Habibata Gansgné, la seule femme conductrice de taxi à Ouaga

Certains métiers semblent être destinés uniquement aux hommes. Cependant, certaines femmes ont décidé de briser ces barrières, ces croyances pour s’adonner aux métiers dits d’hommes. Après le portrait de  la seule cireuse à Ouagadougou Virginie Mireille Zerbo, je vous présente celui de Habibata Gansgné plus connue sous le nom de Biba, la seule  « taximwomen »(conductrice de taxi) de la capitale burkinabè.


Biba la seule conductrice de taxi à Ouaga

Agée de 25 ans, rien ne prédestinait Habibata Gansgné dite « Biba » à devenir « taxiwomen ». Derrière sous sourire enjôleur, son air taquin se cache une fille dévouée et passionnée parce ce qu’elle a envie de faire. N’ayant pas eu la chance d’aller au collège, Biba s’est d’abord formée à la couture avant d’embrasser son nouveau métier. Mais sur un coup de tête elle décida, il y a deux ans (2009) de conduire de taxi. « J’ai pris cette décision parce qu’après les périodes de fêtes, la couture ne marchait plus. Je voulais faire quelque chose qui allait me procurer des revenus pendant toute l’année ». Biba passionnée du volant avait d’ailleurs passé le permis de conduire. Grâce à un ami gérant d’une compagnie de taxi, elle se procura une voiture. Cette voiture peinte en rouge et rose est facilement reconnaissable. «  Mais avant, j’ai fait un tour des hôtels de Ouaga pour leur faire part de mon idée. Ensuite, je suis allée voir le président du syndicat des taximen de Ouaga pour bénéficier de son soutien et ses conseils» souligne Biba. Ce dernier n’était pas convaincu de la capacité de la jeune fille. Il lui conseilla de faire autre chose : « Biba, ce n’est pas un métier facile. Tu ne pourras pas» a répondu le président du syndicat des taximen de Ouaga. Sur insistance de la jeune fille, ce dernier donna son accord tout en lui promettant son soutien.

Regarder une femme conduire le taxi

La balle était désormais dans le camp de Biba qui bénéficiait du soutien de ceux qui allaient être bientôt ses collaborateurs. Avant de commencer, elle fit un peu le tour de Ouaga pour mieux connaitre la ville et son nouveau terrain de travail. Comme dans tout métier, le début ne fut pas facile pour elle. Parmi les difficultés, il y a d’abord l’ignorance du code par les usagers de la route. « Les gens roulent mal » affirment t-elle avec une pointe de déception. Il y a également eu une petite réticence des clients qui étaient étonnés de voir une femme conduire le taxi. Mais, tout cela était sans grande conséquence, rapidement rassurés par le sourire et l’air jovial de la « taxiwoman de Ouaga ». Ce qui la faisait et continue de la faire sourire, c’est l’étonnement des jeunes filles lorsqu’elles la voient passer. « Je les entend souvent dire : « regarder une femme conduire le taxi ! Tout en me montrant du doigt».

Biba a conquis le cœur des Ouagalais. Le bouche à oreille à suffit pour faire sa publicité. « J’ai d’abord commencé mon travail en collaboration avec les hôtels qui m’appelaient pour transporter leurs clients qui étaient en majorité des étrangers ». La qualité de son service lui a valu la confiance de ses clients qui n’ont plus besoin de passer par l’hôtel pour appeler la jeune fille. Certains passent mon numéro à leurs amis qui m’appellent de temps en temps pour faire leurs courses. Cette confiance s’explique par sa ponctualité : «  c’est ce qui est le plus important dans mon métier. Si vous êtes chaque fois en retard, vos clients ne peuvent pas vous faire confiance » reconnait la jeune fille.

Seule femme pratiquant ce métier au Burkina Faso, Biba a réussit à bien s’intégrer et ses relations sont bonnes avec ses collègues avec qui elle discute souvent. Ils se proposent même des clients lorsque l’un en a trop. Si elle ne semble pas vouloir le dire, Biba semble bénéficier de la protection des taximen. D’ailleurs, elle reconnait que si elle a réussi à gagner sa place, c’est grâce à sa détermination, sa passion pour le métier mais surtout au soutien de ses collègues.

Ouaga-Bobo en taxi

Si les taximen n’ont pas l’habitude de quitter Ouagadougou, elle le fait souvent parce que ses clients qui sont souvent des étrangers (des hommes d’affaire, des touristes). Ces derniers souhaitent souvent quitter Ouagadougou. C’est ainsi qu’elle a déjà conduit son taxi dans des villes comme Bobo Dioulasso (+ de 300 km  au sud de Ouagadougou), Kaya (environs 100 km de Ouagadougou), etc.

En plus de son métier de « taxiwomen », Biba n’a pas oublié ses anciennes amours à savoir la couture. Même si elle n’est plus pratiquante, elle propose quand même de belles coupes à ses clients. Pour se faciliter la tâche, elle s’est fixée des horaires. Pour des raisons de sécurité elle arrête le boulot à 18 heures. Mais je peux travailler souvent jusqu’à 4 heures du matin. « Comme je travail avec les hôtels, il arrive que des clients veuillent prendre l’avion assez tard. Dans ce cas, je n’ai pas d’heure précise» confie t-elle avant d’ajouter « mais s’il s’agit d’un particulier que je ne connais pas, je lui propose un de mes collègues ».

Comment fait-elle pour se donner des moments de loisirs et de distractions ? Bien que travaillant à n’importe quelle heure, Biba fait remarquer qu’elle peut passer tout une semaine sans conduire lorsqu’elle fait une bonne moisson la semaine d’avant. Quelques fois, elle reste à la maison attendant des coups de fils de ses collaborateurs ou ses clients.

Beaucoup de filles souhaitent faire comme Biba mais comme elle le reconnait, ces dernières n’ont pas le courage de s’engager. Même si tout marche pour elle, la seule «taxiwoman de Ouaga » souhaite acquérir une voiture personnelle et créer sa propre compagnie.

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