Boukari Ouédraogo

FESPACO 2011, le compte à rebours a commencé

La 22ème édition du Festival Panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou se tient du 26 février au 05 mars à Ouagadougou. Le thème retenu cette année est « Cinéma africain et Marchés ». Pour la réussite de cette biennale du cinéma africain, les organisations s’attellent pour être au rendez-vous.

Le siège du Fespaco à Ouagadougou

Mardi 15 avril 2011. 17 h 00 environs. Chantier au niveau du siège du Festival Panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO). Sur la voie longeant le siège, le visiteur est accueilli par la poussière. Des travaux de réfection sont en cours depuis plusieurs mois. A moins d’une dizaine de jours, l’entreprise en charge de la réfection de cette route  redouble d’efforts pour être prête le jour J.

A l’intérieur du siège, des travaux sont également en cours. Une dizaine  d’hommes travaille. Le bruit des machines font « grincer » les tympans. Le siège du FESPACO fait son toilettage pour être  prêt le 26 février 2011. Le seul hic, le bâtiment inachevé est toujours en état délabrement. Au niveau du bâtiment principal, les séquelles de l’inondation du 1er septembre 2009 ont disparu. Le mur qui avait été emporté par les eaux a été remplacé. 17 heures 30 passé, les employés sont toujours présents. Le travail doit être surement intense. C’est là que vont converger les cinéphiles. Le comité d’organisation semble tout mettre en œuvre pour que ces derniers soient à l’aise.

En plus du siège du FESPACO, les  trois plus grandes salles de cinéma de la capitale burkinabè (le cinéma Nerwaya, le Ciné Burkina, le Ciné Oubri, sont en rénovation. Il s’agit de la réparation de quelques chaises en mauvais état. Chaque arrondissement de la ville de Ouagadougou possède au moins une salle de cinéma. Les promoteurs de ces salles reçoivent chaque année un petit financement pour les remettre en bon état. Cela va permettre aux jeunes de tous les quartiers de pouvoir suivre au moins un film.

La cérémonie d’ouverture du FESPACO est prévue pour le 26 février 2011. Près de 194 films seront projetés. Dans la catégorie la plus convoitée, le long métrage, 18 films sont en compétition pour décrocher l’Étalon d’or de Yennenga, la distinction suprême de la biennale. Les films burkinabè en compétition pour cette catégorie sont « En attendant le vote… » de Missa Hébié, « Le poids du Serment » de Daniel Kollo Sanou et  « Notre Étrangère » de Sara Bouyain. Les autres films viennent de l’Afrique du Sud, de l’Algérie, du Bénin, de la Côte d’Ivoire, de Égypte, du Mali, du Maroc, du Nigeria, du Mozambique et du Tchad.  « Un  homme qui crie » de Mahamat Saleh Haroun prix spécial du jury au festival de Canne est bien sûr très attendu. Pour ce qui concerne les autres catégories, 13 films ont retenus pour le court métrage, 21 pour le documentaire, 10 pour les films de la diaspora, 24 en fiction TV /Vidéo et 13 pour les séries TV / vidéo.

L’innovation de l’édition 2011 est la compétition des films d’écoles. Pour la première fois, les jeunes des écoles de cinéma d’Afrique pourront faire juger leurs productions par les experts du 7ème art. Un tremplin pour ces jeunes réalisateurs en devenir. L’Institut Supérieur de l’Image et du Son/Studio Ecole (ISIS/SE) de Ouagadougou crée en 2006 est présent dans cette compétition avec trois films preuve de la maturité de cette école de cinéma. Des écoles de cinéma d’Afrique du Sud, du Benin et du Maroc sont en compétition dans cette catégorie.

Tout le monde se prépare pour être au rendez-vous. Les restauratrices, les hôtels, les vendeurs ambulants mettent tout en place pour accueillir les nombreux festivaliers. Pendant une semaine, Ouagadougou sera en ébullition pour ce qu’on pourrait appeler la Coupe d’Afrique des Nations du cinéma africain.

