Au Burkina Faso, les vidéoclubs ont la peau dure

Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, est considérée comme la capitale du cinéma africain parce qu’abritant de façon biennale le Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco). Pourtant, beaucoup de jeunes n’ont pas vu leur premier film dans les salles de ciné, mais dans les vidéoclubs. Alors qu’avec l’avènement du numérique, l’on avait prévu la disparition des vidéoclubs, ils ont su s’adapter et refusent aujourd’hui du monde.

 

Programme de films dans un vidéo-club d'un quartier de Ouagadougou. Séance de 19 heures et 20 heures

Programme de films dans un vidéoclub d’un quartier de Ouagadougou. Séance de 19 heures et 20 heures (ph. Boukari Ouédraogo)

 

Bruce Lee, Sylvester Stallone, Jackie Chan, Arnold Schwarzenegger, ou plutôt Rambo, Terminator, ces acteurs ou ces noms de films, c’est dans les vidéoclubs que les Burkinabè les ont découverts. Les vidéoclubs au Burkina sont de petites salles de fortune érigées dans des cours souvent construites en matériaux définitifs ou à l’aide de pailles. Un téléviseur y est installé avec les lecteurs CD et DVD. Des bancs de fortune sont installés pour servir de sièges. Parfois, il s’agit de briques. 

Ces salles refusaient du monde parce que jusqu’à une certaine époque, notamment à partir de 1998 avec la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) organisée par le Burkina Faso, peu de personnes avaient une télé chez eux. Suivre donc un film avec les magnétoscopes n’était pas permis à tout le monde. Seuls quelques privilégiés pouvaient aussi se rendre dans les salles de ciné notamment le samedi.

La télévision nationale diffusait, à l’époque, les films d’action, de western ou encore de karaté uniquement le week-end. Pour se rattraper, les Burkinabè et les Ouagalais ont choisi les vidéoclubs afin de  suivre les « films où on tue », les films karaté et dans une moindre mesure, les films d’humour chaque soir.

Les « films hindous », comme le célèbre film Disco Dancer avec comme acteur principal Mithun Chakraborty, ont toujours eu la cote au Burkina.  Ceux qui possédaient des magnétoscopes n’avaient pas toujours les moyens d’acheter les cassettes DVCAM à près de 2000 francs ou la louer à 500 francs la journée. Ainsi, il est plus simple de se rendre dans un vidéoclub pour 100 francs Cfa.

Le numérique n’a pas tué les vidéoclubs

Avec la prolifération des lecteurs CD et DVD piratés notamment, l’on a prédit la mort des vidéoclubs. Les CD et DVD ne coûtent désormais plus qu’entre 400 et 500 francs Cfa. La location journalière coûte 200 francs CFA. Un lecteur peut s’acheter même à 1000 francs Cfa. En plus de cela, la gamme des films disponibles a varié. On trouve désormais des films africains, dont sont friands les Burkinabè sur le marché.  Plus besoin de rester scotché devant sa télévision pour suivre les séries indiennes, américaines, brésiliennes.  Il suffit de s’acheter un CD et de copier ces films sur son ordinateur. Avec tous ces changements, les vidéoclubs ne pouvaient pas, selon ce qui était prédit, survivre. Certains tenanciers, en prévision, ont commencé à se convertir en salle de projection de matchs européens communément appelés « Maison Canal » parce que ces matchs sont suivis principalement sur les chaînes Canal +.

Les vidéoclubs se sont pourtant adaptés au changement et le numérique est même devenu une opportunité. Auparavant aucun vidéoclub ne pouvait proposer des films africains comme Yaaba, Tilaï, Buud Yaam, Ezra…, qui  ne passaient d’habitude que sur les écrans lors du Fespaco, lorsque la télévision nationale le veut bien ou grâce aux ciné-clubs, avec les cinémas ambulants. Aujourd’hui avec la piraterie, tous ces films sont désormais disponibles.  Il fallait plusieurs semaines pour avoir de nouveaux films. Avec la piraterie, avant même qu’un film ne soit disponible sur le marché américain, il l’est dans les vidéoclubs du Burkina  Faso.

Les productions de Nollywood, les films nigérians avec les histoires à rebondissements basées surtout sur la sorcellerie, les histoires d’amour dignes des télénovelas brésiliennes, sont en train de remplacer les films hindous. L’avènement du numérique d’ailleurs offre désormais une possibilité de faire suivre des films diversifiés aux « vidéophiles » avec encore plus grande facilité que par le passé. La mort annoncée des vidéos clubs n’a pas eu lieu. Ils continuent au contraire de connaître le même engouement, sinon même plus. Pourquoi ?

D’abord, le coût abordable est la première raison. Il suffit de payer 100 francs Cfa pour suivre un film dans un vidéoclub à Ouagadougou. Ensuite, il y a l’ambiance qui règne avec les commentaires et des pronostics comme c’est le cas des matchs de football. En plus de cela, tout le monde ne peut pas avoir un lecteur vidéo chez lui et s’acheter un DVD à 500 francs Cfa. Dans les villages, le manque d’électricité dans certaines zones du Burkina ne permet pas à tout le monde d’avoir une télé et un lecteur. Ils choisissent donc les vidéoclubs. Le numérique a aussi réduit les coûts pour les tenanciers qui dépensent moins que d’habitude pour faire voir un film.

Les films pornos ont la cote dans les vidéoclubs

Un vidéoclub qui ne propose pas des films pornographiques n’en est pas vraiment un ! En fait, ce sont les films qui rapportent le plus. Mais pour un fan non averti, il ne saura jamais quand ces genres de films sont programmés. Il n’y a jamais d’affiche. Vous ne verrez jamais la pochette d’un film pornographique à l’affiche. Ils sont généralement représentés par des boîtes d’allumettes, de cigarettes ou une simple feuille vierge accrochée négligemment. Les séances commencent généralement à partir de 23 heures. Une heure à laquelle les enfants commencent à rentrer chez eux.  Et tenez -vous, ces programmations rapportent plus à un 200 francs Cfa. Car, malgré la discrétion les salles refusent du monde. Dans les salles de cinéma, les films pornos sont interdits.

Ceci donc est exemple que le numérique malgré le bouleversement qu’il a provoqué est une véritable opportunité contrairement aux craintes de départ. Malgré tout, le numérique dans le monde du cinéma fait toujours débat. Après quelques hésitations, le Fespaco a décidé d’inclure les films en numérique dans la catégorie officielle. On verra ce que cela va donner. 

One thought on “Au Burkina Faso, les vidéoclubs ont la peau dure

  1. Cher Boukary
    J’ai decouvert depuis peu ton blog queje nemanquepas de parcourir souvent.je t’adressecemessage pour te feliciter pourla pertinence de tesanalysesqui suscitent,je m’en rends compte des reactions ala mesurede tes opinions.courage et soutien

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