Concours d’entrée à la police nationale du Burkina : la galère des candidats

Ils sont nombreux ces jeunes burkinabè à la recherche d’un emploi décent. A défaut de trouver un point de chute dans le secteur privé ou dans des Organisations non gouvernementales (ONG), où les salaires sont jugés juteux, les jeunes, une fois le Brevet d’Étude de premier cycle (BEPC) en poche, attendent impatiemment les concours de la fonction publique organisés chaque année par le gouvernement burkinabè pour postuler. Cette année, ils sont des milliers à prendre d’assaut les centres de dépôt avec l’espoir d’être admis à l’issue du concours. Mais « il faut être garçon ».

Tous ces candidats espèrent échapper au chômage grâce à ce concours

Tous ces candidats espèrent échapper au chômage grâce à ce concours

Le soleil est au zénith ce mercredi 13 juillet 2016 au Stade du 4 août de Ouagadougou. Fait inhabituel, des centaines de jeunes hommes et quelques filles,  regroupés sous le contrôle de policiers, sont alignés en plusieurs files indiennes. L’impatience, l’ennui et l’énervement se lisent sur les visages de ces jeunes venus déposer leur candidature pour le concours d’entrée à la police nationale – session 2016. La tension monte. On se crie dessus parce que certains petits malins venus tardivement veulent passer avant.

Certaines se protègent du soleil avec leurs dossiers. Quand on s’approche du groupe, c’est une forte odeur de chaleur humaine qui se dégage. Par vagues de 20, les candidats sont dirigés vers des guichets d’inscription. Là, ils sont d’abord reçus par des agents de la police nationale qui mesurent la taille de chaque candidat, vérifient le dossier avant que ces derniers ne puissent les déposer et récupérer le précieux sésame : le récépissé.

demande concours

A environs deux km de là, au niveau de l’Ecole nationale de la police, c’est presque le même scénario. Tout le long du mur d’environ 200 mètres, les candidats sont alignés, attendant chacun leur tour. Mais pour en arriver là, ces possibles futurs policiers ont galéré. Hamidou Ouédraogo est l’un des candidats pour le concours d’entrée à la police nationale. Comme les autres, il est aussi arrêté sous le soleil attendant son tour au guichet du Stade du 4 août de Ouagadougou : « Hier, on était là vers les 8 heures mais on n’a pas pu déposer. Donc aujourd’hui,  je suis venu à une heure du matin. Actuellement, on est là et on ne sait pas s’ils pourront prendre nos dossiers ou pas. Sinon, ils arrêtent de prendre les dossiers à 14 heures. On a pratiquement dormi ici parce qu’on est venus pour dresser une liste. J’ai quitté la maison à minuit pour pouvoir m’inscrire sur la liste. Je suis là depuis une heure ». Si cela fait deux jours qu’il galère pour déposer son dossier, il a fallu réunir toutes les pièces.

La grève des greffiers a tout compliqué

Là non plus, ce n’était pas facile. Le lancement du concours a coïncidé avec la grève des greffiers au niveau de la justice. Ce qui a retardé la délivrance de certains papiers. « Pour le casier judiciaire, c’était tout un problème. On vous donne un délai de trois ou quatre jours. Dès lors qu’on a lancé le concours de la police, les greffiers sont entrés en grève. Lorsqu’on partait déposer, on m’a dit de revenir le 14 (juillet) alors que le dernier délai c’est le 15 (juillet). Pour le certificat de nationalité, c’est pareil. Cela dure deux semaines à peu près avant de l’avoir », explique Hamidou Ouédraogo.

