Université de Ouagadougou : le « blanchissement technique » est une bonne solution

Le premier ministre Luc Adolphe Tiao a été chassé comme un voleur de l’Université de Ouagadougou où il était en train de lire un discours à l’occasion de sa première (et peut-être dernière) visite. La décision qui a écœuré les étudiants c’est le concept de « blanchiment technique » des années universitaires de l’année même si le boycott de cette cérémonie était déjà au programme en témoigne les tracts qui circulaient et repris par les médias seulement après le départ de Tiao.

Université de Ouagadougou (credit photo Boukari Ouédraogo).

Université de Ouagadougou (credit photo Boukari Ouédraogo).

En partant à l’Université de Ouagadougou le lundi 18 mars 2013, le premier ministre burkinabè Luc Adolphe Tiao savait que « ça allait chauffer !». Contrairement à son prédécesseur Tertus Zongo accueilli presque sur un tapis rouge en 2008, la tension était palpable avant qu’il n’entre à  » l’Amphi libyen ». Il n’a pas terminé son discours lorsqu’il a parlé de « blanchiment  technique » de l’année 2011-2012 pour résoudre le problème de chevauchement des années universitaires sur le campus de Zogona.

Autant que cela puisse fâcher, je pense que cette décision est celle qui peut permettre à l’Université de repartir sur de bons rails. Pour moi, la mesure est meme inssuffisante. Il fallait tout arrêter pour reprendre a zéro même si on les étudiants doivent suivre les cours au stade du 4 août. D’abord, on ne sait pas à quelle année universitaire l’on se situe sur le campus de Zogona. Tenez vous que les nouveaux bacheliers admis en juillet 2012 n’ont toujours pas commencé les cours au mois de mars 2013 ! Oui. Sept mois après, ils trainent encore au domicile de leurs parents sans savoir quand est ce qu’ils pourront rejoindre les amphis et bénéficier enfin du titre d’étudiants qui a fait tant rêver tout lycéen. L’année scolaire et universitaire ne dure en principe que neuf mois. Pourtant certaines promotions de l’année 2010-2011 ne savent même plus à quel niveau d’évaluation ils se trouvent. Tout cet enchevêtrement des années ne permet pas aux enseignants et aux étudiants eux-mêmes de travailler dans des conditions adéquates. Comment peut-on avoir son bac et ne pas pouvoir aller à l’Université une année après, devenannt un vagabond?

La part de responsabilité du gouvernement

Si les troubles causées par les étudiants sont répréhensibles, je pense que cet acte fera tache d’huile. Comment comprendre que dans un contexte difficile, le tapis rouge soit déroulé au premier ministre a l’Université? Les autorités ont installé spécialement de la climatisation dans l’enceinte de l’Amphi libyen juste pour Tiao alors que les étudiants souffrent dans la chaleur avec des brasseurs qui marchent avec peine. Le restaurant universitaire a été spécialement nettoyé et un menu spécial concocté puisque Luc Adople Tiao devait y déjeuner. Tout cela était une injure faite aux étudiantes car, si on veut vivre leur réalité, il ne faut pas un dispositif special comme on l’a vu. En plus, de tels rendez-vous se préparent à l’ avance en rencontrant les étudiants et en échangeant avec eux dans le secret (s’il le faut après plusieurs rendez-vous) avant de se rendre à l’Université.

Les autorités burkinabè et les étudiants sont tous responsables de ce qui arrive actuellement à l’Université de Ouagadougou. Le gouvernement n’a pas tenu toutes ses promesses. Plus de construction d’Amphithéâtre depuis l’ouverture des « amphis libyens » il y a environ cinq ans. Le système Licence-Master-Doctorat peine à prendre et ne semble pas être compris par les enseignants eux-mêmes. A titre d’exemple, «les cobayes » de Science et technologies se sont vu refuser la licence professionnelle sous prétexte que le département manque de matériel pour les cours pratiques ! On parle du système LMD dans lequel, la recherche et l’initiative personnelle de l’étudiant sont encouragées  mais en se rendant dans le temple du savoir, vous constaterez que le peu de wifi en services est codé. Donc l’Université de Ouagadougou n’est pas prête pour aborder le système LMD. Mais les autorités font du forcing.

