Un Ouagalais à Abidjan en pleine campagne électorale

Un groupe de blogueurs a été invité en Côte d’Ivoire pour l’observation de la campagne présidentielle dans ce pays. Contacté et après une semaine de tergiversations, l’invitation est finalement confirmée et je dois me rendre à Abidjan pour couvrir la campagne en tant que blogueur sur le terrain. Pas besoin de grands préparatifs.

(ph. rfi)

(ph. rfi)

L’heure africaine : Sur le billet d’avion, le décollage de l’avion est programmé pour 16 h 25. Convocation deux heures avant. A 14 h 30 les passagers pour le vol HF 0739 air Côte d’Ivoire sont convoqués. Les formalités passées, j’attends tranquillement dans la salle d’attente. C’est finalement aux environs de 16 h 40 minutes que nous sommes appelés pour rejoindre le car assurant la navette. C’est plutôt avec un passager que je me renseigne : « C’est quel vol ils ont annoncé ? ». « C’est Abidjan» répondit-il. Je me précipitai pour rejoindre le petit rang. Deux personnes étaient encore alignées. J’aurais pu manquer le vol. Vu le temps pris pour rejoindre l’avion, l’installation des passagers, les consignes, puis le décollage, nous étions largement en retard. Conséquence, nous arrivâmes à Abidjan à 18 h 30 minutes exactement à en croire la standardiste qui annonçait également une température de 26 degré. Beau temps ! Celui qui m’attendait à l’aéroport attendait depuis 17 h 25 comme indiqué sur le billet d’avion. C’est l’heure africaine ! Le retard est normal.

Bonjour Abidjan : En quittant l’aéroport, une musique me vint en tête. « La Côte d’Ivoire, c’est le tourisme. Pays de rêve de beaux paysages. Baby, je fais mes valises, on part en Afrique, en Côte d’Ivoire… » Je n’eus même pas le temps de me fredonner la suite cette chanson culte que je vis un jeune homme, une pancarte avec mon nom inscrit. « C’est monsieur Ouédraogo ? », demanda-t-il. Je fis « oui » de la tête et lui tendit la main. Il prit mes bagages et me conduisit à la résidence. Celui qui vient de m’accueillir s’appelle Henri Didi. Un chauffeur. Il travaille pour le patron. Je ne voulus pas savoir qui était vraiment ce patron. Mais je me renseignerai plus tard. Nous quittâmes l’aéroport. « On va à Cocody Angré. Vous connaissez ? », me demanda-il. Je connaissais seulement les environs de Koumassi, Marcory, Treichville, Port-Bouet et un peu le Plateau. Comme s’il avait deviné que je ne comprenais pas le calme qui régnait autour de l’aéroport, Didi me fit savoir que la zone était inhabitée. Il y avait seulement quelques jardins potagers autour. Même si ce n’est pas la première fois que j’allais en Côte d’Ivoire, c’était la première fois que j’y allais par avion.

Abraham Moussa et Solo Jah Gunt chantant la Côte d’Ivoire

Des signes de la campagne : lorsque nous quittâmes la zone de l’aéroport, des affiches sur les voitures attirèrent l’attention. La Côte d’Ivoire est en campagne électorale. Des affiches sont collées sur les voitures « gbakas », minis cars de transport en commun. La première affiche que nous voyons est celle du candidat Kouadio Konan Bertin surnommé KKB. Mais très rapidement, les affiches d’ADO prennent place. La plupart des panneaux géants sont occupés par les affiches du président sortant. Le tenant du titre en quelque sorte. « Avec Ado, mon salaire augmente ». « Avec Ado, l’assurance garantie », « Avec ADO, j’ai l’eau courante »… Le long des murs sont placardées des affiches géantes ou en petits formats de tous les candidats. Mais celles qui émergent toujours du lot sont celles d’ADO.

