Sankara, l’empêcheur de dormir

On ne peut pas tuer un être humain et dormir tranquillement surtout. Les assassins de Thomas Sankara n’ont plus eu un sommeil tranquille depuis la disparation de la figure de proue de la révolution burkinabè le 15 octobre 1987.

La commémoration de l’anniversaire de l’assassinat de l’enfant de Yako s’est faite de façon particulière. C’est la première fois que le pays se souvenait de l’homme qui a marqué l’histoire du Burkina sans Blaise Compaoré au pouvoir. La télévision nationale du Burkina a diffusé une série d’éléments sur Thomas Sankara. Même si les accros des CD piratés et d’Internet avaient déjà pu voir ces images, la saveur particulière s’explique par le fait que c’est la première fois depuis sa mort que la télévision nationale diffusait ces images. Le grand public ne les a pas forcément vues au point que beaucoup se demandaient si la RTB les avait effectivement.

 

Le certificat de décès de Thomas Sankara

Le certificat de décès de Thomas Sankara

Ce 15 octobre 2015, tombait un jeudi comme le jour de l’assassinat de Thomas Sankara, les internautes ont rivalisé dans leurs messages d’hommage à travers la publication de photos, de discours, de vidéos, de citations, etc., de Thom Sank. Le site d’information Burkina24.com a diffusé une vidéo exclusive où l’on voit Thomas Sankara jouer au football à la présidence du Faso, l’actuel premier ministère du Burkina. A la fin de la vidéo, il enfourchait son vélo et s’en allait. Une vidéo qui résume ce qu’a été la vie et la philosophie de Thomas Sankara : la simplicité.

Si depuis sa mort ses assassins n’ont pas trouvé une seule nuit de sommeil tranquille, aujourd’hui ces derniers n’osent même pas regagner leur lit. Le fantôme de Sankara les hante, les quête et les suit partout depuis que sa tombe a été ouverte. Le mensonge en route depuis dix ans, la vérité le rattrape en une journée ! Cela n’a jamais été vrai.

Si le certificat de décès officiel affirme qu’il est mort de façon naturelle contredisant plusieurs témoignages, les premières autopsies de son corps ont montré que Sankara a été criblé de balles. Cela témoigne de la barbarie et la haine avec lesquelles, il a été assassiné. Ce n’est que le début du commencement comme on aime à le dire. Ce que Blaise Compaoré et son régime ont tenté de cacher pendant 28 ans est en train d’être, à petits pas, porté au grand jour. La justice est en marche et les criminels sont aux abois. Cette justice, elle-même n’est pas tranquille. Ceux qui avaient prétendu qu’ils étaient incompétents à juger cette affaire seront obligés de reprendre le dossier, de le fouiller, d’investiguer et de dire au peuple assoiffé ce qui s’est vraiment passé.

 

Les Burkinabè ne sont pas dupes. Ils l’ont prouvé lors de l’insurrection populaire d’octobre 2014 mais aussi pendant le coup d’Etat avorté du 16 octobre 2015. La justice n’a d’autre choix que de dire la vérité.

 

Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé d’effacer de la mémoire des Burkinabè, l’image de Thomas Sankara. Les médias publics ne parlaient presque pas de ce héros national. En plus de cela, tous les stigmates de la révolution ont été effacés. La Place de la Révolution porte désormais le nom officiel de Place de la Nation tandis que la devise du Burkina Faso qui était « La patrie ou la mort nous vaincrons » est désormais « Unité-Progrès-Justice ». Même après sa mort, il dérangeait.

Cependant, Sankara l’avait dit, « tuez Sankara aujourd’hui, il y aura 100 Sankara demain ». Il ne croyait pas si bien dire, car il faut aujourd’hui compter des millions de Sankara. Les partis sankaristes florissants, le nom de Sankara scandé comme un bouclier lors des manifestations, les t-shirts à l’effigie de ce héros africain, les chansons en son hommage sont venus rappeler que cet homme est immortel. En fin de compte, tout se paye sur terre.

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