir parler aux femmes ». Si cela est normal, ce n’était l’objet de ma visite dans cette radio. Qu’est ce qui explique la présence massive des hommes dans une maison de femmes. « Beaucoup de personnes nous posent cette question. Notre slogan est « la radio des femmes et de ceux qui les aiment » » répond Évelyne Salembéré. D’après ses explications, il fallait permettre aussi aux hommes de parler aux femmes et de leur permettre d’écouter à leur tour les préoccupations de celles qui sont leurs moitiés. Les femmes écouteraient mieux les hommes plutôt que leurs sœurs selon elle. Le constat d’Évelyne Salembéré est que les hommes participent beaucoup aux émissions animées par des femmes. Contrairement aux autres radios gérées par des femmes et pour les femmes, la moitié du personnel est constituée d’hommes.

Une animatrice de femina FM

L’idée de création de la radio Fémina FM est née  suite à un voyage d’étude en gestion et animation culturelle au Canada . De retour au Burkina Faso, elle décide en collaboration avec sa sœur jumelle de créer cette radio.Objectif: donner la parole aux femmes. Fémina FM a vu le jour en 2007. Bien que très jeune dans le paysage radiophonique burkinabè, elle est l’une des radios les plus écoutées. Des émissions sur les droits des femmes, la santé de reproduction permettent de sensibiliser les auditrices et les auditeurs. Presque toutes les émissions sont interactives. Elles sont animées en langues nationales mooré, peulh, dioula, gourmantché et aussi en français. « Nécrée » (le réveil en français) animée en mooré est la plus populaire de Fémina FM. Pendant cette émission, l’animateur dénonce certains tares de la société et s’en prend, la plupart du temps, aux comportements déviants des jeunes.

Evelyne Salembéré, veut desormais aux populations à la périphérie de Ouagadougou qui n’ont pas accès à la radio de pouvoir la capter.  Elle souhaite également installer des antennes dans des villes comme Bobo Dioulasso, la capitale économique du Burkina Faso.


Sauver l’héritage de Norbert Zongo

Norbert Zongo toujours vivant

13 décembre 1998. C’était un lundi matin. Après un bon week-end passé à la maison, nous, élèves d’un collège perdu au fin fond de la brousse du Burkina Faso, nous devions rejoindre les classes. Au mois de décembre, le froid vous pénètre les os jusqu’à la moelle. Pour ce début de semaine, il ne fallait pas être en retard. Comme d’habitude, je devais me lever très tôt pour rejoindre le collège. Je parcourrais six kilomètres à pieds. J’avais couru ce jour là parce que les réveils  du lundi sont généralement difficiles. Arrivé, je remarquai les professeurs en pleine discussion. Je crus à une bagarre entre eux. Je les dépassai et parvint au niveau de ma classe.

C’était un établissement de quatre classes avec approximativement 40 élèves dans chacune. Par chance, on se connaissait tous. On connaissait même le village de chacun. Mais là n’est pas l’intérêt de ce billet. Nous avions cours de français ce jour là. A 7 heures, le professeur ne vint pas. Aucun d’entre eux n’entra en classe. Nous ne comprenions pas ce qu’il se passait. Les élèves se demandaient pourquoi  leurs enseignants n’étaient pas dans les salles.

Vers 8 heures 30, notre professeur d’Histoire et Géographie vint nous demander de rentrer chez nous. Il n’y avait pas cours. Nous ne comprenions rien. Je ne voulus pas rentrer immédiatement parce que je ne comprenais pas pourquoi on nous demandait de repartir. Aucune grève n’avait été annoncée. Le chef de classe qui avait approché notre professeur principal vint nous confier que Norbert Zongo était mort. C’est pour cela qu’il n’y avait pas classe. J’avais appris sa « mort accidentelle » à la radio mais je ne le connaissais pas. Il n’était ni ministre, ni Président de la république même pas président d’une institution au Burkina. Qui était-il pour qu’à sa mort nous ne fassions pas cours ce lundi 13 décembre 1998. J’avoue que j’étais énervé en apprenant cela. C’est plus tard que j’allais comprendre. Norbert Zongo était un journaliste engagé et directeur de publication du journal l’indépendant. Chaque mardi, les lecteurs se délectaient des histoires sombres, de dénonciation d’abus d’autorité etc. signées Norbert Zongo (ce qui lui a coûté la vie). Avant sa mort, Norbert Zongo enquêtait sur la disparition de David Ouédraogo, chauffeur du frère cadet du Président de la république.

Norbert Zongo parle de David Ouédraogo

Les congés de décembre sont généralement prévus pour le dernier vendredi avant noël. Pourtant ce lundi 13 décembre 1998 marquait le premier jour de congés. Ils ont duré un mois au lieu de deux semaines comme d’habitude. Cela ne put empêcher les nombreuses manifestations dans le pays.

Norbert Zongo: chaque peuple mérite ses dirigeants

Aujourd’hui, je ne suis plus dans ce village reculé du Burkina Faso où on n’avait pas  accès à la télévision. J’ai eu le temps de fouiller et de comprendre ce qui s’était passé. Je savais que mon oncle, chez qui je passais mes vacances à Ouaga, aimait lire l’Indépendant, le journal de Henri Sebgo (Sebgo signifie le vent en langue mooré) qui est en réalité Norbert Zongo. C’est ce nom là que je connaissais. Au moment où j’écris ces lignes, les Burkinabè célèbrent le 12 anniversaire de l’assassinat de ce journaliste pionnier de la liberté de la presse au Burkina Faso. Les criminels courent toujours. Mais que nous reste t-il de l’héritage de Norbert Zongo ?

Norbert Zongo, la peur

Les Burkinabè ont commémoré sobrement ce 12ème anniversaire à travers un recueillement au cimetière et une conférence à la bourse du travail de Ouagadougou. Ce que je retiens grâce aux archives de ce journaliste grillé et réduit à « neuf kilogrammes de viandes », c’est sa rigueur professionnelle, son intégrité, sa témérité, son sens de l’investigation, son refus de l’injustice. Tout ceci est un patrimoine que Norbert Zongo, dit Henri Sebgo a légué. Empoissonnement, menaces, pressions etc, il a tout connu. Les journalistes doivent maintenant lutter pour préserver cette liberté de la presse.

Depuis sa mort, ils sont de plus en plus nombreux à tenter des analyses dans les différents journaux. Chose rare avant le 13 décembre 1998. Beaucoup de journalistes au Burkina écoutent Afrique Matin sur Radio France Internationale (RFI) dans l’espoir que leur(s) article(s) soient cités lors de la revue de la presse. Encore un héritage de Norbert Zongo. Malgré des initiatives pour faire oublier cette date fatidique des défenseurs des droits de l’homme, on lutte au quotidien pour  continuer le combat entamé par celui qui se faisait appeler Henri Sebgo !

Norbert Zongo, les vrais hommes

Les éléments sonores sont extraits de « Les fruits d’une lutte » de Smockey et « Norbert Zongo vous parle » de Sams’ K le Jah