« Au cœur de la présidentielle »: tirs groupés sur le MPP

L’émission de débat de la télévision nationale du Burkina « Au cœur de la présidentielle » mettant en scène les candidats à l’élection présidentielle du 29 novembre 2015 a reçu comme invité Simon Compaoré représentant du candidat du Mouvement du peuple et du progrès (MPP), Roch Marc Christian Kaboré, Victorien Tougouma MAP (Mouvement africain des peuples) et Boukaré Ouédraogo, candidat indépendant, ce lundi 9 novembre 2015. Les deux derniers qui avaient face à eux un ancien dignitaire du régime de Blaise Compaoré à savoir Simon Compaoré ont passé leur temps à attaquer Simon Compaoré et son parti plutôt que de convaincre sur le projet qu’ils proposent aux Burkinabè.

D’entrée de jeu dans cette émission supposée être un débat, les candidats Victorien Tougouma et Boukaré Ouédraogo tels des rugbymen se sont rués sur Simon Compaoré et son parti le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) anciens dignitaires du régime de Blaise Compaoré. Victorien Tougouma accuse le MPP de coller des affiches sur des arbres, des murs comme celui du Salon international de l’artisanat et de la culture (SIAO). Les deux candidats ne comprennent pas non plus pourquoi Simon Compaoré est le représentant de Roch Marc Christian Kaboré, alors qu’un candidat doit défendre lui-même son programme. Les explications de Simon Compaoré ne sont pas convaincantes. Néanmoins, l’ancien maire de la ville de Ouagadougou reconnaît qu’il n’est pas normal d’afficher des posters sur des arbres. Il explique cela par l’absence d’espaces aménagés dans ce cadre. Puis Simon Compaoré de demander pourquoi est-ce seulement les affiches du MPP qui posent problème alors que d’autres candidats sont dans la même situation.

Réduction du train de vie l’Etat : les candidats sont unanimes. Tout en accusant les pratiques du régime déchu de Blaise Compaoré, Victorien Tougouma compte remplacer les 4X4 qu’utiliseraient les ministres par des véhicules plus modestes. Il évoque aussi la suppression des avantages accordés aux ministres qui bénéficient d’un statut de ministre six mois après leur départ du gouvernement. C’est pourquoi le salaire du président sera diminué, car : « Aux États-Unis le directeur de la CIA à un salaire plus élevé que Barack Obama». A ce sujet, Boukaré Ouédraogo regrette que des ministres roulent avec des véhicules de 77 millions de francs CFA alors qu’une seule de ces voitures peut construire deux écoles. Il dénonce aussi des pratiques dans l’attribution des marchés publics qui font perdre beaucoup d’argent à l’Etat.  

Sur cette question le représentant du MPP confie que son équipe va revoir la configuration du gouvernement pour « éviter un gouvernement pléthorique ». Quand le journaliste lui demande un chiffre, Simon Compaoré dans le doute affirme qu’il devrait tourner avec quelque 25 ministres. Par ailleurs, Simon Compaoré pense que pour certaines missions, l’administration a besoin de 4X4 et qu’il faudrait revoir la dotation des services en matière de carburants, l’usage de l’électricité, etc.

L’éducation : tous les candidats en plus du représentant de Roch Marc Christian Kaboré reconnaissent que le secteur de l’éducation est très important. Le journaliste Ismaël Ouédraogo est revenu particulièrement sur le continuum dans le système éducatif qui pose vraiment débat. Si Victorien est resté évasif sur le sujet Boukaré Ouédraogo lui ne sait pas s’il va l’appliquer ou pas. On a eu l’impression qu’ils ne savaient pas de quoi il s’agissait exactement. A ce sujet Simon Compaoré pense que le continuum tout comme le système licence-master-doctorat qui pose problème actuellement à l’Université de Ouagadougou parce qu’on a mis la charrue avant les bœufs. « On ne peut pas prendre des magasins pour faire des salles de classe » a-t-il lancé en reprenant une phrase qui semble chère à son candidat : « Nous allons mettre fin aux écoles sous paillote ».

