Le Tour du Faso est malade, le cyclisme burkinabè aussi

La 27ème édition du Tour International du Faso a vu la victoire du Burkinabè Abdoul Aziz Nikièma. Cette victoire réjouit les Burkinabè qui en majorité comprennent mal pourquoi « le pays du vélo » puisse organiser cette compétition et la perdre. Aujourd’hui, les Burkinabè semblent s’imposer dans un tour qui ne suscite plus d’engouement et face à des canards boiteux. 

(Photo Hamed Yempabou Ouoba)

(Photo Hamed Yempabou Ouoba)

Le Tour du Faso a le mérite d’être l’un des tours cyclistes les mieux organisés en Afrique, notamment au Sud du Sahara. Ce tour se tient de façon continue depuis 27 ans. Un exploit quand on sait les nombreux problèmes que connaissent les tours cyclistes en Afrique. A titre d’exemple, le dernier Tour du Cameroun a été annulé tandis que celui de la Côte d’Ivoire a connu quelques problèmes de trésoreries. Cela a conduit le comité d’organisation à mettre fin à la compétition 2013 après à peine 4 étapes avant que l’Etat ivoirien ne mette la main à la poche pour sauver la face.

Si le Tour cycliste du Faso connait un grand succès, c’est parce que le cyclisme est un sport qui suscite de l’engouement au « Pays des Hommes Intègres ». Il suffit de sortir chaque dimanche sur l’avenue Charles de Gaulles de Ouagadougou pour faire le constat. Pendant trois à quatre heures et mêmes plus, les amoureux de la « petite reine » se retrouvent sur cette avenue pour applaudir les coureurs comme Abdoul Wahab Sawadogo, Seydou Tall, Abdoul Aziz Nikièma, Hamidou Yaméogo, Rasmané Ouédraogo, Houdo Sawadogo etc. Normal. Ouagadougou est la capitale des engins à deux roues, du vélo par conséquent. Presque chaque famille possède un vélo. Le meilleur cadeau que l’on puisse offrir à son enfant, c’est le vélo. Pour aller au marché, au champ, chercher du bois, puiser de l’eau, à l’école, le moyen de transport le plus utilisé, c’est le vélo.

Des difficultés qui empêchent le Tour de grandir

De 2002 à 2008, le Tour du Faso a connu une envergure médiatique extraordinaire avec la collaboration d’Amaury Sport Organisation (ASO). Ainsi des équipes de haut niveau se sont mises à participer à cette compétition. Pendant cette période, les Burkinabè ont eu du mal à suivre le rythme des équipes semi-professionnels. Gagner un tour relevait de l’exploit. Depuis le retrait de l’ASO, le tour connait de multiples difficultés. Les équipes engagées sont pour la plupart amateur. Il s’agit souvent d’étudiants, ou de travailleurs, passionnés du vélo qui cotisent de l’argent pour s’acheter du matériel et prendre par à cette compétition pour son côté exotique.

(photo Hamed Yempabou Ouoba)

(photo Hamed Yempabou Ouoba)

La première difficulté que rencontre le tour du Faso donc, c’est la participation des équipes avec des valeurs reconnues. Hormis les pays du Nord de l’Afrique, seulement la Côte d’Ivoire le Cameroun peuvent rivaliser avec le Burkina sur les routes africaines. Le Sénégal qui avait commencé à émergé a disparu de la scène. L’on entend même plus parler du « Tour du Sénégal ». Les équipes européennes qui donnaient du fil à retorde au Burkina, donnant ainsi plus de piquant à la compétition, se font rares. Cette année, il n’y a eu que deux équipes européennes, une allemande et une néerlandaise, qui ont pris au Tour du Faso. Un coup d’œil sur la fiche de ces coureurs permet de constater qu’ils n’ont pas un palmarès digne de ce nom. Les équipes françaises, par exemple, sont restées muettes. Mais elles étaient présentes au Grand Prix Chantal Biya ou à la Tropicale Amisa Bongo au Gabon.

Manque de professionnalisme

Deuxièmement, les vraies équipes africaines sont absentes du Tour du Faso. Il est bien organisé mais il n’est pas le plus difficile. Les équipes européennes préfèrent encore le Tour du Rwanda ou même de Madagascar où le haut relief. Celui du Burkina est plat. Les deux difficultés sont la chaleur et les pistes qui ont été d’ailleurs supprimés à cause des nombreuses crevaisons et chutent qu’elles provoquent. Lors du dernier championnat d’Afrique de cyclisme que le Burkina a organisé, l’on s’est rendu compte de la puissance de jarrets des Rwandais, Ethiopiens, Érythréens, Sud-Africains. En course en ligne, au contre-la-montre individuelle ou par équipes, dans la catégorie féminine ou masculine, chez les U23, le Burkina n’a pu aligner un seul coureur sur les podiums. La 3ème place dans la catégorie junior de Karim Bonkoungou a été fêtée comme si l’équipe nationale avait remporté la compétition. Pendant ce temps, les coureurs de l’Afrique de l’Est et du Sud sont en lutte pour intégrer les équipes professionnelles comme Natnael Berhane sociétaire de l’équipe d’Eurocar (France), Daniel Teklehaimanot de Orica-Green Edge (Australie), Fregalsi Debesay de MTN-Qhubeka (Afrique du Sud). Aucun coureur burkinabè n’évolue dans une équipe professionnelle. Le Burkina ne compte pas d’équipe professionnelle non plus.

La 3ème difficulté, concerne les finances. Cette année, et comme c’est le cas depuis quelques éditions, la Fédération Burkinabè de Cyclisme a du mal à boucler son budget. Conséquence, la course s’achève et  la FBC présidée par Alassane Ouangroua continue de payer ses dettes. Les sponsors se font rares. Normal. Crise économique oblige.

A la fin du Tour du Faso et au classement individuel de l’Africa Tour, le meilleur burkinabè Aziz Nikièma est 4ème. Yves Ngock Ngué, le Français Alexandre Join et l’Ivoirien Issiaka Cissé sont les trois premiers. Pourtant, le Burkina participe avec trois équipes qui travaillent l’une pour l’autre au Tour du Faso 2013. Avec un tel effectif, le succès ne peut être que garanti sauf si…

Pour sortir de cette difficulté, le Burkina se doit de professionnaliser son cyclisme et aussi le Tour du Faso. Les nombreuses courses organisés les dimanches sur l’avenue Charles de Gaules n’est que de la poudre aux yeux.

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