Boukari Ouédraogo

Suy Kahofi, le blogeur d’Abidjan

Suy Kahofy est un journaliste ivoirien  devenu également blogueur affirmé à la faveur de la création du concours et de la plateforme Mondoblog.  Celui qui raconte « La Côte d’Ivoire au jour le jour » s’est d’abord initié à la pratique du blog par le projet Avenue 225. Son (mondo)portrait.

Suy Kahofy, le blogueur de la capitale économique ivoirienne

«  La Côte d’Ivoire au Jour le Jour » est un bon blog qui a beaucoup fait parler de lui pendant la crise post-électoral qui a secoué la Côte d’Ivoire . Dans un contexte difficile, ce blog a été une véritable source d’informations pour les Ivoiriens vivant en Côte d’Ivoire et aux expatriés. Au délà des informations données par les journaux traditionnels, ce blog a constitué une source d’information pour les journalistes et tous ceux qui avaient besoin de s’informer sur le pays de l’ancien Président Félix Houphouet Boigny.

Tout en restant neutre dans ses écrits, Suy Kahofi était comme une caméra sur la ville d’Abidjan et la Côte d’Ivoire, racontant au jour le jour les péripéties et les rebondissements sur la crise ivoirienne. Avec sa casquette de journaliste-bloggueur, il sillonne les quartiers d’Abidjan pour raconter le quotidien de ses compatriotes. Son blog est régulièrement alimenté avec des billets toujours accrocheurs.

A une période où Abidjan était coupé du monde, pendant que les différents milices s’affrontaient dans cette ville, alors que les médias de partisan  de Laurent  Gbagbo ou de Alassane Ouattara ne paraissaient plus, le blog de Suy Kahofy était une véritable source d’information pour les médias internationaux. Malgré son courage, il a du fermer pendant quelques temps à cause du manque de connexion ou la difficulté de s’aventurer dans les rues d’Abidjan. Les différentes milices ne faisaient plus tout à fait la distinction entre journalistes et « rebelles »

Sa liberté de ton s’est faite remarquée par les Bob’s, prix récompensant les meilleurs blogueurs chaque année. Suy Kahofy a été nominé dans la catégorie Droit de l’homme.  Même s’il analyse souvent la situation sociopolitique de son pays, Suy Kahofi préfère donner la parole aux Ivoiriens. C’est pourquoi il donne rarement son point de vue se contentant très souvent de compte rendu et de reportage. Suy Kahofi est surtout un journaliste de radio mais cela ne l’empêche pas pour autant d’écrire pour le papier ou sur la toile. Le blogeur d’Abidjan, natif de Dimbokro, ville située à 240km au nord d’Abidjan, la capitale économique de la Côte d’Ivoire, se sent libre lorsqu’il se retrouve sur sa plateforme en témoigne ces propos recueillis il y a quelques mois :

Mes patrons et la loi me couvrent pour le travail que je fais à la radio mais ce que j’écris n’engage que moi et moi seul. Ici (sur le blog) personne ne me dit fais ça ou fais ceci ou livre le papier pour le journal de midi. C’est aussi cette liberté que j’aime avec le blog.

Bientôt deux ans que ce dernier découvre le blogging grâce au projet Avenue 225. Mais, c’est avec le projet Mondoblog qui regroupe 100 blogueurs francophones sélectionnés par un concours initié par l’Atelier des Médias de Radio France Internationale. Il était parmi les 20 meilleurs blogueurs du concours Mondoblog qui devait retenir 20 (une trentaine sera retenue à la fin) candidats pour une formation au Sénégal et au Cameroun. La popularité du blog de Suy Kahofi « La Côte d’Ivoire au jour le jour » est telle qu’une grande personnalité retenue à l’Hôtel du Golf, lui demanda un jour « Mondoblog, ça existe toujours ? » C’est encore la preuve que tous les acteurs de la crise ivoirienne ont utilisé sa plateforme comme source d’information et qu’il a été au cœur de la crise ivoirienne.  


Décès du journaliste Michel Congo : 10 ans après, les assassins se cachent toujours

21 octobre 2001-21 octobre 2011. 10 ans que le jeune étudiant en journalisme au département de communication et journalisme ancien Arts et Communication et également journaliste au défunt quotidien 24 heures a été assassiné sauvagement.

