Au cœur de la Présidentielle : Blaise Compaoré sera jugé selon les candidats

Les Burkinabè ont pu suivre l’acte 3 de l’émission «Au cœur de la présidentielle» avec les candidats Jean Baptiste Natama et Françoise Toé indépendants, Saran Séré Sérémé du Parti pour le développement et le changement (PDC) et un représentant du candidat Ablassé Ouédraogo en la personne de Roch Ouédraogo. La bonne gestion du débat par les deux journaliste à pousser les invités dans leur dernier retranchement.

Tous les candidats sont d'accord pour juger Blaise Compaoré

Tous les candidats sont d’accord pour juger Blaise Compaoré

Gouvernance : 25 ministres pour Françoise Toé, 16 pour Natama

La question de la gouvernance a été le premier sujet abordé par lors de l’émission « Au cœur de la présidentielle ». Le représentant du Faso Autrement Roch Ouédraogo, affirme qu’il s’agit de faire en sorte que les Burkinabè sachent ce qui s’est passé au Burkina. C’est pourquoi ce parti va commanditer un audit des projets et programmes des dix dernières années au Burkina Faso et des grandes sociétés de l’Etat. Ces résultats seront publiés dans les six mois à suivre. Si son candidat Ablassé Ouédraogo souhaite restaurer l’autorité de l’Etat au Burkina, il compte aussi s’investir dans la réconciliation. « Nous assistons une bipolarisation des rancœurs et il faut éviter tout esprit de triomphalisme d’un camp sur un autre », a lancé Roch Ouédraogo.

Françoise Toé compte mettre en œuvre les recommandations de la Comité nationale des réformes et de la réconciliation (CNRR). L’éthique est importante dans la gestion de l’Etat à son avis : « tant que les choses ne seront pas fait dans les règles de l’éthique, on ne peut pas assurer la bonne gouvernance. Le projet de société vise pour objectif d’assurer le développement endogène du Burkina Faso». Françoise Toé compte s’investir dans la lutte contre l’impunité, la corruption. Son gouvernement d’une large ouverture sera constitué de 25 membres.

 Jean-Baptiste Natama constate que la situation que vit le Burkina est consécutive à la mal gouvernance. « Pour que le pays puisse repartir sur de bon pied, il faut nécessairement donner des signes forts en matière de promotion de la bonne gouvernance qui commencent par la moralisation de la vie politique nationale, la promotion des valeurs, qui sont des valeurs d’intégrité d’honnêteté et de solidarité des Burkinabè ». Et pour réduire le train de vie de l’Etat, son gouvernement sera composé de 16 membres paritaire. Interrogé sur sa collaboration avec l’ancien régime, Jean-Baptiste Natama nie. « Je n’ai jamais été membre d’un gouvernement, je n’ai jamais été membre de l’assemblée nationale, je n’ai jamais été maire, je n’ai jamais été conseillé. Je suis nouveau sur la scène politique », a résumé Natama. Mais pour Remy Dandjinou l’un des journalistes, son passage à la tête du Mécanisme d’Evaluation par les Paires (MAEP) pourrait s’expliquer par le fait qu’il avait des accointances avec Blaise Compaoré. Mais selon Natama, il s’agit d’un « sacrifice » et un acte patriotique de servir au MAEP tout en affirmant que le rapport a été véridique et posait les problèmes soulignés aujourd’hui.

Sur la question de sa collaboration avec Blaise Compaoré, Saran Séré Sérémé affirme que le « système présidentialiste », ne permettait pas à un seul individu du système de faire changer les choses. « La justice étant un bras du gouvernement, elle ne pouvait pas être neutre », souligne la Présidente du PDC. Saran Séré Sérémé rappelle qu’elle a quitté le navire de l’ancien régime lorsqu’elle a constaté des rives.

Roch Ouédraogo, représentant de Ablassé a abordé les mêmes arguments que Natama puisque son candidat a été ministre des affaires étrangères dans le gouvernement de Blaise Compaoré. « C’est par patriotisme qu’Ablassé Ouédraogo a accepté de venir travailler pour le Burkina Faso », précise Roch Ouédraogo.

Blaise Compaoré va répondre devant la justice

l«Notre préoccupation, c’est d’arriver à éradiquer l’impunité et la corruption au Burkina Faso », a répondu Françoise Toé lorsqu’elle a été interrogée sur la question du sort réservé à l’ancien Président du Faso Blaise Compaoré. Selon elle, tous les acteurs appelés par la justice devront répondre : « toute personne qui a déposé des actes susceptibles d’être qualifiés de délit de crimes». Pour Natama cette question de « la justice ne saurait se limiter au Président Compaoré »

« Sous la présidence Ouédraogo, aucun Burkinabè ne sera au-dessus de la loi. Cela veut dire que le Président Compaoré est appelé à répondre à la justice burkinabè, il répondra de ses faits et actes. Nous n’allons pas faire d’entraves à la justice », assure Roch Ouédraogo.

Saran Sérémé s’est inscrite dans la même logique. «Toute personne qui a pu poser des actes en porte-à faux avec la loi devra répondre ses actes. Chacun doit apprendre à s’assumer devant l’histoire». Toutefois, elle croit en une possible réconciliation.

