Laurent Bado, l’homme politique qui insulte ses électeurs

La politique est souvent considérée comme l’art du mensonge. Pour cette raison, les acteurs perçus comme des hommes de mauvaise foi. Mais un homme a tranché avec cette manière de faire. Laurent Bado (à ne pas confondre avec Laurent Gbagbo, du Parti pour la Renaissance (PAREN) insulte ses électeurs pendant les campagnes.

Le Professeur Laurent Bado (Ph RFI)

Tout bon étudiant de l’Université de Ouagadougou connait très bien le professeur Laurent Bado. Cet enseignant de droit constitutionnel est devenu populaire à travers son langage fulgurant et franc. Les cours à l’Unité de Formation et de Recherche en Sciences Juridiques et Politiques (UFR /SJP) de Laurent Bado sont suivis par des étudiants des autres UFR. C’est pourquoi des étudiants de médecine ou de Sciences de la Vie et de la Terre se retrouvent dans un amphi pour suivre des cours de droits. Plus qu’un cours, les enseignements de Laurent Bado sont un vrai débat d’idées. Pas d’ennui. Avec Laurent Bado, l’ambiance est assurée. Pour un cours de droit constitutionnel, il aborde des thèmes sociaux, sur un ton généralement humoristique ou même moqueur dont lui seul a le secret.

Laurent Bado s’en prend souvent à ses étudiants qu’il considère comme responsables des difficultés qu’ils rencontrent. Les conférences qu’il anime sont aussi suivi que ses cours. La disponibilité et la simplicité de l’enseignant ont fait de lui un ami pour les étudiants. D’ailleurs, ce professeur de droit constitutionnel a apporté sa contribution dans un morceau du groupe de rap burkinabè Safaa (composé d’étudiants).

« Je m’en fou de vos voix »

Laurent Bado va se faire connaitre sur le plan national à travers ses interventions orageuses à la télé ou à la radio, lorsqu’il s’est engagé en politique en 2000. Le professeur est élu député à l’Assemblée Nationale du Burkina ainsi que trois autres personnes de son parti dans la même année. La particularité des campagnes électorales de Laurent Bado est ses discours orageux durant ses meetings. Pendant que les autres candidats font des promesses, lui traite le peuple de « mouton ». Il s’en prend à ces électeurs qui troquent leurs voix contre des gadgets que distribuent les candidats. Une fois élu, ces derniers disparaissent.

Le professeur Laurent Bado n’a vraiment pas sa langue dans sa poche. Lorsqu’on l’entend parler pendant ses meetings la question qui se pose est de savoir si cet homme veut vraiment se faire élire. « Aller mettre dans vos bulletins dans vos c… Je m’en fous de vos voix». L’homme fait souvent rire ses interlocuteurs lorsqu’il dit « si vous voulez ne me votez pas. Le pouvoir ne m’intéresse pas ». Erreur ? Non. Laurent Bado assume ses propos. Malgré tout, il se faire élire député tout en insultant ses électeurs.

Le professeur ose dire cela à ces électeurs. En réalité, pour lui, la campagne électorale est une occasion pour sensibiliser les populations sur les raisons de leur souffrance. Pour être compris dit-il, il faut « choquer » la population. On a souvent l’impression de voir un comédien sur scène. « Ce que je fais c’est du théâtre» dit t-il souvent.

 Bien qu’on puisse douter des propos de Laurent Bado, il a quand même démissionné à huit reprises de l’administration publique. Il explique cela par le fait que certaines décisions prises n’étaient pas conforme à la loi.

Il est surnommé « le fou » pour sa comédie, ses discours tempétueux. Bado assume. Pour lui, il suffit de penser autrement pour être traiter de fou par la société. Cette appellation s’explique aussi par le fait que « Bado se prend souvent pour le plus intelligent. »

Contrairement à la plupart des hommes politiques burkinabè, Laurent Bado, à un programme précis. Il s’agit du Grégarisme, une forme de fusion du socialisme et du capitalisme inspiré de la tradition africaine comme il l’expliquait à Vladimir Cagnolari dans l’émission « On est où là » sur Radio France Internationale (RFI) :

En Afrique, les familles ont un champ collectif (socialisme). Pendant la journée, celles-ci se réunissent pour cultiver dans le champ commun. Le soir venu, chacun retourne dans son champ privé (capitalisme). A la récolte, les produits du champ commun servent à nourrir toute la famille. Ensuite, chacun peut utiliser les produits de son champ personnel pour faire ce qu’il veut. Cette politique selon lui unit les individus sans les confondre.

Faire une interview avec Laurent Bado relève d’un parcours de combattant. Son tempérament tempétueux cause d’énormes difficultés aux journalistes qu’il malmène et chahute souvent. Vladimir Cagnolari, ancien journaliste à RFI en sait quelque chose. Ce dernier a réalisé une émission avec Laurent Bado que les Burkinabè s’échangent. Une vraie comédie…

L’affaire des 30 millions

Se réclamant homme intègre, Laurent Bado a suscité une polémique après les élections 2005 de 2005 pour lequel il est arrivée troisième Le député et Emil Paré un autre opposant avec qui ils avaient crée, l’Opposition Burkinabè Unie (OBU) ont reçu du chef de l’état burkinabè 30 millions de francs CFA. Laurent Bado a reconnu les faits et a expliqué ce qui s’est exactement passé. L’opposant a remis sa part, 15 million de francs CFA, à son parti. De cette somme, il a pris 50.000 francs pour s’acheter un téléphone portable. Si cette affaire à faire chuter sa côte de popularité, Laurent Bado reste une personnalité bien écoutée par les étudiants et intellectuels au Burkina Faso. Certains pensent que Laurent Bado a fait preuve d’honnêteté  en reconnaissant avoir pris cet argent. « Bado, n’est pas à 50.000 francs  près…» entend-on dire.

Mieux découvrir Laurent Bado à travers les émissions de Vladimir Cagnolari Dans l’émission « On est où là ? »

On est où la avec Laurent Bado premier volet

On est où avec Laurent Bado deuxième volet

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