Zéphirin Diabré: « Je suis pétri des valeurs de l’insurrection populaire »

La première émission « Un candidat, un programme », initiée par le Conseil supérieur de la communication (CSC) et diffusée sur les antennes de la télévision nationale du Burkina a reçu comme premier candidat, Zéphirin Diabré de l’Union pour le Progrès et le Changement (UPC). C’est avec assurance que l’ancien chef de file de l’opposition a défendu son programme.

Zéphirin Diabré candidat présidentielle Burkina

Pourquoi les Burkinabè devraient voter pour Zéphirin Diabré ? C’est l’une des dernières questions posées au candidat de l’Union pour le Progrès et le Changement (UPC). Alors qu’on pensait qu’il évoquerait son programme, Zéphirin Diabré évoque son parcours. Il relève qu’il a occupé des postes ministériels au Burkina Faso pour montrer ainsi son expérience dans la gestion de l’affaire de l’Etat. Il a aussi rappelé son cheminement dans l’opposition pour conduire le combat contre la mise en place du Sénat et la modification de l’article 37. « Je suis pétri par les valeurs de l’insurrection », a martelé Zéphirin Diabré comme pour afficher son intégrité. Il a d’ailleurs appelé ceux qui auraient des dossiers sur lui à les présenter.

Zéphirin Diabré, en une heure de temps, a dû répondre à des questions sur quatre points. A savoir, le « burkindlim », le nom de son projet de société, les questions sociales, l’économie et sa vision pour le Burkina s’il était élu.

1 – Le « burkindlim »: « Un peuple, une génération, c’est toujours un héritage historique, culturel et surtout un héritage de valeurs ». C’est partant de cette appréciation que Zéphirin Diabré explique le sens de son projet qui veut réinstaurer le « burkindlim », une expression en langue mooré qui revêt les valeurs de l’intégrité. Une occasion pour lui de montrer qu’il partage les valeurs sankariste se basant sur la philosophie de Thomas Sankara (sans forcément être un sankariste). Selon lui, le burkidlim est une philosophie qui permet de définir ce que doit être le comportement du Burkinabè, ce qui implique de défendre la fibre nationale. « Si on ne le fait pas, nous créons une société qui n’a pas d’avenir ». Cette philosophie qui devrait être adoptée à l’issue d’une conférence nationale ressemble bien à un autre concept, source de la crise qu’a connu la Côte d’Ivoire : l’Ivoirité.

 

Si cette référence à la philosophie est un appel à l’unité nationale, Zéphirin Diabré n’a toutefois pas montré en quoi le Burkindlim, qui défend le concept de la sobriété, tranche avec le luxe dans lequel il mène sa campagne. Le président de l’UPC s’est mal défendu : « Je viens de parcourir 16 provinces en une semaine comment voulez-vous que je le fasse ? ». Il aurait encore pu saisir la balle au bond lorsqu’Aubin Guébré a évoqué le train de vie de l’Etat. Mais pour Zéphirin Diabré : « La société est dans son ensemble gangrénée par ce mal ».

Dans ce volet, en plus des questions culturelles avec la possibilité de faire voyager les lauréats de la Semaine nationale de la Culture (SNC), il a aussi développé sa vision du sport. Zéphirin Diabré veut créer des «plateaux diverses» qui permettraient de développer plusieurs disciplines dans les communes. Un projet intéressant. Cependant, l’occasion ne lui a pas été donnée de dire comment cela devrait se mettre en place.

2 – Les secteurs sociaux : Sur le plan de l’éducation, Zéphirin Diabré s’est d’entrée de jeu montré favorable au continuum du système Licence Master Doctorat (LMD) qui fait actuellement débat au Burkina. Il estime que ces concepts sont bons mais leurs applications posent problème à cause du manque d’infrastructures et de matériels. « Si vous voulez attendre d’avoir tous les moyens pour mettre en œuvre la réforme, vous n’allez rien faire », explique-t-il. L’une de ses ambitions est d’amener le ratio à 500 étudiants pour cent mille habitants. Même si ses ambitions sont beaucoup trop grandes, l’invité du jour a fait comprendre que son document a été rédigé en 1994 et qu’il s’agit de donner à mettre à jour.

