Balai Citoyen: reprise de main ou pion de Zida?

Le mouvement de la société civile Balai Citoyen qui a activement contribué à la chute de Blaise Compaoré les 30 et 31 octobre 2015 a animé une conférence de presse le mardi 23 juin 2015 pour réclamer la dissolution du Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP).

(photo prise sur le site ofaso.net)

(photo prise sur le site ofaso.net)

Sous les feux des critiques depuis l’arrivée du lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida à la tête de l’État burkinabè puis comme premier ministre, le Balai Citoyen est resté muet sur de nombreuses préoccupations socio-politiques du Burkina Faso. On attendait pourtant qu’ils jouent leur rôle de veille promis aux Burkinabè. Les sorties du Balai Citoyen sont restés pourtant timides et ressemblaient plus à du conformisme si l’on considère, par exemple, sa participation au sit-in des journalistes devant le Conseil Supérieur de la Communication (CSC) après la décision de cette instance de suspendre toutes les émissions interactives sauf celles à caractère distractive.

Depuis les critiques contre le Balai Citoyen qui a pris part activement aux manifestations contre la nomination de Moumouni Djiguimdé et Adama Sanon respectivement au ministère des infrastructures, du désenclavement et des transports et au ministère de la culture, il s’est rangé presque définitivement pourrait-on tenter de dire.

Lorsqu’il s’est fait remarquer, c’était pour soutenir le lieutenant-colonel Isaac Zida lorsqu’il s’est réfugié au Palais du Mogho Naba quand il a su qu’il était attendu au palais de Kosyam pour rendre compte sur des revendications du Régiment de Sécurité Présidentiel (RSP) dont il est lui-même en tant que numéro 2, c’est là que le mouvement a réagi sous prétexte de protéger la transition.

La sortie du Balai Citoyen coïncide au moment où les OSC, lui particulièrement, sont sous les feux des critiques. De nombreux citoyens pensent qu’ils sont financés par le pouvoir de la transition et précisément Yacouba Isaac Zida. Les critiques pleuvent sur les réseaux sociaux. Mais Soumane Touré, homme politique burkinabè, a porté haut ce que des Burkinabè se disent dans les grins de thé, devant les kiosques mais aussi sur les réseaux, lors d’une conférence de presse:

« Ils déversent d’énormes sommes d’argent dans les OSC pour étouffer le critiques sur les dérives et les frasques de la transition au point de suspendre les émissions interactives des radios. Ils cherchent par la corruption à organiser un semblant de soutien à la transition bâtarde dont les acteurs ont montré leurs insuffisances et leurs limites. Ils en sont arrivés à corrompre les OSC pour manifester en faveur de la dissolution du RSP, leurs corps d’origine, provoquant une fracture non seulement au sein de ce corps, mais aussi et surtout au sein de l’Armée, certains militaires supportant mal que des leurs attirent de la sorte la colère des populaires civiles contre eux » Lefaso.net.

Ces propos ont valu à Soumane Touré d’être entendu par la gendarmerie et gardé à vue. Une entrave à la liberté d’expression. Le constat est fait par l’international Crisis group.

« Les partis politiques de l’ancienne opposition, d’abord en retrait, ont compris qu’il était dans leur intérêt de veiller à la bonne marche de la transition. Ils n’en restent pas moins peu présents et semblent souvent suivre les mots d’ordre de la société civile. Cette dernière semble être devenue l’acteur le plus important de la transition, mais elle est traversée par de nombreuses divisions. Par ailleurs la frontière entre société civile et acteurs politiques s’est estompée : de nombreux individus qui se disent membres de la société civile soutiennent, parfois activement, un parti. La transition progresse ainsi dans un contexte fragile, qui combine revendications sociales et fortes attentes populaires sur fond de crise budgétaire et d’indécision sur l’avenir du RSP ». Rapport Crisis group juin 2015.

 

En exemple, un membre du Balai Citoyen serait même l’avocat du Président de l’Union pour le Progrès et le Changement (UPC) dirigé par Zephirin Diabré. D’autres membres seraient aussi proches du Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP) de Roch Marc Christian Kaboré. Ce parti aurait préparé dans l’ombre la chute de Blaise Compaoré en tissant des liens avec des militaires et en mettant en place la stratégie qui a fait mouche le 30 octobre 2014. Le Balai Citoyen serait reconnaissant à ce parti.

Lors de l’investiture de maître Bénéwendé Sankara comme candidat d’un groupe de Sankariste, Sam’s K le Jah, une autre figure du Balai Citoyen, a assuré la partie musicale de cette investiture. D’autres mouvements comme le Collectif Anti-Referendum (CAR) aujourd’hui Collectif Africain pour le Renouveau, sont réputés être proche du MPP.

Le sentiment de frustrations est alimenté par le silence du Balai Citoyen lors des nombreux délestages qu’a connu le pays depuis le début de l’insurrection. Pour beaucoup, les OSC et le Balai Citoyen sont à la solde du parti au pouvoir.

«Nous ne nous laisserons pas distraire par des jeux de mots sur la dissolution. Dissolution ou pas, notre position est claire : pas de régiment militaire qui ne soit pas sous le commandement du chef d’état-major général des armées ; pas de régiment militaire à la Présidence du Faso la sécurité du président incombe aux forces de défense civile», tels sont les propos tenus par le mouvement lors de sa conférence de presse.

Et pourtant le même Zida qui avait affirmé que le RSP sera dissout est revenu sur ses propos et pense que le Burkina a encore besoin du RSP

Le Balai Citoyen ne comprend pas également pourquoi les familles des martyrs et des blessés de la révolution burkinabè n’aient pas été indemnisés. Il ne comprend pas non plus pourquoi justice n’a pas été rendue à ces derniers.

Pourtant, seul le mouvement Burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) a demandé que justice soit faite lors de la cérémonie d’hommage aux martyrs de la révolution le 30 mai 2015. En s’exprimant aujourd’hui, c’est laissé le fantôme entré dans la maison avant de vouloir le chassé (alors qu’on aurait pu l’empêcher).

Cependant, l’évolution de l’actualité ces derniers jours sur l’arrestation de membres du RSP laisse perplexe ? Le Balai Citoyen est-il toujours manipulé ? Une réflexion en préparation sur le sujet.

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