Boukari Ouédraogo

Témoignage de Rihanata Ouédraogo, sérépositive

La majorité des séropositifs vivent en Afrique. Malgré les discriminations dont sont victimes certaines personnes vivant avec le virus du VIH nombreux sont ceux qui se sont engagés dans la lutte contre le SIDA. Rihanata Ouédraogo, séropositive en fait partie. Cette dame âgée d’environs 45 ans  et qui  n’a pas eu la chance d’aller à l’école témoigne.

Je m’appelle Rihanata Ouédraogo et je réside au quartier Saint Léon de Ouagadougou.  Je suis une mère de cinq enfants. Je vis avec le virus du VIH/SIDA depuis cinq ans environs. Comment ais-je pu contracter cette maladie ?

Pour parler de cela, il faut que je remonte à la mort de mon mari. Il avait été malade pendant un long temps. Toutes les tentatives pour le soigner avaient échoué. Il décéda. Juste après la mort de mon mari, je suis tombée malade. Mon entourage et mes enfants croyaient que cela était dû au choc que j’avais subit après sa mort. Je reconnais bien que le décès de mon mari m’a beaucoup affecté. Mais il y’avait autre chose je ne savais pas. Après plusieurs semaines passées au lit, je me suis rendu à l’hôpital pour des examens. Les infirmiers m’avouèrent qu’ils avaient rien trouvé d’anormal.

Un jour, je suivais la télé avec l’un de mes enfants, j’ai entendu parler de l’Association des femmes Africaines Face au Sida (AFAFSI) une structure qui apporte appui et conseils aux personnes séropositives.  Comme j’avais des doutes sur ce dont je souffrais, j’ai préféré m’y rendre pour avoir le cœur net. Mes enfants m’y emmenèrent. Après des échanges avec les responsables du centre, on décida de faire le test de dépistage.  Je me rappelle qu’à l’époque, lorsqu’on apprenait qu’une personne était infectée par le virus, c’était grave ! Les gens avaient vraiment peur. C’était la maladie de la honte parce qu’on disait que seuls ceux qui pratiquaient le vagabondage sexuelle étaient contaminés. Pour cela, on était mal vu dans la société. Je me pris mon courage a deux mains je me soumis au test.

Une semaine plus tard, accompagnée de mes enfants, je suis allée au siège de l’association pour prendre connaissance des résultats.  Mes enfants ont été priés de quitter la salle, c’était  confidentiel. La première question que l’on m’a posée était de savoir ce que je ferai si le résultat était positif. Je leur ai répondu que je me suiciderai parce que cette maladie était celle de la honte. Si ma famille et aussi ma belle-famille apprenaient cela, ce ne sera pas  bon pour mon image de femme respectée dans mon quartier. La solution pour moi, c’était le suicide.

Effectivement, le résultat du test était positif. J’ai cru que j’allais mourir. Mais grâce aux conseils des agents, je ne me suis pas suicidée. Ils m’ont fait comprendre que j’avais une chance de vivre plus longtemps. Il me suffisait de prendre les antirétroviraux. Ils m’ont aussi demandé de penser à mes enfants qui avaient déjà perdu leur père. Effectivement, en imaginant qu’en mourant, mes enfants pourraient rester dans la tristesse et la désolation, je me suis fait une raison. J’ai accepté de supporter ma sérépositivité.

Voilà bientôt six  ans que je suis séropositive. Je n’ai pas hésité à déclarer mon statut à mes enfants qui sont de grands garçons.  Ce sont mes principaux soutiens. Depuis qu’ils savent que je séropositive, ils sont devenus encore plus proche de moi et plus attentionnés. En voyant tout cela, j’ai même eu honte d’avoir pensé au suicide.

De façon discrète, j’essaie de convaincre d’autres personnes de se faire dépister. Depuis que je prends les antirétroviraux, je n’ai jamais eu mal à la tête, ni au ventre.

Pour moi le Sida existe aujourd’hui à cause du vagabondage sexuel, la dégradation des mœurs.  Je sais qu’on peut le contracter par d’autres voies. Mon plus grand souhait est que les jeunes amoureux s’abstiennent jusqu’au mariage. C’était le cas à notre époque. Mais sachant que beaucoup de jeunes n’arrivent pas à le faire, je leur conseil d’utiliser le préservatif.



