Putsch manqué au Burkina : Gilbert Diendéré aurait reçu 160 millions de F CFA

Le rapport de la commission d’enquête du putsch manqué du jeudi 16 septembre 2015 circule en ce moment sur internet. De ce rapport, il ressort que le coup d’Etat du 16 septembre 2015 a été planifié, des dirigeants de partis politiques sont impliqués et révèle que le général Gilbert Diendéré a reçu des soutiens extérieurs.

 

Le Coup d’Etat manqué du mercredi 16 septembre 2015 a été planifié. C’est la conclusion que tire le rapport supposé de la commission d’enquête qui circule ces derniers temps via Internet. Ce rapport révèle que la proclamation du coup d’Etat a été rédigée bien avant le mercredi 16 septembre 2015, date à laquelle les putschistes sont entrés en action. Après la prise en otage des ministres lors du conseil des ministres qui se tenait ce jour-là, le général Gilbert Diendéré aurait été le premier informé. C’est lui donc qui aurait informé la hiérarchie militaire et les autres membres du régiment de sécurité présidentielle. Par la suite, il a donc tout mis en œuvre pour justifier le coup d’Etat en avançant des mobiles sociaux politiques.

Ce rapport accuse le général Gilbert Diendéré d’avoir donné de la prise d’otages des membres du gouvernement le 15 septembre 2015. Ce dernier a pris la tête de la junte et a dissout les institutions de la Transition. Le rapport l’accuse d’avoir fait venir de la Côte d’Ivoire et du Togo des armes et un sac de voyage contenant de l’argent.

Gilbert Diendéré a reçu 160 millions de F CFA

Le général Gilbert Diendéré aurait bénéficié d’appuis extérieurs qui se manifestent en des cautions morales et politiques et la fourniture de matériels de maintien de l’ordre pour réprimer ceux qui manifestaient contre le coup d’Etat. « Il a refusé de donner l’origine de 160 000 000 F CFA qu’il dit avoir reçu des mains d’amis », souligne ce rapport. Djibril Bassolet aurait établi des connexions avec des forces étrangères pour soutenir le coup d’Etat et aurait aussi financé la résistance des militaires du RSP.

Le colonel Major Boureima Kéré aurait donné la première lecture du projet de proclamation du coup d’Etat devant la hiérarchie militaires et les médiateurs nationaux. C’est lui également qui aurait intimidé les aux jeunes officiers qui planifiaient la descente et leurs troupes sur Ouagadougou. C’est encore Kéré qui aurait organisé la mission hélicoptère pour aller récupérer le matériel de maintien de l’ordre et le sac de voyage contenant environs 50 millions de francs CFA à la frontière ivoiro-burkinabè.

Bamba a empoché 5 millions F CFA

Lors du coup d’Etat, l’une des personnalités les plus en vue est le porte-parole du Conseil national de la démocratie le médecin lieutenant-colonel Mamadou Bamba qui a lu les différents communiqués et a reçu la somme de 10 millions de francs CFA de la part de Gilbert Diendéré au domicile de ce dernier dont 5 millions de francs CFA pour lui-même et le restant pour le colonel Abdoul Karim Traoré. Ce rapport affirme que certains partis politiques ont ouvertement soutenu le coup d’Etat à travers des déclarations, des manifestations violences, des financements et activités diplomatiques.

Installée officiellement le 12 octobre 2015, la commission d’enquête avait 30 jours pour rendre son rapport. Les enquêtes ont entendu au total 124 personnes sur toute l’étendue du territoire. Les acteurs principaux de ce putsch sont, selon le rapport le général de Brigade Gilbert Diendéré, les adjudants-chefs Major Eloi Badiel, Moussa Nébié dit Rambo, Betamba Meda, les adjudants Jean Florent Akowé Nion, Koessé Ouekouri, les sergent-chef Roger Koussoubé dit le Touareg, Mahamado Bouda, Ali Sanou, Adama Diallo, les sergents Zacharia Sangotouan et le caporal Boureima Zoureima.

Le rapport constate plusieurs rebondissements dans ce coup de force raté avec l’entrée en jeu d’acteurs militaires, politiques, coutumiers et religieux qui ont mené des «tractations délicates et périlleuses ». Au plan interne, les négociations ont surtout été menées par la Commission de réflexion et d’appui aux décisions (CRAD) du ministère de la défense nationale et des anciens combattants appuyée par l’ancien chef d’Etat Jean-Baptiste Ouédraogo.

Le rapport révèle que la hiérarchie militaire a refusé de soutenir le coup de force. Ce qui a amené Gilbert Diendéré « a usé de manœuvre dilatoires pour maintenir les éléments de l’ex RSP à sa cause ».

Les médiations au niveau international ont été assurées essentiellement par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) accompagné de l’Union Européenne, de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et de certaines chancelleries. On constate que ce rapport ne revient sur les contenus et le déroulement de ces différentes négociations mais insiste sur le fait que : « L’Union Africaine pour sa part avait fermement condamné la tentative de coup d’Etat, en qualifiant ses auteurs de terroristes et en prenant des sanctions contre eux ».

La hiérarchie militaire égratignée

Resté laxiste, de jeunes officiers (même s’ils ne sont pas nommés) ont pris des initiatives pour une opération militaire contre les putschistes après l’appel au patriotisme des forces vives de la nation, le nombre croissant des victimes civiles et la frustration par rapport à l’ex RSP au sein de l’armée. La prise de responsabilité des jeunes officiers a été l’actuel décisif du début du dénouement heureux d’une crise qui allait entraîner une guerre civile.

Et pourtant, dans la nuit du mercredi 16 au jeudi 17 septembre 2015 la hiérarchie militaire a refusé d’assumer mais celle-ci a fait preuve d’ambivalence. « Si la hiérarchie militaire avait pu prendre des mesures non équivoques dès les premiers moments, conformes à son refus du coup d’Etat, les évènements n’auraient certainement pas connu le même cours», dit le rapport sans pour autant préciser quelle tournure les évènements auraient pris. Pris de cours par les jeunes officiers, la hiérarchie militaire a su se ressaisir.

12 morts, 211 blessés recensés

Il a fallu toutefois recourir à « l’assaut final » parce que les opérations de désarmement ont connu quelques difficultés à cause de certains éléments incontrôlés qui ont interrompu l’opération en cours. De nombreuses infractions ont été retenues contre les putschistes et leurs complices. Il s’agit entre autre de trahison, les actes terrorismes, complicité d’acte de terrorisme, enlèvement et séquestration, le complot militaire, la révolte, le refus d’obéissance, la violation de consignes. Selon ce rapport, douze personnes ont perdu la vie lors de ce putsch   avec 211 victimes de coups et blessures.

Le rapport oublie les résistants

Toutefois, ce rapport compte beaucoup d’insuffisances. Il n’apporte d’informations sur comment le coup d’Etat a été planifié, comment se sont déroulés les différentes négociations. Le plus grave, c’est que le rapport ne fait pas cas de la résistance organisée par la société civile sur le terrain. Ce qui aurait permis de mieux comprendre les motivations des putschistes. Les différentes complicités ne sont pas complètement définies. L’on ne voit pas clairement la part de responsabilité de ceux qui ont soutenu le coup d’Etat à travers des déclarations et autres actes.

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