Michel Congo assassiné à 23 ans

Qui a tué Michel Congo? Pourquoi ? Voici des questions que se posent les promotionnaires, la famille, les journalistes et les étudiants 10 ans après l’assassinat sauvage de cet étudiant en journalisme en fin de cycle et précédemment journaliste au quotidien 24 heures qui n’existe plus. Le mystère reste entier. Rien ne pouvait laisser imaginer l’assassinat de ce jeune de 23 ans « sympathique, serviable, sociable etc.) Le 21 octobre 2001, le corps de Michel Congo est découvert dans sa chambre égorgé, le visage défiguré. L’horreur de ce crime odieux a ébranlé la famille de la presse burkinabè, de la victime et de tous ceux qui le connaissaient au département de communication et journalisme. Qui pouvait en vouloir à un jeune garçon si sympathique, serviable, toujours disponible pour les autres ? Une question qui torture jusqu’au aujourd’hui ceux qui ont connu Michel Congo.

Des enquêtes ont été menées sans que la justice ne puisse mettre la main sur les auteurs de ce crime abominable. Même le jugement de cette affaire a porté sur des affaires de mœurs et l’inculpé a été relâché. Certains de ses promotionnaires comme Hervé Taoko (Michel était son ainé au département de Communication et Journalisme de l’Université de Ouagadougou), rédacteur en chef du journal « Le Reporter » et ayant travaillé avec lui au quotidien 24 heures pense que l’enquête a été bâclée. D’après, lui certains prisonniers comme Hyacinthe Kafando se seraient confiés au père Celestino sur l’assassinat de Thomas Sankara, Norbert Zongo etc. Le père Celestino qui était un ami de Michel Congo fervent chrétien, auraient pu livrer des secrets à Michel Congo. Taoko relève que deux de ses carnets de notes auraient disparus.Un prisonnier avait été assassiné le père Celestino à la Maison d’Arrêt et de Correction de Ouagadougou (MACO) à l’aide d’une hache . En plus, le jeune journaliste du journal « 24 heures » a été l’objet de menace après la publication d’un compte rendu sur l’éviction du président de l’Union Nationale des Étudiants du Faso (UNEF) à l’époque. Interpelés, Les signataires ne se reconnaissaient pas dans la lettre envoyée au journal. Mystère! Pour Hervé Taoko, si l’enquête avait été bien menée, les coupables d’un crime aussi odieux auraient déjà été arrêtés. Certains comparent l’assassinat de Michel Congo à celui de Norbert Zongo, journaliste du journal l’Indépendant tué le 13 décembre 1998.

Michel Congo était le benjamin d’une famille de trois enfants. Né au Sénégal le 17 août 1978, Michel Congo a d’abord fait ses études primaires à l’école catholique Saint Pierre de Dakar avant d’obtenir son baccalauréat série A au Lycée Demba Diop de Mbour (Sénégal). Il décide de rejoindre son pays le Burkina Faso après l’obtention de son BAC sur proposition de sa sœur afin passer le test de journalisme au département de Communication et Journalisme à l’époque appelé Arts et Communication. Il est admis au test d’entrée lors de l’année universitaire 1996-1997. Ce département proposant trois options à savoir « Communication pour le développement », « Relations publiques et communication d’entreprise », « journalisme », Michel Congo choisi sans hésiter pour la dernière option à sa troisième année. L’année universitaire 1999-2000 étant invalidée, le benjamin de la promotion, effectue des stages pratiques à la télévision nationale du Burkina et à l’hebdomadaire « Journal du Jeudi (J.J) » avant d’intégrer l’équipe du quotidien « 24 heures » un journal du groupe JJ. La rigueur de sa plume, son dévouement au travail font de lui, un talent montant du journalisme burkinabè avant que des assassins attentent à sa vie le 21 octobre 2001. Aujourd’hui, les coupables courent toujours. Pourtant, la consolation des parents aujourd’hui est de savoir qui a tué Michel Congo et pour quelle raisons. Mais comme on le dit souvent « Dieu a Donné, Dieu a repris, que son âme repose en paix ».


