Au Burkina, pourvu qu’il pleuve, ils mangeront

Les Burkinabè se sont tournés vers la générosité du ciel pour construire leur vie en se rendant compte de l’incapacité de leurs dirigeants à trouver des solutions à leur problème.

Lors de l’élection présidentielle de 2010 au Burkina Faso sur environs 3 millions d’inscrits sur la liste électorale seulement près d’un million électeurs sont allés aux urnes. Pour les élections jumelées communales et législatives  la principale crainte se situe une fois de plus sur le taux de participation. Le fait est qu’il y a un vrai désamour entre les Burkinabè et les hommes politiques. Ce désamour s’explique par les nombreuses promesses non tenues. Les Burkinabè constatent que le fossé se crée de plus en plus entre les riches (généralement les hommes du parti au pouvoir) et les pauvres. Avant, on constatait trois classes : les riches, les pauvres et ceux aux revenus moyens qui s’en sortent malgré les difficultés. Aujourd’hui la troisième classe que nous avons citée n’existe plus. Ouagadougou est divisé en deux camps. Ouaga 2000, quartier riche avec des bâtiments aux luxes insultants et les autres quartiers habités par ceux qui ont du mal à s’assurer trois repas par jours, que dis-je un repas par jour. Sur le terrain, le parti au pouvoir ne propose rien de concret. Les promesses fourmillent mais à l’arrivée, c’est zéro résultat.

Dans un tel contexte, la jeunesse s’était tournée à un moment vers les opposants. Mais là aussi, c’est la déception. Ces derniers ont montré leur incompétence. Ils se révèlent être des marionnettes du pouvoir ou ne proposent rien de précis pour sortir le peuple de la misère, basant leur lutte pour la plupart sur les cendres de Thomas Sankara ou de Norbert Zongo. Ils ne se font entendre que lors des campagnes électorale et aussi l’on constate que beaucoup d’entre eux ont été impliqués dans des affaires louches. Les jeunes qui ont des initiatives ne sont pas soutenus. Ceux qui proposent se voit refuser des financements parce qu’il n’ont rien à garantir « en cas de cas » comme on aime le dire au Faso.

C’est dans un tel contexte qu’après des échecs devant les ministères pour les dépôts de demandes de stages et d’emplois, les jeunes préfèrent désormais aller travailler dans les mines d’or artisanales, traverser le Sahara et la mer méditerranéenne pour aller cultiver des tomates en Italie, marcher pour rejoindre le Gabon ou plus près de chez eux, en Côte d’Ivoire pour cultiver dans les champs de café et de cacao. Dans le pire des cas, ils deviennent des bandits de grands chemins étant dit que l’école est devenue une usine de fabrication de chômeurs. En prenant des risques, ils auront quand même essayé de se battre au risque de leur vie. Mais pour éviter tout cela, ils se remettent à la générosité du ciel. Car pourvu qu’il pleuve, ils mangeront. S’il pleut, ils auront la force pour labourer leurs champs. S’il pleut, les récoltes seront bonnes. S’il pleut, ils n’auront pas besoin des discours politiques creux pour manger à leur faim. On leur dira que c’est de la lâcheté. Mais c’est comme ça qu’ils ont choisi de vivre face à l’échec du système en place. Au moins, ils pourront compter sur leurs muscles.

3 thoughts on “Au Burkina, pourvu qu’il pleuve, ils mangeront

  1. Dure et triste réalité de la vie de JEUNES BURKINABES au BURKINA FASSO aujourd’hui.La pluie:l’unique espoir pour eux qui porte chance.Merçi encore pour ce brillant article à diffuser partout.

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