Madagascar: Sur les traces de l’auteur de « Sankara le rebelle »

Lorsque j’ai eu l’occasion de rencontrer un malgache, je n’ai jamais hésité à demander d’après Sennen Andriamirado. Sennen Andriamirado était un journaliste malgache travaillant pour le journal Jeune Afrique. C’est lui qui a écrit les livres« Il s’appelait Sankara » et « Sankara le Rebelle ». C’est à travers ses œuvres que beaucoup de jeunes de ma génération ont pu apprendre l’histoire du père de la révolution burkinabè et ce qui a marqué cette période pendant laquelle YouTube DailyMotion n’existaient pas. Malheureusement, personne ne connaissait Sennen.

Ce livre a marqué la génération Sankara (phNdèye Fatou Kane)

En effet, Thomas Sankara est si populaire en Afrique que pour moi, l’un des principaux personnages par lesquels des millions d’Africains l’ont connu Thomas Sankara, Sennen Andriamirado devait être aussi ou connu. Même s’il ne l’était pas sur le continent, il devait l’être sur la grande ile de Madagascar. C’était oublié que nul n’est prophète en son pays.

Finalement  en novembre 2016, lors d’un voyage à Madagascar, j’ai rencontré par le plus grand des hasards Thierry Andriamirado, le neveu de Sennen. Oui. Un parent de celui qui a écrit : « Il s’appelait Sankara » et « Sankara le rebelle ». Un soir dans un hôtel d’Antanarivo, nous faisions connaissances avec des blogueurs malgaches. Lorsqu’ils se présentèrent, le nom Thierry Andriamirado me tiqua. Je ne fis pas trop attention malgré tout. Mais c’est plus tard qu’un ami malgache me confia : « Boukari tu sais, Thierry est le neveu de Sennen. Regarde, il a écrit un billet et il a pointé un lien sur lui».

La magie du net. Il fallait que je le rencontre et que je puisse comprendre. Cela faisait plusieurs années que je cherchais quelqu’un qui pourrait me parler de Sennen Andriamirado. C’était donc l’occasion.

Thierry, le neveu qui s’opposait à l’oncle Sennen

Lorsque j’ai rencontré Thierry, son admiration pour son oncle sautait aux yeux même si apparemment, les deux avaient des avis divergents sur beaucoup de sujet. « Je n’ai pas toujours été d’accord avec lui. Il y avait parfois de grandes engueulades lors des discussions. C’est plus tard lors que je me suis trouvé dans l’administration que j’ai compris beaucoup de choses que mon oncle me disait», m’explique Thierry.

Avec Thierry Andriamirado, le neveu de Sennen (gauche) /Ph. Andriamilay Ranaivoson

Mais cela ne veut pas dire qu’il s’autocensurait. « Je le croisais souvent avec des hommes politiques. Il n’hésitait pas à les interpeller sur des sujets sérieux et leur disait ce qu’il pensait », s’étonne encore le neveu. Il était franc mais sa méthode était douce. Le souhait de Thierry, c’est de savoir comment son oncle se serait exprimé aujourd’hui sur les problèmes que connaît l’Afrique. « Les bêtises des gouvernements d’avant sont reprises aujourd’hui. J’aurai voulu savoir ce qu’il aurait dit avec son style journalistique », s’interroge Thierry. Mais, les articles de Sennen étaient très attendus dans Jeune Afrique et redoutés en même temps.

La force de son oncle, c’est qu’il trouvait des moins « sages » de convaincre alors que l’esprit fougueux de son neveu voulait que les choses soient dites de façon crue. En réalité, c’est ce qui opposait Sennen le sage à Sankara le rebelle. C’est aussi cette opposition d’attitude qui a rapproché les deux hommes passionnés de débat et assoiffé de connaissance. C’est toujours avec surprise qu’il revoit son oncle à l’aise pour parler des problèmes de l’Afrique.Thierry pensait qu’il négligeait Madagascar. Mais non.

Toutefois, il y a du Sankara en Thierry Andriamirado. Révolutionnaire, très critique envers le pouvoir, il a l’âme d’un justicier. C’est peut-être son coté « sankara » (fougueux) qui provoquait toutes ces oppositions avec son oncle. Mais détrompez vous: « Sennen était connu pour ses reportages retentissants et son style fulgurant. Globe trotter, militant farouche de la négritude, il avait fait de l’Afrique son espace professionnel« . Très en verve sur les réseau, Thierry n’hésite pas à s’attaquer aux injustices sociales dans son pays.