« Les mangeuses d’âmes » de Ouagadougou

Le centre Delwende (en mooré, la langue la plus parlée au Burkina signifie remet toi à Dieu) de Tanghin , un quartier de Ouagadougou, est bien connu des Burkinabè. Il abrite en son sein des femmes d’un âge avancé soupçonnées d’être des sorcières. Je vous parle dans ce billet, de celles qu’on appelle « Les mangeuses d’âmes ».

 

Des femmes du centre Delwende de Ouagadougou (ph Sidwaya)

La sorcellerie existe-t-elle ? Sur la question, l’opinion des Burkinabè semble partagée. Pendant d’autres pensent mordicus que la sorcellerie existe belle et bien, d’autres estiment qu’il s’agit d’une idée préconçue. J’ai déjà rencontré ces « mangeuses d’âmes » à Ouagadougou. Comme tous les Burkinabè, j’avais déjà entendu parler de ces vielles femmes, accusées de sorcellerie et logées au centre Delwendé de Ouagadougou dans le quartier de Tanghin. Ma première rencontre avec dames a eu lieu le dimanche 6 septembre 2009 cinq jours après la pluie du 1er septembre qui avait causé des inondations dans la capitale burkinabè. Ce jour là, la première dame du Burkina Chantal Compaoré devait rendre visite aux sinistrés et particulièrement aux « mangeuses d’âmes » dont le centre d’accueil avait été envahi par les eaux. Stagiaire dans un quotidien burkinabè, j’ai accompagné une journaliste lors de la tournée de cette dernière dans les différents sites d’accueils des personnes sinistrées. Elles avaient été installées dans une école du même quartier. Ce que j’ai vu m’a beaucoup choqué. Elles avaient presque toutes dépassées la soixantaine. La mine défaite, habillées de haillons, pieds nus, elles étaient entassées dans les salles de classes. La question que je me suis posée est de savoir comment autant de vielles pouvaient se retrouvés dans un même endroit. Ce n’est pas  comme ça que les vieux sont traités en Afrique. Dans une salle où étaient logés les plus faibles, les femmes étaient au bord de l’agonie. La salle dans laquelle elles étaient logées puait de l’urine. Une puanteur qui vous accueillait dès l’entrée. Certaines avaient des blessures ou pullulaient presque des verts.

Voir de mes propres yeux

Quelques mois après, je suis allé au centre Delwendé, que ces « mangeuses d’âmes » avaient rejoint pour voir dans quelles conditions elles vivaient. Des histoires déconseillaient d’approcher le centre. Ma première surprise est que j’ai vu une fille de 6 ans venue acheter des arachides avec l’une « des mangeuses d’âmes ». Selon ce qu’on racontait concernant ces sorcières, elles seraient capables du simple regard de dévorer un individu. Ce dernier mourrait subitement une fois rentrée chez lui ou en circulation. Je voulais échanger avec les gestionnaires du centre mais ils étaient tous sortis en attendant leur retour, j’observais ce qu’il y avait autour de moi.

Odile la mangeuse d’âmes par OuagadougouNews

« Le jury du prix RFI-Reporters sans frontières et l’Organisation internationale de la Francophonie a distingué le burkinabé Simon Gongo, étudiant en journalisme et communication à l’université de Ouagadougou comme lauréat dans la catégorie Radio du prix « Jean Hélène », pour son reportage intitulé « Odile, la mangeuse d’âmes ». Il retrace l’histoire d’une femme de 55 ans accusée de sorcellerie. D’abord expulsée par son mari, elle sera ensuite rejetée par son époux et sa famille. Elle va errer dans la nature pour se retrouver mendiante dans les rues de Ouagadougou. Dans la capitale burkinabé, elle aura la vie sauve grâce à une structure qui la récupère. C’est la situation d’environ cinq cents femmes hébergées par des structures d’accueils à Ouagadougou« .