Je vous propose la sélection officielle

1- Compétition officielle des films de fiction long métrage

TITRE REALISATEUR PAYS
01 A small town called Descent Jahmil X. T. QUBEKA Afrique du sud
02 Ad- dar lakbira (la grande villa) Latif LAHLOU Maroc
03 Da monzon, la conquête de samanyana Sidy F. DIABATE Mali
04 En attendant le vote … Missa HEBIE Burkina Faso
05 Essaha (la place) Dahmane OUZID Algérie
06 Foreign demons Faith ISIAKPERE Afrique du sud
07 La mosquée Daoud AOULAD-SYAD Maroc
08 Le mec idéal Owell BROWN Côte d’Ivoire
09 Le poids du serment Kollo D. SANOU Burkina Faso
10 Notre étrangère Sarah BOUYAIN Burkina Faso
11 Pégase Mohamed MOUFTAKIR Maroc
12 Raconte seherazade… raconte Yousry NASRALLAH Égypte
13 Restless city Dosunmu Andrew WAHEED Nigeria
14 The last flight of the flamingo Ribeiro JOAO Mozambique
15 The wedding Abdel Aziz SAMEH Égypte
16 Un homme qui crie Haroun Mahamat SALEH Tchad
17 Un pas en avant- les dessous de la corruption Sylvestre AMOUSSOU Bénin
18 Voyage à Alger Abdelkrim BAHLOUL Algérie



La femme, moteur du développement au Burkina

Quelle est la place de la femme dans la société africaine ? Faire des enfants et garder la maison. C’est ce que pensent beaucoup d’hommes. Elles sont le moteur du développement.

Yaaba, la vendeuse de beignets

Assise non loin de l’avenue Charles de Gaulle de Ouagadougou, Yaaba fait frire chaque matin des beignets à cet endroit. A plus de soixante ans, elle se réveille chaque matin à 4 heures du matin ou bien avant. Yaaba s’occupe en premier lieu de la maisonnée : préparer de la bouillie pour ses petits fils. Ensuite, elle emprunte le chemin de son « bureau » avec un petit fagot de bois, de la farine de petit mil, de l’eau, et tous les ustensiles pour la préparation de ses beignets. Pendant ce temps, beaucoup de personnes dorment encore les poignets fermés.

La rigueur du froid de l’harmattan, la chaleur du mois d’avril, les pluies du mois de juillet ne l’empêcheront de s’installer au bord du goudron. Le poids de l’âge ne constitue pas non plus un handicap pour Yaaba. Son objectif : ne jamais rater ce rendez-vous matinal avec ses clients. Il s’agit des élèves, des étudiants, des jeunes du secteur informel etc. Certains fonctionnaires même font escale chez Yaaba pour s’acheter des galettes qu’ils pourront discuter au bureau avant l’heure de l’ouverture officiel.

Luttant contre la fumée et la chaleur qui se dégage du foyer, elle met tout son cœur, tout son amour dans la cuisson de ce mets. Yaaba est comme le boulanger de Dassasgho, ce quartier de la ville de Ouagadougou. Ses beignets sont comme le pain.

Cette femme n’est pas la seule à obéir à ce qui est devenu un rituel pour elle. De nombreuses femmes font comme elle, Installées aux quatre coins de la capitale burkinabè, proposent chaque matin des beignets et/ou des galettes, de la bouillie etc.

Ces petites activités leur permettre de venir en aide à leurs familles, généralement pauvres.

Grâce aux bénéfices, elles soutiennent leurs enfants et leurs petits fils en achetant les fournitures scolaires ou en assurant les frais de scolarité. Les femmes sont le moteur du développement du Burkina Faso et de l’Afrique en générale.


Les cd piratés et la fermeture des salles de ciné

Le Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO) se tient du 28 février au 5 mars 2011. Une occasion pour les cinéphiles africains de découvrir les meilleurs films du continent  ces deux dernières années. Si ce cinéma africain essaie de se retrouver petit à petit, force est de reconnaitre que cet élan est freiner par le phénomène de la piraterie.

Des cd piratés

Les salles de cinéma se ferment de plus en plus en Afrique. Ouagadougou, capitale du Burkina Faso n’y échappe pas. Le virus en partie responsable s’appelle « piraterie ». Au marché et dans les rues, les CD piratés ont envahi la ville considérée comme la capitale du cinéma africain. Avec un lecteur à 12.500 francs CFA, le CD ou le DVD piraté ne coute plus que 600 Francs CFA. En  prime cinq à  six films piratés sur le seul support. Dans un tel contexte, plus besoin d’aller dans les salles de cinéma pour visionner un film à 1000 francs CFA en plus du prix de l’essence pour la moto et le parking. Si les films de Hollywood étaient les plus concernés par la piraterie, les films africains n’échappent pas non plus. Sur le marché, ils se vendent comme de petits pains.  Les films lauréats de l’Etalon d’or de Yennenga, la distinction suprême au Fespaco, tels que Sarraounia de Med Hondo (1987), Tilaï de Idrissa Ouédraogo (1991), Au nom du Christ de Roger Gnoan M’Bala (1993) Guimba de Cheich Oumar Cissoko (1995), Pièces d’identité de Mweze Ngangura (1999), Ezra de Newton Aduaka (2007) se retrouvent à seulement 600 Francs CFA sur le marché. Tous ces films peuvent même être compilés sur un seul cd.