Nul n’est prophète en son pays

Comme je le disais plus haut, j’étais un peu sonné de constater que les Malgaches ne connaissaient pas Sennen. Par contre, il leur arrivait de me parler de Sankara. L’ancien Président du Faso a étudié à l’académie militaire d’Antsirabe, ville malgache, où se trouverait encore une de ses cartes  militaires. Mais tout cela à une explication selon Thierry :

« On n’avait rien à l’époque. Il y avait seulement une chaîne de télé ou c’était le président seul qui parlait à longueur de journée. Les générations actuelles ont manqué des livres. Des pans entiers de notre histoire on ne le connait pas, parce que ce n’est pas écrit. Le peu qui est là n’a pas assez de puissance. Il y a toute une génération qui a été sacrifiée. Sennen n’est pas le seul homme qui a marqué son temps qui reste inconnu. Il y a beaucoup de gens malgaches qui auraient mérité qu’on parle d’eux. Mais on n’en parle pas. Même le blogging malgache n’est assez structuré. Il y a des pans de cultures, de gens entiers qui restent des héros  inconnus ».

Même si Sennen Andriamirado n’a pas forcément la carrure de Thomas Sankara, je suis quand même surpris qu’il soit peu connu alors qu’il a grandement contribué à faire connaître le mythique Sankara le Rebelle.

 

je suis tombée sur le livre de Sennen Andriamirado. Ça peut paraître bizarre, mais Sankara, le rebelle est l’une des premières biographies jamais écrites sur Sankara, mais je n’arrivais pas à mettre la main dessus pour la bonne et simple raison qu’il … n’est plus édité ! Sankara, le rebelle, un livre à lire et à faire lire ! (…) Sennen Andriamirado, qui lui aussi a été fauché à la fleur de l’âge, a effectué un superbe travail de mémoire !

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4 thoughts on “Madagascar: Sur les traces de l’auteur de « Sankara le rebelle »

  1. Super travail. Poursuis ainsi avec humilité. Le drame est que on ne nous enseigne jamais sur notre histoire. Je ne suis pas un fan du capitaine mais lire sa biographie est indispensable pour le critiquer notamment pour nous qui ne l’avons pas connu. Il y a aussi Ludo Martin sur « Sankara, Compaoré et la révolution burkinabè » qui n’est pad mal. Publié après sa mort en 1989 la même année que le second livre de Sennen il s’appelait Sankara. Mais Sankara le rebelle reste la 1ère biographie du capitaine qui a été écrit avant son assassinat.

  2. Boukari..
    Je viens de tomber sur ton article sur Sennen, et tu m’en vois vraiment ému, pendant et après lecture, de me souvenir du « personnage ».
    Je te renouvelle mes remerciements, pour l’intérêt que tu portes sur Sennen et pour cet article. Je pense en effet qu’il serait content que son travail (et ses luttes!) n’ont pas été vains si les générations ultérieures continuent à le lire, à vouloir connaître l’Histoire de l’Afrique ainsi que ses luttes et ses souffrances.
    Concernant « Thierry, le neveu qui s’opposait à l’oncle Sennen », disons clairement que je n’aurais pas pù « m’opposer » à tant de compétences, de culture, ni bien évidemment à tant d’Amour pour l’Afrique et Madagascar 😉 .. c’est juste que du haut de mes 25 ans, je ne comprenais pas toujours tout d’où nos quelques frictions, ce qui avait le don de l’exaspérer 😛
    Enfin, je voudrais dire que dans mes vifs souvenirs de lui, à part le Sennen que je connaissais dans la vie privée en tant que neveu, il y avait le même Sennen qui était fou de l’Afrique et malheureux de ses déboires, qui était l’ami de Sankara et qui se devait sans doute d’écrire ces livres.
    Sennen n’a pas connu l’époque du « blogging », mais je pense qu’il aurait été content de savoir que les Africains, comme les autres, s’en servent pour s’exprimer (librement de préférence?), réfléchir et échanger, raconter.. car il est des souffrances qu’il ne faut pas taire.
    Encore merci! (y)

  3. encore étidiant. je lke savais que Sennen était le rédacteur en chef du Jeune Afrique à lépoque et crois moi j’étais si fier même si je ne connaissais pas grand’chose sur lui ! Chapeau Sennen un de tes admirateurs !!!!

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