Le centre Delwende (en mooré, la langue la plus parlée au Burkina signifie remet toi à Dieu) de Tanghin , un quartier de Ouagadougou, est bien connu des Burkinabè. Il abrite en son sein des femmes d’un âge avancé soupçonnées d’être des sorcières. Je vous parle dans ce billet, de celles qu’on appelle « Les mangeuses d’âmes ».

 

Des femmes du centre Delwende de Ouagadougou (ph Sidwaya)

La sorcellerie existe-t-elle ? Sur la question, l’opinion des Burkinabè semble partagée. Pendant d’autres pensent mordicus que la sorcellerie existe belle et bien, d’autres estiment qu’il s’agit d’une idée préconçue. J’ai déjà rencontré ces « mangeuses d’âmes » à Ouagadougou. Comme tous les Burkinabè, j’avais déjà entendu parler de ces vielles femmes, accusées de sorcellerie et logées au centre Delwendé de Ouagadougou dans le quartier de Tanghin. Ma première rencontre avec dames a eu lieu le dimanche 6 septembre 2009 cinq jours après la pluie du 1er septembre qui avait causé des inondations dans la capitale burkinabè. Ce jour là, la première dame du Burkina Chantal Compaoré devait rendre visite aux sinistrés et particulièrement aux « mangeuses d’âmes » dont le centre d’accueil avait été envahi par les eaux. Stagiaire dans un quotidien burkinabè, j’ai accompagné une journaliste lors de la tournée de cette dernière dans les différents sites d’accueils des personnes sinistrées. Elles avaient été installées dans une école du même quartier. Ce que j’ai vu m’a beaucoup choqué. Elles avaient presque toutes dépassées la soixantaine. La mine défaite, habillées de haillons, pieds nus, elles étaient entassées dans les salles de classes. La question que je me suis posée est de savoir comment autant de vielles pouvaient se retrouvés dans un même endroit. Ce n’est pas  comme ça que les vieux sont traités en Afrique. Dans une salle où étaient logés les plus faibles, les femmes étaient au bord de l’agonie. La salle dans laquelle elles étaient logées puait de l’urine. Une puanteur qui vous accueillait dès l’entrée. Certaines avaient des blessures ou pullulaient presque des verts.

Voir de mes propres yeux

Quelques mois après, je suis allé au centre Delwendé, que ces « mangeuses d’âmes » avaient rejoint pour voir dans quelles conditions elles vivaient. Des histoires déconseillaient d’approcher le centre. Ma première surprise est que j’ai vu une fille de 6 ans venue acheter des arachides avec l’une « des mangeuses d’âmes ». Selon ce qu’on racontait concernant ces sorcières, elles seraient capables du simple regard de dévorer un individu. Ce dernier mourrait subitement une fois rentrée chez lui ou en circulation. Je voulais échanger avec les gestionnaires du centre mais ils étaient tous sortis en attendant leur retour, j’observais ce qu’il y avait autour de moi.

Odile la mangeuse d’âmes par OuagadougouNews

« Le jury du prix RFI-Reporters sans frontières et l’Organisation internationale de la Francophonie a distingué le burkinabé Simon Gongo, étudiant en journalisme et communication à l’université de Ouagadougou comme lauréat dans la catégorie Radio du prix « Jean Hélène », pour son reportage intitulé « Odile, la mangeuse d’âmes ». Il retrace l’histoire d’une femme de 55 ans accusée de sorcellerie. D’abord expulsée par son mari, elle sera ensuite rejetée par son époux et sa famille. Elle va errer dans la nature pour se retrouver mendiante dans les rues de Ouagadougou. Dans la capitale burkinabé, elle aura la vie sauve grâce à une structure qui la récupère. C’est la situation d’environ cinq cents femmes hébergées par des structures d’accueils à Ouagadougou« .

« Les mangeuses d’âmes » du Centre Delwende sont assez bien organisées. A l’entrée, juste à droite, il y avait de grandes marmites posées sur des foyers. Une dizaine de femmes préparaient du riz. Elles devaient être chargées de cuisiner pour leurs camarades. Celles qui ne cuisinaient pas étaient en train de filer du coton. Cependant, j’ai pu voir quelques femmes en train de préparer pour leur propre compte. Au milieu de la cour, une jeune femme, vendait du poisson fumé. Elle ne faisait pas partir du centre mais était juste venue vendre sa marchandise.