« Les mangeuses d’âmes » du Centre Delwende sont assez bien organisées. A l’entrée, juste à droite, il y avait de grandes marmites posées sur des foyers. Une dizaine de femmes préparaient du riz. Elles devaient être chargées de cuisiner pour leurs camarades. Celles qui ne cuisinaient pas étaient en train de filer du coton. Cependant, j’ai pu voir quelques femmes en train de préparer pour leur propre compte. Au milieu de la cour, une jeune femme, vendait du poisson fumé. Elle ne faisait pas partir du centre mais était juste venue vendre sa marchandise.

Sur le flanc d’un mur, une fille échangeait avec une pensionnaire du centre. J’ai d’ailleurs pu échanger avec elle. Selon ce qu’elle m’a fait comprendre, cette dame était sa mère. Elle a été bannie de sa famille et personne d’autres à part elle ne pouvait rentre lui rendre. Si quelqu’un le faisait, cette personne mourrait. Elle avait apporté du riz à sa maman. Lorsque ses frères voulaient donner quelque chose à leur mère, ils passaient par elle sans que les autres membres de la famille ne soient informés. Ce jour là, je voulais échanger avec certaines d’entre elles, mais personne ne pouvait me parler tant que les responsables n’étaient pas là. Lorsque ces derniers revinrent, ils me demandèrent d’adresser une demander à la mairie avant de pouvoir parler leur parler.

Les Burkinabè croient en l’existence de la sorcellerie

La question de la sorcellerie est un vrai problème au Burkina Faso. Ce qui est incompréhensible, les personnes accusées de sorcellerie sont généralement les femmes pour la plupart âgées, sans soutien et marginalisées. La sorcellerie est-elle pratiquée uniquement par les femmes ? Non vous répondront tous ceux qui croient à cette pratique. Pourtant, seulement les femmes sont chassées du village. Dans sa livraison du 16 septembre 2011, le journal Le Pays dans sa rubrique Pot-pourri, faisait état de découverte d’ossements humains sous le lit d’un sorcier mort brutalement. Le cas de ce dernier était connu de tout le village mais jusqu’à sa mort personne n’a osé le chasser du village.

Des films ont été réalisés par des Burkinabè dont le dernier en date est « Delwendé lève toi et marche » du réalisateur burkinabè Saint-Pierre Yaméogo. Dans ce film, l’auteur montre l’absurdité de la politique d’exclusion des « mangeuses d’âmes ». Le réalisateur Idrissa Ouédraogo est également revenu sur le sujet dans son film Yaaba, prix spécial du jury lors du Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO) de 1989. Lors de l’édition de 2011, j’ai pu constater que le phénomène existait également au Ghana. Un documentaire « Witches of Gambaga » évoquait également la question. Tout comme au Burkina, ce sont les femmes sans soutien, vivant seules qui sont accusées de sorcellerie lorsqu’il y a une mort brutale.

D’une manière générale, beaucoup de personnes pensent que la sorcellerie existe même s’ils reconnaissent que ce sont des innocents qui sont la plupart du temps accusés de la pratiquer. Sinon, pourquoi ce sont uniquement les femmes qui sont accusées alors que les sorciers, souvent bien connu de tous, ne sont pas inquiétés ? Pourquoi ? Parce qu’on peut s’en prendre plus facilement aux femmes.

Je vous propose un papier écrit sur la sorcellerie paru dans un journal burkinabè

Dans la commune rurale de Zogoré, l’on ne cesse toujours de s’interroger sur ce qui s’est passé dans ce village situé à 7 km du chef-lieu de la commune. Les faits sont accablants et suscitent la curiosité de bon nombre d’habitants du département de Zogoré. Qu’en est-il exactement ? S.B est natif de la commune de Zogoré, bien connu des habitants à cause de ses activités de maraboutage. Régulièrement fréquentable, il est apprécié de tous, surtout par la gent féminine. Respecté, oui, mais aussi craint à cause justement de sa puissance occulte. Propriétaire d’un vaste champ de mil, il devait solliciter les villageois à venir l’aider à le cultiver. La veille, il alla au marché de Zogoré pour s’approvisionner en condiments.De retour chez lui à la maison, S.B meurt brusquement. Une mort jugée très suspecte par les parents du défunt, pour qui ce genre de décès est tout sauf fortuit. Cette mort est provoquée et il faut trouver coûte que coûte le coupable, selon eux. C’est ainsi qu’ils firent le tour des charlatans les plus réputés de la localité pour en avoir le cœur net. Les deux premiers voyants leur firent savoir que S.B est victime de ses propres actes. Le troisième voyant leur dit la même chose et fait d’autres révélations. Il suggéra à ces visiteurs de repartir soulever le lit de leur frère et constater ce qui s’y trouve.

