Football africain : mettre fin au mythe des « sorciers blancs »

Le « sorcier blanc » dans le football africain désigne un entraîneur européen qui dirige une sélection africaine.  Ils sont nombreux à tenir les rênes des équipes africaines supplantant ainsi les entraîneurs africains qui se retrouvent généralement à des postes d’adjoints sans véritable pouvoir décisionnel.

Phillipe Troussier est le premier entraîneur européen a hérité du surnom de "sorcier blanc"

Philippe Troussier est le premier entraîneur européen a hérité du surnom de « sorcier blanc »

Si le terme « sorcier blanc » désigne aujourd’hui tout entraîneur européen qui dirige une sélection ou un club africain, ce qu’il faut savoir, c’est ce que celui qui a porté le premier ce surnom est le français Philippe Bernard Troussier. Ce surnom, il l’a hérité lorsqu’il entraînait l’ASEC d’Abidjan. Il lui a été donné grâce à sa réussite à la tête de cette équipe, mais aussi sa manière particulière de communiquer sous forme de codes pour changer le cours d’un match ou un système de jeu. Il a remporté trois fois d’affilées le championnat de Côte d’Ivoire avec à son actif 105 matchs sans défaite ! C’est ce qui lui a valu le nom de « sorcier blanc ». Après son succès à l’ASEC d’Abidjan, un tour en Afrique du Sud et au Maroc, Philippe Troussier a entraîné les Etalons du Burkina qu’il a conduit en demi-finale à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 1998. Un exploit à l’époque pour le pays des hommes intègres. Preuve de sa compétence, il qualifie le Nigeria pour le Mondial la même année avant de conduire l’Afrique du Sud en France. Partout où le « sorcier blanc » est passé, il a réalisé des miracles. Au Japon il réussit la qualification l’équipe nationale en huitième de finale de la Coupe du Monde 2002. La première fois de l’histoire du pays. Une consécration !

De nos jours, les « sorciers blancs » ont envahi le continent. Les fédérations africaines dépensent des milliards pour s’attacher les services de ces entraîneurs . Ces derniers arrivent, en général, juste avec une mallette contenant quelques documents (le contrat en fait). Le ministère en charge des sports s’occupe du reste : salaires mirobolants, villa équipée avec piscine, belle voiture, prise en charge du déplacement en Europe pour la supervision des matchs, assurance, vacances etc. Tout est mis à leur disposition pour qu’ils sortent la recette magique.

Le prétexte trouvé, c’est que la plupart des joueurs africains évoluent en Europe, il faudrait donc des entraîneurs européens pour les encadrer en sélections africaines.

Si Philippe Troussier a bien réussi sa mission à l’image de Bruno Metsu ou Hervé Renard, nombreux sont ces entraîneurs expatriés qui ont échoué. Pourtant, ils sont aussi nombreux les entraîneurs locaux, qui ont réalisé des exploits avec les sélections qu’ils avaient en charge. En 2010, l’entraîneur nigérien Harouna Doula réussit à qualifier le Mena du Niger pour la CAN en Angola en battant l’Egypte. Sous prétexte qu’il est inexpérimenté, la fédération nigérienne de football (Fenifoot) fait appel au français Roland Courbis pour faire mieux que son prédécesseur qui occupera désormais le rôle de simple adjoint. Le Niger a terminé bon dernier en perdant ses trois matchs. C’est le cas également avec Stephen Keshi, qui en 2006, alors que les Eperviers du Togo n’ont que Emmanuel Adébayor comme vedette, réussit le miracle de qualifier cette équipe pour le Mondial. Il sera par la suite limogé et remplacé par l’allemand Otto Pfister. Son bilan de 0 point parle pour lui.

« En Coupe du monde, le constat est le même. De 1970 à 2010, les sélections africaines y ont été encadrées par dix-huit entraîneurs non-africains et seulement huit nationaux.