A l’École nationale de la police, il y a du monde

A l’École nationale de la police, il y a du monde

Mais les fortunes sont diverses qu’on réside à Ouagadougou ou encore hors de la capitale. « Hier, on s’est arrêtés ici jusqu’à 14 heures. Ils ont arrêté parce qu’il y avait des gens qui ont fraudé et qui sont passés et sont rentrés avant nous. J’étais obligé de revenir à minuit pour me coucher ici. On a dressé une liste de 50. Les candidats ont mélangé cette liste. On était obligés de la reprendre ». C’est par ces mots que Sayouba Bagayan commence par expliquer son chemin de croix. Lui qui souhaite être policier dans les prochains mois a dû faire des allers et retours entre Ouagadougou et Niangologo, sa région d’origine, pour des questions de papiers.

La taille est prise en compte dans le recrutement des élèves assistants de police

La taille est prise en compte dans le recrutement des élèves assistants de police

« Par exemple, je suis né à Niangologo. Je suis venu à Ouaga pour faire mon certificat de nationalité. Quand on a regardé mon dossier, on m’a dit que le prénom du père et celui qui est sur mon acte de naissance ne sont pas les mêmes. J’étais obligé alors d’aller le refaire », explique Bagayan avant de lâcher dépité : « quand j’ai fait le certificat d’individualité on m’a dit de repartir dans ma région d’origine pour faire mon certificat de nationalité. Alors que moi je suis ici, je suis élève. Je me débrouille. Imaginez ici Niangologo, le transport fait 8500 francs pour le billet aller. Si vous comptez le retour… ». Aux guichets situés au niveau de l’école de la police nationale, c’est la même galère. Ce n’est pas ce garçon originaire de la ville Ouahigouya qui dira le contraire : « C’est le 11 (juillet) que j’ai eu mon casier. Je suis arrivé à Ouaga hier (12 juillet) et je n’arrive pas à le déposer ».

Pour avoir du travail, il faut dépenser de l’argent

En réalité, en se rendant aux guichets pour les dépôts des dossiers, ces candidats espéraient voir le bout du tunnel après un parcours difficile. Bien avant, ils ont dû sillonner les différents commissariats pour faire légaliser les différents papiers. Il faut dépenser une petite fortune pour cela. « Pour le certificat de nationalité, cela m’a coûté 800 francs CFA sans les timbres. J’ai acheté en plus deux timbres à 200 francs. Le  casier judiciaire lui m’a coûté à 300 francs. J’ai légalisé ma CNIB (carte d’identité) et le diplôme à 400 francs. J’ai aussi fait un certificat de visite et de contre visite à 1000 francs CFA. En plus de cela, il faut compter le timbre de la demande à 250 francs CFA que j’ai acheté avec les revendeurs », explique Hamidou Ouédraogo. Tout cela lui revient à 2500 francs CFA pour un seul concours alors qu’il a déjà dû dépenser de l’argent pour quatre autres passés bien avant. Attention, lorsqu’on réussit à déposer son dossier, il faut prier Dieu, comme le dit quelqu’un, pour que le dossier ne soit pas rejeté pour une erreur, une rature ou parce qu’on a oublié un papier. Auquel cas vous recommencez le rang à zéro.


Témoignage d’un candidat

Ces jeunes aident les candidats à remplir leur dossier contre de 200 francs CFA par dossier

Ces jeunes aident les candidats à remplir leur dossier contre 200 francs CFA par dossier

Que faire ? Pour presque tous les candidats, le problème est simple à résoudre. Il faudrait songer à décentraliser les dépôts des dossiers. Ce serait beaucoup plus simple et cela permettrait de désengorger les guichets du centre unique de Ouagadougou. Au Stade Municipal, c’est également le même engouement alors qu’au niveau du palais de justice de Ouagadougou, de longues files de candidats attendaient de recevoir leur casier judiciaire ou leur certificat de nationalité.

Le lendemain, petit tour au niveau des centres de Stade du 4 août et de l’école nationale de la police. A 16 heures, de longues finales de près de 100 à 200 mètres sont constitués. Les guichets ont fermé. « On va tous dormir ici parce que c’est demain (vendredi 15 juillet 2016) le dernier délai », me fait savoir un candidat que j’avais vu là-bas, la veille.

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