Sur les questions sanitaires, Zéphirin Diabré pense qu’on ne peut pas offrir la gratuité des soins aux Burkinabè sauf les soins d’urgence. « Mettre au monde un enfant ne doit pas être une occasion de dépenser de l’argent », a dit-il dit.

Sur la question de l’emploi, le candidat de l’UPC annonce qu’il compte créer 140 000 emplois pendant son mandat, soit cinq mille par an. Il constate trois sources d’employabilité des jeunes : les Concours de la fonction publique, le secteur le privé et l’auto-emploi. « L’Etat ne peut pas embaucher tout le monde », souligne Diabré. Dans le secteur privé, il faut compter sur les investisseurs et faire en sorte que les Burkinabè sachent qu’un charpentier ou un menuisier peut mieux vivre qu’un fonctionnaire. Mais à ce niveau, Diabré ne dit pas comment la politique sera mise en place. A travers la réforme du système éducatif ?

3 – Economie : Economiste de formation, c’était en principe son terrain de prédilection. A ce sujet, Diabré compte créer un ministère du plan, qui a déjà existé de par le passé au Burkina Faso, pour assurer la liaison étroite avec le secteur privé et définir les secteurs porteurs. Conscient que le Burkina a besoin d’investissement, Zéphirin Diabré pense qu’il faut assurer les investisseurs. Sur cela, il se base sur des arguments subjectifs et vagues comme s’il était facile de convaincre un investisseur. En parlant de celui qui sera élu « s’il dit clairement qu’il veut un pays où l’initiative privée est encouragée, il viendra ».

Il pense néanmoins qu’il faut compter sur ses proposes en force. Et comme idée intéressant, il pense qu’il faut encourager les jeunes entrepreneurs. Cela à travers l’octroi à ces derniers d’un pourcentage de la commande publique et aussi, faire en sorte que ce ne soit pas toujours les mêmes qui sont retenus.

Sur le plan agricole, Zéphrin Diabré pense qu’il faut passer de la daba à la charrue. C’est pourquoi, il a en projet la création de la société nationale d’équipement agricole (SONEA) qui va faire en sorte qu’on puisse mettre à la disposition des paysans du matériel monté sur place et à moindre frais. Il a aussi relevé des potentialités. D’après lui, il y a 250 mille hectares de terre à irriguer et 500 mille hectares de baffons aménageable.

Cependant, en abordant la question des industries, Zéphirin Diabré pourrait perdre des points auprès des Bobolais. Alors qu’une certaine opinion dans la ville de Sya estime que la ville de Bobo Dioulasso est délaissée avec les unités industrielles qui se ferment Zéphirin Diabré réfute cet argument. « Quand les unités se meurent, ce n’est pas l’Etat qui les fermes », réplique Diabré qui pense qu’il n’y a pas de complot que la ville de Bobo Dioulasso. Si cela est juste, la manière de le dire pourrait laisser croire que cette partie du Burkina n’occupe pas une place importante dans son programme. Néanmoins, Bobo Dioulasso fait partie des « zones d’économies spéciales » que compte mettre en place Zéphrin Diabré.

Sur la question des mines, Zeph tranche avec une certaine conception des populations locales qui souhaitent que les ressortissants d’une localité minière puissent avoir une place dans les sociétés minières dès leurs installations : « Ils sont tous des Burkinabè ». Et pourtant, beaucoup de conflits dans les zones minières sont parties du fait que les populations locales estiment qu’ils ne bénéficient pas assez des retombées. L’on constate donc qu’à force de vouloir sortir de ces questions d’éthnicisme, de régionalisme, le candidat de l’UPC glisse sur des terrains dangereux.

Vision pour le Burkina : Zéphirin Diabré rêve d’un pays qui sera bâtit par tous les Burkinabè quel que soit leurs bords. Interrogé sur la participation de la diaspora, il en a profité pour parler indirectement des refugiés. Pour lui, tous peuvent contribuer à construire le Burkina Faso mais il faut la vérité, la justice avant le pardon. Au niveau de la coopération, il estime qu’il faudrait que certaines coopérations soient revues. Un clin d’œil surement à la Chine Taiwan.

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