Dès qu’ils suivirent exactement les récommandations du charlatan, ils furent surpris de découvrir un squelette humain se trouvant dans une caisse, le tout dans un trou profond. Selon les dires des habitants, les os sont ceux d’un bébé et les côtes étaient visibles. Les ossements ont été enterrés séance tenante sur recommandation des sages du village. Par la suite, les pluies étaient rares dans le village d’où est originaire S.B, tandis que toute la commune était abondamment arrosée. De commun accord, les sages du village décident de procéder à la profanation de la tombe de S.B. Le même jour dans la soirée, une pluie diluvienne s’est abattue sur la bourgade. Depuis, les deux veuves de S.B sont devenues la risée de tout le village.


Nouveaux bacheliers burkinabè, bienvenus à Guantanamo (Université de Ouagadougou)

Il y avait de l’émotion le jour de la délibération du baccalauréat dans les différents lycées du Burkina Faso. Les candidats admis ont sauté de joie en entendant leurs noms ou en les voyants affichés sur des tableaux. Ils ont crié : « enfin l’Université » sans savoir ce qui les attends réellement sur le campus de Zogono (l’Université de Ouagadougou) encore appelé Guantanamo.

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Les nouveaux bacheliers ont fini leurs inscriptions à l’Université de Ouagadougou même si l’administration est en train d’organiser une session pour les retardataires. « Guantanamo », c’est par ce nom que les étudiants burkinabè surnomment l’Université de Ouagadougou. « Guantanamo », c’est également le nom de la célèbre prison américaine située au Cuba et où sont enfermés les plus grands terroristes. Elle est également vue comme l’un des plus grands centres de torture du monde. Si l’on surnomme l’Université de Ouagadougou ainsi, c’est que la prison de Guantanamo  a fait parler d’elle surtout  à cause donc des conditions de détention de ses prisonniers. Les étudiants comparent les difficultés qu’ils connaissent aux tortures que subissent les prisonniers  de cette prison. « Guantanamo » n’est pas le seul surnom de l’Université de Ouagadougou. Les étudiants l’appellent aussi le « Calcio » en référence au championnat italien la série A. Si aujourd’hui la premier league (le champion anglais) est considérée comme le championnat le plus dur, le surnom « Calcio » s’explique par le fait que le championnat italien, il y a quelques années était considéré comme le plus difficile au monde. Les défenses italiennes sont rigoureuses et il faut être un attaquant de grande classe, de talent exceptionnel comme Georges Weah à l’époque, ou récemment quand Samuel Eto’o jouait à l’Inter Milan, pour pourvoir marqué des buts. « En Italie, soit l’attaquant passe et le ballon reste ou le ballon passe et l’attaquant », c’est l’idée qu’avait les Burkinabè du championnat italien. Cela signifie qu’un attaquant ne peut pas traverser la défense  sans laisser des plumes. « Le Calcio » parce que seuls les étudiants surdoués peuvent échapper à la sévérité des professeurs considérés comme des défenseures du championnat italien. Lorsqu’un étudiant réussit quatre d’années d’études sans reprendre une classe ou aller en session (nous en parlerons plus loin), il est respecté. C’est un surdoué. Car il s’agit d’une sélection naturelle. Mais ce n’est pas le plus fort qui survit mais le plus malin.

