« Quand Abidjan tousse, Ouaga est enrhumée »

Le Traité d’Amitié et de Coopération (TAC) Côte d’Ivoire-Burkina a débuté le vendredi 28 juillet 2016 à Abidjan, après une période d’embrouille politique, suite au coup d’Etat manqué du 16 septembre 2015. Lors d’un voyage dans ce pays, un Ivoirien m’a expliqué pourquoi le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire doivent toujours régler leurs problèmes par voie diplomatique.

Deux symboles du Burkina Faso et de la Côte d'Ivoire

Deux symboles du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire

 « Burkina et Côte d’Ivoire, c’est  une maison chambre-salon ». C’est par cette image qu’un chauffeur, répondant au nom de Monsieur Kouassi et résidant à Abidjan, résume la relation entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire. Suite aux nombreuses agitations qui ont marqué les relations entre la Côte d’Ivoire le Burkina Faso suite à la présumée implication du Président de l’Assemblée Nationale ivoirienne Guillaume Soro dans le coup d’Etat du général Gilbert Diendéré, ce chauffeur a voulu me faire comprendre qu’entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, il ne peut et ne doit jamais y avoir de dissensions. Pour lui, dans un contexte où le terrorisme n’a plus de frontières, la déstabilisation du Burkina Faso aurait pour conséquence la déstabilisation de la Côte d’Ivoire. Monsieur Kouassi me fait savoir que la frontière entre les deux pays est la plus sûre pour le sien. « Le Liberia se remet d’une guerre de plusieurs années. Une partie du Mali est occupée par des terroristes. Les relations avec le Ghana ne sont pas comparables à celles du Burkina parce que les Ghanéens nous ont toujours traités de Français  parce qu’ils ont, eux, été colonisés par les Anglais», tente de m’expliquer Kouassi. Mon interlocuteur me fait savoir que certains extrémistes pro-Gbagbo ont trouvé refuge au Ghana : « nous ne savons pas à quel moment ces derniers peuvent tenter de déstabiliser la Côte d’Ivoire ».

Pourquoi les Ivoiriens sont des « Français »

Kouassi est ensuite revenu sur une partie de son enfance auprès des Burkinabè. « Quand j’étais petit, nous parlions correctement le mooré parce qu’autour de nous, tout le monde parlait couramment le mooré, le dioula, le baoulé. C’est avec les voyages et le temps que certains d’entre nous avons perdu des interlocuteurs : les Mossi se sont mis à parler les langues locales. C’est comme ça que j’ai oublié le mooré », explique toujours Kouassi. Il tente de me convaincre qu’il comprend quelques dialecte du mooré. Quand il était garçon, me raconte-t-il,  les enfants intelligents étaient ceux qui parlaient au moins trois langues. Il fallait être capable de parler le mooré, les langues locales et parfois des langues issues du territoire ghanéen. Il m’explique d’ailleurs qu’il pensait que le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire était un seul et même pays. « A l’époque, à Bondounkou, nous ne savions pas que la Côte d’Ivoire et la Haute-Volta étaient deux pays différents. C’est quand il a commencé à y avoir des coups d’État au Nord que nous avons compris qu’il y avait une différence ». Puis il ajoute: « Le pays que nous connaissions c’était le Ghana, parce les ghanéens nous considéraient comme des Français. Il y a encore des vieux au Ghana qui appellent toujours les Ivoiriens, les Français. On connaissait aussi le Soudan, qui est actuellement le Mali. Mais la Haute-Volta était considérée comme faisant partie de la Côte d’Ivoire ».

Des coutumes similaires entre les deux pays

Après cette histoire, Kouassi m’a parlé des similitudes entre certaines coutumes ivoiriennes et burkinabè pour me convaincre qu’il connaissait beaucoup de choses sur mon pays. Kouassi trouva l’occasion de m’expliquer ce qu’il pensait de cette composante ethnique. « Les Dagara du Burkina n’ont pas de chef mais ils reconnaissent une certaines autorité à Bouna. Chaque année, il y a une cérémonie qui est organisée et des Dagara y vont pour des offrandes », me révèle-t-il, mais je n’ai toujours pas pu vérifier cette information. « Quand Abidjan tousse, Ouaga est enrhumée. Quand il pleut à Ouaga, l’eau coule à Abidjan ». C’est par ces images que cet Ivoirien souligne qu’il ne devrait avoir aucune embrouille entre ces deux États et que tous les problèmes devraient être gérés de façon diplomatique.  Pour monsieur Kouassi son pays n’a aucun intérêt à ce que le Burkina Faso soit instable. Il y aussi le fait que sur le territoire ivoirien vivent près de 5 millions de Burkinabé, selon lui.

« Tu connais la Côte d’Ivoire ? » me demande Kouassi. « Non. J’ai juste fait une partie de mon enfance à Koumassi », répondis-je. Koumassi est un quartier d’Abidjan. « Et bien le premier maire de Koumassi était originaire du Burkina. Il s’agit de Benoit Ouédraogo », me réplique-t-il à son tour Kouassi. Une autre information qui me reste à vérifier même si ce n’est un secret pour personne que des Burkinabè d’origine ont occupé des postes clés dans les administrations ivoiriennes depuis très longtemps.

Aujourd’hui, après une période d’agitation, les deux États semblent privilégier la voie du dialogue pour régler leurs différents. Ce qui n’est pas du goût de certains acteurs de la société civile, notamment burkinabè. Mais souvent, c’est la réalité politique qui prévaut.

One thought on “« Quand Abidjan tousse, Ouaga est enrhumée »

  1. Très intéressant ce billet sur les relations Burkina Faso Côte-d’Ivoire . M kouassi a tout à fait raison moi même jusqu’à un certain âge j’ignorais certaine chose . Personnellement j’en connaissais des gens d’origine burkinabè qui ont occupé des fonctions très importantes!

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