Même les séries télévisées et les sitcoms ne sont pas épargnés. Sur un seul cd, le consommateur peut se retrouver avec plus 40 épisodes. Ceux qui ont raté les Bobodiouf avec Suké et Sidiki ou Ma famille avec les acteurs tels que Michel Gohou, Michel Bohiri, Akissi Delta etc. se rattrapent souvent au marché. Le pire, des films sont vendus avant même leur diffusion dans les salles de cinéma ou à la télé.

Même le face à face Gbagbo-Ouattara n'a pas échappé aux pirates

Sur la question du piratage des œuvres, l’opinion reste divisée. Si beaucoup réclament des mesures draconiennes pour lutter contre la piraterie, d’autres pensent qu’on ne peut rien faire contre ce phénomène. Pour ces derniers acheter un cd piraté, c’est  permettre à de jeunes garçons d’avoir 600 francs CFA. Ils pensent également que la piraterie fait la promotion des réalisateurs. Ils soutiennent aussi que cela est une occasion pour les pauvres de voir les films qu’ils ne pourraient pas voir dans les salles.

Penser ainsi, c’est ignorer les conséquences de ce fléau. A Ouagadougou, presque chaque arrondissement à au moins une salle de ciné. Malheureusement, il n’y a que trois d’entre elles qui  fonctionnent régulièrement: le ciné Burkina, le ciné Nerwaya et le ciné Oubri. Pour les autres , il y a plus de concert que de films en projection. La piraterie tue le cinéma africain. Derrière les jeunes qui se promenèrent sous le soleil avec les cd, se cachent des sangsues. L’économie du pays prend également un coup.

Les mesures énergiques  d’il y a environs cinq ans n’ont pas donné de résultats. L’heure doit être à la réflexion pour trouver le plan idéal pour contrecarrer la piraterie et permettre aux artistes de récolter les fruits de leurs semences.


Excision, difficile d’arrêter l’hémorragie

(source image: www.contre-dits.com)

La communauté internationale a célébré le dimanche 6 février 2011, la journée internationale de la lutte contre l’excision. Au pays des hommes intègres, malgré les campagnes de sensibilisation, la pratique reste fortement ancrée dans les mœurs, jusque même chez les plus intellectuels.

Le Burkina Faso a engagé la lutte contre l’excision depuis une dizaine d’années. Les chefs traditionnels et religieux se sont engagés aux côtés des autorités politiques pour éradiquer ce phénomène. Seulement, entre les discours et les actes, il y a un écart. Des intellectuels ont contribué à répandre l’idée selon laquelle cette lutte est une forme d’impérialisme, une invention des Blanc pour détourner les Noirs de leur coutume. Cela s’explique aussi par le fait que la lutte contre l’excision a été déclenchée depuis l’arrivée des prêtes blancs. Ouagadougou devrait en principe être l’épicentre de la lutte contre cette ablation pratique. Cependant, même les intellectuels ne semblent pas convaincus par les différents messages de sensibilisation. Beaucoup d’entre eux, en cachette, envoient les enfants au village pour les faire exciser.

La cérémonie de l’excision (dans certaines localités) a lieu généralement après les récoltes. Pour éviter tout soupçon, ces derniers font exciser leurs filles pour que la blessure se cicatrise avant la rentrée scolaire. Dans de telles situations, il est  presque impossible de dénoncer car « ce sont les grands types de Ouagadougou ». Plus besoin de nos jours de cérémonies rituels qui pourrait éveillés la vigilance.
Si l’engagement des chefs traditionnels et religieux, combiné aux mesures plus ou moins draconiennes des autorités politiques portent des fruits, les résultats ne sont pas ceux escomptés. Certains acteurs de la lutte ne sont engagés que devant les caméras et les micros. « Pourquoi peut-on circoncire les garçons et les filles ne peuvent pas être excisées ? ». Voilà la question que vous posent certains d’entre eux.