Boukaré Ouédraogo propose la professionnalisation du système éducatif. Une idée à appliquer dès l’école primaire souhaite Victorien Tougouma  ! Il compte aussi augmenter les capacités d’accueils à l’Université. Dans ce cadre, il accordera des bourses aux meilleurs étudiants pour se former dans les dix pays les plus développés au monde. « C’est comme ça que la Chine a fait », a-t-il lancé.

Santé : Aucun Burkinabè n’ira se soigner à l’extérieur si Boukaré Ouédraogo est élu. « Le plus important n’est pas de construire des hôpitaux mais de consolider les acquis » affirme le candidat comme s’il reconnaissait que le régime précédent a réussi dans ce domaine. Victorien Tougouma pense que la réussite de sa mission dans ce secteur passe par une intégration politique au niveau de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Il note que les évacuations à l’étranger auraient coûté 4 milliards de francs CFA alors que le budget de l’hôpital Yalgado Ouédraogo est de 3 milliards de francs CFA. Pour Simon Compoaré, le secteur de la santé passe par trois points : la construction, la réhabilitation et la formation. Et selon lui « l’assurance universelle est quelque chose de nécessaire ». Le Service d’aide médicale urgente (SAMU) dans les grandes villes où il y a beaucoup d’habitants est une autre nécessité.

Economie : Sur le plan économique, Victorien Tougouma pense que le domaine des mines est l’un des points sur lequel le Burkina doit mettre l’accent tout en faisant en sorte que chaque Burkinabè puisse être actionnaires dans une société minière. Il faut éviter les connexions entre les hommes d’affaires et les hommes politiques selon son argumentaire. Sous le mandat de Boukari Ouédraogo le Burkina Faso « n’exportera plus le coton ». Simon Compaoré estime qu’il faut mettre l’accent sur la transformation du lait que le Burkina Faso produirait en grande quantité.

Sport et culture : Dans le domaine de la culture, Boukaré Ouédraogo s’est appesanti sur la réouverture et la construction de salles de cinéma « pour redynamiser le FESPACO ».

Les candidats ont juste survolé le sujet sur le sport. Victorien Tougouma qui veut attirer cinq millions touristes par an au Burkina Faso compte également sur le sport pour atteindre cet objectif.

Critiques : Victorien Tougouma et Boukaré Ouédraogo candidats pas très connus du public n’ont rien dit d’essentiel. Pas connus du grand public, ils auraient dû mieux se concentrer sur leur programme politique au lieu de s’attaquer à Simon Compaoré et au MPP. En plus, ils n’ont pas su montrer l’originalité de leur programme. Simon Compaoré en assumant le passé de son parti a fait de Roch Marc Christian Kaboré un candidat expérimenté. Il n’y a pas eu de débat d’idées sur le contenu des programmes de chaque camp.

Ce n’est pas à un débat que l’on a assisté à la télévision nationale. Le temps imparti pour cette émission (une heure) était insuffisant. Les participants à l’émission se sont contentés de faire le constat de la situation sociopolitique et économique au Burkina Faso. Ils n’ont pas dit comment ils comptaient mettre en œuvre leur programme.

Les journalistes Ismaël Ouédraogo et Romaine Zidwouemba n’ont pas su gérer cette émission. Face aux propositions des différents candidats les questions : « comment le réaliser ? » ont beaucoup manqué. Ils auraient dû sortir des contenus du programme de ces candidats afin de montrer les forces et les faiblesses. Peut-être manquaient-ils de temps. En plus de cela, ils n’ont pas su gérer les interventions. Le scénario était connu d’avance : la parole à Victorien Tougouma en premier, Boukaré Ouédraogo ensuite pour finir avec Simon Compaoré. Il fallait souvent inverser l’ordre. En plus de cela, il fallait peut-être imaginer une horloge pour indiquer le temps de parole de chaque candidat.

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