La course pour le maillot jaune

Les nouveaux bacheliers ont « arrosé » leur diplôme. Arroser les diplômes, c’est fêter le succès au baccalauréat avec ses amis au cours d’une soirée. S’ils savaient ce qui les attendait  à Guantanamo ou dans le Calcio, ils garderaient leur joie pour eux même. D’abord, le premier obstacle auxquels ils devront faire face est de prendre le « maillot jaune », c’est-à-dire faire tout pour être au premier rang. « Le maillot jaune » est  bien sûr une expression du cyclisme. Le détenteur du « maillot jaune »  (en générale et pour le tour de France et du Faso en particulier) est le vainqueur au temps d’une compétition de cette discipline sportive. « Maillot jaune », parce que l’étudiant doit se lever tôt le matin pour faire le rang d’abord afin de pouvoir déposer à temps les dossiers de candidatures pour la demande de place. C’est celui qui arrive le plus tôt qui a la première place.  Il remporte donc le « maillot jaune ». On l’appelle « maillot jaune » ou « maillot » tout simplement.

 

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Le problème, c’est que presque tout est question de « maillot jaune » à Guantanamo. Pour le dépôt des dossiers de candidatures, le retrait des fiches d’inscription, les demandes d’orientations, les inscriptions pédagogiques, les inscriptions académiques, pour chier, payer des tickets pour le restaurant, aller au RU etc.,  En parlant du RU, Il s’agit de l’abréviation du restaurant universitaire. Imaginez-vous, des étudiants prendre « le maillot jaune » à 8 heures alors que le service du repas commence à 10 heures. Ceux qui attendent l’heure du service pour prendre le rang peuvent espérer un hypothétique plat de riz gras non accompagné de poisson comme c’est le cas habituellement. En plus, ils ne peuvent pas faire de choix. Le plat préféré des étudiants est  le « dègué », une sorte de yaourt mélanger à de la farine de mil. Alors pour avoir ce plat, il faut se « réveiller matin bonheur » pour prendre le maillot jaune. Le contingentement des plats fait que tous étudiants les étudiants ne peuvent pas avoir à manger. C’est pourquoi ceux qui sont à la queue ont toujours l’air inquiet. La queue, comme la « queue du peloton» en cyclisme.

Pour ceux qui mangent au RU, c’est juste parce qu’ils ne peuvent pas s’acheter un plat à 300 francs CFA dans « la rue» . « Manger dans la rue », c’est manger dans les restaurants situés aux alentours de Guantanamo. Là, le plat coute 300 francs CFA au minimum. Au RU, le plat qui est supposé coûter 600 francs (la majorité des étudiants n’y croit pas) est acheté avec un ticket de 100 Francs CFA. D’ailleurs pour avoir ces tickets, il faut prendre « le maillot jaune » au CENOU). Là bas aussi, c’est une vraie bagarre. Car il faut souvent attendre de longues heures. Seuls les riches ou les boursiers peuvent manger « dans la rue ». En parlant de manger il faut plutôt dire « valider ». Voilà pourquoi un étudiant vous dira : «  Je viens de valider avec dèguè parce que j’ai pris maillot au RU » ce qui signifie  » je viens de manger du dèguè parce que j’étais le premier au restaurant universitaire ». La question est souvent de savoir si les étudiants luttent pour le restaurant ou pour être dans les amphis.  Vendre vide n’a pas point d’oreille. Les retardataires grâce au soutien de leurs camarades mangent en « FM » s’ils n’ont pas eu leurs rations. Ils partagent le plat de ces derniers.

Prendre du café pour veiller

Dans la lutte pour le « maillot jaune », l’étudiant doit tout faire réussir à la première session, celui de juin, sinon il ira au « congrès » qui est la deuxième session prévu généralement en septembre. Et là rien n’est certain. En plus il n’a pas de vacances. Cette deuxième session de rattrapage s’appelle le « congrès ». C’est là qu’interviennent les « 2Kpi ». Faire les « 2kpi », c’est veillé pour bosser ses cours en consommant généralement du café. Il faut que le « boilô » soit propre. Le  mot « boilô », vient du Philosophe Boileau en référence à sa célèbre citation« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément».  Boilô ressemble à « boire de l’eau ». Alors qu’on bosse les cours comme si on boit de l’eau pour ensuite « vomir » les leçons pendant le devoir. Mais, il y a des stratèges qui préfèrent aller au « congrès », malgré les angoisses que cela cause. Pendant cette session de rattrapage, les étudiants composent uniquement dans les matières où ils n’ont pas eu une moyenne supérieure à 10. Avec souvent une vingtaine de cours à bosser, certains préfèrent se concentrer sur la moitié, les plus dures à la première session. Ils s’assurent ainsi de bonnes notes et lors du « Congrès », ils se concentrent sur les autres matières. Souvent, il leur suffit de faire le minimum en ayant seulement 8 de moyenne dans l’ensemble de ces dernières matières pour ne pas redoubler. C’est le système souvent utilisé par certains travailleurs qui n’ont pas le temps.