Économie: mettre l’accent sur l’industrialisation 

Pour redresser l’économie du Burkina Faso, Françoise Toé qui s’appuie sur le programme du PDP/PS compte créer des lycées agricoles, même s’ils existent déjà, et mieux les faire fonctionner pour augmenter la productivité. Natama constatant que les indicateurs sociaux sont bas pense qu’il faut identifier les déterminants de la croissance économique « à partir de là vous identifier les leviers qu’il faut actionner ». Selon elle, 80% des Burkinabè vivent de l’agriculture et cette même couche produit 30% du produit intérieur bruit. C’est pourquoi, elle pense qu’il faut accroitre la productivité dans le milieu rurale qui pourrait résoudre l’employabilité, l’accès à la terre,

Saran Séré Sérémé pense qu’il faut importer les technologies, s’ouvrir à l’industrialisation agro-alimentaire qui va résoudre par ricoché l’employabilité des jeunes. Elle préconise la mise place d’un système de formation professionnalisant à partir des départements et non des régions.

Le représentant de Ablassé Ouédraogo relève qu’il faut investir dans le capitale humain, restructuration du système éducatif. Il propose la mise à disposition des Burkinabè du monde rurale des outils adaptés, un circuit de distribution de leur produit. Tout cela devrait permettre « au cours de la première année de gouvernance, qu’on puisse porter le taux de croissance du pays à 8% (…) en investissant sur les petits emplois à caractère intensifs ». Sur ce sujet, Françoise Toé compte faire en sorte que les populations bénéficient des retombés en revoyant les conventions signées et en misant sur les infrastructures.

Un plan pour les générations futures à travers les mines

Jean-Baptiste Natama veut rompre avec les pratiques. « Il faut délier les recettes minières des recettes publiques pour éviter le phénomène de croire qu’il y a un accroissement de la recette publique qui entraîne un accroissement de la dépense publique», résume-t-il en ajoutant qu’il faut créer des ressources pour les générations futures.

Saran Séré Sérémé pense aussi qu’il faut consacrer essentiellement les recettes minières dans les infrastructures d’avenir tout en investissant dans le social, dans les zones d’exploitation minière. Elle ne comprend pas pourquoi en avec le boom minier, que le gramme d’or soit passé de six mille 500 francs CFA à 28 mille francs CFA alors que les conventions signées n’ont pas changé. C’est pourquoi, « l’amazone de Tougan » pense rediscuter certaines conventions avec les exploitants.

 

Roch Ouédraogo relève qu’il faut revoir la transparence dans le permis d’exploitation en adoptant un cahier de charge. Concernant toujours les mines, il pense aussi qu’il faut réorganiser l’exploitation artisanale. « Il faut faire en sorte que les recettes minières qui rentrent au niveau du trésor public soit orientées vers les services sociaux de base comme l’éducation, la santé », mentionne Roch Ouédraogo tout en tenant compte des générations futures.

Le tissu industriel faible voire inexistant

Françoise Toé insiste sur la régulation les autorisations d’importation de produit déjà produit aux Burkina Faso ce qui va contribuer à résoudre le problème de l’employabilité. Le candidat Natama incite à la création des conditions de l’éclosion et de développement des industries. Le point essentiel pour atteindre cet objectif est de résoudre les questions de l’énergie. Natama constate tout de même comme entrave, la faiblesse du capital humain. « Si vous n’avez pas un capital humain de qualité vous ne pouvez pas promouvoir l’industrie ».

La redynamisation du secteur de l’industrie est une préoccupation du Faso Autrement. Roch Ouédraogo pense à la création d’entreprise pour réduire l’exportation et transformer les produits sur place. « On ne fait que transporter les balles (ndlr de coton) vers les ports. Ce n’est pas normal ». En abondant dans le même sens, Saran Séré Sérémé relève que le Burkina Faso, premier pays africain producteur de coton n’a pas d’industrie de transformation. Pour encourager l’industrialisation du Burkina, elle souhaite soutenir les entreprises à travers des subventions. « Au Burkina Faso, nous avons plus prioriser l’importation de produit qui apportait à certaines personnes de tel sorte que personne n’avait envie d’œuvrer à ce que l’industrialisation soit effective », a asséné Saran Sérémé.

Secteurs sociaux : l’éducation la clé

« L’éducation est la clef de tout », souligne Jean-Baptiste Natama (comme pour faire référence à Lucky Dube qui disait : education is key. Pour lui, l’éducation peut aussi résoudre les problèmes de santé. Partant de l’importance de l’éducation Françoise Toé va promouvoir l’éducation pour tous si elle est élue dans un système éducatif de qualité. Estimant que toute la chaîne est défaillante, le Faso Autrement va revoir tout le système éducatif burkinabè dans sa globalité.

Sur le plan social, Saran Séré Sérémé pense s’attaquer à deux fronts : la santé et l’éducation. « J’ai un problème lorsque je vois une mère mourir en donnant la vie », appuie-t-elle. La présidente du PDC a insisté sur les soins de santé infantile, maternelle de la reproduction. Sur le plan de l’éducation, elle prévois le renforcement de la formation technique.

Critiques

Le journaliste Remy Dandjinou a bien mené le débat en poussant les invités dans leur retranchement, en relevant souvent des failles dans les réponses de ses interlocuteurs. Il a montré qu’il avait une bonne culture général en rappelant par exemple à Françoise Toé que Blaise Compaoré avait déjà mis un place le projet des lycées agricoles, la relecture du code minier. Les deux journalistes ont insisté sur le « comment » de la mise en œuvre des différents projets des candidats. Cette fois les candidats n’ont pas passé leur temps à critiquer le régime déchu mais à faire des propositions plus ou moins concrètes.

Toutefois, il faut le reconnaitre Remy Dandjinou a noyé Soumaila Ouédraogo assez timide. Par exemple, alors que ce dernier tente de poser une question à Françoise Toé qui n’avait totalement fini de développer son idée sur la question économique, Remy décide de remettre la parole à Jean-Baptiste Natama. Les prochains modérateurs doivent faire preuve de plus complicité. En voulant amener les invités à mieux s’expliquer, les deux journalistes n’ont pu épuiser les sujets prévues.

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