Avec Saran Sérémé, les Burkinabè étaient-ils prêts à avoir une femme présidente ?

Les Burkinabè sont-ils prêts à avoir une femme présidente du Faso ? C’est la question que je me suis posé le dimanche 2 novembre après l’échec de l’installation au pouvoir à la Radiodiffusion télévision nationale du Burkina (RTB) de Saran Sérémé. Considérant les milliers de manifestants qui ont accompagné la dirigeante du Parti pour le développement et le changement (PDC) Sara Séré Sérémé (ancienne du parti du Blaise Compaoré) ce jour-là, je suis convaincu qu’ils le sont. Mais bien avant, certains manifestants avaient montré une hostilité.

Saran Séré Sérémé a été plébiscité par certains révolutionnaires pour remporter le titre (photo Saran Séré Sérémé)

Saran Séré Sérémé a été plébiscitée par certains révolutionnaires pour remporter le titre (photo Saran Séré Sérémé)

Beaucoup de Burkinabè ont cru le dimanche 2 novembre 2014 que Sara Séré Sérémé serait la première femme présidente du Burkina Faso. Saran Sérémé? C’est cette femme qui a osé claquer la porte du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP)  en 2012. C’est elle qui a mené la révolution des spatules le lundi 27 octobre 2014 à Ouagadougou. Aucune femme n’a occupé, le poste de premier ministre, ni de présidente de l’Assemblée nationale encore moins de présidente du Faso. Ce jour-là, à l’habituel lieu de rassemblement « La place de la Révolution », rebaptisée « Place de la Nation » par Blaise Compaoré, les manifestants ont exigé de connaître le nouveau président du Faso avant midi.

Dix heures, quand Sara Séré Sérémé sort de sa voiture et fend la foule pour se retrouver à l’estrade dans le but de livrer un message, la bonne dame est prise en tenaille par la foule qui scande « Prési ! Prési ! » Ils la tiennent par les mains comme un joueur qui venait de remporter un trophée avec qui l’on souhaite faire un tour d’honneur.

Les femmes mobilisé lors de la révolution des spatules menée par Saran Séré Sérémé

Saran Séré Sérémé est celle qui a mené la révolution des spatules le 29 octobre 2014 à Ouagadougou (ph. Saran Séré Sérémé)

Sur l’estrade, Sara n’a pas l’occasion de dire un mot. « Prési ! Prési ! » Puis, les manifestants entonnent la Dytanié (l’hymne de la victoire en langue Dagara), l’hymne national du Burkina Faso. Cette intronisation n’a de valeur que si elle est officielle. Alors, elle est escortée dans sa voiture puis conduite jusqu’à la télévision nationale située à environ trois kilomètres de là. « Prési ! Prési ! » Les klaxons, les coups de sifflet et le sentiment de délivrance prouvent bien que les Burkinabè voulaient bien d’une femme comme présidente du Faso.

Mais ce rêve de voir une femme remplacer Blaise Compaoré, enfin un président imposé par les révolutionnaires va s’évanouir. Ce sont les hommes du lieutenant-colonel Zida qui mettent fin à cette délivrance. Des coups de feu à la télévision nationale du Burkina dispersent les manifestants. Bien avant, le général Kouamé Lougué se rendant compte que c’est une femme que les révolutionnaires ont choisi après son refus d’occuper le palais de Kossyam a devancé la « Présidente » à la télé et même fait sa déclaration !

Mais les premières réactions n’ont pas été aussi favorables que l’on aurait pensé. Alors que les opposants qui avaient quitté la place de la révolution pour se concerter tardaient, un jeune homme avait pris le micro et dit : « Sara Sérémé va prendre ses responsabilités ». Ce monsieur qui attendait des applaudissements s’est vu désavoué par le silence de cimetière qui a régné après avoir prononcé ces phrases.

Saran Sérém aurait-elle pu être Présidente du Faso?

Ils étaient nombreux à attendre Saran Sérémé à la télévision nationale du Burkina

Quelques minutes plus tard, 12 heures, lorsque la « Présidente » fit irruption. L’on entendit des « Prési ! Prési ! » Surprise ! Des manifestants demandèrent : « C’est Sara ? Non… une femme ne peut pas être présidente… » Ils se laissèrent aller à des insanités qu’on ne peut reprendre sur ces lignes.

A la fin, les manifestants ont laissé tomber certaines conceptions arriérées pour conduire Sara Séré Sérémé à la télévision nationale du Burkina. Ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est que la « Présidente » ne voulait pas occuper le fauteuil laissé vacant par Blaise Compaoré. Même si elle déclare avoir été amenée de force à la télévision nationale du Burkina. Ils n’avaient pas non plus compté avec la « bonne volonté » du lieutenant-colonel Zida, le chef d’Etat « officiel » qui voulait bien goûter au « naam » (pouvoir).

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