Le chantier de l’Université Ouaga II dont l’ouverture était prévue pour l’année 2012 pour désengorger le campus de Zogona tarde à s’achever. Il n’y a que  deux amphis jumelés, des salles de cours pratiques et les sanitaires qui sont fonctionnels. La cité universitaire, l’électricité, l’eau, le restaurant universitaire ne sont pas prêts sans oublier que le gouvernement doit commander 150 bus pour convoyer les étudiants de la ville de Ouagadougou à ce site situé en brousse à une vingtaine de km de la capitale burkinabè. Un vrai voyage ! Le nombre de bourses octroyées s’amenuisent chaque année. Les Amphi sont de plus en plus exigus et insuffisants. Il est même arrivé une fois que des enseignants en viennent aux mains pour l’occupation des salles. Depuis plusieurs années, le gouvernement n’a fait que contourner les problèmes au lieu de les affronter et les résoudre. Ils se sont accumulés et aujourd’hui, la situation est devenue ingérable.

l’ANEB doit revoir sa copie

Les étudiants à travers l’Association Nationale des Etudiants du Burkinabè (ANEB) se sont aussi illustrés à travers des grèves qui n’avaient pas de raison d’être. Le cas qui me vient en mémoire est la situation de cette étudiante qui après avoir bénéficié de deux dérogations (mesure exceptionnelle permettant à un étudiant qui a repris deux fois une classe de se réinscrire), faisant ainsi quatre ans en deuxième année d’université, a voulu forcer les règles pour s’inscrire de façon illégale. Un étudiant ne bénéficie que deux dérogations pourtant. Les étudiants ont pris en otage toute l’Unité de Formation et de Recherche en  Lettres Arts et Communication (UFR/ LAC) accusant un retard de trois mois ! Pour sauver la face, ils ont greffé à cette revendication d’autres problèmes comme la construction d’amphi qui visiblement ne pouvait être fait dans le délai qu’ils souhaitaient. A l’arrivée, comme l’ont reconnu certains membres de l’ANEB avec qui j’ai eu l’occasion de discuter, les résultats obtenus étaient maigres. Ou encore, cette histoire de ce professeur venus d’un autre pays, qui de commun accord avec ses étudiants, avait décidé de composer un devoir le 1er août. Ce sont les étudiants eux-meme qui ont d’ailleurs demandé le report du devoir en question sous prétexte qu’ils n’étaient pas prêts et proposer cette date. Le jour de l’évaluation des étudiants ont empêché leurs camarades de composer avançant l’argument selon lequel il s’agissait du premier jour de congé. Le professeur, malgré ses explications n’a pas ete ecouté et est reparti promettant de ne plus revenir. De  grèves cou boycotts omme ceux-ci ont mis en retard l’Université de Ouagadougou.

Alors de mon point de vue, pour résoudre les problèmes que connait l’Université de Ouagadougou et notamment le chevauchement des années, la meilleure solution est de mettre tout à plat pour repartir sur de nouvelles bases faites de concertations avec les enseignants, les syndicats d’étudiants, les enseignants etc. Il ne s’agit pas de tout arrêter pour repartir à zéro juste pour le faire, mais il faut résoudre les problèmes en tenant compte des priorités. Cette situation est difficilement supportable puisque les étudiants dit perdront au moins une année. Pour éviter de revenir à de pareilles situations, les autorités burkinabè devraient tenir leurs promesses.  Les étudiants pour leur part doivent aussi assouplir leurs méthodes de luttes car, ce sont eux les premiers perdants si cela ne marche pas.

2 thoughts on “Université de Ouagadougou : le « blanchissement technique » est une bonne solution

  1. les étudiants sont déjà des cabris morts donc ils n’ont plus peur de couteau. Je valide l’idée que les étudiants se lancent souvent dans des luttes inutiles. Mais tout cela, à mon sens, est la conséquence de l’incapacité notoire ou plutôt du mépris des autorités à investir sérieusement dans l’enseignement supérieur. Peut-on imaginer qu’un premier ministre ne sache pas le nombre exact des étudiants sur le campus?

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