Attention, le CSC veut bâillonner la presse burkinabè

Le Conseil supérieur de la communication (CSC) du Burkina a décidé de la suspension de certaines émissions d’expressions directes en raison du contexte social actuel. Cette décision s’apparente plutôt à une manière d’empêcher toute critique (elles sont nombreuses) contre le gouvernement de transition. Un recul pour la démocratie au Burkina Faso.

Le siège du Conseil Supérieur de la Communication (CSC)-Photo prise après que le service de sécurité ait relevé les références de mon passeports

Le siège du CSC-Photo prise après que le service de sécurité a relevé les références de mon passeport

« Les émissions d’expression directe sont suspendues des programmes des radiodiffusions sonores et télévisuelles pour une durée de trois mois, ainsi en a décidé le Conseil supérieur de la communication du Burkina Faso lors de sa séance du 6 mai 2015. Motifs invoqués « la cohésion sociale » mais aussi « la période électorale à venir ». Cette mesure ne s’applique pas aux émissions sur la santé et celles à caractère ludique, sentimental et culture, précise toutefois l »instance de régulation des médias.

Indéniablement, cette décision est un recul pour la liberté d’expression. L’on pressentait une telle réaction de la part du CSC. Déjà, le débat s’est posé de savoir si les journalistes burkinabè dans le contexte post-insurrectionnel actuel doivent jouer un rôle de soutien à la transition ou doivent continuer à jouer un rôle critique. Dans le contexte du Burkina, le citoyen a encore plus besoin de s’exprimer et surtout être écouté. C’est parce que pendant 27 ans, sinon même plus les dirigeants sont restés sourds que les Burkinabè sont sortis dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol. Prendre une telle décision, c’est fouler au pied, le critère premier de la démocratie défini comme le pouvoir du peuple qui l’exerce en toute souveraineté.

Dans un régime démocratique, la circulation des opinions et des idées doit être le principe clef. Elle permet au citoyen de participer directement ou indirectement à la prise de décision. Amputer le citoyen de cette force, c’est le réduire à néant. Ce n’est pas cela la démocratie, dont rêvaient les Burkinabè quand ils ont chassé le président Blaise Compaoré fin octobre 2014.

On aurait peut-être pu comprendre qu’une émission d’expression directe soit suspendue (encore que là, il faille nous convaincre du pourquoi) pour des dérives. Mais avancer des risques de manquements qui pourraient perturber le processus électoral est incompréhensible. C’est d’ailleurs manquer de respect à la presse burkinabè. Depuis la disparition du journaliste Norbert Zongo en 1998, les médias n’ont jamais été aussi soumis à une telle décision. Même du temps de Blaise Compaoré. Les opinions n’ont pas été aussi plurielles sur les antennes que pendant l’année 2014 au Burkina Faso.

Si les animateurs d’émissions d’expression directe sont si irresponsables pourquoi dans un tel contexte alors dépénaliser les délits de presse ? Ou bien est-ce les premières conséquences de la dépénalisation des délits de presse au Burkina Faso ? Une émission comme « Affairages » de la Radio Ouaga FM n’a t’elle pas fait ses preuves au point de remporter un prix, le prix Galian décerné par l’Assemblée nationale du Burkina ?Aujourd’hui, cette émission qui s’est illustrée à travers l’interpellation des dirigeants est obligée d’arrêter juste parce qu’on veut peut-être protéger des gens.

A l’analyse, l’impression qui se dégage c’est que le CSC  joue au plus royaliste que le roi. A moins d’y voir les mains du roi. Norbert Zongo vient de se retourner dans sa tombe après cette décision. Demain, c’est peut-être les réseaux qu’ils vont fermer.

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