Si la limite d’âge et l’exigence d’une moyenne supérieure ou égale à 12 pour faire des études des médecines empêchent les nouveaux bacheliers d’opter pour cette filière, la majorité a envie d’aller en Sciences Juridiques et Politiques encore appelés Droit. Cette unité de formation est appelée la « Chine populaire» à cause de son effectif pléthorique.

A Guantanamo, il y a deux catégories d’étudiants. Ils y a ceux qu’on appelle les « fonctionnaires ». Il s’agit des boursiers parce qu’ils perçoivent leur primes chaque mois. Il y a également les « retraités» . Cette couche d’étudiants est composée de ceux qui bénéficient de l’aide ou du prêt du Fond National pour l’éducation et la recherche (FONER). Chaque année, le gouvernement offre de l’aide aux étudiants. Ces montants tournent entre 150.000 francs CFA et 200.000 francs en fonction du niveau d’étude de chaque étudiant. Ceux qui touchent le FONER sont les « retraités ». La référence aux retraités s’explique par le fait que ces derniers touchent leurs pensions chaque trimestre. Les « Foneristes » ou « Foneriens » ou encore « retraités » passent à la caisse chaque trimestre même si certains préfèrent attendre à la dernière minutes pour empocher le « jackpot » au lieu de prendre son « FONER » de façon morcelé. Cela constitue le gros lot. Ceux qui le font n’ont généralement pas de problème financier.  Le FONER ne suffit pas parce que les étudiants de Guantanamo sont toujours criblés de dette.

Des photocopies chaque jour

Il ne faut pas penser que le FONER peut être utilisé pour faire la cour aux demoiselles. Chaque jour que Dieu crée, l’étudiant est obligé de faire des photocopies. En plus des cours que le professeur dispense il y a également des documents qu’il demandera de trouver. Comme les livres coûtent chers, les étudiants se rabattent sur la photocopie tout en pensant  à économiser afin de prendre « le maillot jaune » au RU (Restaurant Universitaire si vous vous rappelez). Si 200.000 francs CFA paraissent beaucoup, cette somme en réalité dérisoire au vu des dépenses. Elle ne suffit par pour le carburant pour ceux qui ont la chance d’avoir des motos. Ceux qui n’ont pas de moyen de déplacement doivent se rabattre sur le bus dont la carte mensuelle coûte 5000 Francs CFA. Heureusement, la situation semble s’être améliorée car il y a deux ans, pour espérer avoir une place, il fallait se lever à 4 heures du matin. Le problème de loyer se pose souvent pour les étudiants qui viennent des provinces. Certains pour faciliter tout cela, préfèrent s’organiser en « Gonhi », un terme nouchi qui signifie famille ou groupe. Ils louent des maisons et cotisent pour payer le loyer. Ceux qui sont dans les cités universitaires se voient souvent dans l’obligation d’accueillir des « cochambriers » ou des Cambodgiens. Cambodgiens pour ne par dire réfugies.  « Cambodgiens » étaient devenu synonyme de réfugiés à cause de la guerre qui a secoué ce pays et avait causé beaucoup de déplacés. Pour une chambre prévue pour une personne, les étudiants se retrouvent à quatre. Les trois autres sont les Cambodgiens mais tous les quatre s’appellent « cochambriers ».