A certains ronds-points, des jeunes en t-shirt orange et blanc et en casquettes font de l’animation. Ce sont encore les partisans de l’actuel président. Nous apercevons quelques affiches des challengers. Mais ADO est omniprésent. Souvent les premières impressions sont les meilleures. ADO domine la campagne. Dans cette ferveur de campagne, c’est comme si la messe était déjà dite, les affiches du président Ouattara dominent suivies de celles de KKB et de AFFI N’guessan. Entre-temps, nous avons pu voir un camion dans une station d’essence avec les affiches de Lagou Adjoua Henriette. « Elle, c’est une intellectuelle », confie Didi qui rappelle en même temps que la campagne est moins tendue cette année.

Affaire de pont à péage : Pendant le parcours, Didi a joué les guides. Lorsqu’on changeait de quartier, il me disait où on se trouvait, les changements intervenus dans la zone tout en faisant des critiques sur l’incivisme de certains chauffeurs. Lorsque nous arrivâmes au niveau de l’échangeur à péage, il me le fit comprendre même si l’évidence sautait aux yeux. « Le problème de ce pont, c’est qu’on paye ». Il faut payer à chaque passage. « C’est ce que l’opposition critique », explique encore Didi. Mais le chauffeur du soir précise : « Il fallait ce pont parce qu’il permet d’éviter les embouteillages ». Didi m’explique qu’on n’est pas obligé de l’emprunter, mais dans ce cas il faudra faire de grands détours tout en supportant les embouteillages. Il me fit même remarquer qu’après avoir traversé le pont, la voie est désengorgée. Et pour Didi, il faut saluer cette œuvre du président Ouattara. La dernière fois que j’étais à Abidjan, le pont était encore en construction. Il y avait un grand restaurant à cet endroit, mais le propriétaire était obligé de déménager. Tous ceux qui ont été délogés ont été « bien » dédommagés selon Didi. D’après lui certains étaient dans de petites baraques et se sont retrouvés dans des maisons de deux ou de trois pièces dans d’autres quartiers. Information que je n’ai pas pu vérifier.

Ouaga c’est comment ? : Personnellement, je savais que cette question serait posée après le putsch manqué du mercredi 16 septembre 2015 quel que soit l’endroit où je me trouverai. « Ha les Burkinabè, vous avez refusé à tout prix le coup d’Etat… » Je ne savais pas si c’était une question ou juste une affirmation. Je lui expliquai que le coup d’Etat est mal tombé surtout après le sacrifice que les Burkinabè ont fait depuis la chute de Blaise Compaoré le 31 octobre 2014. Didi me fit comprendre qu’il a eu peur parce qu’il a des parents au Burkina Faso. Ces derniers se trouveraient à Ouaga 2000 ou dans les environs. Mais en réalité il s’agit des enfants d’un ancien cuisinier de son grand frère défunt. Un lien est né entre ces deux familles de sorte qu’elles se considèrent comme une. Le cuisinier en question aurait même donné à l’une de ses filles le nom de la femme de son ancien patron. Ivoirien ! Cette histoire résume ce qu’est la Côte d’Ivoire. Une « terre d’espérance » pour tous ceux qui se mettent au travail et aussi « pays de l’hospitalité » comme dit dans l’hymne national ivoirien. «Le Burkina ne mérite pas ce qui est arrivé » me fit comprendre Moussa Bamba lorsque nous rencontrâmes à la résidence. Ce sont Moussa Bamba et Marc Antoine qui m’ont envoyé l’invitation au nom de leur patron.

C’est dans cette ambiance que nous arrivâmes à « Les Résidences Niable » à Cocody. Pas le temps de se reposer que Moussa Bamba arrivât. Je pus voir d’autres blogueurs Aphtal Cissé du Togo que j’avais déjà croisé à Dakar, Nelson du Cameroun et Gloria du Bénin. Nous causâmes jusqu’aux environs de minuit quand Marc Antoine rejoint le groupe. On attendait désormais ce vendredi 23 octobre pour suivre le dernier meeting du candidat Ouattara.

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