L’histoire du rap burkinabè

Smockey

Le mouvement hip hop a fait son entrée au Burkina Faso  dans les années 1990. Avant, les amateurs du rap burkinabè écoutaient le Positive Black Soul du Sénégal, MAM de la Côte d’Ivoire. Pendant  longtemps, les jeunes rappeurs faisaient entendre leur flow sur les antennes des radios ouagalaises. Mister P serait l’un des premiers animateurs d’émissions rap au Burkina Faso. Sa maitrise parfaite de l’anglais lui permettait de traduire les messages des rappeurs américains en français. Mais le premier à mettre un album sur le marché est Basic soul avec « Arrêt sur image ». Le titre éponyme de cet album est aussi le titre phare. Un morceau de sensibilisation sur le Sida. Ses textes poétiques et ses refrains généralement inspirés des rythmes du terroir ont assuré le succès de l’artiste.

Basic Soul- ça va aller

 



Il fut aussi le premier à réaliser des featurings avec des artistes traditionnels alors que cela semblait impossible à son époque. Le succès de Basic Soul n’était pas garanti à cause de l’hostilité envers le rap, considéré comme une musique de voyou. A la suite de Basic Soul, des compiles pour booster le mouvement commencent à voir le jour avec Chronik Noir. Ce projet regroupait des rappeurs qui n’avaient pas encore d’album sur le marché. Certaines figures de proues du rap burkinabè tels que Wenten Clan se sont révélées grâce à ce projet.

Mais, il a fallu attendre l’arrivée de celui qui est considéré aujourd’hui comme le pape du rap burkinabè pour voir le printemps de ce mouvement. Avec son studio Abazon, Serge Bambara alias Smockey réalise un compile La part des ténèbres. A travers ce concept il donne ainsi une chance à de nombreux jeunes rappeurs qui n’avaient pas l’opportunité et les moyens financiers de rentrer en studio de réaliser leur premier titre. Wed Hyack, Yeleen, Faso Kombat (les enfants du Faso)  2Kas sont des révélations du studio Abazon. Smockey met sur le marché son propre disque Épitaphe en 2001. Cet album connait un grand succès grâce à ses textes bien écrits et sa musique inspirée du terroir.

Smockey- A qui profite le crime

 

Le titre « Yaaba » est même apprécié par « la vieille génération » (opposée au départ à ce genre musical dont les textes sont considérés incompréhensibles). Grâce à Abazon, Chronik Noir et d’autres studios, des groupes tels que Les diplomates, Les Black Marabouts, La  Censure, les Sofas, Yeleen, Faso Kombat, Clepto Gang, OBC, Pirratack sortent leur premier album.

La censure-Virée des Lascars

Black Marabouts- A qui la faute?

C’est le printemps du rap et de la musique burkinabè. Des groupes se forment dans des quartiers, les concours se multiplient. Le festival Waga Hip Hop est crée pour accompagner le mouvement. Aujourd’hui, ce festival permet aux rappeurs africains de se retrouver dans la capitale burkinabè à travers des concerts, des ateliers de formations en écriture, des concours etc. Toutes ces initiatives ont fait dire au Professeur Lu, ancien chroniqueur rap pour le journal Planète Jeune que Ouagadougou est la capitale du rap africain.

Faso Kombat (les enfants de la patrie)- Martyr

En décembre 2003, Madson junior âgé de seulement sept ans sort son premier album sous la coupe du groupe Yeleen et de Smockey. La voix de Madson Junior traverse les frontières du Burkina. Il reçoit en 2004, le Kora de l’espoir africain en Afrique du Sud.

Les rappeurs burkinabè seront divisés entre deux genres musicaux que sont le rap hardcore et  le rap d’inspiration traditionnelle. Dans ce débat de « rap pur » ou de « vrai rap », la raison reviendra aux partisans de l’Afro rap. Il n y a pas de rivalité réelle entre les groupes de rap au Burkina Faso mais les mélomanes se retrouvent plus dans des rythmes inspirés du terroir, comme l’ont compris les groupes Faso Kombat et Yeleen, fervents défenseurs de ce style. Ils sont aussi les deux meilleures formations du moment et les plus écoutés. Ce sont également les deux groupes qui voyagent le plus. Aujourd’hui, le flambeau de l’Afro rap est tenu par des groupes tels que Duni Yam, K-djoba et Playerz.

