FESPACO 2013 : Des messages forts de la part des réalisateurs africains

Avant de rédiger ce billet, j’aimerai d’abord remercier Ziad Maalouf grâce à qui j’ai pu avoir mon badge pour participer au FESPACO 2013 au nom de Mondoblog. Mon objectif était de participer aux débats, conférences et panels pour cette biennale du cinéma africain. Mais mon stage à Plan Burkina ne permet pas de participer à ces cadres de réflexions. Je me suis contenté donc des projections les soirs dans les salles. Ce que j’ai pu constater, c’est que les réalisateurs africains sont de vrais messagers, de vrais éducateurs, des historiens, des conteurs etc. Ils nous parlent. Et les messages sont forts.

moi Zaphira affiche

J’ai particulièrement apprécié deux films depuis le début du FESPACO. Le premier, c’est « Les chevaux de Dieu » d’un ancien lauréat de l’Etalon d’Or, le prix qui récompense le vainqueur dans la catégorie long métrage. Le Marocain Nabil Ayouch s’inspire d’un fait réel, à savoir les attentats suicides du 16 mai 2003 Casablanca. Ce film parle de deux frères Yacine et Hamid. Ce dernier est arrêté par la police après avoir brisé les vitres de la police. Il ne reviendra qu’au lendemain des attentats du 11 septembre 2001 en compagnie d’Islamistes qui s’installent dans le bidonville. Yacine qui rêvait de venir gardien de but comme le portier Russe Lev Yacine, ne bénéficiant plus de la protection de son grand frère tente d’aider sa mère en devenant mécanicien. Par accident, il tue son patron. Ce moment de faiblesse est saisi par les Islamistes pour manipuler Yacine et ses amis et de faire d’eux les kamikazes du 16 mai. Le réalisateur nous laisse deviner les origines de cet attentat, montre la politique d’embrigadement des terroristes. Par la même occasion, ils alimentent leur haine contre l’Occident, les  Chrétiens et les Juifs en leur promettant de le paradis.
Ce film qui intervient au moment où le Mali est confronté à la guerre contre les islamistes d’Ençardine, du MOUJAO, d’AQMI mais aussi de Boko Haram au Nigeria. Il interpelle les dirigeants du monde. Car, tant qu’on ne donnera pas la possibilité aux enfants de réaliser leur rêve, (comme Yacine et Real qui voulaient être footballeurs), tant qu’on ne combattra pas la pauvreté, les jeunes seront des proies faciles pour les islamistes. Il faut donner de l’espoir aux jeunes.

Parlant d’espoir, c’est aussi le même message qu’a fait passer le  réalisateur sénégalais Moussa Touré avec son film « La Pirogue », comme pour dire que notre société est en train de tanguer. L’intrigue est la suivante : nous sommes au Sénégal Baye Laye pour sa maîtrise de la navigation est courtisé par un vieil homme de sa banlieue qui souhaite faire de lui le capitaine de cette expédition. Malgré son refus, il finit par céder puisque son frère fait partir du voyage.  Mais comme il fallait s’y attendre, tout cela se termine de façon tragique mais Baye Laye et son frère survivent. Si d’habitude on sait ce qui pousse les jeunes à partir et aussi comment ils sont accueillis en Europe, ici Moussa Traoré nous fait voyager avec ces clandestins, nous faire les conditions difficiles dans lesquels ils voyagent, les risques qu’ils prennent etc. Toute cette douleur, toutes ces souffrances que le spectateur ressent sont atténuées par l’humour qu’utilise le réalisateur.
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« Les chevaux de Dieu » et « La Pirogue », c’est la même interpellation que font les deux réalisateurs : offrir la possibilité à la jeunesse de réaliser son rêve. C’est pourquoi, sans que les auteurs le disent, ces films appellent à une prise conscience. Pour moi, « l’Etalon d’Or de Yennenga» se jouera entre ces deux films en attendant de voir les autres projections.

Dans  un autre registre, « Le collier du  Makoko » m’a marqué même si je ne lui donnerai pas l’Etalon d’Or. Il s’agit d’une reine qui décide faire revenir le collier du Roi Makoko confisqué par un européen. Le collier sera ramener dans un convoie de Lions notamment pour peupler une forêt gabonaise. Le collier par sécurité est porté Leo (un lion) dont le compagnon est un jeune garçon de 15 ans. Une course poursuite pour la récupération du Lion va suivre. Le réalisateur Henri Joseph Koumba Bididi nous faire découvrir la beauté de l’Afrique à travers sa faune, sa flore mais aussi nous conseille sur la nécessité de protéger la nature, l’environnement et les coutumes africaines. Pour lui, comme l’illustre cette image des pygmées qui utilisent  la lumière des Noirs et celle de Blancs, l’Afrique peut faire la jonction entre la modernité et ses propres traditions. Ce film a fait rire l’assistance tout comme celui de la réalisatrice burkinabè Apolline Traoré dont le thème porte sur l’obligation qu’ont les Africains de prendre leur responsabilité pour le développement du continent. A travers son œuvre, elle dénonce aussi certains interdits de la société africaine. Braver ces interdits, c’est ce que fera Thami dans le film « Les Ailes de l’amour » de Abdelhai Larakï. Thami brave d’abord un interdit qui est de devenir boucher alors que son père le voyait finir ses études. Il  tombe amoureux de la seconde épouse d’un ancien caporal et lutte contre tous pour vivre aux côtés de celle qu’il aime refusant sa cousine que lui avait fait marié de force son père. Ce film m’a aussi marqué par l’émotion qui se dégage et mais surtout, le réalisateur a osé quand on se trouve dans le contexte africain et de plus dans un pays musulman avec des scènes érotiques. C’est vrai que ce film n’est pas un chef d’œuvre mais il montre combien les réalisateurs africains veulent se dépasser. J’ai aimé cet esprit.

Mais le film qui m’a le plus appris quelque chose dans l’histoire de l’Afrique, c’est « Zabana ! » de l’Algérien Said : qui raconte l’histoire de la révolution algérienne de 1954. Dans ce film, j’ai pu constater que l’ancien Président ivoirien Félix Houphouët Boigny avait voté « oui » pour l’exécution de ce résistant algérien alors qu’un nom de sa part aurait pu faire pencher la balance. Cela m’a permis de comprendre qu’il n’était l’homme de paix qu’on veut faire croire. L’exécution d’Hamed Zabana est l’acte déclencheur de la révolution algérienne de novembre 1954. J’ai appris un pan de l’histoire de l’Algérie mais aussi de l’Afrique.

S’il y a un film qui m’a fait beaucoup réfléchir, c’est Tey (aujourd’hui) du Sénégalais Alain Gomis. Oui, ce monsieur m’a ramené a revisité mes cours d’histoires de l’art, de sémiologie et de faire appel à mes rares lectures en psychologie tant l’œuvre était philosophique. « Tey » m’a rappelé « Pegasse » de Mohamed Mouftakir lauréat lors de la dernière édition.

Dans l’ensemble donc, je constate que les réalisateurs africains ont vraiment porté ce costume de messagers. Ces films ne sont pas creux ou fait seulement pour distraire. Ils incitent à la réflexion, aux questionnements. Dans la plupart des films, ces réalisateurs ne font pas de jugements personnels. Ils laissent plutôt les spectateurs se faire une idée. Les images parlent à leur place. Ce qui m’a aussi marqué, c’est que ces réalisateurs sont en train de trancher avec le langage linéaire qu’on constatait souvent pour nous parler sous forme de codes et d’images.  Reste plus que des salles pour que le message puisse passer sinon, ce serait comme prêcher dans le désert.

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