Sur le flanc d’un mur, une fille échangeait avec une pensionnaire du centre. J’ai d’ailleurs pu échanger avec elle. Selon ce qu’elle m’a fait comprendre, cette dame était sa mère. Elle a été bannie de sa famille et personne d’autres à part elle ne pouvait rentre lui rendre. Si quelqu’un le faisait, cette personne mourrait. Elle avait apporté du riz à sa maman. Lorsque ses frères voulaient donner quelque chose à leur mère, ils passaient par elle sans que les autres membres de la famille ne soient informés. Ce jour là, je voulais échanger avec certaines d’entre elles, mais personne ne pouvait me parler tant que les responsables n’étaient pas là. Lorsque ces derniers revinrent, ils me demandèrent d’adresser une demander à la mairie avant de pouvoir parler leur parler.

Les Burkinabè croient en l’existence de la sorcellerie

La question de la sorcellerie est un vrai problème au Burkina Faso. Ce qui est incompréhensible, les personnes accusées de sorcellerie sont généralement les femmes pour la plupart âgées, sans soutien et marginalisées. La sorcellerie est-elle pratiquée uniquement par les femmes ? Non vous répondront tous ceux qui croient à cette pratique. Pourtant, seulement les femmes sont chassées du village. Dans sa livraison du 16 septembre 2011, le journal Le Pays dans sa rubrique Pot-pourri, faisait état de découverte d’ossements humains sous le lit d’un sorcier mort brutalement. Le cas de ce dernier était connu de tout le village mais jusqu’à sa mort personne n’a osé le chasser du village.

Des films ont été réalisés par des Burkinabè dont le dernier en date est « Delwendé lève toi et marche » du réalisateur burkinabè Saint-Pierre Yaméogo. Dans ce film, l’auteur montre l’absurdité de la politique d’exclusion des « mangeuses d’âmes ». Le réalisateur Idrissa Ouédraogo est également revenu sur le sujet dans son film Yaaba, prix spécial du jury lors du Festival Panafricain du Cinéma et de la Télévision de Ouagadougou (FESPACO) de 1989. Lors de l’édition de 2011, j’ai pu constater que le phénomène existait également au Ghana. Un documentaire « Witches of Gambaga » évoquait également la question. Tout comme au Burkina, ce sont les femmes sans soutien, vivant seules qui sont accusées de sorcellerie lorsqu’il y a une mort brutale.

D’une manière générale, beaucoup de personnes pensent que la sorcellerie existe même s’ils reconnaissent que ce sont des innocents qui sont la plupart du temps accusés de la pratiquer. Sinon, pourquoi ce sont uniquement les femmes qui sont accusées alors que les sorciers, souvent bien connu de tous, ne sont pas inquiétés ? Pourquoi ? Parce qu’on peut s’en prendre plus facilement aux femmes.

Je vous propose un papier écrit sur la sorcellerie paru dans un journal burkinabè

Dans la commune rurale de Zogoré, l’on ne cesse toujours de s’interroger sur ce qui s’est passé dans ce village situé à 7 km du chef-lieu de la commune. Les faits sont accablants et suscitent la curiosité de bon nombre d’habitants du département de Zogoré. Qu’en est-il exactement ? S.B est natif de la commune de Zogoré, bien connu des habitants à cause de ses activités de maraboutage. Régulièrement fréquentable, il est apprécié de tous, surtout par la gent féminine. Respecté, oui, mais aussi craint à cause justement de sa puissance occulte. Propriétaire d’un vaste champ de mil, il devait solliciter les villageois à venir l’aider à le cultiver. La veille, il alla au marché de Zogoré pour s’approvisionner en condiments.De retour chez lui à la maison, S.B meurt brusquement. Une mort jugée très suspecte par les parents du défunt, pour qui ce genre de décès est tout sauf fortuit. Cette mort est provoquée et il faut trouver coûte que coûte le coupable, selon eux. C’est ainsi qu’ils firent le tour des charlatans les plus réputés de la localité pour en avoir le cœur net. Les deux premiers voyants leur firent savoir que S.B est victime de ses propres actes. Le troisième voyant leur dit la même chose et fait d’autres révélations. Il suggéra à ces visiteurs de repartir soulever le lit de leur frère et constater ce qui s’y trouve.

Dès qu’ils suivirent exactement les récommandations du charlatan, ils furent surpris de découvrir un squelette humain se trouvant dans une caisse, le tout dans un trou profond. Selon les dires des habitants, les os sont ceux d’un bébé et les côtes étaient visibles. Les ossements ont été enterrés séance tenante sur recommandation des sages du village. Par la suite, les pluies étaient rares dans le village d’où est originaire S.B, tandis que toute la commune était abondamment arrosée. De commun accord, les sages du village décident de procéder à la profanation de la tombe de S.B. Le même jour dans la soirée, une pluie diluvienne s’est abattue sur la bourgade. Depuis, les deux veuves de S.B sont devenues la risée de tout le village.

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