Players-Afrikaye

Ces formations connaissent le même succès que leurs devanciers et bénéficient surtout de leur soutien. Le maitre incontestable du rap au Burkina Faso est Smockey à l’aise dans tous les styles et résolument engagé à travers ses textes profonds et provoquant. Smockey célèbre cette année 2011, les dix ans de sa carrière musicale. Il a sortie en 2009,  le compile La part des ténèbres 2.

K-DJOBA – Boingninga

D’autres rappeurs bien qu’ayant du mal à s’imposer sur la scène musicale sont très respectés dans le milieu, parmi ces derniers, Basta Genga. Cet artiste de l’underground a réalisé de nombreux featurings. Il est considéré comme l’un des meilleurs rappeurs du Burkina.

Wed Hyack – Humanite Troublee

Le rap est considéré comme l’un des premiers moyens de libres expressions. C’est à travers ce mouvement que l’on a entendu pour la première fois des expressions « assassins » dans la musique au Burkina Faso.  « Ouaga c’est pas les Stats » un titre de Smockey (Épitaphe) en est un exemple. Presque tous les artistes rappeurs ont écrits des textes engagés et n’hésitent pas à exprimer cet engagement lors de leurs concerts.

Yeleen- Le chemin de l\’exil

Près de 20 ans après l’éclosion du rap au Burkina, le constat de nos jours, est que d’autres genres musicaux dont le coupé décalé ont contribué à la baisse de l’euphorie d’antan. Néanmoins, les rappeurs ne baissent pas les bras et continuent à mettre sur le marché, des albums de belles factures. Sadu, animateur d’émission rap à la télévision nationale du Burkina Faso essaie de maintenir la flamme du mouvement hip hop à travers l’organisation de concours de rap, de graffiti, de slams etc. essaient de maintenir la flamme de ce mouvement.

Smockey- Votez pour moi


Les syndicats burkinabè appellent à marcher sur l’ensemble du territoire le 8 avril 2011

Après la fermeture des établissements publics au Burkina Faso, la suspension des œuvres sociales à l’Université de Ouagadougou, la coalition de lutte contre la vie chère, la corruption, la fraude, l’impunité et les libertés (CCVA) une structure dont est membre l’Union National des étudiants du Burkina (UGEB), a organisé un meeting le samedi 19 mars 2011 à la bourse du travail de Ouagadougou. A l’issue de ce rassemblement, les organisations syndicales du Burkina ont décidé d’une marche le vendredi 8 avril 2011. 

 

 

 

Tous les syndicats se sont retrouvés au cours du meeting du 19 mars 2011

 

 

Sécurité renforcée au niveau du premier ministère, de la télévision nationale du Burkina, au Conseil économique et social , au gouvernorat située à une trentaine de mètres de la bourse du travail où devait se tenir le meeting organisé par la coalition de lutte contre la vie chère, la corruption, la fraude, l’impunité et les libertés (CCVA), les autorités burkinabè avaient tout mis en œuvre au cas où la situation devaient dégénérer. Rassemblés depuis 7 heures à la bourse du travail, les participants au meeting en majorité des étudiants scandaient des slogans :

 « L’impunité au Burkina Faso, ça suffit !

 

L’assassinat des élèves et étudiants ça suffit !

La fermeture intempestive des classes ça suffit ! » etc.

L’objectif de ce meeting selon le président du CCVA Tolé Sagnon est de protester contre la répression en cours dans le milieu scolaire et universitaire consécutive aux affrontements et manifestations suite à la mort de l’élève Justin Zongo. A cette préoccupation des étudiants, s’ajoutent des protestations contre les résultats de la dernière rencontre annuelle gouvernement-syndicats.  Tolé Sagnon a appelé tous les travailleurs du secteur public et du privé à une grève de 72 heures sur toute l’étendue du territoire nationale le vendredi 8 avril 2011. A Ouagadougou, la marche sera suivi d’un meeting à la bourse du travail. Il a appelé les étudiants et les travailleurs à faire en sorte que cette marche se déroule dans le calme.

Tolé Sagnon

La Coalition nationale de lutte contre la vie chère, la corruption, la fraude, l’impunité et pour les libertés (CCVC) a voulu témoigner son soutien à la lutte engagée par les élèves et étudiants depuis la mort « suspect » de l’élève Justin Zongo « ainsi que leurs camarades tués au cours de la répression sanglante de leurs mouvements ». Tolé Sagnon, le président de la CCVC a condamné la répression des scolaires ainsi que la « campagne d’intoxication » et de « diabolisation » de leur lutte en plus des « fermetures intempestives des établissements d’enseignements ainsi que les suspensions abusives des œuvres universitaires ».

