Au Burkina, les hôpitaux sont des mouroirs

« La ilaha ila Allah Saydi na Mohamed Rasoul Allah ! » « La ilaha ila Allah Saydi na Mohamed Rasoul Allah !» une nuit de février 2016, j’entendis ces cris me fendirent le cœur alors que me trouvai dans une chambre de l’hôpital Yalgado Ouédraogo. D’habitude ces paroles qui signifient : « il n’y a de Dieu que Dieu et Mohamed est son prophète » sont prononcés pour rendre hommage au Tout Puissant. Mais ce jour-là, ces cris symbolisaient la détresse.

 

Hôpital Yalgado OuagaL’intéressé, inconsolable venait de perdre un parent. Par ces paroles, elle tentait peut-être de garder la foi en Dieu malgré la détresse qui la frappait. « Dieu a donné, Dieu a repris ». Il faut donc l’accepter. C’est ce qu’elle voulait traduire malgré la douleur. Au Burkina, c’est ainsi, lorsqu’un malade succombe, l’on attribue cela à la volonté de Dieu. Cette scène n’est pas extraordinaire pour les habitués de cet hôpital. Il est le plus grand de Ouagadougou et aussi du Burkina mais Yalgado Ouédraogo est dépassé malgré tout. Il suffit d’entrer dans n’importe quelle chambre pour constater le désastre. Les couches de peintures sont en train de craquelés devant sous le poids du vieillissement. De fortes odeurs nauséabondes que tente de couvrir celle de l’eau de javel se dégagent.

Ce n’est pas dans ces lits qu’il faut exiger le confort. Aussitôt qu’un malade quitte, un autre le remplace automatiquement parfois sans nettoyage. Un simple drap et le nouveau venu y prendre place. Si vous accompagnez un malade à l’hôpital et que vous avez un lit, c’est déjà quelque chose de gagner. Sinon, le prochain casse-tête demeure les ordonnances qu’il faut honorer. Il ne suffit pas toutefois d’avoir de l’argent car, il faudrait souvent faire le tour des pharmacies de la capitale pour trouver les médicaments prescrits.

Près d’une semaine après avoir rédigé mon billet, je suis tombé sur cette publication que je partage

C’était il y’a quelques jours, au CHU-YO #Burkina#TémoignageAdama Pamtaba :  » (…) ma femme a été reçue dans la nuit…

Posté par Amelie Gue sur vendredi 18 mars 2016

Les médecins eux-mêmes ont récemment dénoncé, lors d’une grève les conditions dans lesquelles ils travaillent. Ils ont pointé du doigt le manque de plateaux techniques et de réactifs. Ce qui est un secret de polichinelle. Si ceux-là même qui sont chargés de soigner les malades se plaignent des moyens mis à leur disposition cela témoigne de la gravité de la situation.

Mais là également les reproches ne manquent pas. Les médecins délaissent les hôpitaux publics pour les cliniques privées où les soins sont plus onéreux et hors de porter des Burkinabè dont une grande partie vie en dessous de 650 francs CFA le mois.

Ne soyons donc pas surpris que des milliers de Burkinabè à la place des hôpitaux préfèrent se soigner à l’indigénat où les soins sont moins coûteux. Si ce n’est pas les pratiques traditionnelles, certains choisissent les églises où ils se font souvent arnaquer par des soi-disant pasteurs.

Les hôpitaux burkinabè sont des mouroirs parce que les malades y sont juste en sursis attendant le jour fatidique si le médecin ne vous demande pas d’aller achever vos derniers jours à domicile.

Le célèbre journaliste burkinabè Norbert Zongo assassiné en 1998 avait dit qu’il ne faisait plus de reportages à l’hôpital Yalgado tant il en a parlé. Mais en réalité, ce n’est pas parce que les choses ne changent pas qu’il faut arrêter de dénoncer les mauvaises conditions dans les hôpitaux burkinabè. Au contraire, il faut continuer de dénoncer pour que ça change.

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