Au moins une femme séjournerait à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO) chaque année pour ces mutilations génitales. Quelques gouttes d’eau dans la mer. Malgré la prison, des cas de récidives sont enregistrés. Les pratiquantes seraient encore plus nombreuses à s’adonner à la pratique. Il arrive que des femmes évoquent l’influence de génies qui leur obligeraient à exciser. Pour ces genres de situations, arrêter devient encore plus difficile.

Les femmes sont les plus réfractaires à la lutte contre ce phénomène. Une fille excisée n’a pas encore acquis sa féminité. Cette conception est encore forte au Burkina Faso. « Le clitoris, c’est comme le pénis. Si on ne l’enlève pas, pendant les relations sexuelles, il suce le sang de l’homme », entend-t-on souvent dire. Pour cette raison, quelques filles adultes et non excisées se rendent au village en catimini pour se couper cette membrane. Des rumeurs de cas pareilles sont légions. Des familles l’exigent avant le mariage quand ils découvrent que la fille n’a pas été excisée.

Le gouvernement a appelé la population à dénoncer tout cas d’excision ou de tentative d’excision. Cet appel n’est entendu que par quelques fonctionnaires des villages reculés. Qui oserait dénoncer une vieille de soixante ans dans son village ? Les gens voient se taisent et laissent faire. Tout cela rend plus difficile la lutte contre l’excision au Burkina Faso. Le gouvernement doit revoir sa copie s’il veut que la lutte soit plus efficace. L’ennemie n’est pas toujours loin.


Réseaux sociaux : Facebook, la nouvelle drogue

Parler de réseaux sociaux, c’est parler de Netlog, skype, badoo, tweeterou encore l’un des plus populaires de tous facebook etc. Ce réseau social est devenu presqu’une drogue pour de nombreuses personnes. Difficile de passer une journée sans se connecter  soit pour lire des messages, soit les notifications ou les commentaires, les dialogues etc.

Facebook a changé le quotidien des jeunes Burkinabè. Plutôt que de passer un coup de fil à son ami, mieux vaut se donner rendez-vous sur facebook. Là, on peut tout se dire pendant des heures. Les jeunes Ouagalais utilisent ce réseau social pour donner ou rechercher des informations. Par exemples, les baptêmes, les mariages sont publiés sur cette plateforme. Ceux qui ont raté ces évènement peuvent par exemple revoir les vidés et les photos publiés.

Les jeunes sont les plus actifs. « Il est vraiment difficile de passer une journée facebook », confie Emmanuel Kambou, un étudiant. « A chaque instant, tu te demandes si quelqu’un n’a pas fait de commentaire sur ton mur ou sur un autre sujet » relève Kambou avant d’ironiser « Faire une semaine sans se connecter à facebook peut rendre malade». Ces affirmations traduisent également le ressentiment de plusieurs autres personnes.

En rentrant dans un cybercafé, le constat est que même ceux qui y sont pour autre chose ont ouvert une fenêtre pour consulter de temps en temps leur page.

Cette drogue s’est transportée dans les bureaux. Mais là, c’est le travail qui prend un coup. Pour pallier cela, certains services ont bloqué facebook. C’est ce que confiait un jeune homme en stage dans une institution à vocation international présente au Burkina Faso.

Facebook sert de pont entre les jeunes Ouagalais, Africains et même de partout dans le monde. Dans un contexte où il est de plus en plus difficile de se voir chaque jour, les jeunes ont choisi facebook pour rester en contact avec leurs amies. Emmanuel Kambou confie avoir retrouvé des camarades de depuis l’école primaire grâce à ce réseau social.

A Côté de cela, on constate que facebook est devenu un canal de libre expression. Rarement des censures sur les commentaires : tout de se dit et rien n’est sacrée.  Attention quand même à la vie privée des gens.

Pendant la campagne pour l’élection présidentielle du 21 novembre au Burkina Faso, le Président réélu Blaise Compaoré n’a pu résister à la forte tentation. Il a crée sa page. Bien, un vrai outil de propagande. Les entreprises commencent d’ailleurs à s’y mettre.

S’il brise facilement les frontières, facebook à quelques inconvénients. Certains passent toute une journée sur leur page. Difficile dans ce contexte de consacrer du temps aux amis. Fini les rendez-vous au « grin » de thé.

Néanmoins, on pourrait dire que c’est un pont qui relie des îles.