Les mots ne suffisent pas pour parler des conditions des vies des pensionnaires car il y a des choses qui se vivent. Et comme aiment le dire les étudiants, « lorsqu’on quitte l’Université de Ouagadougou, on est armé pour faire face à toutes les difficultés de la vie ». Ceux qui n’ont pas la force de tenir quittent et s’inscrivent dans les écoles supérieures. Là également, les étudiants vous diront qu’il y a deux poids et deux mesures. Une opinion rependue fait croire que les professeurs de l’Université de Ouagadougou qui enseigne également dans les écoles supérieures et les universités privées sont plus tolérants lorsqu’il lorsqu’ils corrigent les copies dans ces établissements. Cependant, ceux qui sont passés par l’Université de Ouagadougou ont plus de fierté car ils sont généralement reconnus comme étant parmi les meilleurs. D’ailleurs l’Université de Ouagadougou, Guantanamo donc, est considérée comme la deuxième meilleure Université de l’Afrique de l’Ouest.


Propreté de la ville de Ouagadougou, une affaire de « la brigade verte »

Afin d’assurer la propreté de la ville de Ouagadougou, le bourgmestre de la capitale, Simon Compaoré a organisé un groupe de femmes en une compagnie de propreté chargée de balayer les rues de Ouagadougou. Il s’agit de « la brigade verte » crée en 1995 et reconnue en 1998 fait la fierté du maire de la capitale. Un sujet également abordé par un blogueur ivoirien sur le blog « La Côte d’Ivoire au jour le jour ».

Les femmes de "la brigade verte" désherbant un terrain

« Les femmes de Simon ». C’est par ce nom que les Ouagalais appellent affectueusement ces dames qui deux fois par semaine, les lundis et les jeudis, balaient les rues de Ouagadougou levées à partir de 4 heures du matin et parfois bien avant. Constituées en groupes, ces femmes se sont vues affectées des zones qu’elles doivent balayer avant 7 heures et les heures de pointe. Elles sont pour la plupart d’un âge avancé même si parfois, on retrouve quelques jeunes filles.  Même si leur principale tâche est de balayer les voies, ces femmes sont souvent appelées à désherber des terrains.  « Les femmes de Simon » sont reconnaissables grâce à leurs blouses vertes d’où leur nom « la brigade verte ».

Pour ce travail, la mairie leur fourni le matériel nécessaire : les balaies, les seaux, les pelles etc. Chaque balayeuse gagne la modique somme de 20 000 francs CFA par mois à raison de 1250 francs par journée de travail. Leur employeur organise souvent des séances de visite médicale pour s’assurer de leur état de santé. 20 au départ, « la brigade verte » est constituée aujourd’hui d’environs 400 femmes.

Les efforts de « la brigade verte » ont été reconnus hors du Burkina Faso avec de nombreuses récompenses au plan international. Elle a remporté le prix « Africités » en 2003 à Yaoundé au Cameroun, sur environs 700 prétendants, le Prix Dubaï international des meilleures pratiques pour l’amélioration du cadre de vie » en 2006, Prix du Premier ministre de Bahreïn » obtenu le 4 novembre 2008. Des récompenses qui font la fierté de ces femmes et de « mari » Simon Compaoré. Chaque année, le maire de Ouagadougou organise une journée dédiée à ces femmes. Pendant  cette journée, les plus assidues au travail reçoivent des vélos, des sacs de riz etc.

Avec le peu qu’elles gagnent, « les femmes de Simon » soutiennent leurs maris et payent souvent les frais de scolarité de leurs enfants.

Malgré les efforts pour mettre ces femmes à l’aise, elles manquent de certains matériels. Travaillant souvent dans la poussière, elles n’ont souvent pas de cache-nez pour se protéger. Elles se lèvent tôt et parcourent de longues pour rejoindre leur lieu de travail. Ces femmes font face souvent à l’impolitesse de certains usagers de la route en supportant les injures et leurs imprudences. Elles sont souvent victimes de vols parce que travaillant souvent à des heures pendant lesquelles beaucoup de personnes dorment encore. Mais tout cela ne décourage pas ces femmes qui s’adonnent avec ardeur à leur travail. En plus, elles passent de longues heures courbés. Ce qui est très fatiguant. En plus, la somme de 1250 francs de travail par jour est insuffisant compte tenu des nombreuses difficultés que rencontrent ces dames. « Les femmes de Simon » doivent bénéficier d’une meilleure prise en charge pour l’amélioration de leur condition de travail. La ville de Ouagadougou récolte les bénéfices issus des efforts de ces femmes, car Ouagadougou est classé parmi les villes les plus propres d’Afrique.