Pourtant, rien ne prouve qu’ils ont de meilleurs résultats, au contraire : seulement onze expatriés ont remporté la CAN en s’asseyant sur le banc d’une sélection africaine contre quatorze victoires pour les locaux. Mais ces « sorciers blancs » plaisent beaucoup ». La source de l’article ici

 Les « sorciers blancs », même lorsqu’ils réalisent de bons résultats, ne participent pas fondamentalement au développement du football du pays. Ils sont des mercenaires, chasseurs de primes. Ils assistent rarement aux matchs des championnats locaux.  Plusieurs entraîneurs ont refusé ce poste dans certains pays à cause de cette obligation de résider dans le pays. Il fait trop chaud et il y a trop de moustiques.

Les sorciers blancs pour beaucoup, mercenaires, véritables chasseurs de primes ne s’inscrivent jamais dans la durée. Ils sont là le temps d’une compétition, d’un match avant de prendre leurs bagages pour l’Europe. En plus, ils sont toujours à l’affût de nouvelles offres encore plus mirobolantes.  A titre d’exemple, l’entraîneur burkinabè Drissa Malo Traoré dit Saboteur a fini major lors de sa formation devant l’allemand Otto Pfister. Mais pendant que ce dernier faisait le tour de l’Afrique sans pouvoir entraîner dans son pays,  Saboteur n’a entraîné que la sélection burkinabè en plus de quelques clubs africains.

En général, le traitement des « sorciers locaux » est différent de celui réservé aux Européens. François Zahui, ancien sélectionneur des Eléphants de Côte d’Ivoire peut en témoigner. Lui qui a atteint la finale de la CAN 2012 sans perdre un seul match s’est vu débarquer du banc de touche pour être remplacé par le Franco-Tunisien Sabri Lamouchi qui lors de la CAN 2013 s’est arrêté en quart de final, éliminé par un entraîneur africain Stephen Keshi malgré l’armada de stars de la Côte d’Ivoire : Drogba, Yaya Touré, Gervinho, Kalou etc. Alors que Sabri Lamouchi touche près de 131 millions de francs Cfa, Zahui lui ne gagnait que 2 millions de F Cfa. Lorsqu’une fédération nomme un Africain à la tête d’une sélection, elle veut en même temps imposer ses choix à l’entraîneur. Lorsque celui-ci refuse d’être une marionnette, il est vite remplacé.

Yéo Martial (Côte d’Ivoire), Harouna Doula (Niger) Stephen Keshi, Hassan Shehata (Egypte), Drissa Traoré dit Saboteur (Burkina Faso), Kwessi Appiah (Ghana), Sewnet Bishaw (Ethiopie) etc., sont la preuve que les Africains ont leur mot à dire sur le football africain.  Ce qu’il faut, c’est  faire confiance à l’expertise locale. Stephen Keshi l’a prouvé lors de la CAN 2013 en remportant la compétition (avec au départ 9 sorciers blancs pour 7 africains au début du tournoi) en battant ses confrères comme Sabri Lamouchi avec la constellation de stars. Les entraîneurs africains ont besoin juste d’un peu de confiance et aussi le même traitement que ceux réservés aux Européens. Sinon, pendant qu’ils se tuent à la tâche avec de maigres moyens, leurs familles sont souvent prises en otage pour la moindre défaite. Les fédérations africaines doivent apprendre à faire confiance aux compétences locales.

3 thoughts on “Football africain : mettre fin au mythe des « sorciers blancs »

  1. Au Cameroun nous avons Akono Jean-Pierre, vainqueur des jeux olympiques. Il y a quelqu´un temps, il a entraine l´équipe du Cameroun, quand un « sorcier blanc » a été limogé pour manque de résultat. Il a a son tour été limogé parce qu´il ne voulais pas suivre les consignes d´en haut. Jusqu´au jour d´aujourd’hui il n´a pas encore touché la totalité de sa solde.

    1. Le cas Akono est un très mauvais exemple. Akono est un magouilleur qui s’est retrouvé là au gré de ses intrigues et ses coups bas. En 2000, un mois avant les jeux olympiques, c’est Ntougou MPILE qui entraînait les espoirs. Akono a juste bénéficié du décret par son ami le ministre BIDOUNG de l’époque. C’est lui aussi qui a fait partir Pierre Lechantre qui était pourtant un bon sorcier blanc pour le Cameroun comme Claude Leroy l’a été aussi.

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