Lutte contre les terroristes : la psychose s’est installée au nord du Burkina

Les autorités burkinabè peuvent enfin bomber la poitrine. Malmenées depuis longtemps par de multiples attaques de terroristes, elles ont annoncé avoir abattu l’un d’entre eux et arrêté 18 autres dans la nuit du 22 au 23 mars 2017 à Pétéga, une localité située à 25 km de Dori, au nord du Burkina Faso. Bonne nouvelle.

La lutte contre les terroristes sera de longue haleine mais le gouvernement burkinabè doit tout faire pour que la population soit rassurée et collabore (ph. France24.com)

Effectivement, les terroristes ont multiplié les victoires depuis les attentats du 14 janvier 2016, l’enlèvement du Dr Elliot, les attaques de Nassoumbou (province du Soum au Nord du pays) du 15 décembre 2016 et surtout l’assassinat de l’enseignant et directeur d’école Salif Badini dans la même région. Ces attaques à répétition donnaient l’impression d’une armée burkinabè faible, impuissante et même sans arme face à des ennemis mieux préparés et apparemment plus déterminés.

Justement, la période d’immobilisme du gouvernement et des forces de sécurité burkinabè a permis l’installation d’un moment de doute et de peur. On se posait (on continue d’ailleurs à se poser) des questions sur les capacités réelles de l’armée burkinabè à faire face aux attaques.

La méfiance au nord

En effet, le point d’orgue de cette psychose définitivement installée est l’assassinat de Salif Badini. Il faut être au nord du pays pour comprendre la peur des populations. D’ailleurs, j’en ai fait l’amère expérience. Perdu en pleine brousse avec un ami et une grosse moto, nous nous sommes arrêtés pour demander notre route. Mais les deux individus que nous avons vus à moto ont filé automatiquement lorsque nous nous sommes approchés. Plus tard, j’ai appris que depuis cet épisode douloureux, l’on se méfie des grosses motos et de toute personne enturbannée.

Malgré la première véritable victoire annoncée par les autorités, sur le terrain, les informations ne rassurent pas. Les forces de défense et de sécurité manquent cruellement de moyens et de matériel. Il suffit de voir comment sont équipés les gendarmes et policiers sur les différents axes routiers. Pendant que les terroristes se promènent avec des B12, les militaires burkinabè patrouillent parfois avec de simples kalachnikovs. Face à la puissance de feu des terroristes, la détermination ne suffit pas.

La population doit collaborer mais…

En plus de cela, les autorités burkinabè communiquent mal. Le gouvernement, par exemple, a doté l’armée burkinabè de 500 motos pour lutter contre le terrorisme. Elles ont été présentées à la presse. Dans le contexte burkinabè, ces informations sont du pain béni pour le camp adverse. Ils vont désormais s’attaquer à tous ceux qui rouleront sur ces types de motos.  L’effet de surprise n’existe plus. Ils auraient déjà récupéré trois motos aux forces de défense burkinabè. Un militaire, tombé dans une embuscade lors d’une patrouille, aurait été tué à croire certaines causeries.

Mais, le problème le plus important, c’est que la population ne collabore pas. La plupart des attaques se passent dans les villages où les gens se connaissent tous. Cependant, personne n’ose dénoncer de peur de représailles. Justement, c’est le manque de confiance au gouvernement burkinabè resté longtemps laxiste et amorphe. De par le passé, de simples bandits sont ressortis régler des comptes parce qu’ayant appris l’identité de ceux qui les ont dénoncés. Partant de ces expériences douloureuses, difficile aux populations de faire confiance quand ils ne voient aucune garantie de sécurité et protection.

Pour arrêter cette psychose, l’armée doit burkinabè doit à son tour multiplié les victoires. Ce qui permettra de rassurer la population et récréer le lien de confiance. Sinon pour le moment, l’avantage est dans le camp des terroristes dans cette guerre.

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