Burkina : respect au Mogho Naba Baongo II

Les Forces armées nationales (FAN) du Burkina et le régiment de sécurité présidentielle (RSP) ont signé un accord sous l’égide du Mogho Naba Baongho, le chef des Mossi de Ouagadougou qui a permis de décrisper la situation politique tendue : les deux frères armés voulaient s’affronter. L’adoption de cet accord chez le 37e chef suprême des Mossi de Ouagadougou le mercredi 23 septembre 2015 revêt plusieurs symboles.

Le Mogho Naba Baongho, on pourrait l’interpréter de cette manière, a permis au Burkina Faso d’éviter une guerre fratricide. La signature de cet accord chez le Mogho Naba, montre d’abord que les Burkinabè peuvent laver le linge sale en famille. Grâce à ce symbole, ils ont pu se dire que quels que soient les problèmes, quelles que soient les divergences, ils sont capables de s’asseoir autour d’une même table, discuter et trouver des solutions à leurs problèmes. Et pour cela, ils n’ont pas eu besoin d’attendre la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ou la communauté internationale pour régler leurs divergences.

En plus de cela, la signature de l’accord sous l’égide du Mogho Naba Baongho II, témoigne de l’engagement pris par les deux rivaux de respecter cet accord. En milieu traditionnel, le chef est le dernier recours pour résoudre un problème. Si l’un des camps venait à ne pas respecter cet accord, il devrait en supporter toutes les conséquences. En acceptant d’entrer dans le jeu, le Mogho Naba montre aussi son attachement à la paix, car si le RSP et les FAN devaient s’affronter « son territoire » aurait été le théâtre de violences. Peut-on imaginer les conséquences d’un tel désastre.

En plus de cela, le Mogho Naba montre une fois qu’il est à l’écoute de « ses sujets », même si tous les Burkinabè ne sont pas sur sa coupe. Malgré tout, certains doutent de la bonne foi de cette autorité morale. Pour exemple, un entretien accordé par Smockey du mouvement le Balai Citoyen.

 Le rôle du Mogho Naba, roi des Mossis et autorité traditionnelle très respectée au Burkina Faso, n’a-t-il pas été plus décisif que celui des manifestants ?

Ce n’est pas lui qui a mené l’insurrection du 30 et 31 octobre 2014 contre le régime de Blaise Compaoré. Il n’a pas non plus, ces derniers jours, appelé le RSP à rendre les armes. Le Mogho Naba, chez qui les militaires de tous bords se sont rendus pendant la crise, a toujours servi d’abri. Il pourrait jouer un rôle de pacificateur, mais son action relève surtout du copinage. Il sert les intérêts des anciens caciques du régime, qu’il connaît très bien.

Les portes du Mogho Naba ont toujours été ouvertes pour tout le monde. On ne compte pas le nombre d’artistes, de sportifs et de personnes politiques qui lui demandent sa bénédiction, et d’intercéder dans la résolution d’un problème ou bénéficier de ses conseils. Cependant, des questions se posent, car pour n’importe quel problème, le Mogho Naba est sollicité. Ce qui tend à banaliser la royauté. Au lendemain de l’insurrection populaire d’octobre 2014 des hommes politiques comme Gilbert Noël Ouédraogo – qui a soutenu la modification de l’article 37 –  et Eddie Komboigo le candidat exclu du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) – sont allés le solliciter afin d’obtenir son pardon, mais aussi pour se relancer.

Dans des cas plus chauds, le 2 novembre 2015 le général Kouamé Lougué s’est réfugié chez lui lorsque le RSP est venu le rechercher après  sa prise de pouvoir raté à la télévision nationale du Burkina. En février 2015, c’est également chez le Mogho Naba que s’est replié le premier ministre Yacouba Isaac Zida lorsqu’il a appris que des militaires du RSP l’attendaient en Conseil des ministres.

Gilbert Diendéré est allé chez le Mogho Naba lorsqu’il a été acculé de toutes parts. Il a été reçu chez le Mogho Naba.

Vous avez rendu visite au Mogho Naaba ?

J’ai rendu visite au Mogho Naaba, suite à mon arrivée comme président du Conseil national de démocratie (CND). Je souhaitais lui rendre visite a lui et aux différents responsables des communautés religieuses, depuis avant-hier. Cela n’avait pas pu se faire avant à cause des débats avec la Cédéao qui ne nous ont pas permis le temps de cette rencontre.

Cependant, le Mogho Naba est seulement le chef des Mossi de Ouagadougou et non de tous les Burkinabè. Il existe plusieurs autres chefs au Burkina comme Naba Kiba de Ouahigouya, le Kupiendéli de Fada N’Gourma, le Dima de Boussouma. Certaines sociétés burkinabè ne sont pas sous la responsabilité d’un chef traditionnel et donc ne sont pas sous l’autorité du Mogho Naba. En réalité, c’est juste parce que le royaume du Mogho Naba se trouve dans la capitale du Burkina Faso. Il est plus facile d’avoir accès à lui.

Le Mogho Naba, cette poubelle dans laquelle tout le monde vient jeter ses ordures, mérite beaucoup de respect pour ce « petit » rôle qu’il a joué dans le règlement de cette crise.

2 thoughts on “Burkina : respect au Mogho Naba Baongo II

  1. Merci pour ce regard bienveillant sur la contribution du chef des « mossé » dans le dénouement de la crise au Faso. J’ai juste besoin d’apporter quelques rectificatifs très utiles. Sur ce que je sais de l’histoire de mon pays, la délimitation du « Mogho » coïncide parfaitement avec les limites actuelles du BURKINA FASO; autrement dit sa souveraineté s’y étend logiquement à travers une sorte de représentativité qu’occupe chacun des chefs ou roitelets des différentes communautés vivant au Faso. Je vous demande donc de revoir cette assertion qui lui dénie toute autorité sur tous les Burkinabè vivants (ou non ) sur le territoire national : « Cependant, le Mogho Naba est seulement le chef des Mossi de Ouagadougou et non de tous les Burkinabè. Il existe plusieurs autres chefs au Burkina comme Naba Kiba de Ouahigouya, le Kupiendéli de Fada N’Gourma, le Dima de Boussouma. Certaines sociétés burkinabè ne sont pas sous la responsabilité d’un chef traditionnel et donc ne sont pas sous l’autorité du Mogho Naba. En réalité, c’est juste parce que le royaume du Mogho Naba se trouve dans la capitale du Burkina Faso. Il est plus facile d’avoir accès à lui. » Non, non et non ! Sa proximité dans la capitale ne justifie pas logiquement le recours à ses services par les uns et les autres, chacun en ce qui le concerne, au cours de ses déboires ! Moagha ou pas, tout Burkinabè vit sous son autorité traditionnellement parlant! Je reste dispo pour plus d’infos si besoin sur la question!

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