Il a exigé que la lumière soit faite sur ces assassinats et la punition des auteurs de ces actes. Pour Tolé Sagnon  « les tueries de Koudougou sont donc constitutives d’un système de gouvernement, un système dans lequel l’impunité a toujours constitué la règle d’or et dans lequel les libertés sont constamment bafouées et foulées au pied. » il ajoute aussi que « cinquante ans après les indépendances, les commissariats de police et les hommes en tenue inspirent toujours une peur bleue au citoyen, la même qu’il éprouvait vis-à-vis de l’administration coloniale ».

L’Union générale des étudiants du Burkina (UGEB) présidée par Moumouni Derra qui est la structure mère des associations nationales des étudiants du Burkina (ANEB) reçoit ainsi un soutien important de presque tous les syndicats du Burkina Faso.

Après la fermeture des établissements publics, la suspension des œuvres sociales, Tolé Sagnon a souhaité un soutien « sous quelle que forme que se soit, aux étudiants déguerpis des cités universitaires de Ouagadougou, Bobo Dioulasso, Koudougou qui se sont vu refuser l’accès aux restaurants et aux autres œuvres sociales. Chants, slogan etc. ont poncuté ce meeting qui a même pris des allures d’un mini-concert.

Pour ce qui concerne le dossier Justin Zongo, le gouvernement a annoncé que deux policiers ont été inculpés et devront passer devant le juge bientôt.

Les sept disparus consécutifs aux évènements de Koudougou

Justin Zongo, élève de 3ème au lycée municipal de Koudougou

Wendkuni Kissou, étudiant en 1ère année de Sciences économiques et Gestion

Michel Bouda élève en classe de 5ème au CEG de Kindi

Amed Zougba élève de l’école centre de Poa

Issa Bado apprenti mécanicien dans un garage à Koudougou

André Dabiré, policier


Services sociaux suspendus, les étudiants chassés des cités universitaires

Les étudiants de l’université de Ouagadougou sont dehors. Après les manifestations nées de la mort « suspecte » de l’élève Justin Zongo, les autorités ont décidé de la fermeture des établissements d’enseignement public. Tous les services sociaux dont bénéficiaient les étudiants sont suspendus. Obligés de libérer leur chambre des cités universitaires, ils sont des réfugiés…


Ce que redoutaient les étudiants après l’annonce de la fermeture des établissements d’enseignements publics est effective. Toutes les cités universitaires ont été fermées et les étudiants priés de libérer les chambres le jour même où le gouvernement publiait son communiqué. Abattus et ne sachant pas où aller pour la plupart, ils quittés leur chambre sous l’œil vigilant de la gendarmerie comme l’affirmait certains. En plus de cela, tous les restaurants universitaires sont fermés et l’aide (150.000 francs CFA) et le prêt (200.000 francs CFA) octroyés aux  étudiants non boursiers sont suspendus. Les bourses aussi. Une situation difficile. Presque personne n’avait eu le temps de se préparer à une telle éventualité. Les congés ont été anticipés et la reprise des cours est prévu normalement pour le 26 mars.

En réalité, ce n’est pas la première fois que es étudiants vivent une situation pareille. En 2008, ils avaient connu le même sort après les manifestations du 17 juin 2008 qui avaient conduit à une course poursuite entre étudiants et forces de l’ordre.

Cette décision va-t-elle mettre fin à la crise ? Pas vraiment sûr. Des marches seraient prévus à la reprise des cours pour réclamer justice pour Justin Zongo décédé le 20 février 2011 dans des conditions non encore élucidées (deux policiers ont été inculpés) mais également pour Flavien Nébié, un autre élève abattu par un policier à Boussé une ville situé à une centaine de kilomètres de Ouagadougou. Les étudiants réclament également la reouverture du dossier Norbert Zongo et que la lumière soit faite sur la disparition  en 1990 de Boukary Dabo étudiant en 7ème année de médecine.

Le mardi 15 mars 2011, des affrontements avaient déjà eu lieu entre gendarmes et étudiants dans le quartier Zogona qui abrite l’Université de Ouagadougou.